CHAPITRE II
CLÉMENT Vn.
Clément VII, à Fopposé de son prédécesseur, était un homme d'État d'une habileté consommée. Également éloigné des habitudes de dérèglement et de prodigalité de Léon et des sévérités inopportunes d'Adrien, plein de tolérance et de modération envers les autres, en même temps qu'irréprochable dans sa conduite privée, il sut administrer ses États avec tous les ménagements qu'exigeait la situation la plus compliquée et la plus délicatequi se puisse imaginer * . S'il était un homme capable de se jouer avec les difficultés et de surmonter des obstacles de toute nature, c'était Clément VIL Mais, placé entre deux écueils, il devait inévitablement se briser contre Tun ou contre l'autre.
* V. Ranke, 1. 1, p. 90 et suiv.
172 CLÉMENT YII.
Une lutte à mort était engagée entre François 1*' et Charles-Quint. Quel parti allait prendre Clément? celui de Tempereur? C'était sans doute rester fidèle à la politique de toute sa vie ; c'était servir comme pape la cause qu'il n'avait cessé de servir comme cardinal; mais c'était oublier qu'il était Italien, qu'il était maître de la république de Florence, et qu'à ce double titre il devait être le champion de Tindépendance italienne. Celui des Français? c'était oublier qu'il devait à Tappui des Espagnols la restauration de l'État ecclésiastique, le rétablissement des Médicis à Florence; c^était détruire en un jour l'œuvre laborieusement accomplie par lui sous les pontificats de Léon et d'Adrien, dont il avait été l'inspirateur *; c'était encourir la colère de l'empereur, sans être sûr de sauver Findépendance de l'Italie en assurant le triomphe des Français.
Clément, s'il l'avait pu, aurait mieux aimé ne se jeter définitivement dans les bras d'aucun des deux adversaires, et les affaiblir successivement, selon la vieille politique de la cour romaine, en s'alliant tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre. Mais ce système de bascule n'était plus praticable; on était entré dans une crise décisive. Clément VII fut dominé par les événements.
Dès son avènement au trône pontifical, Clément VII sentit le poids de la domination espagnole. Les Espa-
* V. Ranke, t.I, p. 97 et 98.