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CHAPITRE IV

LE DÉSÀRHEHEMT DES ITALIENS. — QUINZIÈME Bl&CLE.

Nous voici arrivés à ce moment fatal où Tltalie, tombée de déceptions en déceptions, va déposer à la fois ses armes et sa dernière espérance. Elle a, nous Tavons vu, tout tenté avec une audace inouïe, dans Tordre politique et dans Tordre économique; elle a lutté avec une foi toujours renaissante pour chacun des grands principes qui doivent servir de fondements aux sociétés modernes ; elle a accompli révolutions sur révolutions, tantôt au nom de Tidée chrétienne qu'elle incarnait dans la papauté, tantôt au nom du droit humain qu'elle personnifiait dans Tempereur.

Et le résultat doublement funeste de toutes ces

crises a été invariablement de compromettre son indépendance et de relâcher le lien national. A mesure qu'elle croyait opérer des conquêtes, elle n'accumulait que des ruines. Après avoir posé tous les problèmes sociaux et entrevu toutes les solutions, elle a rencontré dans les profondeurs de ses crises terribles la question radicale qui était le nœud de toutes les autres et qu'il fallait de toute nécessité résoudre, sous peine d'être condamné à une éternelle impuissance : c'était l'ordre divin et Tordre humain qu'il s'agissait de concilier à la racine de tout droit et de toute justice.

L'Italie sent qu'elle ne peut faire un pas tant que la limite rationnelle entre les deux domaines ne- sera pas nettement tlxée, dans la conscience individuelle et dans la vie sociale. Alors, elle se précipite avec plus d'ardeur que jamais à la recherche de la solution; tous les vieux partis se sont rangés sous deux drapeaux, le drapeau gibelin et le drapeau guelfe, comme toutes les questions se sont réduites à cette question à la fois double et unique, qui met en présence l'élément humain et Télément divin. Et, ainsi divisés en deux sectes, les peuples de la Péninsule recommencent leurs luttes acharnées et traversent une longue suite de révolutions.

Et cette épreuve suprême est aussi vaine que les précédentes. Chaque crise, au lieu de faire jaillir la lumière, laisse les deux sectes au même point, l'une avec sa vieille idée du saint-empire, Fautre avec sa papauté théocratique du moyen âge.

A leur tour, ces deux idées auxquelles Titalie a sacrifié sa natioualité finissent ))ar lui sembler deux pièges également funestes. Elle commence à com* prendre qu'elle a été le jouet de deux illusions ; le drapeau gibelin et le drapeau guelfe disparaissent peu à peu de la lutte ; on cesse d'invoquer lempereur et le pape avec la foi naïve des premiers siècles.

Mais au fond la situation reste la même; les questions sont entières. L'Italie ne se constitueiti pas qu'elles ne soient résolues.

La voilà donc dans une impasse, pour n'avoir pas su dégager de ses antiques utopies les idées saines et fécondes dont elles étaient la grossière enveloppe.

Cette série de tentatives avortées, ces efforts qui, au lieu d'aboutir à la solution réelle du problème, le laissaient subsister au fond, toujours impérieux et toujours insoluble, devaient conduire ritalie au découragement le plus complet dans ses aspirations nationales, à une sorte de scepticisme apparent par rapport à la question politico-religieuse, enfin, au relâchement de ce ressort énergique, violent, passionné, qui se retrempe incessamment dans la lutte tant qu'il y a un triomphe à espérer, et qui fait les vertus guerrières.

La stérilité des luttes en diminua l'intérêt pour les citoyens et fit tomber les armes de leurs mains.

C*6st ainsi que lesJtaliens perdirejit peu à peu le goût des armes, et que plus tard ce peuple finit par se trouver dépourvu de toute force militaire et fut à la merci des conquérants étrangers.

A partir de cette sorte de dèsaro^epient général, toute la vie, tout le génie de ritalie 3q manifesta dans les, arts, danst les sciences^ dans Iç négoce, dans ragriculiure^ et la fin du quatorzième siècle ainsi que le quinzième furent encore des siècles glorieux pour ritalie.

Ce que nous appelons le désarmement des Italiens ne veut pas dire que les luttes armées' cessent dans la Péninsule. Hélas] elles ne font. Kjfue redoubler, et ritalie continue d'être un champ de bataille en permanence. Et cela devait être : tant que la question politico-religieuse n'était . pas résolue, l'Italie était condamnée aux déchirements indéfinis. Ne resle-t-elle pas toujours dans cette singulière situation de ne pouvoir ni s'unifier, ni se partager définitivement en un certain nombre d'États nettement définis et respectivement inviolables?

Un lien mystérieux et indestructible tendait toujours à rapprocher et à fondre ensemble ces divers États péninsulaires, tandis que des causes déjà vingt fois signalées rendaient impossible ce travail d'assimilation.

Ainsi soumises à ces deux forces contradictoires d'attraction et de répulsion, les provinces italiennes ne posséderont jamais ni la paix intérieure ni la sécurité au dehors. Si les citoyens, déçus dans leurs aspirations nationales, déposent leurs armes parce qu'ils ne savent plus qu'en faire, si les deux sectes, guelfe et gibeline, ayant perdu toute boussole, ne savent plus ce qu'elles représentent et quel but elles poursuivent, si les partis ne reconnaissent plus leurs drapeaux, si toutes les routes sont brouillées et confondues, les ambitieux sauront bien exploiter les ferments de discorde que rien ne peut éteindre.

Pour s'emparer du gouvernement et pour s'étendre aux dépens de leurs voisins, ils raviveront au besoin les vieilles illusions. Sceptiques au fond, mais politiques perfides, ils évoqueront encore Torabre de la patrie ou le fantôme de l'empire.

La cour romaine, de son côté, dans ce dédale de prétentions opposées et de questions insolubles, ne perdra pas de vue son idée persévérante de la fondation d'un État pontifical. Elle fomentera dans ce but les querelles qui divisent les seigneurs et les républiques; et des guerres acharnées rempliront tout le quinzième siècle.

Mais cette fois les citoyens, n'ayant plus d'ardeur pour des combats qui n'avaient plus Tinlérèt d'un

mouvement national ou religieux, armèrent pour se défendre des troupes mercenaires. Les seigneurs, de leur côté, prirent des troupes semblables à leur solde. Cette mode devint bientôt générale; et cest là ce que les historiens ont appelé la crise militaire en Italie, la période des condottieri^ qui dura près de deux siècles. De plus en plus Tusage de ces armes mercenaires habitua les Italiens à s*éloigner des champs de bataille, et Tesprit militaire disparut entièrement.

Telle est l'explication de ce fait dont on a donné des raisons si diverses. Le désarmement des Italiens, nous le répétons, a été la conséquence fatale du découragement causé par la stérilité des luttes qui avaient duré plusieurs siècles. Après avoir repris cent fois et remonté si longtemps en vain son rocher de Sysiphe, le peuple italien sentit enfin qu'il avait devant lui un obstacle infranchissable. Alors, épuisé dans son patriotisme, il renonce à la fois aux armes et à l'idée d'une patrie.

Mais comme un peuple n'abdique pas ainsi en une heure, et que ses énergies vitales résistent longtemps, la crise se continua pendant tout le quinzième siècle par les seigneurs et par les troupes mercenaires. Et si les républiques ne donnèrent plus à ces combats le sang de leurs enfants, elles donnèrent leur or. Elles firent encore d'immenses sacrifices qui accusaient une indomptable vitalité. Elles déployèrent tout ce que peut inspirer le génie persévérant, jusqu'à ce

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