‹ L'ItalieChapitre 76 sur 196 · GUPIDTTË ET CRUAUTÉ DE SIXTE IV · texte numérisé non relu

GUPIDTTË ET CRUAUTÉ DE SIXTE IV

oour apostolique, rendus vénaux, furent mis presque publiquement aux enchères. Les plus riches bénéfices furent vendus en secret afin d'en dérober le prix. Le commerce des indulgences prit des proportions scandaleuses. Les impôts régulièrement perçus ne suffisant plus, les habitants de Rome furent soumis à des extorsions quotidiennes. Le commerce des grains fut monopolisé, et le prix du pain put ainsi être élevé à volonté au moyen de disettes artificielles. Horrible stratagème pour enrichir l'État de la détresse publique I

Sixte IV et Ferdinand de Naplès s'étaient associés pour exploiter leurs monopoles; ils s'entendaient pour faire de vive force un commerce ruineux pour leurs sujets.

Des famines périodiques s'ensuivirent, acconàpagnées de fièvres pestilentielles qui désolèrent la ville pontificale.

La cruauté est la complice inévitable de la spoliation. Sixle IV, insatiable pour ses favoris, sans pitié pour les souffrances de ses peuples, devint féroce quand il rencontra des résistances. Il fallait s^atteri()re à ce que la politique de ce pape, qui remplissait l'Italie de ses intrigues et épuisait ses propres États, produisit un malaise universel et exaspérât les masses. Du reste, les autres provinces italiennes n'étaient guère mieux gouvernées, et leurs souverains n'étaient pas moins égoïstes et moins perfides que Sixte IV. De sourdes colères couvaient de toutes parts.

En d'autres temps, quand les Italiens avaient le sen»

CUPUITÉ ET CRUAUTE DE SIXTE IV. i3À

timent de leur dignité et le souci de leur indépendance, on eûtvu éclater de formidables explosions. Hais, nous l'avons constaté, à mesure que Fespoir d'une pairie commune s'était évanoui, les Italiens avaient perdu toute énergie, tout ressort moral. Plusieurs tentatives furent faites, de 1476 à 1478, à Ferrare, àGénes, à Milan, à Florence. Aucune ne put aboutira une révolution. Les complots et les assassinats privés se multipliaient sans résultats et ne faisaient qu'aggraver la situation. C'est surtout dans les États de l'Église que l'anarchie était à son comble. Une guerre à outrance se faisait de château à. château, particulièrement entre les deux maisons ennemies des Colonna et des Orsini. Chaque jour des combats en plein soleil ou des meurtres dans Tombre ensanglantaient les rues de Rome. Un livre récent cite une page du Journal d'un contemporain qui donne une idée de l'état des provinces pontificales à cette époque et des pratiques violentes du gouvernement des cardinaux*.

* a Le !•' février 1445, on apprit que le vice-camerlingue, le seiimeur Paolo Orsini, et messer Giorgio Sania-Groce, commandant de ia garde du pape, avaient saccagé et détruit Albano. »

« Le 5, fut baimi de Rome et des terres de l'Église, avec toute sa famille, le seigneur Anlonello. i>

« Le 21 février, on assassina, pendant qu'il disait son oifice, le chanoine Santa-Groce. »

« Le 25, la maison Délia Valle prît les armes, sur le bruit que la garde papale voulait arrêter Bernardo délia Gorona, qui avait tué un Florentin. »

c Le 26, la population était si agitée, qu'on ne put célébrer les jeux du carnaval, v

<( Le 27, furent pendus aux l'enêtres du Gapilole les deux fils de

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Sixte IV poursuivit avec une fureur sauvage les Colonna, principaux adversaires de son neveu Riario. Rien n'arrête la vengeance de ce dernier, pas même l'offre faite par les Colonna de remettre au pape toutes leurs forteresses, soit de la ville soit des provinces. Des massacres souillèrent la moitié des palais de Rome; des quartiers entiers furent livrés aux flammes, parce que quelques habitants étaient suspects au pape. Le protonotaire Louis Colonna fut mis à mort après d'affreuses tortures, malgré la promesse faite à la mère par Sixte IV d'épargner la vie de ce malheureux ^

Faut-il s'étonner que cet homme sans honneur et sans entrailles, ait été le plus déloyal des alliés! Use fit un jeu d'abandonner sans scrupule les gouvernements qui lui avaient rendu le plus de services, dès qu'il y trouvait son intérêt. C'est ainsi qu'après avoir

Cola Santo de Ripa. Le même jour, on juslicia Antonio Arolto, sans sonner la cloche- Romanello et Cola Facovaccio eurent aussi la tête tranchée sans jugement. » V. Mary Lafon, Mille ans de guerre entre Home et les Papes, p. 69.

^ « La mère de celui-ci vint à San Celso in Banchi où gisait le cadavre, elle prit par les cheveux la tête séparée du tronc, et s'écria en l'élevant; « Voyez^ c'est la tête de mon fils; voilà la fidélité du pape! Il avait promis qu'il donnerait la liberté à mon fils^ si nous lui abandonnions Marino; il possède maintenant Marino; mon fils nous est rendu, mais assassiné. Voilà comme le pape tient sa parole !!!i^ V. Ranke, Histoire de la papauté pendant les seizième et dix-septième siècles jtv9ià. de M. de Saint-Chéron, t. I, p. 52.

SIXTE IV ATTEi:<T SON BUT. iZl

entraîné les Vénitiens dans une guerre contre le duc de Ferrare, il les abandonna tout à coup perfidement, entra dans la ligue opposée et lança une excommunication contre la république qui, indignée, voulut seule soutenir la lutte. Une année s était à peine écoulée, que ce même pape qui avait fulminé contre Venise, parce qu'elle persistait à faire la guerre, refusa de donner son adhésion quand cette ville conclut la paix avec la ligue.

De nouvelles luttes allaient recommencer, quand Sixte IV fut emporté, le 13 août 1484, par un accès de goutte.

Le but de François la Rovère était à peu près atteint : la féodalité était écrasée dans les États de l'Église. Dans Rome, les seigneurs rebelles étaient réduits à rimpuissance. Mais à quel prix ! et au profit de qui ? au profit d'une famille à laquelle Sixte IV, sous prétexte de travailler pour Tindépendance du saint-siège, eût voulu inféoder toutes les provinces pontificales.

Comme physionomie générale, le pontificat d'Innocent VIII u^est que la reproduction trop fidèle de celui de son prédécesseur. Moins le génie et Taudace de Sixte IV, c'est le même esprit d'intrigue, la même cupidité, la même corruption.

Innocent VIII avait acheté les voix des cardinaux.

138 INKOCBNT VIII.

Julien de Saint-Pierre (depuis Jules II) avait été le négociateur de ces marchés honteux. Pour l'en récompenser, le nouveau pape lui livra un grand nombre de forteresses, ainsi qu'à son frère Jean de la Rovère qui fut nommé capitaine général de rÉglise* Tous les autres cardinaul eurent des prélatures et des abbayes.

Trop faible et trop plongé dans sa vie de débauche, pour s'occuper lui-même des affaires publiques, Innocent livra le gouvernement à des favoris dignes de lui. Ses sept enfants naturels, qu*il reconnut publiquement, se partagèrent les emplois, les honneurs, mirent les finances de l'État au pillage. Tout devint vénal, même la justice, dans cette cour dépravée; les assassins étaient sûrs de l'impunité, pourvu qu'ils fussent assez riches pour payer leurs juges.

Pendant que le clergé de Rome, à l'exemple des cardinaux, vivait dans le désordre et se souillait de tous les crimes, on poursuivait impitoyablement tous ceux dont Torthodoxie était suspecte. Chaque jour des malheureux périssaient dans les flammes pour crime d'hérésie, de magie, de sorcellerie. C'est sous le précédent pontificat que l'inquisition reçut en Espagne une organisation nouvelle qui en fit, entre les mains de Ferdinand et dlsabelle, soiis le nom de tribunal du saint-office, une arme formidable. Pour ne rappeler qu'un souvenir entre mille, parmi les horreurs de cette époque, 170,000 familles juives (en tout 800,000 individus) furentchassées d'Espagne. Comme la reine avait des inquiétudes au sujet de bruits qui

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