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CHAPITRE II

LA DERNIÈRE TENTATION DE l'iTAUE.

C'est à Rome, la ville de Tunilé, que doit s'accom'plir cette grande merveille : un peuple, au moment où il s'affranchit d une longue servitude, ayant la sagesse de ne pas étendre sa souveraineté au delà des choses temporelles; le chef du monde chrétien gardant en toute liberté et toute sécurité le gouvernement des âmes.

Nous avons besoin d'y insister, car, non-seulement l'abandon de Rome par le saint-siège a été demandé par des écrivains dont le libéralisme aussi bien que la foi chrétienne sont hors de doute, mais, ce qui est plus grave, et ce qui prouve combien est peu compris encore lesprit libéral de nos révolutions, le mot de

schisme a été prononcé par quelques publicistes aux oreilles des Italiens.

L'Italie a été le siège de la papauté et le centre du monde chrétien pendant la longue période du douloureux enfantement des libertés modernes ; elle Ta été jusqu'au sacrifice de sa vie propre, de sa nationalités 11 est juste qu'elle le soit encore quand il s'agit pour elle de recueillir les fruits de ses efforts et de ses sacrifices, c'est-à-dire d'être à la fois une grande nation et le pivot inébranlable de Funité morale. Lui dire de répudier ce rôle, c'est lui dire de répudier toute son histoire, c'est vouloir la faire sombrer au moment de toucher au port.

L'Italie, la nation orthodoxe, a subi sans faillir toutes les épreuves : elle a triomphé de l'hérésie dans les siècles barbares ; elle a gardé sa foi, quand la papauté ingrate Ta abandonnée pour les délices d'Avignon, et elle ne cessait de soupirer, selon l'expression de ses poètes, après la fin de son veuvage ; elle a traversé sans faillir le grand schisme d'Occident; elle est restée fidèle au milieu de l'immense révolte du seizième siècle. Enfin, quand les encyclopédistes jetèrent leur fameux cri de guerre, les disciples italiens de Diderot et de Voltaire, en présence des inébranlables convictions de leurs compatriotes, furent obligés d'émousser leurs traits et de déguiser leurs attaques.

Et, d'un bout à l'autre de son histoire, l'Italie a subi sans faillir Tépreuve la plus difficile de toutes, cette lutte entre l'empire et la papauté, source de tant

de confusions, et qui menaçait incessamment de la faire tomber sans retour ou dans les bras de Tempereur pour constituer un second empire grec et sacrifier à tout jamais la liberté religieuse, ou dans les bras de quelque pape théocrate pour accomplir le rêve de Grégoire VII et supprimer la société laïque.

Mais le génie de Tltalie était de garder avec une égale fidélité les droits de la société laïque et les droits de la société spirituelle. Et c'est parla qu'elle est vraiment l'expression la plus complète du droit moderne ; aussi, tout en protégeant dans l'empereur l'élément humain contre les empiétements des papes, jamais elle ne méconnut l'autorité religieuse du saint-siége, et, tout en respectant la papauté, mit-elle une ardeur constante à refouler ses prétentions politiques. Toujours placée entre deux écueils, elle a eu l'infaillible instinct de les éviter l'un et l'autre, rendant au monde, on ne saurait trop le redire, Tinappréciable service de maintenir cette distinction du spirituel et du temporel qui devait conduire à la séparation, c'est-à-dire à la liberté.

C'est là son titre le plus glorieux. Et c'est lorsque les événements donnent à tout ce passé sa conclusion logique et au rôle de l'Italie sa consécration définitive, qu'on propose aux Italiens de rayer d'un trait de plume ce grand principe de la séparation, et, à la place de la papauté proscrite, de fonder une religion nationale I

Oh ! comble de l'aveuglement! Et quel malheur ce

ù2S LA DERNIËEE TENTATION.

Serait pour Tltalie, pour le monde, pour la liberté, si ce conseil était suivi ! Dernière épreuve, et la plus redoutable, car la résistance opiniâtre de la cour romaine au mouvement national qui réclame Rome, peut faire craindre que les Italiens, poussés à bout, ne se jettent de désespoir dans le schisme.

Si ritalie a été inébranlable dans sa foi, elle a succombé aux entraînements de son ambition. Elle voulait être Tasile de la papauté, mais à la condition que la papauté la fit reine du monde, et rejne à la manière de l'ancienne Rome. Cette ambition insensée a causé sa ruine : tant qu'elle a caressé son rêve du saint-empire, elle n'a pu êlre une nation ; sa servitude fut son expiation. Et maintenant qu elle reprend possession d'elle-même, répudiera-t-elle sa foi en même temps qu'elle répudie la chimère théocratique ou impériale qui Ta perdue?

Monlanelli, dans son beau poème La tentazione^ a peint en traits saisissants les tentations qui vainquirent rilalie, et sa longue expiation dans les chaînes. L'illustre et si regretté patriote ne prévoyait pas alors répreuve suprême, la dernière et la plus dangereuse des tentations, celle qui attendait Tltalie au moment de son réveil, et qui veut lui persuader qu1l n'y a pour elle d'autre moyen de sahit que le schisme.

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