AVEUGLEMENT DES PRÉLATS DE CONSTANCE
gnons pas d'affirmer que, malgré les trésors de science Ihéologique accumulés dans cette assemblée, et les hautes vertus de quelques-uns de ses membres, rien de grand ne pouvait sortir de son sein.
Tout montra au début que ces ministres de l'Évangile, accourus de tous les points de la catholicité, ne se rendaient aucun compte de Fétat des sociétés, du mouvement profond qui les transformait, et du besoin de liberté qui agitait les âmes chrétiennes. Héritiers des traditions théocratiques de plusieurs siècles, ils cherchèrent leur point de départ dans ce passé pétri d'illusions, au lieu de répondre à Tappel des peuples et de faire l'œuvre de l'avenir.
Les Pères de Constance virent apparaître comme autrefois le pape et l'empereur unis dans un but commun, l'un représentant Tidée, l'autre le glaive, le premier prononçant ses infaillibles oracles, le second les imposant par la force. C'était toujours le pacte de Cbarlemagne, c'est-à-dire les moyens humains mis au service de la puissance religieuse.
Ce concert renouvelé de l'empereur et du pape annonçait que la liberté ne devait rien attendre de ces prélats attardés. Le concile était absolument maître de ëes actes, et Martin V n'était pas encore élu, quand Jean Huss, puis Jérôme de Prague furent livrés au bras séculier et brûlés vifs par ces prêtres fanatiques.
Qu'on cesse de croire qu'une œuvre évangélique pût saccomplir à la sinistre lueur des bûchers.
78 Olf BRULE ENCORE DES HÉRÉTIQUES.
Brûler un hérétique au nom du Christ, c'était se condamner soi-même à l'impuissance, c'était, sans profit pour la vérité, allumer dans les cœurs ces colères vengeresses qui éclatent tôt ou tard en révolutions terribles.
Le problème restait donc tout entier, problème résumant tous les autres, nous l'avons dit, et le corps sacerdotal, universellement représenté, venait de donner la preuve que, pas plus que la cour.romaine, il n'était en état de le résoudre. On continuait d'unir ce qu'il fallait séparer; le prince et le prêtre s'emparaient de la créature humaine corps et ftme; entre ces deux forces n'en faisant qu'une, l'homme moderne doublement esclave ne pouvait faire un mouvement sans être un rebelle contre l'Eglise, un factieux envers l'État. Un doute s'élevait-il dans son esprit sur un point de la doctrine religieuse, le prêtre disait a¥ prince : « Sévis, car tu es Tévêque du dehors, et laisser ébranler Tautel, c'est laisser ébranler le trône. » Ses aspirations appelaient-elles un progrès dans l'ordre politique, le prince, non content de le frapper au nom de la justice humaine, le faisait condamner par l'Eglise, sous prétexte que quelque vérité religieuse était impliquée dans l'œuvre du citoyen séditieux.
Comment sortir de ce dédale, lorsque les ministres de celui qui était venu pour affranchir l'âme humaine l'enveloppaient de plus en plus dans un système qui résumait tous les genres d'oppression?