‹ L'ItalieChapitre 171 sur 196 · L'INDÉPENDANCE DU PAPE · texte numérisé non relu

L'INDÉPENDANCE DU PAPE

sources matérielles assurons-nous à la cour de Rome? On regrette que nous n'ayons pas consacré un chapitre spécial à ces questions.

Nous avouons qu'en écrivant les quelques pages où nous indiquons plutôt que nous n'exposons notre doctrine, il nous avait semblé inutile d'ajouter ce complément qu'on désire. N'aurions-nous donc fait eutendre que des paroles vides de sens, lorsque, après nous être rendu compte des conditions nouvelles que la civilisation chrétienne a faites aux peuples de FEurope, nous avons exprimé la ferme confiance que le pape, réduit à son pontificat spirituel, sera inviolable devant la conscience de l'humanité; que le placer dans son Vatican dépouillé de toute puissance temporelle, c'est lui faire, en plein dix-neuvième siècle, de son droit une armure invincible, de son palais un asile sacré?

Si la vénération publique ne suffit pas pour protéger le représentant désarmé du droit éternel et de la liberté des âmes, toute autre protection sera illusoire.

Si son droit est sa meilleure sauvegarde, les prétendues garanties politiques, bien loin d'y ajouter une force, en affaibliront le prestige.

Mais le fait a un tel empire sur les hommes, que la plupart inclinent à chercher les limites du possible

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dans ce qu'ils ont tous les jours sous les yeux. Depuis des siècles, la chaire apostolique a pour assiette \isi^ blo un trône royal, et le glaive matériel brille à côté de la croix dans la main du souverain pontife. Tant qu'un fait nouveau n'aura pas donné un démenti à la tradition, la réalité présente sera prise pour le droit, et ridée du pontificat désarmé et détrôné sera écartée comme une chimère. Qu'importe que ie monde ait marché, qu'il en ait fini avec la théocratie du moyen âge, que Tintolérance et le fanatisme religieux aient fait place à la liberté, que les sociétés, transformées jusque dans leurs fondements, aient substitué au droit barbare de la vieille Europe le droit nouveau de l'Europe affrajachie, la souveraineté des nations au privilège d'une famille ou d'une caste, l'inviolabilité des consciences à l'omnipotence du prince ou du prêtre? Qu'importe, en un mot, que le milieu où se meuvent les forces sociales ait fait à tous les droits, à toutes les libertés, un champ plus vaste et plus sûr? Dès que vous prétendrez toucher à une institution restée debout, fût-elle lantinoraie flagrante de fout ce que le génie moderne a reconstruit autour d'elle, vous rencontrerez les mêmes doutes, les mêmes inquiétudes, les mêmes négations, les mêmes résistances. Cette institution subsiste, cela suffit. Comment supposer le contraire de ce qui est?

Ainsi agit-on pour la papauté temporelle. Parce que nous nous sommes contenté d'un acte de foi dans la force morale qui commandera le respect des peuples

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envers le représentant de Funité spirituelle, parce que nous n'avons parlé ni d'armées protectrices ni de budget officiel, nous semblons, à en juger par lé trouble et les scrupules de certaines âmes, avoir fait un rêve qui tienne le trône pontifical entre ciel et terre, suspendu dans le vide, sans point d'appui, sans base visible, sans protections.

Tous les scrupules sont respectables, quand ils sont sincères et inspirés par une pieuse sollicitude. L'in-dépendance du saint-siége est d'un intérêt si majeur pour le monde chrétien, qu*il est bon d'écarter même l'apparence d'un obstacle à la liberté du chef de l'Église, et de montrer que celte liberté n'est pas l'abandon. C'est dans ce but que nous avons pris la » plume.

Nous commençons par déclarer qu'en fait de protection extérieure, c'est-à-dire qui consiste à admettre l'intervention des puissances politiques dans les affaires de la papauté, nous n'en voulons aucune qui soit une atteinte, même la plus légère, au principe, capital selon nous, de la distinction des pouvoirs et de la séparation des deux domaines. C'est là, nous ne cessons de le répéter depuis vingt ans, qu'est le nœud de la question; c'est là, dans ce principe de la distinc-

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