ALEXANDRE TI. — JULES II
Nous nous serions abstenu même de prononcer le nom d'Alexandre VI, Rodéric Borgia, si ce pape, l'opprobre du monde chrétien, n'avait été lun des restaurateurs de la souveraineté politique du saint-siége. Il faut dire qu'il songea peu, en faisant rentrer les provinces pontificales dans l'obéissance, aux intérêts de l'Église. Son but unique était de créer des principautés à ses enfants, comme le but de Sixte IV avait été d'enrichir ses neveux.
Mais il fut plus habile que son prédécesseur. Celuici, pour réussir, avait épousé les passions d'un des partis qui se disputaient Tinfluence dans l'État ecclésiastique. Aussi sa victoire resta-t-elle incomplète.
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Alexandre YI flatta successivement les divers partis et les détruisit ainsi Tun après Fautre.
Deux partis principaux, ennemis irréconciliables, étaient encore debout, malgré les efforts de Sixte IV, les Orsini et les Colonna. Possesseurs de grands fiefs dans les provinces, et de palais fortifiés dans Rome, ils avaient vis-à-vis de la cour romaine, moins l'attitude de sujets que de vassaux insoumis ; et les deux partis continuaient entre eux, dans les rues et sur les places publiques, leurs luttes sanglantes. Ils se distinguaient par les vieilles dénominations de Guelfes et de Gibelins : les Orsini s'appelaient Guelfes, les Colonna Gibelins; mais ces mots n'avaient plus aucun sens; les deux parlis ne représentaient pas plus l'un que l'autre, soit Vidée de l'empire, soit l'idée de la papauté théocratique. C'était tout simplement deux maisons rivales, n'ayant d'autre intérêt que celui de leur propre grandeur.
Alexandre VI fut obligé de faire une longue guerre, jusque dans les murs de sa capitale, tantôt aux Colonna, tantôt aux Orsini.
Les provinces éloignées avaient secoué le joug encore plus complètement. Ancône, Assise, Spolète, Terni, etc., conservaient une administration républicaine. Les autres grandes cités étaient entre les mains de vicaires pontificaux qui s'étaient rendus à peu près indépendants.
La Marche presque tout entière était possédée par les Varini et les Fogliani qui régnaient, les premiers