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L'ÉGLISE ET L'ÉTAT

Il y a donc, messieurs, en présence deux principes, deux prétentions opposées, ou, si vous le voulez, deux puissances rivales. L*ardeur de leurs attaques, les résistances de leurs défenseurs, vous ont prouvé leur antagonisme. Vous avez vu les représentants de ces deux puissances venir tour à tour à celte tribune faire leurs conditions, leurs réserves, leurs menaces même, absolument comme si entre ces deux puissances se résumait tout le débat, comme s'il n'y avait rien en dehors d'elles. Et, chose étrange, l'assemblée a paru accepter cette situation! Elle a assisté à cette lutte comme si elle était légitime, comme si elle était constitutionnelle.

A gauche. Très-bien !

M. Arnaud (de l'Ariége). Eh bien, moi, messieurs, ces deux puissances, je ne les reconnais pas ; je les déclare usurpatrices. (Vive approbation à gauche.)

Est-ce que, par hasard, tout serait confondu? Estce qu'on aurait posé dans la constitution de Février des principes sans les comprendre? Est-ce que, je ne dis pas seulement la dernière révolution si glorieuse de Février, mais la révolution de 89, mais la révolulion de 4850, est-ce que toutes ces révolutions n'ont plus de sens? Est-ce que la démocratie moderne est un mensonge? Oui, tout cela serait un mensonge, s'il fallait accepter la question sur le terrain où elle a été posée par tous les orateurs qui se sont succédé. (Nouvelles marques d'approbation à gauche.)

Je m'adresse d abord, messieurs, à la première puissance, à TÉglise.

Pie craignez pas, messieurs, que je fasse de vaines distinctions; je laisse à ceux qui voudront passionner le débat ces distinctions entre le parti clérical çt l'Église. Assurément, je pourrais demander à M. de Mon-* talembert, demander même au vénérable évêque de Langres, au nom de qui ils viennent parler dans celte enceinte, de qui ils ont reçu mission. Ont-ils reçu mission de lefûscopat français? Mais ils sont venus constater eux-mêmes ici qu'il avait éclaté partout des protestations. Parlent-ils au nom du chef deTÉglise? Parlent-ils, enfin, au nom dç l'immense famille des chrétiens? Non, ils parlent en leur nom.

Cependant, pour laisser de côté toutes ces distinctions qui ne nous serviraient pas, je veux aller droit à la puissance elle-même; je veux supposer, pour un moment, que T honorable évoque de Langres est ici Toii^ane officiel de TEglise, qu'il parle en son nom, qu il veut stipuler en son nom. Eh bien, c'est à cette puissance que je dis : Je ne vous reconnais pas; je vous déclare usurpatrice sur le terrain où vous prétendez transiger. (Vive approbation à gauche.)

L'honorable évêque de Langres vous a dit : l'Église n'a pas besoin de l'université, pas plus qu'elle n'a besoin d'aucun autre pouvoir de la terre ; elle se suffit à elle-iaème; mais l'université a besoin de l'Église; les pourvoirs temporels ont besoin de la religion ; c'est sans profit que nous acceptons l'alliance qu'on nous

pi'opose; mais TÉglise est prête toutes les fois qu'on lui demande un acte de dévouement; c'est à ce titre que nous nous présentons. On nous dit que les circonstances sont graves. Nous ne le^ jugeons pas. Mais, puisqu'on nous fait appel, nous nous empressons d'y répondre, afin d'accomplir un acte de dévouement, peut-être de sacrifice : notre responsabilité est dégagée.

Si je ne me trompe, c'est là le résumé du disr cours de l'honorable évoque de Langres.

Votre responsabilité est dégagée I... Ah! oui; les ministres du culte sont toujours prêts pour accomplir des actes de dévouement; mais Talliance avec les pouvoirs humains est périlleuse.

Je n'ai pas besoin de vous dire à lavance, car, \ous le savez, votre cœur de prêtre le sait, c'est un fils soumis et respectueux de l'Église qui parle ici... Votre responsabilité est dégagée I Mais lorsqu'on vous pro« pose une alliance, lorsqu'on vous demande un acte de dévouement, votre premier devoir n'est-il pas de vous demander quelle est cette puissance qui vous appelle, dans quel but on vous fait appel, et quel est le régime dans lequel va s accomplir cet acte de dévouement? Voilà toutes les questions que vous auriez dû vous adresser. L'avez-vous £siit? Vous semblez avoir oublié toutes nos révolutions; vous semblez avoir oublié tous les principes que nous avons posés, tous les principes qui sont gravés surtout dans le cœur des populations depuis cinquante ans; vous semblez avoir oublié tout cela.

Quelle est donc la situation de FÉglise, je ne dis pas au seiti de la France, mais au sein de la société nouvelle? La position de l'Église lui interdit d'accepter une mission officielle.il n'y a pas de puissance en face de TÉtat.

L'Etat ne reconnaît que des citoyens égaux qui sont posés devant lui ; il n'y a pas une Église, entendez4e bien, avec laquelle TËtat traite de puissance à puissance. Tous les cultes sont libres, et non-seulement tous les cultes sont libres, mais toutes les doctrines philosophiques sont libres. .

^ L'État, ainsi que je le proclamais dans une autre séance, est incompétent dans les matières religieuses; il ne peut pas affirmer, il ne sait pas où est la vérité religieuse, où est la vérité philosophique; il n'a pas mission de l'enseigner aux populations. Vous, mem« bres de l'Église, vous êtes, en face de la loi, des citoyens égaux aux autres citoyens ; vous pouvez stipuler, à ce titre, au nom du pays qui vous a envoyés, au nom du suffrage universel; mais, au nom de TÉglise, vous êtes sans droits; je ne vous reconnais pas, je vous proclame une puissance usurpatrice !

A gauche. Très-bien! très-bien 1 .

M. AiëMÂUD (d£ l'âriége). La question n'est pas de savoir s'il existe encore dans nos lois des contradictions avec ces principes; la question n'est pas de savoir si on a tiré toutes les conséquences possibles, toutes les conséquences logiques du principe de la séparation des pouvoirs ; la question n'est pas là ; il y a des abus

rOSITlON NOUVELLE DE L'ÉGLISE. 365

à réformer, sans doute, et c est pour cela que le comité des cultes, dans lequel je siégeais avec M. Févë* que de Langres, avait été établi; c'est pour cela que nous préparions des projets de réformes. Il s agit de poser des principes; il s'agit de ne pas introduire daus nos lois de nouvelles violations aux principes posés dans notre constitution, et vous violeriez ces principes si vous acceptiez en face de l'Ëlal une mission officielle.

Je suis bien aise, ici, en passant, de répondre un mot à M. de Kerdrel. M. de Kerdrel disait tout à rheure : Oublie-t-on qu'il y a un concordat, c'est-àdire une alliance entre l'État et l'Église? Voyez donc la différence; je neveux pas m'engager dans la question de savoir si le concordat doit ou non être maintenu, je le prends tel qu'il est; mais remarquez celte différence : dans le concordat l'Église intervient et stipule pour elle-même, pour sa vie intérieure; tandis qu'ici il s'agit de donner à TÉglise une mission directrice sur toute la population, même sur les citoyens qui ne sont pas catholiques, qui peuvent professer un culte quelconque, ou même qui peuvent n'en professer aucun : des philosophes, des rationalistes.

Voilà ce que vous voulez faire ; ne comprenez-vous pas la différence?

Ainsi, messieurs, je crois qu'il est constant, et je ne fais que répéter ce que tout le monde sait, que l'Église n'a pas le droit d'accepter une mission officielle; je le lui conteste, je le lui nie. Par conséquent,

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