CHAPITRE III
ROLE DE LA PAPAUlË PENDANT LB GRAND SCHISME D OCCIDENT
On a décrit cent fois l'état de là cour d*A\ignon ; personne n'ignore ses vices, sa simonie et la déconsidération dont elle était Tobjet. Son exemple avait gagné de proche en proche tous les degrés du corps sacerdotal. « Depuis le commencement du siècle, les rangs de la hiérarchie ecclésiastique étaient mal remplis. Le relâchement prenait la place des vertus chrétiennes; la corruption s'établissait partout à divers degrés; grossière dans les rangs inférieurs, opulente, fastueuse dans ceux des hauts dignitaires. Le bas clergé, privé de la bonne direction que lui devaient ses chefs, s^abandonnait à d'ignobles instincts. H n etait pas rare de voir des prêtres et des moines exercer des professions viles, telles que celles de cabareliers,
4tf hk GOUR D'AVIGNON.
de jongleurs et de boofions. L'ivrognerie était parmi eux un vice trop commun. Beaucoup vivaient publiquement avec des concubines ^ d
Quelques papes, du fond de cette sentine de la cour d'Avignon, s'effrayèrent des progrès rapides que faisait dans le clergé ce mouvement de décadence et de dissolution. Mais ils essayèrent vainement d'y porter remède. Quelle autorité pouvaient avoir ces réformateurs, parlant au nom d'une cour corrompue jusqu'à la moelle ? a Le haut clergé, gorgé de biens, s'abandonnait à un luxe immodéré et se montrait d*autant plus relâché qu'il était plus riche. La cour d'Avignon elle-même était insatiable d'argent , tous les moyens d'en amasser y semblaient licites, et, s'il faut en croire un homme éminent de ce siècle, le chancelier Gerson, des courtiers de simonie établis dans cette ville débattaient avec les solliciteurs le prix des grftces que ceux-ci demandaient. On citait des cardinaux qui s'étaient fait donner jusqu'à trois cents bénéfices ; quelques-uns laissaient en mourant des sommes immenses à leurs héritiers. Vainement Benoit XII, pour mettre un terme à de si criants abus, offrit aux cardinaux une rente de cent mille florins d'or et la moitié du revenu des provinces de TÉtat ecclésiastique, en échange de leurs bénéfices. Il est probable que cette dotation parut insuffisante, puisqu'elle fut refusée. Urbain V n'eut pas plus de succès*. »
* De Cherrier, t. III, p. 337.
« De Cherrier, t. HI, p. 337.