L'1TALI
pieds d'onirerturcf. Le fameux pont de Rialto, àYenise, ne mesure que quatre-vingt-neuf pieds ; mais celui de Brioude, en Auvergne, en a cent soixante-douze.
Quoique TAdige ne paraisse pas considérable, ce fleuve devient parfois très - dangereux ; les débordemens de tyby inondèrent une grande partie de la ville , et renversèrent le pont Jelle Ne\n; ceux de 1767 à 1776 ont aussi causé beaucoup de dommage.
Visitons maintenant les monumens principaux qui ornent )a ville dé Vérone, dont nou« connaissons la situa* tlon et les divisions principales. L'ann pbith'éâtre est tellement à part des autrea édiikes de la ville, que nous avons d6 le signaler d'abord au lecteur, il est d'antres monumens qui méritent aussi une mention particulière ; parmi ceu)c-]à viennent au premier rang quelques églises , que ne désavouerait pasméme laeapitaledumondecbrétien.
Nous avons déjà fait remarquer Tinfluencedes croyances religieuses sur le caractère des arts et de Tarchitecture en général. On ne doit donc pas être étonné que le dogme chrétien ait si puissamment occupé le génie des peintres et des sculpteurs dans les provinces qui a voisinent le trône du souverain pontife, et que les plus beaux monumens soient ceux qui sont consacrés au culte du Christ.
A Vérone, comme dans beaucoup d'autres villesdltalie,la prindpaleéglise n'est point la cathédrale, maisl'église de quelque saint populaire, puissant par la parole, et bienfaiteur du pays; c'est ainsi que Saint- ZénoB, Saint- Antoine , Saint-Pétnme, sont véritablement les premiers écKfices r^gieux de Vérone, de Padoue et de Bologne, fort supérieurs à la cathédrale, avec son archevêque titré et ses chanoines oisifa.
Nous ne parlerons de Péglise Sainte^ Hélèneque parcequele 1 3 janvier, liao, on vit un homme pauvre , exilé , soutenir en latin, dans ce monument et devant une assemblée nombreuse, une thèse sur la terre et sur l'eau. Celui qm avait choisi cet étrange sujet de ^ssertation était le plus grand poêle de son temps , et l'uB de ceux qu'on admire encore le plus de nos jours : c'était le Dante ! Nous ne citerons anséi l'église Saint-Bernardin qu^à cause de sa chapelle Pellegrini, véritable petit temple ,Ghef-d'cetivre de Sim-MieheK.
Si dans les œuvres littéraires qudques pages tulEsent pour indiquer \à portée des esprits supérieurs, il doit en être de même dans les besfnx^rts; laehapelle Pellegrini dêtofle donc tout le génie de son habile architecte. Tette est son heureuse disposition, \n beauté de sa hittière , la qualité singulière de sa pierre, nommée broniine, q«ie cette charmante merveille semble n'être achevée que d'hier , quoique ài]K die compte trois siècles d'existence.
n y est bien encore une certaine église de Saint-Sébastien , puis une autre tiommée Sainte-Marie inOrgano, dont la sacristie était citée comme la plus belle de l'Italie, et une troisième enfin , celle de Saint-George Majeur, qui toute s les trois mériteraient les honneurs d'une description , tant par les chefs-d œuvredcpeintures qu'elle^contiennent^ que par les omemens qu'elles doivent à la sculpture. Mais nous épargnerons au lecteur ces détails toujours ennuyeux, et même sinous avons bobk mé ces édifices , c'était afin d'avoir occasion de parlerde San-Micheli , leur auteur. Cet artiste extraorcRnaire est le constructeur universel de Vérone , comme Palladio est celui de Viceacc ; palais, chapelles, tombeaux, portes, ponts,
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San-MicTieli d tout fhit. Ôâ lui doit même de superbes reiiiparts , chefs-d'teu- Trê d'architecture militaire, etdont là démolition fut uiïe des conditions du traité de LunéTillè. Oïl peut juger par leà débris du bastion d'Espagne, pat celui dette Soccare^ encore intact, de la solidité de ces fortifications.
La bibliothèque du chapitre n'a pu échapper au pillage littéraire de ces derniers temps ; plusieurs manuscrite et tsLteh éditions i?ont point reparu depuis , et la science a beaucoup perdu à toiitesce^acquisitionsTiolentes. Malgré cerandalisme^ Yérone est célèbre par les f;ens de lettres qu'elle a produits. Pliné le naturaliste, Catulle, YUruTe^Cornélius Népos, Erailius Bfaèef, et beaucoup <}'autressont comptés parmi scè anciens citoyens. On met au nombre des moderiteà, Fracas toro , iàathématidéa,médec!ù et poète distingué. Pracastorô ttest plus qu'un nom^ et cepetrdantilfutntt des premiers hommes de ^on^ècle. Sa ▼te honorable et pore ajouteencorèà Pad; miration qu'inspirent ses talens. Géné^ reui, sensible, secourable,c'e8tàIncaffi, colline an euTirons Aé Vérone , qufil jouissait des vrais biens de l'ftme, les lettres et famiCié. C'est \h que , pendant une peste qui ravageait ta Tille , il composa ce poème si c&aste, dootle titre Fest beaucoup moins (ta SyphfHs), cet ouvrage charmant , où Ton trouve une Sensibilité véritable et une émo-' ticm exquise de fàme, à la fois éprise âtû bèantéa Je la nature et passionnée poorte bien du pays. On éroiraît entendire comme on écbo lointain , mais sonore, des chants dha cygne ëe Mnntùoe. Certes , un pareil jugement paraîtra extraordinaire a ceux qui , sur \st M d*tni titre trompeur, etoiront ne trouver dams le poëme de Fracastoro quedes descriptions relatives à un mrf immonde!
Les environs de Vérone ont donné naissance à Jules -César Scalîger, cet homme exlnidrâtiiaii-e , dont on disait qu'il n'y avait point eu de plus grand philosophe depuis Aristote , pas de plus grand poëte depuis Virgile, pa^ de plus grand médecin depuis Hippo* crate. Les arts ont aussi de ïiobles représentans à Vérone. Cette ville cite avet orgueil les noms des deux Ricci, de f Orbetto et de Sartori ; mais à la tète de tous ces artistes il faut placer Paul Véronèsè , devenu si célèbre pa^ la fertilité de son imagination , par IsL vérité de ses couleurs , et par le beau iiaturel de seâ expressions. Venise possède de lui une Apothéose , qui toutefois ne fit pas autant dlionneur à Paul que lès différentes Chnes <^on doit i son pinceau. La plus célèbre est celle qu'ont appelle les Noces de Cana , dont on a fait un grand nombre de copies* Chose extraordinaire ! cette vaste composition qui contient phis de cent trente figurés, ne fut payée que quatre cents francs de notre monnaie ! Assurément, à ne juger que par ce fait , le siècle où vivait Paul Véronèsè ne fut point cdui de FAge d or. Le caractère dé cet attiste était dotix, aimable , Kbéral. Nous né saurions mieitx terminer ce qui le concerne qu'en prenant entre mille un des traits qui prouvent la délicatesse dont fl était doué. Oh faccneilRt un jour avec bonté dans une viHe éituée près de Venise ; iF passa quelque temps au sein d'une aimable famille. Lorsqu^iT fut parti, le' hasard cond'nisit le maître de la maison dans la cfaambreqn^I avait occupée.
Quel ne fut pas fétonnement du propriétaire en apercevant un beau tableau représentant la famille de Darius ! On apprît bientôt que c'était un cadeau du peintre délicat et reconnaiss«int. Cetou-< vrage, quoique fait à la hâte, puisque
Véronèse n'avait pu lui consacrer que quelques heures prises à Tinsu de tout le inonde , pendant son séjour à la Tilla j étaitplein de charme et de talent.
Avant de quitter Vérone, consacrons quelques instans à visiter ses palais ; le plus beau est celui que fit construire Louis Canossa, Les rois et les empereurs habitèrent cet édifice , du haut duquel la vue domine toute la pompe de l'Adige. Le palais Ridolfi est sinf^lièrement curieux , à cause de sa collection de portraits et de costumes du moyen âge. Quant au palais Bévilacqua, il a perdu le précieux musée, qui , pendant deux siècles , fit sa réputation.
Nous ne passerons pas auprès du marché aux herbes, sans remarquer une colonne qu'il suffisait autrefois aux débiteurs d avoir touché pour être à l'abri des poursuites de leurs créanciers; c'était un frein étrange , et qui prouve à sa manière l'intention de prévenir les rigueurs de la contrainte par corps f si redoutable chez les peuples libres.
Dans le quartier de la ville , appelé F'eronetta^ on voit aussi quelques monumens anciens et modernes i entre autres un grand portique (PL 2^7 ), ap- -peléportade BorsarijOÙ, se trouve une inscription qui date du temps de TempereurGallien. Lesjardinsdu palais Giusti s'étendent aussi de cecàté: on y jouit d'un beau coup d'œil ; non-seulement on découvre toute la ville, mais encore une immense étendue de pays jusqu'aux montagnes des Alpes, parmi lesquelles domine le Monte Baldoj surnommé le jardin des Alpes.
Ce fut sous Tinfluence d'une impression qui n'était pas moins vive que celleque j'avais éprouvée au premier aspect de Vérone , que je m éloignai de cette ville intéressante. En effet, elle
réunit de beaux monumens de toutes les époques de l'antiquité , du moyen ige et de la renaissance. Aux peintres , elle offre de belles collections ; aux paysagistes , des environs poétiques ; elle fournit même son tribut aux sciences naturelles. On connaît, en effet ^ la terre verte , les poissons pétrifiés, et les dalles de pierre blanche du territoire de Vérone. Enfin , ce quartier général autrichien, pour le royaume Lombard , produit encore l'effet d'une belle capitale.
Avant de nous rapprocher de l'ouest de l'Italie , jetons un coup d'oeil sur les contrées que nous laissons au sud^st de la Vénétie propre. Là se trouve une vallée appartenant aux Alpes, dites anciennement Rhétiennes , et qu'on nomme depuis sept ou huit siècles le Tyrol , du nom d'un château où demeuraient autrefois les maîtres de ces contrées montueuses. La rive gauche de l'Adige, qui est restée à la maison d'Autriche par les traités de Gampo-Formio et de Lunéville , tient immédiatement au pays vénitien, et lui est d'un plus grand avantage qu'au duché de Milan , dont elle se trouvait séparée par une grande partie duVéronais, par le Bressan et par le Bergamasque. LesTyrréniens, maîtres jadis d'une grande partie de la péninsule , chassés des rives du Pô par les Gaulois, se réfugièrent dans les Alpea, sur les rives de l'Adige, se mêlèrent avec les anciens habitans de ces Alpes , et en contractèrent la férocité et la barbarie.
C'est l'idée qu'en donne Tite-Live , en parlant d'eux à une époque fort antérieure à là guerre qu'on leur fit sous Auguste. Cette idée est assez conforme à celle qu'Horace exprima dans deux de ses odes les plus sublimes. Mais il y a bien de l'apparence que les poëtes et les historiens ne parlaient que des
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Rhétiens septentrionaux et du Tyrol allemand, et tout au plus de ceux de réyéché de Brixen, particulièrement nommés parmi les peuples qu^on avait subjugéa. Ce qu'on appelle Tyrol italien , depuis les frontières du Véronais jusqu'à Trento, a dû être beaucoup pins tàt civilisé ; et depuis que ce pays se trouve sous la même domination que le Milanais , on en a tu sortir des hommes de grands talens , qui cmt beaucoup contribué au soutieti •t à l'éclat des établissemens littéraires de la Lombardie autricbienne; Il étail naturel que les Tyroliens deRovérédo et de Trento , plus voisins de Vérone et deV icence, devançassent, dans la cultu^ re des arts , ceux établis au nord,au delà delà montagne du Brenner, quidivisele Tyrol en deux parties; Tune italienne^ Vautre allemande. Trento même, capitale très-çonnue de la première partie, a donné à la république des lettres beaucoup moins de savans , de littérateurs et d'artistes queRovérédo.Est-ce par modération , par imprévoyance ou par mépris , que les Vénitiens n'occupèrent pas ce pays sous le faible empereur Frédéric ui ?
Quoiqu'il en soit, cette contrée, qui possède tant de richesses naturelles, est devenue célèbre par lesouvenirdu|p6ëte Catulle , qui a immortalisé les eôtes de Sermione et les bords pittoresques du lao de Garda. En jetant de loin les yeux vers eeslieux queje ne pouvais apercev(Âr, et i bereé par une rêverie littéraire i j'étais frappé de voir nés dans le nord les premiers poëtes de l'Italie aneienne , de l'Itidie moderne et de la France 4 Catulle^ Virgile, Pétrarque, Dante, Boccacè, Arioste, etc. Comme si le génie poétique avait encore plus besoin des méditations et du secours de la raison , que des sensations éclatantes et idéales du soleil 0t de la lumière.
Le chemin de Vérone à Mantoue est d'environ sept lieues. Sur cette route on trouve le village de Roverpella, auquel on arrive par un terrain couvert de cailloux , mais très-abondant en plantations de mûriers. On passe ensuite entre douze moulins à blé , situés sous une espèce de portique ou galerie couverte, et qui sont mus par la chute des eaux que fournit leMincio. Bientôt on aperçoit, àii milieu d'un lac formé par ce fleuve , une ville tellement engagée dans les marais, qu'on ne peut l'aborder d'aucun côté que par des chaussées étroitesi Cette ville est la poétique Mantoue.
Virgile et Juleà Romain semblent être ^ par le génie, des souverains sublimes de cette cité) le premier règne aux champs , le second à la ville : si les tableaux , les beautés du poète se retrouvent et se développent encore aux environs de cette belle cité , l'artiste en a fait le plan, il l'a bAtie , peinte , décorée, « Cette Ville n'est pas la mienne, disait le duc Frédéric GonzfTj^a^ mais celle de Jules Rotnain. » Il est donc nécessaire de visiter Mantoue, afin d'avoir une juste idée de la puissance du talent de ce peintre, etl'oii ne sait Véritablement ce qu'il vaut qu'après Tavoir apprécié là. Mantoue, malheureusement , ne se trouve point sur l'itinéraire direct et invariable des eurieux qui courent ritalie, et elle échappe ainsi à la plupart d'entre eut.
Cette ville passe pour être beaucoup plus ancienne que Rotoe, et fut fondée, dit-on, par lesanciensÉtruriens ou Toscans, trois cents ans avant la naissance de Rome. On croit queson nom vientde Mantua ( divination) , soit qu'on vou* lut indiquer que sa fondation avait été de bon augure, soit qu'il y eut des oracles en cet endroit. Dans le partage
des triumvirs , Mantoue échut à Antoine ; lorsqu'ensuite Auguste se fut emparé du sceptre impérial , il donna les terres des environs de Crémone aux vétérans de son armée. Une partie du territoire de Mantouefut même comprise dans -cette division. C'est àcette circonstance que Virgile fait allusion en disant:
Mantua y« mueras niminm ticina Cremon».
£cL. IX, V, a8.
Mais la grande division des terres , dans laquelle Virgile perdit son patrimoine , avait eu lieu dix ans aupara« vant. Mantoue eut beaucoup àsoufirir dans l'iiruption d'A ttila .11 rencontra le pape saint Léon près de cette ville » et ce fut à sa sollicitation qu'il renonça au projet d aller faire le siège de Rome.
Mantoue fut prise par Alboin ; les Grecs de Ravenne Tenlevèrent aux Lombards, mais elle fut reprise par Agilulfe. Cbarlemagne la fortifia, et Ton a prétendu qu'il Tavait donnée au.
pape. Lotbaire publia un de ses capitulaires à Mantoue. On y tint un concile lors du schisme élevé entre le patriarche d'Aquilée et celui deGrado.
Après la mort de Bérenger^la ville fut inquiétée par les Hongrois. JeanI", évéque de Mantoue, et qui en fut gouverneur, la céda à BonifacedeCanossa; les empereurs confirmèrent cette inféodation à la même famille, et ce fut ainsi qu elle passa à la fameuse comtesse Mathilde , en 1064 ; le pape Alexandre u y tint un concD^ contre l'antipape Cadiolus. Après la mort de Matbilile, les empereurs accordèrent plusieurs privilèges à cette ville. Ezzelino voulut s'en emparer ; mais elle fut secourue alors par Sordello Visconti , beau -frère d'Ëzzelino, et les habitans le choisirent pour leur seigneur. Après sa mort , ils reprirent le gouvernement
républicain ; mais un des capitaines de la république , Pinamonte Bonacolsi , ou Bonacorsi, s'en rendit maître vers Tan i^ji' Cette partie de l'histoire de Mantoue étant la plus intéressante , nous lui donnerons ici quelques légers développemens. Passerino de Bonacorsi, seigneur de Mantoue et de Modène , avait perdu la dernière de ces deux villes par une sédition populaire , dès le 5 juin 1827. Les Guelfes et le légat Bertrand du Poïet étaient accourus au secours des insurgés, qui leur avaient ouvert leurs portes. Mais Passerino était demeuré souverain de Mantoue :
depuis plus de quarante ans cette ville était soumise à sa famille. Défendue contre une agression étrangère par les lacs au milieu desquels elle est située , Mantoue paraissait aussi n'avoir à redouter aucune révolution intérieure.
Le peuple avait perdu depuis long-' temps le souvenir d'une liberté qu'il avait h peine connue ; les grands étaient soumis : ils étaient caressés par le seigneur, et admis à sa confidence; enfin on connaissait la prudence, la richesse et la valeur du prince, qui passait pour le mieux afiermi sur son trône, detouslesseigneurslombards. CJne offense privée, suite de l'arrogance du fils de Passerino, sufl[l| pour causer sa ruine.
Les mœurs des jeunes gen8> sévères dans les républiques , étaient licencieuses dans les principautés lombardes.
Les seigneurs eux-mêmes auraient redoutél'austèreindépendanced'unhoramechaste et sobre. L'exemple de la cour invitait à la mollesse ; et les gentilshommes, pour lesquels aucune carrière ne demeurait ouverte, faisaient des plaisirs leur unique affaire. Le fils de Passerino avait pour amis et pourcompagnons de débauche ses trois cousins, les fils de Louis de Gonzaga : l'un de ceux-ci, ayant excité la jalousie du prin-
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ce, le jeune Booacorsi^ dans sa brutale colère, jura de venger sur la propre femme de Filippino .Gonzaga Vinfidélité supposée de sa maîtresse , et de la déshonorer sous les y eus de son mari.
Les trois frères Gonzaga, et leur ami Albert Saviola, se concertèrent pour prévenir cette injure, et pour punir le fils du tyran d'avoir osé les menacer. Us demandèrent secrètement , des secours à Gan délia Scala, seigneur de Vérone , et ils en obtinrent ; car les princes voisins, toujours jaloux les uns des autres , étaient prêts à se nuire mutuellement. Filippino Gonzaga . s'était retiré dans ses terres , sous prétexte de soigner ses moissons ; et il avait choisi , pour y travailler, des ouvriers sur le courage et l'afiection desquels il pouvait compter. Dans la nuit du 1 4 août i3si8, il leur distribua des armes , il les réunit aux gendarmes que Gan délia Scala lui avait prêtés, et il les conduisit devant la porte de Marmirolo , que son frère s'était fait ouvrir , sous le prétexte d'une intrigue de galanterie qui l'appelait à la campagne. La garde de la porte fut surprise ; et les conjurés traversèrent la ville en appelant le peuple à secouer le joug de Passerino et à détruire ses gabelles. Ce seigneur , qui accourut à cheval au devant de ses ennemis , fut tué sur la place; son fils fut jeté dans une prison, dans laquelle il avait fait mourir le vieux seigneur de la Mirandola, et il fut tué par le fils de ce gentilhomme.
Louis de Gonzaga , beau-frère de Passerino et père des conjurés, fut pro« clamé par eux seigneur de Mantoue.
Ses descendans ont long -temps conservé cette souveraineté. Mais en 1 797 les armées françaises vinrent détrôner pour toujours leur dynastie. Je ne puis me refuser au plaisir de donner ici quelques détails sur ces événemens de
notre histoire moderne. Toutes ses pages, à cette époque, sont si brillantes qu'il est doux d'avoir à les feuilleter.
A la fin de 1 796 , la cour de Vienne adopta un plan nouveau qui se liait avec les opérations de Rome.
Elle ordonna de faire deux grandes attaques , la principale par Montebaldo, la seconde sûr le bas Adige,par les plaines du Padouan : elles devaient être indépendantes l'une de l'autre. Les deux corps d'armée se réuniraient devant Mantoue. Le principal devait déboucher par le Tyrol; s'il battait l'armée française , il arriverait sous les murs de Mantoue^ et y trouverait le corps qui s'y serait porté en traversant l'Adige. Si la principale attaque échouait et que la seconderéusstt,le8iégede Mantoue serait également levé et la place approvisionnée ; alors ce corps d'armée se jetterait dans le Serraglio , et établirait ses communications avec Rome; Wurmser prendrait le commandement de l'armée qui se formait dans la Romagne , avemes cinq mille hommes de cavalerie , son état major et sa nombreuse artillerie de campagne. La grande quantité de généraux , d'officiers et de cavaliers démontés qui se trouvaient dans Mantoue , serviraient à discipliner l'armée du pape , et à former une diversion qui obligerait les Français à avoir aussi deux corps d'armée , l'un sur la rive droite, l'autre sur la rive gauche du Pà. Un agent secret fort intelligent, envoyé de Vienne à Mantoue, fut*arrété parune sentinelle, comme il franchissait le dernier poste de l'armée de blocus. On lui fit rendre sa dépêche qu'il avait avalée; elle était enfermée dans une boule de cire* à cacheter. C'était une petite lettre écrite en français, en caractères très-fins, signée de l'empereur François. Il annonçait à Wurm-
set qu'il serait incessamment dégagé.
Mais la bataille de Rivoli vint porter la terreur dans Tâme des armées coalisées contre la France. Bientôt Wurmser comprit qu'il n'avait plus rien à espé* rer. On le somma de se rendre ; il répondit fièrement qu'il avait des vivres pour un an. Cependant, à quelques jours de là , Klénau ^ sbn premier aide de camp » se rendit au quartier géné> rai de Serrurier. Il protesta qtie la gai^ nison avait encore pour troia mois de vivres; mais que le maréclial ne croyant pas que l'Autriche pût dégageir la place à temps, sâ conduite serait ré« glée parles conditions qu'oûlui ferait»
Serrurier répondit qu'il allait prendre les ordres du général en chef à ce sttj«t.
Napoléon se rendit à Roverbella) il resta incognito enveloppé dans son manteau pendant que la oonversation s'engagea entre les deux généraui. Klé»
nau, employant tous les moyens d'usage Y dissertait longuement sur les grands moyensqui restaient à Wurm-^ ser, et la grande quantité de irivres qu'il avait dans ses magasins de réserve^ Le général en chef s'approcha de la tahle, prit la plume ,et écrivit pendant près d'une demi- heure ses décisions en
• je marche sur Rome. Vous connaissez » mes intentions , allez les dire à votre «général.» Klénau, qui n'avait rien conçu aux premières paroles , ne tarda pas à juger à qui il avait aflaire. Il prit connaissance des décisions dont la lecture le pénétra de reconnaissance pour un procédé aussi généreux et aussi peu attendu. Il ne fut plus question de disiimuler ; il convint qu'ils n'avaient plus de vivres que pour trois joura.
Wurmser fit solliciter le général français , puisqu'il devait traverser le Pô , de venir le passer à Montoue , ee qui lui éviterait beaucoup de déidttraTt de mauvais chemins ; mais déjà tous les arrangemens étaient disposés. Wttha* ser lui écrivit pour lui exprimer toute sa reconnaissance ; et , peu de Jottf s après, il lui expédia un aide de camp à Bologne pour l'instriiitv d'une trame d'empoisonnement ^ui derait mrmv lieu dans la Romagne, et Itii donna les renseigoemens nécessaires pour s'en garantir. Cet avis fut utile. Le général Serrurier présida aux. détails de la reddition de Mantoue, et vit défiler devant lui le vieux maréchal et tout Té^ tat major de son armée. Déjà Napoléon était dans la Romagne. L'indifiérenœ
marge des propositions de Wurmser , ^^^ laquelle il se dérobait au spectacle
tandis que la discussion durait toujours avec Serrurier. Quand il eut fini ;
• Si Wurmser, dit-il à Klénau,
• avait seuIcMnent pour dix-huit ou » vingt joursde vivres, etqtt'il parlât de » se rendre , il ne mériteri^it aucune câ-
si flatteur d'un maréchal de grande ré^ putation , généralissime des forcés Sih trichiennes en Italie , à la tête de sab état major , lui remettant son épée , fut remarquée dans toute VBurope.
Si je me suis étendu longu«aaent sur
»pitulation honorable; mais je respecte la prise de Mantoue par les armées
» l'âge, la bravoure et les malheurs du françaises , je serai bien plus bref en
» maréchal : voici les conditions que parlant des événemens qui suivirent
»je lui accorde, s'il ouvre ses portes cette importante capture. Il suffira de
«demain. S'il tarde quinze jours, un dire que le commencement du siècle
» mois, deux mois, il aura encore les dernier,fut l'époque à laquellele duché
» mêmes conditions; il peut attendre de Mantoue tomba définitivement entre
» jusqu à son dernier morceau de pain . les mains de l'Autriche.
«Je pars à rinstant pourpasserlePô,et Lorsqu'on parcourt la ville, on re^
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marque arec plaisir la propreté des rues , dont plusieurs sont bordées de portiques anciens, soutenus par des pilastres ou des colonnes, surmontées de beaux chapiteaux. Les embrasures des fenétrep, les portes élégamment sculptées, prouyent que le goût se joignaitautrefoisà la magnificence. Plu« silBur^ palais ont d^s créneaux : c'était UA des priyiléges de la noblesse. Ëo un i>^^ 9 U grandeur des places , la somptuosité des édifipes, tout apnonceune yille qui a tenu un rang important; mais Mantoue, devenue seulement plac^ de gfieri^ , a perdu son intérêt et son çfuipne ; ce n'est plus q^ Mnç belle paseme entourée de Testes miigasins.
Cei état fâcheux, et l'insaliibrité de Vfûr, put diminii^ le nombre des babitans : on dit qu'il est encore de vingtçii9q mille, maison compte probablement la garnison; les babitans sont distribués dans une circonférence de cinq milles.
L'ancien palaisducal, appelé aujourd'hui carte impériale j est un vieux monument , vaste, irrégulier, caractéristique I et reconstruit en partie par Jules Romain • Ce palais respira dnns sa tristesse et son abandon la magnificence de ce marquis de Mantoue , François Gonzaga , prédécesseur de Frédéric , dont la représentation , au dire du comte Castiglione , était plutôt celle d*un roi dltalieque du seigneur d'une simple ville. Les Gonzague, au lieu d'usurper la souveraineté de leur patrie aux dépens de sa liberté , renversèrent l'insolente tyrannie de la famille . des Bonaccorsi , à laquelle ils étaient alliés; capitaines , généraux , marquis et ducs de Mantoue, ils firent singulièrement fleurir les lettres et les arts , malgré la petitesse de leur état et les guerres fréquentes auxquelles ils furent mêlés. Philelphe et Yictorin de
Feltre, l'ami prudent de Poggio, professèrent à Mantoue ; Mantegna y fonda son école de peinture ; Léon-Baptiste Alberti son école d'architecture , et ces grauds artistes eurent pour successeurs Jules Romain et son camarade le Primatice.
Le cabinet et le trésor de Mantoue étaient fameux dans le commencement du dernier siècle; mais lorsque le général des troupes de l'empire, Colatto, eut pris cette ville d'assaut, le 18 juillet i63o , elle fut mise au pillage \ toutes les choses curieuses qui avaient coûté des millions tombèreiii entre les mains des troupes victorieuses, e( furent dissipées par des gens qui n'en connaissaient p;is le mérite; un simple soldat avait fait un butin (le huit mille ducats, qu'il perdit au jeu dans la même nuit ; le général Colatto le fit pendre le lendemain.
L'académie des beaux-arts de Man*toue possède quelques tableaux précieux. Le musée desstatues, placé dans une longue galerie, sert de yestibuleà la bibliothèque, qui contient quatrevingt mille volumes et mille manuscri ts .
Parmi ces derniers, un Virgile peu ancienfut pris ainsi quel'indiquerinscription actuelle , au mois de vendémiaire an TU. Il était véritablement odieux d arracher un Tirgileà Mantoue : une pareille relique dans un temple semblable devait être sacrée. Au reste, ce n'est pas la seule profanation de ce genre qu'ont éprouvée les monumens qui rappellent Tauteurde l'Enéide. Son image vénérée qu'on peut voir aujourd'hui près de la place du Broletto, sous un portique gothique attenant à l'ancien palais de la commune, fut autrefois enlevée et remplacée par un simple plâtre. La réputation de Virgile a été si grande et si générale dans l'empire romain , qu'on y multiplia ses images à l'inOoi.
AlezandreSévè rc les plaçait paroii du poëte qui a illuàtré cette cité. Il celles des dieux , et pour citer un temps n'est point de voyageur un peu lettré plus moderne , on sait quels honneurs qui , aulieu de mettre dans ses poches
le général MioUis, par ordre du gouyer-»
nement français, rendit aux bustes du diyin poëte de Mantoue. Dans tous les temps, les hahitans de Mantoue se sont distingués par leur vénération pour la mémoire de leur illustre concitoyen.
Ghio et Smyme ont empreint sur leurs monnaies l'image d'Homère ; les Mityléniens celle de Sapho sur les leurs:
les monnaies de Mantoue , dont les premières ont été frappées vers la moi* tié du douzième siècle , portent toutes le nom et l'image de Virgile , associée au nom et même à l'image d'un évèque. Enfin , Fimage du chantre des combats d'Elnée flottait sur les bannières mantouanes, et menait le peuple yirgilien â la victoire.
La bibliothèque de la ville possède de nombreux manuscrits du père Bettinelli, parmi lesquels on remarque plusieurs lettres de Voltaire. Bettindli , malgré ses connaissances et son mérite personnd , semble un de ces littérateurs du dernier siècle, qui durent leur renommée plutôt à de nombreux rapports littéraires et à leur correspondance avec quelques hommes illustres, qu'à la supériorité de leurs propres ouvrages : c'est de lui qu'un Italien a dit spirituellement qu'il avait acquis la plus grande partie de sa gloire à la poste aux lettres.
En parlant de la bibliothèque de Mantoue, nous sommet tout naturellement conduits à citer la Tipografia Virgiliana^ nom donné à la principale imprimerie delà ville , qui , malgré un titre si beau, n'avait pas encore produit elle-même, en 1827 , une édition de Virgile. Certes , si l'on a droit d'attendre à Mantoue quelque publication indigène , c'est celle des œuvres
de la terre ou des cailloux de Piétole ( l'ancienne Andes , lieu précis de la naissante du cygne mantouan), ne préférAt emporter un Virgfle édité dans la patrie du poète.
Mantoue cite avec orgueil sa cathédrale, qu'on peut mettre au rang.de* plus beaux temp les d'Italie. On vénère dans cette basilique le corps de saint Anselme, qui, après avoir été évéque de Lucques , passa au siège épiscopal de Mantoue , bientôt édifiée par ses vertus. Ce saint prélat avait demandé à être inhumé dans le monastère de Polirone : Bonizone, évoque de Sutri, rencontra la pompe funèbre , et s écria aussitôt : « Un évéque doit être inhumé dans son diocèse : une si grande lumière ne doit pas rester cachée. » Le peuple, enflammé par ces paroles , enleva le corps aux mains des religieux qui le portaient , et le plaça dans le lieu qu'il occupe aujourd'hui.
Baptiste Spagnuoli , sumonmié le Mantouan, est aussi enterré à la cathédrale. Après Virgile il n'est pas unpoëte qui ait été plus admiré que ce versificateur d'une renommée de mauvais aloi.
Certe, à ne le juger que d'après le nombredesesproductions, il parât trait bien supérieur à Virgile. Il composa plus de soixantemille vers ! Mais^ malheureusement pour lui, les poètes ne sont pas comme les négocians, qui se dédommagent de l'infériorité et du bas prix de leurs marchandises en en vendant le plus qu'ils peuvent. Les poésies du Mantouan ne prouvent qu'une facilité pernicieuse. Esprit fort et crédule pourtant, dévot et tout à la fois licencieux , car , malgré son caractère d'ecclésiastique, il chanta l'amour en homme qui en a goûté avidement tous les plai-
]>E VENISE A MILAN
Mrs, le Maolouan ne parait pas avoir toujours été fort bien accueilli par les femmes. Il fulmina contre elles, sans doute par esprit de vengeance, une satire bien moins poétique, mais bien plusTirulente que celle deBoileau. Géographie , fable , histoire , religion , le Mantouan atoutabordé, toutmisenœuvre, presque toujours sans goût et sans mesure , quelquefois cependant avec esprit et avec grâce. Là il représente la Vierge jouant une ridicule églogue avec un berger païen. Ici une corneille et une poule d'eau se livrent à des méditations pastorales tout'^à-fait touchantes. Tantôt le poète s'élève avec force contre les abus du clergé de son temps, et contre les croyances gros« siéresde ses contemporains; tantôt il reconnaît Tenchanteur Merlin pour un vrai prophète ; il va même jusqu'à admettre l'histoire fabuleusedela papesse Jeanne , ainsi qu'on peut le voir dans les vers suivans :
Hic pcndabat adhùc tomm meoUU TÎrUem, FcnDÎna cni tripUci Ghrygiam diademaU mitram, Extollebat apei^, et pontificalia advlter.
(Mahtija , Eglo.^ oet )
Voici comment Florimond , vieux poëtc français, a traduit ce passage dans son Antipapesse:
Je Tj en nng gibet cette fine femelle Qui , trarefUe en homme ^ et feignant un laint zèle, Jusqn an aiége papal , par ruse était montée : Or, avait car son chef, cette femme effrontée, Le triple diadème , et «on paîlliard était Auprès d*elle pendu , qui son mal détestait t
L'église de Saint- André , vta des premiers et un des plus purs o^ivVages de la renaissance , possède dfe*nbbles mausolées. Le premier qui frappe les jeux est celui du marquis Jérôme Andréasi et de sa femme Hyppollte Gonzague : plus loin on voit le tombeau deMantegna^ placé dans lâcha* pelle du même nom. André Mantegna
peut être considéré comme le restaurateur de la peinture en Italie après l'invasion des barbares. Il naquit à Padoue, mais c'est à Mantoue qu'il se fixa avec sa famille , sous les auspices du noble et généreux marquis Louis de Gonzague.
La relique la plus vénérée de saint André est le célèbre sang de Jésus- Christ ,.conservé dans une double fiole de forme cylindrique, dont le travail a été faussement attribué à Benvénuto Gellini.
Je rapporterai l'histoire de ce reste précieux, telle qu'elle s'est conservée parmi les habitans de Mantoue. Au nombre des soldats qui furent envoyés par Pilate pour rompre les jambes aux trois crucifiés , il y en eut un, appelé Longin par les pères et les docteurs , mais dont le nom ne se trouve point dans l'Évangile : ce soldat recon« nut que Jésus était mort, et qu'ainsi la fracture serait en pure perte ; pour mieux se convaincre que la victime avait cessé bien réellement d'exister, il lui perça le c6té avec sa lance , il sortit de la blessure un sang mêlé d'eau , dont quelques gouttes atteignirent par hasard les yeux du Romain , qui avait ordinairement la vue trouble : aussitôt il recouvra l'usage de cet organe dns toute sa perfection. Touché de ce miracle , Longin recueillit dans un vase tout le sang qui était à terre, et prit aussi l'éponge imprégnée de fiel et de vinaigre; il garda précieusement ces trésors, rechercha les instructions des apôtres, et reçut avec eux le Saint-Esprit et le don des langues le jour de la Pentecôte. Longin quitta Jérusalem avec l'éponge , la lance et le précieux sang :' illaissa la lance à Antioche ; ensuite il s^embarqua pour Tlsaurie , sa patrie, et la volonté de Dieu le fit aborder sur uoe plage de TAdria-
yiTALIE.
tique, d'oùil se rendit à Mantoue, et s'y fixa. Gomme il craignait surtout de perdre les trésors précieux qu'il avait conservés, il les enferma dans une boite de plomb; il se retira alors dans une petite tle du Mincio, où est à présent Grar dato, qu'il avait choisie pour sa demeur re, et s'y livra àla prédication desfidè* les et àla conversion des idolâtres.
Tout cela s'était passé som9. Tib^e.
Un certain Octavius fut nommé préfet de Mantoue , sous le règne de Claude.
Instruit de l'ardeur et du zèle de Lon* gin t il ordonna qu'on lui coupAt la langue. A la voix du saipt , devenue miraculeusement plus forte aprèf cette opération , des légions de démons assaillirent Octavius. Ce préfet fut d'abord effrayé ; mais , par l'inspiration d'un de ces mémef dénions , il fit trancher la téteàLongin, et l'on voit à Gradato une colonne qui marque le lieu de l'exécution. Ces détails ne se trouvent point dans les livres saints ; mais leur tradition est d'une luiut# antiquitédansMantoue, et même elleest consignée dans un des plus anciens bré* viairesde la ville. Les faits suivans sont racontés par plusieurs historiens.
lia caisse, qui renfermait le sang et l'éponge , fut retrouvée en 8o4 9 ainsi que le corps de Longin. Cette précieuse relique obtint de jour en jour plus d'importance ; le pape Léon la visita , et se prosterna devant elle avec ses cardinaux.
Jules Romain , mort dans la ibrce de son talent, fut enterré à Fancienne église San-Bamaba. Le marbre qui indiquait le lieu de sa sépulture fut détruit par une barbare négligence lors de la construction de l'église nouvelle ; la tradition a conservé l'épitapbe suivante :
Romanns morient tecum trea Jqliut Artetf, Abstulit; baud mirnmeqoatoor, unuaerat.
Une simple inscription sur le pavé à l'église Santo-Egidio indique la place où repose le pète de l'auteur de là Jx^ BtSAi^xif, Bernardo-Tasso, bon poëte Iui7mélne9 et dont la renoAumée a oomme disparu dans la gloire de son fils. Singulier rapprochement entre les deux grands poëtes de l'Italie ancienne et moderne : le berceau du Tasse est en ftce du tombeau de Virgile, et la tombe de son père est voisine du lieu où Virgile a pris naissance 1
Le<d^teaU) les portes, les ponts de Mantoue y sont d'un aspect imposant.
Au milieu d'une ville de garnison talle qu'est aujourd'hui Mantoue , ^t après les fi^équens désastres qu'elle a soufferts , on q»ronve quelque surprise d'y retrouver encore aut^iutdo traces et de souvenirs de b littérature et dei arts. Ls| plus remarquable des maisons illustres qu'elle possède est celle de Jules Romain , demeure élégante , bâtie par lui , et dans laquelle il mourut comblé de biens çt d'honneurs. Malgré son génie , Jules Romain ne rougissait point d'être propriétaire; il savait fort bien se faire payer , et l'on voit par un grand nombre de lettres de sa main, conservées dans les archives de Mantoue, la liberté avec laquelle il déclare nettement au duc Frédéric, que si l'argent n'arrive point il ne pourra continuer ses travaux.
Ainsi que le constate une inscription au coin du paL^s LamEoni, h^ maison de Mantegna était vis-àrvis l'église Saint^ébastien, dont il avait peint s^ merveilleusement la façade. La maison du comte Balthasar CastigUoi^e, l'auteur du Cortegiano, fut démolie il j a quelques années, lors de la construction du théâtre <2e//aso(;ie£à, destination
DE YEMISE A MILAN.
qui semble asseî naturelle à TancienDe demeure d'un tel écrivain, narrateur élégant de jeux, de fêtes et de spectacles.
Je vis représenter et applaudir dans la patrie de Virgile un assez mauvais mélodrame, dont Fauteur était un duc. La Compagnia, journal de Mantoue , indiquait dans son annonce qu'elle comptait sur l'indulgence du public et sur le goût éclairé de la garnison autrichienne. Le souffleur, ainsi qu'à Parme et dans d'autres villes d'Italie, lisait la pièce à haute voix et suivait les acteurs. Avant d'être fait à un usage aussi ridicule, on ne sait véritablement quel est ce troisième personnage, cette espèce d écho partant de la terre et sortant du sein d'un énorme soufflet; car on a cru devoir en donner exactement la forme au trou du souffleur. En face des spectateurs^ au-dessus de la toile, apparaissait une horloge fort bien montée, afin que les classiques scrupuleux pussent s'assurer aisément si la pièce était dans les règles, et ne manquait point à cette unité de cadran dont M"*, de Staël a parlé.
La place Virgiliana , qui était autrefois un véritable marécage, est devenue^ grâce à la dépense faite par la commune de Mantoue et à l'enthousiasme du général' MioUis pour le prince des poètes, une agréable promenade. Dans les environs on trouve le Ghetto , orné de riches et jolies boutiques , et bien différent de l'infect Ghetto de Rome.
Quoique la population israélite de Mantoue ne dépasse point deux mille habitans , ils ont fondé une maison de refuge et de travail, où cinquante personnes trouvent un asile commode et une nourriture abondante.
Traversons maintenant la ville , et rendons-nous au faubourg Girèse. Là, au milieu d'une ile, s'élève un édifice L,
qu'on peut mettre hardiment à la tête de tous ceux dont Mantoue s'honore.
Malgré l'erreur à peu près générale, le nom du palais du Té ne peut lui venir de la forme de son plan , qui serait , dit-on, celle de la lettre T, puisque le plan même de l'édifice dément ime pareille étymologie.
« Il parait, dit M. Quatremère de Quincy, et c'est l'opinion d'historiens dignes dé confiance , que le mot Té fut une abréviation , ou, si l'on veut, une mutilation de tajetto ou tejetto, qui signifiait, dans le langage du pays, coupure ou passage donné à l'écoulement des eaux , et que cette dénomination locale, appliquée au terrain sur lequel le palais fut construit dans la suite , lui aura , par le fait de l'usage vulgaire , communiqué son nom. » Le palais du Té est le plus mémorable ouvrage de Jules Romain. La régularité j la sagesse de son architecture , contrastent d'une manière frappante avec l'imagination , le feu et presque le délire de quelques-unes des peintures de l'intérieur. La superbe Loggia ( vesti-* bule), qui s'ouvre sur le jardin, offre à sa voûte cinq fresques en divers compartimens, dessinés par Jules Romain, et exécutés par ses élèves. La salle la plus célèbre, la plus extraordinaire, est celle des géans. Une fois entré dans cette pièce, on n'y voit point d'issue; on n'est environné que de rochers qui tombent sur les géans , blessée , écrasés , fuyant ou se d^ndant en vain ; le sol même est formé de débris , et le plafond e©t l'olympe de Jupiter lançant la foudre.
Clari gij^nteo triampfao.
HOR., od. 1, m. 3.
Cette terrible salle des géans ^ ainsi que les chambres si poétiques de Psyché, de Phaéton , elles élégantes
ytliitlE.
anibetquei du oaim dbanpi»i d« lu grotùs^ iDontrenique Jules Romain était à la fois inspiré de Michel- Ange et de Raphaël; une pareille imitation n'esi pas moins admirable que ia création.
Malheureusement ces peintures ont été retoudiées , et elks ne présentent plua que la composition et le dessin de leur immortel auteur.
La promenade di Pietolm, à deux milles de Mantoue, est un pèlerinage littéraire, que les voyageurs manquent rarement de Caire. On s'éloigne de la ville par une porte don t le nom héroCque, Tirésia, a vulgairement reçu la forme ignoble de Cirèse. Le titre véritable de cette porte rappelle l'origine fabuleuse de Mantoue, et lantique tradition d a«* près laquelle on dit qu'elle a été fondée par Ocnus, fils de Tibérinus (qui avait épousé Manio, fille du fameuK devin Tirésias), et quOcnus lui donna le ikom, de sa mère.
lUe etiam palriis afmen eiet Ocnus ab oris, Fatidics Mantûs etTusci lUias amnîi, Qui miipos niatrla^ae dédit Ubi, Mantiip,
ViBG. £n, X, 198.
Avant d'atteindre Pietola , on trouve une grotte regardée parVentbousia^ me virgilien des habitans , comme un asile que la nature semblait avoir for«mé pour être le confident des premières inspirations du cygne de Mantoue. En sortant de cette retraite consacrée par de touchans souvenirs , examinons avec soin le paysage environnant. Le livre de Virgile à la main 9 nous trouverons à chaque instant l'occasion d'appliquer les vers du poëte. Ici les roseaux « voi« lent d'une couleur verte le marais où le Mincio s'est répandu ; » et plus loin^ a le fleuve s'avançant à pas tardifs , et conduisantcinquante soldats au secours de Mézence. »
Nous pourrions aisément continuer
cetteétudedeVtff ik, fiûterariw liens mêmes, maia ces eouv«nirs dasaiqiMi nousentratneraient trop loi». Bornom* nous à indiquer au lecteur que 9 malgré la pompe et la richesse prodiguées par le poëte dane les descriptions qu'il &ît de sa chère patrie, la nature de lla«« toue , douce , simple , féconda, est loin d'avoir l'éclat oriental qu'es pomnât lui supposer I d'apràs eertains tndne* teurs.
Pietola , qu'une tradition ineertaiae wgarde comme l'aBCÎenne Andes , pe«* trie de Virgile, s'o&e maintenant à nos regards. La maison dite Virgiliana et qu'habitait
£ «{ueir ombra ipentil per cui ai noma Vietola pià che ▼illa Mantorana.
Dautb , Purg. çant, i8 1^. 83.
CelU ombre gracittiae , ^i read Pietola plna ce-* lèbre qu'aucun lieu du Manluan , me parotfort délabrée , et tout-à-(ait di^ae des soina d'un aulra vieillard du G alèse.
Les souvenirs du favori d'Auguste et du chantre de TÉnéide conduisent don* cernent le voyageur devant Crémone.
La route suit les bords du lago di Sopra , et dès qu'on s'en éloigne on entre dans la montagne Borghetto. Cette direction, qui est celle de l'ancienne voie Posthumia, traverse de jolis villages, abreuvés par de nombreux ruisseaux murmuranset limpides. La tour de Crémone, qui se découvre au loio^ est une des plus hardies etdesplus renommées parmi les tours gothiques de lltalie*
La ville a la forme d'un vaisseau dont cette grande tour serait le mât.
Elle est propre et belle: ses rues sont larges, droites et bordées de grands palais dans un style gothique, un petit canal, appelé la Cremonella, passe sous les édifices , et , après avoir rempli les fossés , va se jeter dans l'Oglio* Ren dons-rnous immédiatement à la place
Pi/tj'.'Ot . i\ .injj'tfa . Man/4n>a . Plac^ . f . indr^^ .
/'ijïx\/i /^ttvvL
v/. (/'fpwn^i .
DE V£NISI A MILAN
è» la €«Uiédrtle. Dn ce point, oommo d'un nkservmtoire intéressant nous em« iMrasseron» d'un seul coup d œil la belle iaçade de la basilique le Campanilei ap^é Torauo (PI. aag), et enfin le Baptistère. En parcourant rapidement du regard la cité tout entière, voici leamonumeiM f{tti mériteront une part dans nos souvenirs : d abord le palais publie 9 à Finscription si bicarré, où ebaque régime est au-dessous de son verbe t
Hic loc«i odit, anat, punit, coiuenrat, honorât, Ne^oitiem, paocm, criminai jura, probos.
Ctleu hait ••aiiM •pwait «mainliant -honore Ls parvtraiU *U pai* -Îm crtiaes4M droiu «les boni.
Nous remarquerons aussi la maison où le maréchal de Y illeroy fut surpris par le prince Eugène , quoiqu à cette même pointe du jour, au rapport de Saint*Simon, le maréchal iùt déjà oc* cupé à écrire tout babillé dans sa chambre.
On ne saurait parler de Crémone •ans citer la fabrication d'instrumens à cordes , si importante autrefois dans cette ville. Les violons surtout avaient une réputation extraordinaire, et cha* cun de nous a lu avec un plaisir indéfinissable la création fantastique du prestigieux Hoffmann, à propos d*ua uiolon de Crémone. Amati et Stradivarius ont été les luthiers les plus célè* bres de cette ville: Amati a laissé des fils trèS'babiles, et fondé une école.
On possède encore quelque^ms des violons que Charles IX, roi de France, fit faire à Crémone parle père, ils sont à quatre cordes , et d'un très-beau mOi^ dèle. Les violons d' Amati ont encore une grande réputation; et ceux qui sont authentiques ont beaucoup de prix; ils rendent des sons extrêmement doux, mais un peu sourds. Les
violons de Stradivarius ont pltU d'éclat ) ils ne le cèdent en rien k ceux d'Amati pour la beauté et l'élégance des patront^ ils sont moins bombés et même presque plats. Ils ont moins de suavité, maii plus de sonorité»
De Crémone nous conduirons le lecteur k Brtsoia. £n approchant de cette ville , les montagnes située» à la droite de la route, et dont l'aridité rappelle celle des Apennins volçanisée, s'éloignent et se retirent derrière de* collines fertiles et parsemées de jolie»
maisons de campagne. Dans cei WOc trées, les maisons ne sont pas comme dans une partie de l'Italie méridionale, de belles fabriques sans ombrage ; ici elles ont de la fraîcheur; de jolies avenues d'arbres divers y conduisent^ et des bosquets, de riantes prairies et de belles plantations en doublent l'agré* ment.
Veg^io Bretciane donne iniqno spi^lio
Parti de' ben forbiti pujpialetti,
Ctti prara • amanta infido, ap^aa vigUo.
Brescia , où le satirique Alfieri voyait les femmes contempler cruellement leurs poignards bien aiguisés , afin de punir lamant infidèle ou le mari usé.
Brescia est une ville riche, industrieuse et peuplée; elle possède de beaux tableaux, de grands édifices s mais je fus un peu distrait de ces divera mérites à mon premier voyage par la découverte d'un temple antique , ruine superbe dont j'ai depuis, chaque année, suivi les fouilles avec intérêt. En contemplant pour la première fois ces belles colonnes de marbre depuis si long-* temps cachées, je ne pouvais me défendre d'une sorte de respect pour cette terre qui produit également les merveilles de l'art et les biens de la nature i terre qu'il suffit de creuser pour en
faire sortit des chefs-d'œuvre ou de grands soutienirs, et qui n'est pas moins féconde en fruits qu'en monuinens.
Le Musée {Museo délia patria) est construit sur les ruines et les fondations mêmes d'un ancien temple païen , que les uns appellent Sl Hercule , quoiqu'on n'ait rien trouvé dans les fouilles qui pût le faire croire , que d'autres supposent avoir été élevé en l'honneur de Yespasien , à cause d'une inscription relative à cet empereur qu'on y a découverte, tandis que d'autres, à leur tour, le croient àevé à la Victoire, depuis qu'on a retiré des décombres une fort belle statue en bronze représentant cette déesse.
Quoi qu'il en soit, quelques ruines de ce temple ayant été découvertes en 1823, on en continua les fouilles, et l'on trouva les restes d'un superbe portique orné de deux rangs de colonnes cannelées, d'ordre corinthien, construites en belles pierres du pays , espèce de schiste imitant le marbre blanc, mais d'un plus gros grain.
J'ai passé plusieurs jours à Brescia , qui me fut montrée en détail par un de ses habitans les plus distingués.
Voici le résultat de mes observations sur les principaux monumens de la ville. La révolution de 1797 et la destination nouvelle du vieux palais Broletto ont presque efiacé les traces historiques qui avaient noblement consacré cette ville. J'aurais voulu y retrouver la haute antenne de ce car-- A>ecio (i), conquis sur les Crémonais, en I igi , dans la sanglante journée de Budiano. Ce symbole de la liberté re-
(1) Le carroccio était un char porté sur quatre roues et traîné par quatre paires de bœuft. 11 était peint en rouge; les bœufs qui le traînaient étaient cou verts 'jttsqu*aux' pieds de tapis rouges ; une antenne également peinte en rouge s'élevait au milieu dachar i une trèt-^ande hauteur; elle était
ligieuse et guerrière des républiques du moyen âge , ainsi que le portrait de cette Brigitte Avogadro , qui , à la tête des lemmes de Bresoia , repoussa vaillamment , en i4i 2, l'assaut donné par le redoutable Piccinino, auraient été pour moi des trophées plus intéressans que tous les souvenirs modernes.
£n songeant à Bayard^ je recher-* chai la maison qui avait pu recevoir l'illustre chevalier , lorsque blessé , après avoir le premier franchi à pied le rempart et avoir repoussé ce mes-* sire André Critti, qui criait à ses gens, en son langage italien : « Tenons bon , mes amis ; les François seront tantost lassez , ils n'auront que la première pointe. Et si ce Bayard étoit deffaict , jamais les autres n'approcheroient. » ; il disait au seigneur de Molart : «Compagnon , faictes marcher vos gens , la ville est gagnée ; de moy je ne sçaurois tirer oultre , car je suis mort». D'après ces conjectures assez raisonnables, Bayard , frappé au Marché-Neuf , a dû être porté dans la maison de la famille Cevola ou Gigola , située sur cette place. La scène d adieux de Bayard , décrite mille fois, est dans la mémoire de tout le monde.
Le plus bel édifice de Brescia est le palais municipal de la Loggia. L'in* cendie quille consuma en iS^S doit laisser de vifs regrets : alors fut détruite la grande salie du palais, trouvée admirable par Palladio , ainsi que trois tableaux du Titien, dont l'un était la forge des cyclopes , fabricans d'armes à feu , sujet fort convenable pour Brescia , célèbre de tout temps par ses fusils de chasse. Dans la salle
terminée par un globe doré. Au-dessus* entre deux voiles blanciics , flottait Vétendard de la commune; plus bas encore, et yers le milieu de l'antenne , un christ placé sur la croix » les bras étendus , aem* blait bénir l'armée.
jPùuxa iie/ Merca/c j3rvtfcia .
FUce dit J^éirche fi ffûi/)/ df tfiSf .
Tealro.
/i/'ejcta .
The^J/re.
ûiHeé/ra/^ e Auiisùerio . lirejcda. ^lAàdral^ ei Ba^ùî^tàre.
CAùtJ^a de'Âfiriuxtle.
Ji rescia .
Kt^/ùre //r.r Mirar/es.
DE VENISE A MILAN
es
du conseil, un grand tableau représente la condamnation, en 1710, du prêtre Joseph Beccarelli par le podestat. Ce fut le dernier acte de Finc[uisition à Brescia. L'hérésie de Becca* reUi . parait avoir été uqe espèce d'amour pur, de . mysticisme mêlé de spiritualité et de sensualisme ^ il prêchait 9 dit-on , que , tandis que Fâme était unie à Dieu par l'oraison , le corps pouvait faire ce qui lui plaisait.
Beccarelli, condamné aux galères , obtint une commutation de peine , et mourut en prisop'à Venise. Brescia est une des villes d'Italie dans lesquelles se sont manifestés, à diverses reprises, des symptômes de schisme et de réforme.
L'église Saint*François , qui possède quelques bons tableaux , o0re un souvenir littéraire caractéristique et singulier. Ce fut là que , le a4 ' juin 14^5 , Barthélemi Baiguera fit lecture au peuple , après la prière , de son Itinéraire d'Italie y comme' Hérodote avait lu à la Grèce assemblée son histoire , autre itinéraire . primitif, plein de poésie et de naïveté. Avant l'invention de l'imprimerie , ces lectures publiques étaient fréquentes ; aussi la littérature avait-elle peut-être alors plus de popularité qu'aujourd'hui : les' vers du Dante étaient tant bien que mal chantés par des artisans qui, depuis la propagation des lumières, ne s'en soucient guère.
Le Campo-Santode Brescia, com-^ mencé en 1 8 1 5 , est dans son genre un grand et beau monument qui fait honneur à l'architecte, M. Yantini. Les tombeaux s'élèvent contre le mur dans la forme des columbarium antiques.
Par une fantaisie d'artiste italien , d'assez mauvais goût, les figures en buste , peintes à la voûte de la chapelle, sont des portraits de personnes de la L,
société de Brescia ; tons ces saints et toutes ces saintes, coiffes à la mode , forment une espèce de cercle , et se^ raient mieux placés dans un salon que dans l'asile des morts. Un terrain à part a été destiné aux suicidés : c'était réaliser le désir de Platon.
Mais il est temps de prendre congéde Brescia. Le tableau sommaire que nous avons tracé de cette ville doit, avoir appris au lecteur qu'elle est agréable, bien bâtie (PI. a3o-a3i), et assez commerçante. £lle a toujours été célèbre pour la fabrication des ar-> mes à feu , ainsi que le prouve ce proverbe italien : Tu ta Brescia non arme-* rebbe un coglione : « C'est en vain que Brescia voudrait armer un poltron. »
Milan avait eu d'abord à cet égard la plus grande réputation, comme on le voit dans Brantôme ; ensuite ce commerce passa presque tout entier à Bres-' cia; actuellement il y est fort déchu^ depuis que la guerre des Vénitien»
avec les Turcs fit défendre l'exporta-' tion des aimes.
Le peuple est plus industrieux ^ plus cultivé à Brescia que dans la plus grande partie de lltalie ; cepen*dant les haines féroces et les jalousies cruelles s'y trouvent encore fréquemment; on prétend qu'il se commettait dernièrement encore deux cents assassinats par an dans la ville ou dans le territoire ; mais c'est surtout dans la montagne que ces- crimes avaient lieu. Les assemblées des jours de fêtes sont presque toujours marquées par quelque vengeance préméditée , ou par quelque querelle sanglante parmi les gens du peuple.
A quinze milles de Brescia , au pied d'une jolie colline , s'élève la ville de Polazzolo , située dans une position charmante; elle sert comme d'avenue à une autre cité plus importante ,
Vira lâqudie nous dirigeons nos pas.
LaiaaoDs à notre droite la jolie rivière de l'Oglio , dont les bords sont aussi fertiles que rians et pittoresques; ad* mirons la richesse de cette contrée , où les terres ne se reposent presque ja« mais, et produisent mémedeux récoltes par an » et malgré la fatigue de la route i embarrassée par les fragmens de granit^ de quarts et de spath, nous atteindrons Bergame^ avec les impres* sions agréables que produit toujours :aur lesprit laspect de l'industrie des liammes et de la luxuriance du sol.
Bergame(Pl. 23a) estdivisée en deux parties i savoir : la Mi7/e proprement dite, ou eue, située sur une monta** gne; etle^àu^our^ Saint- Léonard , sur le bord d'un ruisseau. En gravissant la montagne où se trouve la première partie de Bergame , Je trouvais bien extraordinaire le goût des pre« miers babitans, qui avaient préféré Taridité de cette colline à la ricbesse de la belle plaine qui l'environne.
IMais , lorsque je fus parvenu au sommet de la montagne , je restai muet devant la magnificence du spectale qui m'apparaissait alors. Qu'on se figure une plaine immense , d'une richesse extraordinaire, bornée au levant et au midi par un horizon lointain , au couchant par des montagnes, des colli-* nés parsemées d'habitations , et revêtues d'une magnifique draperie de vigne ! Voilà le tableau sublime qui captiva mon attention pendant plus d'une heure , et que j'aurais pu , je crois, admirer tout un jour sans me lasser.
De cet endroit , d'où mon œil pouvait embrasser toute la ville, je me plaisais à considérer les clochers , les toits , les statues du faite des édifices, les tourelles qui formaient comme une cité aérienne. Puis, à l'aide de l'imagi-
nation , je reconstruisais la cité terres-* tre, dont je ne voyais que la cime. Ce dôme, me disais-je, est celui de )a cathédrale , ancien monument des Lombards Ariens , et dont la sacristie est citée pour ses chefs-d'œuvre de peinture. Ce clocher, qui touche presque au dame de la cathédrale, appartient à la plus ancienne église de Bergame, Sainte-Marie-MHJeure , dont la Aiçade montre les premières traces de l'antique puissance de Venise. Ces autres églises, dont le faite monte vers le ciel , du milieu des autres bAtimens de la ville, comme une prière du milieu delà confusion des hommes, sont celles de Saint-Erasme , de Saint-An»
dré, remarquables par leurs tableaux, de Saint-Alexandre, patron de la ville, de Santa - Grata , petite église de religieuses bénédictines , qu'on peut considérer comme un véritable salon pour l'éclat de sa dorure et le goût de ses ornemens.
Voici maintenant la bibliothèque de Bergaine , composée par les dons volontaires des babitans. A ce propos, qu'il nous soit permis de rendre justice au patriotisme d'art et de cité si remarquable cbes les Italiens , qui fait excuser en eux l'absence d'esprit public et de patriotisme politique. Leur disposition h s'enorgueillir de leurs artistes donne naissance à une sorte de bienveillance partiale assez singulière.
Nostro Veronese , nostro Veneziano , nostro Ferrarese , Bolognese , sont des expressions du langage ordinaire , pour 4ésigner quelque talent compatriote. Cette particularité est encore une preuve à l'appui de cette vérité, que l'Italie est toujours la terre des arts , non pas peut-être par l'excellence et la supériorité des artistes italiens des derniers siècles , mais par cette continuité, cette régularité de
DE VENISS
travaux ^i rap]^l« h motd« MaSei:
« Si loQ p^tnt mal en Italie , An moim on y paint toujours. »
Sur la fraodtt plaee da la aitë ast Aavéa la «tatue du célébra poëta T jpqualo TaMO. La pire du ehantre de la Jérusalem était de Bergame ; le mal* bauff la proscription, l'avaient contraint à quitter le lieu deaa natasanea, et à errer w Italie et eu France , car l'infortune paratt héréditaire comme la poésie dan« cette noble famille , et liouia Taaso, l'oncle maternel, qui aervait de pire à Bernardo , avait été aaaaasiné dans aa maison par dea bri* (pinds.
En quittant notre observatoire éle* véf noua retrouvons l'intérieur de la cité, qui 9 semblable aux villes an»
ciennes, est triste 9 obscur, étroit et tortueux. Mais bientôt le faubourg qui par son étendue a lapparenoe d'une seconde ville 9 nous oiTre ses rues larges, pavées en cailloux de rivières, et munies de deux traces de Tow an dalles pour les voitures. C'est un perfectionnement que nous rêver* rons àMilaUt et que nous expliquerons alors au lecteur, Arrétona-nous^ en at^ tendant, devant l'un des premiers monumens de Bergame , dont je cher* cbe en vain un autre exemple en Italie. C'est un bazar immense , ou plu« tôt une sorte de petite ville traversée par diverses rues qui viennent aboutir à une place ornée d'une fontaine et ombragée paf des arbres* Tous les bàtimens qui composent ce bazar sont en pierre , at ornés d*arcades , sous lesquelles , pendant la foire, qui dure trois semaines chaque année , on établit des boutiques garnies de toutes les productions du royaume lombard»
vénitien. C'est ainsi que les foires, qui sont l'enfance du commerce, et qui eurent pour origine les pratiques
A MILAN
delà dévotion, les pèlerinages et les indulgences accordées par les papes, sont encore utiles au commerce actuel.
Nous n'aurions pas complété l'histoire de Bergame si nous ne venions à notre tour ajouter après tous les voya* genrs quelques mots sur les Bei^* masques, renommés pour les goitres, auxquels ils sont fort sujets , et pour une particularité morale beaucoup plus consolante que cette infirmité physique. J'entends signaler ici leur finesse, leur activité, leur industrie, et cette persévérance à accomplir un travail entrepris ' qui fhit répéter à Gènes ce dicton populaire : Les por^»
tefaix de Bergame ne reculent jamais.
Au reste, l'esprit fin 9 rusé et caustif^ que de ce peuple, a trouvé une person* nification célèbre dans Tun de ses m^ fans. C'est d'une valléa voisine de Bergame qu'on yit sortir un jour le perr sonnage le plus spirituel , le plus rstiLleur , le plus rusé , le plus fin , le plof méchant, le plus mordant 9 le plus médisant , le plus calonmiateur que l'on puisse se figurer ; le redresseur des ridicules, comme don Quiçhottf l'était des atteintes portées aux lois da la morale ; le cheval errant au milieu de la société pour donner à chacun d'une bouche railleuse et boufibnne de satiriques conseils, de même que la paladin de la Manche s'en allait avec plus de bonne fpi sans doute , *maia non moina de yérité grotesque , eorrin ger les erreurs de son siècle ; c'est Aff« lequin enfin, puisqu'il faut le nommer, Arlequin la véritable don Quichotte de la critique, frappant de la batte et non pas de la lance. C'est lui , ce Bergamasque, qui méritait si bien d'être né Français , et dont nous avons développé et complété si heureusement le caractère dans un type national qui
commence peut-être à s'effacer un peu parmi nous.
Monza , la dernière ville qui se trouve sur la route avant d'arriver à Milan, est un lieu consacré par l'histoire. Sa ricLe basilique ( PL ^33 ) , fondée par la reine Tbéodeline, m'apparut comme le temple de cette Clotilde italienne qui convertit soA royal époux à la foi catholique. L'histoire de cette reine des Lombards du sixième siècle , présente des détails touchans et naïfs. Mous emprunterons à M. Valéry la substance de ce récit qui prouve bien que
Dieu mît tout son pouvoirdanslesyeux d'une femme.
Telle avait été la popularité de Théodeliade , qu a la mort d'Autaris son époux , les chefs de la nation Tinvitèrent à en choisir un second, qu'ils promirent de reconnaître pour leur roi.
Tfaéodelinde jeta les yeux sur Agilulphe, duc de Turin , digne d'un tel honneur. La reine, sans les lui annoncer, l'invita seulement à se rendre à sa cour. Elle alla à la rencontre d'Agilulphe jusqu'à Lombello , et là , s'étant fait apporter une coupe, en but la moitié, puis elle la lui offrit pour qu'il l'achevât. Le duc de Turin , rendant la coupe , baisa respectueusement la main de la princesse. « Ce n'est point là, reprit en rougissant Théodelinde, le baiser que je dois attendre de celui que je destine à être mon seigneur et mon makre. Ld nation lombarde m'accorde le droit de lui choisir un roi, et c'est vous qu'elle invite , par ma bouche , à régner sur elle et sur moi. » La couronne d or d'Agilulphe , dont le chanoine Frisi a donné la description dans ses mémoires historiques sur Monza , fut transportée à Paris , en ^799 5 c' placée au cabinet des
médailles de la grande bibliothèque; elle fut volée en i8o4 1 et fondue P^i*!^ voleurs. Etrange destinée de cette couronne des Lombards , offerte avec une' grâce si ingénue, et qui devait tomber et finir entre les mains de quelques filous de Paris !
A propos de Théodelinde , rapportons une fable tirée d'obscures traditions , et fort répandue au treizième siècle. Différens auteurs ont répété que la reine des Lombards ayant conçu le projet d'élever une église à saint Jean, fut avertie en songe de la faire bâtir sur le lieu où elle verrait le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. Elle en aperçut une , en effet , et elle entendit prononcer le mot modo : alors elle répondit etiam. Ces deux mots formèrent , dit-on , le nom de la ville. Il est certain que la dénomination de Modo etia donnée à Monza, se trouve dans les actes du treizième siècle.
La couronne de fer , qui servait au couronnement des rois d'Italie et qui est la véritable merveille de Monza, se trouve renfermée dans l'extrémité d une grosse croix , placée dans une chapelle de la cathédrale. Cette couronne est un simple cercle d'or, enrichi de pierres occidentales qui séparent des compartimens au milieu desquels on voit des fleurs formées également par des perles et des pierres colorées; au centre est un cercle de fer auquel la couronne doit son nom, et qu'on dit avoir été fait d'un des clous de la vraie croix. Quoique le chapitre de Milan ait combattu cette tradition , l'usage l'a cependant confirmée, et tous les ans on continue à exposer cette couronne pendant trois jours depuis le premier dimanche de septembre, et à la porter en procession avec une grande pompe par tout le pays. On prétend que cette cou-
J^axrza 4M /fuûmû.
Mfnx4t.
Plucri d^ U, ûuAêdrale'.
DE VENISE A MILAN
ronne avait été envoyée à Théodelinde par Grépoire-le-Grand. Cette origine n'est cependant pas démontrée.
L'empereur Henri iv est le premier prince qu'on puisse dire avec certitude avoir été couronné à Monza , et Charles vfut le dernier qui cei^it la couronne de fer qu'on avait apportée à Bologne pour cette cérémonie. Enfin Napoléon , pour rendre son couronnement, comme roi d'Italie^ plus solennel, envoya chercher en grande pompe la couronne de fer dans l'église de Monza , et le cardinal légat Caprara
la reçut dans le porche de l'église de Saint-Ambroise. Napoléon la prit luimême sur l'autel de la cathédrale , et la posa sur sa tête en disant : « Dieu me la donne , gare à qui la touche » .
Le palais de Monza (PI. a 33) est un des meilleurs ouvrages de Piermarini :
la chapelle passe pour un chef-d'œuvre; dans la rotonde de l'orangerie on voit l'histoire de Psyché , peinture célèbre d'Appiani. Les jardins et les serres sont vastes, magnifiques, et le parc, traversé par le Lamibro , a près de trois lieues de tour.
mi&A»
Le pays que Von parcourt depuis MoDza jusqu'à Milan est un des plus fertiles, mais plat, uniforme et sans mouvement : la route est tirée au cordeau , et rafratchie par des ruisseaux d'eau limpide qui couleilt à droite et à gauche ; mais la vue ne peut point s'étendre , à cause de la quantité d arbres et d arbustes qui la bornent de toutes parts. Elle ressemble aux avenues de nos châteaux de France , qui sont droites , mortellement longues , et que Ton désire franchir pour arriver à sa destination ; car rien n'est monotone et ennuyeux comme une route droite dont on n'aperçoit pas la fin. Il semble que l'on n'arrivera jamais à son extrémité , et quand on y est parvenu, une autre longueur immense la remplace et produit la même inquiétude, le même ennui. C'est le, supplice d'Ixion portant au haut d'une montagne , une pierre qui lui échappe, et qu'il est obligé de remonter encore. En un mot, c'est l'idée de l'indéfini.
De temps en temps la vue est charmée par les sites pittoresques qu'offrent les bords de l' Adda , ornés de charmaittes maisons de campagnes ; mais parvenu au haut de la côte où est situé le bourg de Naviglio , le coup d'œil disparaît peu h peu, et la route redevient droite et monotone, jusqu'à un mille de Milan. Alors un espace circulaire, planté de beaux arbres , annonce l'approche d'une ville riche et considérable , et sert quelquefois de promenade à ses nombreuses voitures, lorsqu'elles dépassent, soit le cours de la porte
orientale, soîtles boulevarts, qui forment leur rendez-vous habituel.
Il est impossible de n'être pas frappé, même en passant, de l'aspect riche, commercial et industriel , que présente Milan, capital^ du royaume lombard-vénitien. Cette grande cité, avec ses mille bruits et ses habitans affairés , ressemble d'une manière frappante à l'une de nos YiUes de France. Montai-* gne et le Tasse avaient déjà remarqué cette physionomie française de Milan.
La rue du Cours peut aujourd'hui rivaliser de magnificence avec notre rue du Mont - Blanc , et , sans le lourd hulan qui escorte le soir les brillantes calèches du Corso, on pourrait presque se croire aux boulevarts de Paris.
A l'heure où je traversai pour la première fois cette longue suite de rues, dont les anciens noms rappellent les diverses manufactures qui y florissaient, quand Milan était l'arsenal de l'Europe, tout était silencieux et morne :
aucun bruit , aucune population agissante, aucune marque d'activité. De loin en loin , une sentinelle autrichienne se promenait devant un palais du gouvernement ; un inarchand s'étendait en bâillant sur un banc devant sa boutique ; une procession passait avec le viatique; une dévote, avec un long voile noir et son missel sous le bras , sortait d'une église; des groupes d'officiers autrichiens fumaient leurs cigarres sous les tentes des cafés, qui abondent dans chaque rue.
Milan a été la capitale de l'ancienne
Loinl)ardiey comme elle Test de la nouvelle ; la possession de cette riche et grande cité a ému tant de passions, réveillé de si vives jalousies , allumé des guerres si cruelles , que , dans des momens d'abattement et d'humeur, des Italiens même ont été jusqu'à dire que pour leur bonheur commun il faudrait la détruire. Son histoire ancienne est liée à celle de la Gaule; mais les traditions relatives à l'entrée des Gaulois dans l'Italie , ont été dénaturées par des fables : on a prélen-
vait sa naissance à une émigration de Gaulois, dut sa ruine aux invasions des Huns et des Goths. Pillée par Attila, persécutée par Vitigès, conquise par Alboin , Milan éprouva de rudes infortunes jusqu'au règne de Cbarlemagne , qui , après avoir fondé le royaume d'Italie, rendit à cette ville une partie de son ancienne splendeur.
Mais cette prospérité fut passagère , caries Milanais , par d'insolentes pro« vocations , donnèrent à Frédéric i*' , empereur d'Autriche , Toccasion de
du quHls avaient été engagés à y pé- déployer contre euit cette dureté in« nétrer, et qu'ils y avaient même été flexible et cette sévérité barbare , que conduits par uû perfide Toscan 9 appe- l'histoire a justement eoûdamnées. A« léAruns; mais la douceur du climat, ' prèsunepaixsignée et rompue, etd'inti*
la beauté du ciel , Texcellence des fruits de ces délicieuses contrées, suffisaient pour y attirer des peuples sauvages. An temps ou Tarqnin l'ancien était roi de Rome Ambigat régnait sur une grande partie des Gaules, dont plusieurs contrées ne pouvaient plus nourrir leur immense population; il conçut le projet d'une de ces grandes émigrations que les peuples barbares sont toujours prêts à entreprendre , et qui ont anéanti plusieurs empires. Les neveux d'Ambigat, Sigovèse et Bellovèse , hommes d'un grand courage , en furent les chefs. Le premier alla s'établir dans la Germanie; Bellovèse vint camper sur les bords du Tésin , et donna à cette station le nom de Médiolanum, qui bientAt devint la capitale d'un pays étendu. Tombée sous la domination romaine , Milan jouit long-temps d'un bonheur sans nuages ; son enceinte agrandit , les arts polirent les esprits , les lettres y furent cultivées ; elle eut des écoles célèbres, et mérita enfin le nom de Nouvelle- Athènes. Mais le cours de cette longue prospérité s'arrêta au règne de Valentînien ; la cité qui de-
tules efforts , Milan fut obligée de se rendre à discrétion. Le récit de cette humiliation n'est pas une des pages les moins intéressantes des annales de la capitale du royaume lombard -vé'* nitien. Sur la demande de Frédéric, trois cents chevaliers vinrent déposer leur épée à ses pieds, et lui livrer trente-six drapeaux de la commune.
Guintellino , le chef des ingénieurs , lui remit en même temps les clefs de la ville. L'empereur, sans manifester encore ses intentions futures , exigea que tous ceux qui , depuis trois ans , avaient exercé le consulat, se ren* dissent auprès de lui , et que l'on consiirnât entre ses mains tous les étendards de la ville ; cérémonie humiliante à laquelle les Milanais ftirent obligés de se soumettre. Les citoyens de trois des quartiers de la ville marchaient devant le Carroccio, et te«naient dans leurs mains des croix de supplians ; les trois autres quartiers fermaient la procession. Dès que le char sacré fut à la vue de Tempe reur , les trompettes de la seigneurie firent, pour la dernière fois , retentir Tairde leurs fanfares; le mAt sur lequel
Milan.
flottait rétendard , s^abaUaa comme de lui-même devant le trône ^ et ne se releva que lorsque Frédéric en eut don* né Tordre. Ce Carroccio , avec quatrevingt-quatorze drapeaux , fut ensuite livré aux Allemands. Alors un des consuls milanais éleva la voix , et , dans une touchante harangue ^ il sup* plia l'empereur d'user de miséricorde envers la partie vaincue* Toute la multitude se jeta aussitôt à genoux ^ en demandant merci au nom des croix qu'elle portait. Le comte de Blandrate,
3ui se trouvait dans l'armée de Fré* éric , prit une croix des mains de ceux qu'il venait de combnltre , et qu'il avait servis autrefois ; il se jeta à genoux au pied du trône , en demandant grâce pour eux. Toute la cour , toute Tarmée , pleuraient de compassion. L'empereur seul ne laissa voir sur son visage aucune trace d'émotion.
Comme il se défiait de la sensibilité de sa femme , il ne lui avait pas permis d'assister à cette cérémonie \ mais les Milanais , ne pouvant s'approcher d'elle , jetaient deloin vers ses fenêtres les croix qu'ils avaient apportées, et . qui devaient parler pour eux. Frédé* rie , après avoir reçu le serment de fidélité de tous ceux qui accompagnaient le Carroccio y et après avoir choisi quatre cents otages , ordonna au reste du peuple de retourner à Milan , de démolir les six portes de la ville, les murs attenans , et de combler les fossés, pour qu'il pût entrer librement âvec| son armée. Il y avait déjà dix jours que la ville s'était rendue, et le vainqueur I au lieu d'y entrer , conduisit son armée de Lodi à Pavie , où il séjourna huit autres jours , sans faire connaitre ses volontés. Enfin , le i6 de mars , il expédia aux consuls de Milan l'ordre de faire sortir tous les habitans de l'çnceinte des murs. Les
magistrats obéirent en tremblantà cette injonction mystérieuse. Plusieurs citoyens se réfugièrent à Pavie , à Lodi , h Bergame , à Como , et dan»
toutes les villes de la Lombardie i le plus grand nombre cependant attendit l'empereur en dehors du retrancha* ment \ mais tous obéirent i hommes ^ femmes et enfans , quittèrent le toit paternel , qu'ils ne devaient peut-être jamais revoir , et Milan resta complé»
tement désert.
On aurait pu croire que cette ville était pour jamais anéantie, pourtant on la vit après cinq ans renaître comme de ^es cendres} et pendant les guerres continuelles entre le pape et l'em* pire , au milieu des divisions toujours renaissantes entre le peuple et la no* blesse, elle revint rapidement au degré de prospérité qui parait être l'eSet naturel de son heureuse situation. Elle eut même la satisfaction de te ven«ger de son oppresseur , qui pensa être fait lui-même prisonnier k la bataille de Lugano. Sa grandeur , ses richesses, avaient rendu Milan l'é* mule de Rome La métropole de la haute Italie eut avec celle du mondece point de conformité , que ses ministres spirituels surent réunir aussi la puissance temporelle. Ses archevêques devinrent ses premiers souverains ;les Torriani ou dàllA Jorre ,chefs d'une des grandt s factions ( celle du peuple ) qui s'étaient élevées dans son sein , n'avaient qu'une autorité chancelante , et ne purent établir un gouvernementfixe; l'archevêque Othon Yisconti , qui était alors à la tête du parti des Gibelins , fut plus heureux i et fut proclamé seigneur temporel par lo peuple et par les nobles. Les Yis»
conti conservèrent la souveraineté jusqu'en i45o, époque à laquelle cette maison s'éteignit. L'héritière naturelle, Yalentine Yisconti , épouse du duc
74 iL'ITALIE
d'Orlâms, qui fut assassiné par le duc de Bourgogne , aïeul de Louis xn , porta ce duché dans la maison de France. Le condottiere François Sforce succéda aux Visconti. Louis xu s'empara en 1 5o8 de Milan , qui resta sous la riomination de la France jusqu'en 1626, où Charles- Quint s'en saisit et en investit Philippe 11. Les rois d'Espagne la possédèrent jusqu'en 1714 : alors cette cité pasaa à la maison d'Autriche, à qui elle appartenait encore en 1796.
A cette époque , Milan tomba sous
menaçait avec orgueil^ ne trouve plus de barrière qui la rassure contre votre courage; le Pô, le Tésin, l'Adda, n'ont pu vous arrêter un seul jour; ces boulevarts vantés de l'Italie ont été insuffîsans ; vous les avez franchis aussi rapidement que l'Apennin. Tant de succès ont porté la joie dans le sein de la patrie. Vos représentans ont ordonné une fête dédiée à vos victoires, célébrée dans toutes les communes de la république. Là, vos pères, vos mères, vos épouses , vos sœurs , vos amantes, se réjouissent de vos succès , et se van-
la domination de notre armée conque^ tent avec orgueil de vous appartenir.
rante d'Italie. Aucune troupe française n'était encore entrée dans cette ville: mais , évacuée par les administrations autrichiennes , et défendue seulement par les gardes nationales, elle ne f>ouvait résister à des soldats encore couverts des lauriers de Lodr. Le 1 5 mai 1797, Napoléon fit son entrée dans Milan, sous un arc de triomphe^ au milieu d'un peuple immense et de la nombreuse garde nationale de la ville , habillée aux trois couleurs : vert, rouge et blanc. A la tête était le duc de Serbelloni, qu'elle s'était choisi pour chef. Voici la fameuse proclamation de Bonaparte à ses soldats, au moment où les derniers rayons du soleil se jouaient dans les plis des bannières françaises, flottant sur les édifices de Milan :
« Soldats , vous vous êtes précipités comme un torrent du haut de l'Apennin. Vous avez culbuté, dispersé tout ce qui s'opposait à votre marche.
Le Piémont s'est livré à ses sentimens naturels de paix et d'amitié pour la France. Milan est à vous , et le pavillon républicain flottedans toute la Lombardie. Les ducs de Parme et de Modène ne doivent leur existence politique qu'à votre générosité. L'armée qui vous
Oui , soldats , vous avez beaucoup
fait Mais ne vous reste-t-il donc
plus rien à faire ?. . . . Dira-t-on de nous que nous avons su vaincre , mais que nous n'avons pas su profiter de la victoire ? La postérité nous reprocherat-elle d'avoir trouvé Gapoue dans la Lombardie ? . . . . Mais je vous vois déjà courir aux armes, un lâche repos vous fatigue , les journées perdues pour la gloire le sont pour volire bonheur, .. .
E3i bien , partons ! nous avons encore des marches forcées à faire , des ennemis à soumettre, des lauriers à cueillir , des injures à venger. Que ceux qui ont aiguisé les poignards de la guerre civile en France « qui ont lâchement assassiné nos ministres, incendié nos
vaisseaux à Toulon , tremblent!
L'heure de la vengeance a sonné. Mais que les nations soient sans inquiétude; nous sommes amis de tous les peuples, et plus particulièrement des descendans des Brutus , des Scipion , et des grands hommes que nous avons pris pour modèles. Rétablir le GapitoIe,y placer avec honneur les statues des héros qui le rendirent célèbre, réveiller le peuple romain engourdi par plusieurs siècles d'esclavage, tel sera le fruit de nos victoires ; elles feront époque dans
îï^
or l:ijj ï •• .... Il , .' i S' ' ^ il" y' . '. . ' •
MILAN
la postérité. Vous aurez la gloire immortelle de changer la face de la plus belle partie de l'Europe. Le peuple français y libre , respecté du monde entier^ donnera à l'Europe une paix glo* rieuse, qui l'indemnisera des sacrifices de toute espèce qu'il a faits depuis six ans. Vous rentrerez alors dans vos fpyers, et vos concitoyens diront en vous montrant : il était de l'armée d'i*
TAUE. 9
Cet ordre du jour est d'uite éloquence sublime.
Si Ton a jamais pu croire que, pour cette fois , l'Italie avait été subjuguée parles Français , et que leur domination y serait de longue durée , c'était certainement dans la période dont je viens de parler ; mais les événemens ont prouvé que si le lis n'a pu germer en Italie , l'aigle des Français ne pouvait pas non plus s'y fixer. Bonaparte, en se faisant couronner comme roi ,' abolit à Milan le gouvernement républicain, et cette ville devint la métropole du nouveau Royaume d'Italie dont il était le fondateur , et qui a duré jusqu'au jour de son abdication , c'est-à-dire à la conclusion du traité de Paris.
Après avoir étudié le nouveau plan de Milan, et les meilleurs guides , je commençai mes courses dans la ville en suivant ses principales divisions. On la partage en six seslièri ; nom qui est parfaitement appliqué et qui me rappelle combien il était ridicule autrefois de dire que Paris était divisé en douze quartiers. Le principal édifice de Milan et qui seul mériterait le voyage, est la Cathédrale y «le Duomo» (PI.
234y ^35, a36), dont la flèche éclatante et hardie se voit de tous les points de la ville. Pour arriver à cet
édifice , il faut traverser la grande place , qui est celle du dôme , et dont l'irrégularité ainsi que les bâlimens mesquins qui l'entourent sont peu d'accord avec la beauté de la basilique'. A gauche on voit une rangée de portiques occupés par des restaurateurs, des cafés et des libraires ; les maisons que soutiennent ces portiques étaient autrefois d'un ordre gothique , ornées de compartimens de briques et décorées d'arabesques ; elles ont été successivement rebâties selon le goût de chaque temps. Pour embellir la place, on aurait dû abattre les bâti mens qui l'obstruent , terminer ce portique ou en bâtir un autre. Au reste , il faut avoir visité souvent ce lieu pour se permettre toutes ces critiques^ car la cathédrale absorbe si bien l'attention de celui qui la considère pour la première fois, qu'il n'y a plus de place dans son esprit pour autre chose que pour elle.
C'est qu'aussi rien n'est plus extraordinaire que l'extérieur de cette magnifique basilique ! Rien n'est comparable à ces pyramides de marbre blaoc , si gothiques et si minces , s'élançant dans les airs et se détachant sur le bleu sombre d'un ciel du midi, garni de ses étoiles scinlj^llantes ! lorsque tout est silence, que les rayons tranquilles de la lune sp. jouent dans les passages étroits de cette forêt de piliers et d aiguilles de marbre travaillés avec lu délicatesse du guillocliage , rien ne saurait égaler ce spectacle unique au monde. On peut reprocher à l'édifice une trop grande prodii;alité de détails , un luxe inutile d'ornemens , une population de statues trop considérable (le nombre de celles qui sont placées au sommet du temple est de 4 9 5oo ! ) , mais ; malgré les arrêts
séyèrei dictés par le goût , j aroud Toutes ogives , ornées de festons de
que jamais Tarchiteoture ne ma donné marbre à tous les angles , portent sur
de sensations pareilles à celles que des colonnes de même matière. Ces
produit îcette immense fabrique appe* colonnes forment des piliers qui ,
lée la seconde merveille de lluilie et malgré leur masse gigantesque ^ sem»
la huitième du monde. Elle est aux blent être minces, parce que les rayons
templesdu genregothique ce queSaint« visuels se perdent dans leurs subdivi**
Pierre estai architecture moderne. On sions. La voûte est également remaf«
pourrait sans doute entasser une plus quable par la beauté de sa peinture ^
grande quantité ds marbre leur une qui est d'une telle imitation qu'elle
surface plus vaste: mais, de tant d'or« ni'a produit l'effet de sculptures tnt<«
nemens réunis, former un ensemble vaillées àjour,
qui soit aussi étonnant par sa masse l'aurais encore à parler long-temps
que par son travail, c'est le ohef-d'œii» de cette cathédrale ^ qui ressemble à
vre et lé phénomène que présente la un œuvre des fées , si Je voulais dé-
cathédrale de Milan» taillrr son beau pavé en mosaïque ^
Fondée par Jean-Galéas Yisconti , ms tableaux , ses reliquaires , ses sta«>
continuée par Ludovio-le*More, cette tues, son cbcsur , la richesse de ses
cathédrale aurait sans doute traversé auteU , celle bien plus considérable en-
eocore plusieurs siècles sans élre acbe» €ore de son trésor, qu'on m'a dit va^ vée, si la gloire de la finir n'avait été
réservée à Napoléon» u du* crandértf qu'a m l'igit ]^at ps«r ssiat-
Quand je soulevai les plis de lalonr- ^^^ ^'^^ *•*'• "^ *'■" "^ •* «*'«• *^'
de draperie qui terme 1 entrée de ee Stist-Patil de Londres. . 210
temple ^ comme celle de toutes les é- ^^^ ^^ ^^^^^ les
glises d'Italie , je fus frappé à l'aspect ^^^^""^ ^^^ * ''; ,^
de cette longue et imposante nef dont i»anthéon àpar» 79
les perspectives profondeurs s'adoucis- Ctobune deLoodrsi, dite
sent graduellement et se perdent en6n coioane de la pUei ven-
dans une obscurité totale. Le duomo dôme à Paris 43
de Milan est en effet la plus grande é- Aind. «-^roixqui esiauHWsdudôme deStint-
^ c Pierre de Borne , est trois foli aussi haute que la
glise du monde après Saint -Pierre de oolonae deU place vendème, tt dettxMloMtsd*
Rome (I). Cinq nefs conduisent majes^ ^"*^ ^'^Tl? •^'^^'•*"' * ^^ ^'"^ ^ *•
, ^ coupole a I intérieur.
tueusement jusqu à la croisée , et leurs
Surface dt^uelqitesidyipMmÊiurèi surlêwrfltm*
(i) La hauteur totale de la cathédrale de Milan ,
depsifeli pavé jiucpi^à TextrimUé de raiguflle pria- B*teUWarre de Rémt. . tMoS mètrei earrét.
cipalt , «ai de io« mètres. ï>^"* ^c MiUn it.696
Le tableau suivant donnera le moyen de ju^er SaintPaulde Londres. . 7,809
des dimensions des édiaces représentés sur nosgra- Notre-Dame de Paris*' . 6.a38
vares . ««mparéee i eellea des édiSees principaux de ^ "«'f»^ ^* ^ ?*»•• Vt»dÔme â ParU Mi dlia
TEurope. Les mesures sont prises depuU U paré ^^V'^^^^^ ""«i"» «^«f • *!«« <^«"« du Colyséa . pn-
jusqu'à la croix. *• * rexlérieur , et la hauteur du Colysée est supé-
Ttottf de U cathédrale de "«»'*'*• «*• 9 "**'•• • **"• *• '• ^^^^^* *« ^ »*««
Slrasbourf t4amètrM. pUca. L'Arène répond à peu préa, pour la superfl.
Tour de Saint-<aenne â *^»«» * ** P'»^® ***• Victoires à Paris, en supposant son
yj^^^ç j33 plan un ovale de aS5 pieds sur 19a.
^aint-Piairre de Rsma. . . i3a {If^iHf de i' Éditeur.)
MILAM.
loir huit millions, enfin ses pinacres élancés surmontés de statues si légères qu elles semblaient danser sur la pointe d'une aiguille de marbre ou courir sur les rayons du soleil brillant qui les éclairait ; mais je me bornerai à dire deux mois de l 'église souterraine remarquable par ses omemens dor et d'argent et par ses reliques yénérées.
J'examinai surtout avec le plus vif intérêt la chapelle qui contient le corps de l'illustre saint Charles Borromée.
La tombe où repose cet homme extraordinaire , est en cristal , et elle est elle - même renfermée dans un cercueil d'argent massif. Saint Charles , devenu à l'âge de vingt-un ans, cardinal et archevêque de Milan , renonça , dès ce moment , à tous les plaisirs que son âge , son rang et sa fortune l'invitaient à goûter , pour se livrer à de grands et nobles devoirs.
Les efforts qu'il fit pour réformer son clei^é faillirent le rendre victime d'un assassinat. Lors de la peste qui attaqua Milan , on le vit s'exposer aux plus grands dangers pour secourir les malades; et sa mort , arrivée en i584, à l'âge de quarante-six ans , fut hâtée par la sévérité des devoirs qu'il s'imposait. Cent trente ans après la mort de cet illustre personn.ige, le peuple de Milan lui éleva une statue colossale sur le lieu même où il était né ( à Arona, Pl.a85). .
Pour terminer noblement notre visite à la cathédrale de Milan , montons au sommet du dôme. C'est là que nous pourrons apprécier toute la richesse de sculpture de ce monument extraordinaire. Nous voici errants sur un pavé de marbre ' qui sert de toiture k l'édifice ; de tous côtés y une population incroyable de statues de toutes les grandeurs s'oiTre à notre avide admiration; Vues d'en bas elles sont à
peine perceptibles , et presque toutes , à l'exception des plus grandes « peuvent être prises pour des aiguilles de marbre brodées avec le soin le plus parfait ; mais d'en haut , on estime aisément la grandeur relative de toutes ces statues. Il en est de si petites et de si mignonnes qu'on serait tenté , en passant auprès d'elles , de les détacher et de les mettre dans sa poche. La vue du haut de cette montagne , se perd dans un horizon immense. Les plaines cultivées de la Lombardie paraissent , sous l'azur des cieux , comme un océan de verdure ; le voyageur, découvrant en même temps les Alpes et les 'Apennins, salue encore une fois cette riante Italie dont il va prendre congé.
Les églises de Milan sont généralement d'une belle construction , et d'une solidité qui défie les siècles ; quelques-unes sont remarquables par d'intéressans souvenirs. A Saint-Gothard, on montre un ange de marbre, auquel on prétend qu'un bombardier, condamné à mort en i333 , abattit la tête du premier coup , ainsi qu'il s'était vanté de le faire , si on voulais lui accorder sa grâce. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une inscription gravée sur les épaules de Tange (qui est placé au sommet de Téglise ) rappelle cefaity et atteste que la tête a été rétablie en i335. Cest dans cette église que Jean-Marie Yisconti , dont les cruautés inouies avaient rendu le règne odieux , fut assassiné au moment où il y entrait, le i6 de mai i4i2: son corps fut porté dans la cathédrale, où une courtisane osa, au milieu du tumulte, venir honorer son souverain , en répandant sur lui une corbeille pleine de roses. Le tyran fut reporté ensuite à Saint-Gothard :
Ton voit son mausolée près de l'autel.
LltALIË.
Egli fia ufar^ P^S^^ ^^ ^ ^^^ giielmiiut « il est capable ^ faire pire 4{ue Wilbelmiiie », est un proyerbe que le peuple milaïuiis répète en voyant r«gUse de Saiot-Marc. Willidimuic, au Bora de laquelle ae rattacke une si grande in&mie , était originaire de Bohême ; des prières assidues , une pâleur naturelle qui semblait ^tre Tef* fet de continuelles mortifications , lai a¥aient donné une haute r^wtation de piété. Elle avait choisi ce lieu , où il j avait plusieurs chanfcres basses et souterraines, pour offrir à Diea nn culte fervent et secret avec pi»
sieurs hommes et plusieurs femmes, k la tète desquels était un certain An-^ dréa Saramita, plus partiodiànement lié avec Wilhelmine. Une petite ton* sure cléricale, eachée dans la masse des cheveux, était pow l'imt et l'autre sexe le signe 4e cette as80oiation« Au hout de cinq anaées^ vers laâa^ Wilhelmine moifî*u.t eaa grande réputation de sainteté. L'association qu'elle avait formée oonlsinua ses assemblées tous les jours avanjt le k ver du seleii, sous la direction de Saianûta. Enfin un marchand^ nommé Coivado Coppa, qui venait de se marier, conçut quel* que jalousie de voir sa femme quitter cuvent le Ut nuptial de si grand matin* 11 n'osait s oppeserau sentiment pieux qui \ai portait à laioe ces fréquentes sorties, mais il la aoivii un jewr^ et s'arrangea pour n'étne pus reconnu.
Après des cérémonies chrétiennes ce-»
lébrées par les hommes et parks £nn« «ses avec des habi^ts sacerdotaux*, cha^^ cun des in»tiés cria avec fureur : «ita-^ nensrnouS'^ mamcns^nous! Aussitât la faible lumière qui éclairait un peu cette scène ténébreuse eut mise sons un boisseau ; le hasard contribua plus que le choix aux singulières unions auxquelles Coppa s'associa; il recovH
nut pourtant sa fei^iné^ «a touchant un sa^ir qu'elle avait au doîgt ; il prit part avec elle à cette horrible orgie, profita de son délire pour lui dérober son anneau , et se retira plein de rage et de désespoir.
Coppa sut pourtant dissimuler pour assurer sa vengeance : il invita à un gmnd repas les femmes qu'il savait appartenir à cette association; avant de se mettre à table , il demanda à sa femme ce qu'elle avait fait de son saphir ; elle assura Tavoir perdu , « et moi je l'ai trouvé, » dit-il; et après le dtner, ii invita chaque mari à faire i sa femme ce qu'il allait faire k la sienne, pour une raison qui les intéressait tous. Chacun promit de l'imiter; aussitôt il saisit sa femme par les cbeveux et montra la tonsure cléricale qu'elle portait; les autres maris reconnurent le même rigne sur leurs femmes : Coppa leur en donna la fatale explication, et montrant son anneau, il raconta sa mmlbenreuse histoire. Ces maris ansaient p« tirer eux-mêmes vengeanœ de leur affiront; ils aimèrent mieux recourir aux lois qui punirent ;Ies adultères , et abolirent leur repaire de prostitution.
Jjainte^Mariede la Pasdon^L ^i^) est une des belles églises de Milan , et la plus riche en tableaux. Ce qu'un ami des lettres doit surtout aimer à retrouver en ce lieu, c'e^ Fépitaphe qme George Trissino a composée pour k monument funèinre de Démétrius Cibalconâyle, son maMre de langue grecque, dt son ami. Démétrius, ect Atihénimi fugitif dbee ks LombaHb, parmi ksquels la mnniffioeiice éclairée de Louis le Move l'avait aUtire, visf mourir à Milan au euBBMncemcntdu seiasième sièck.
A côté de Sainte-Marie de la Pas» sion, plaipms ici leplus amsiun monu»
ment de l'âtiticpiité chrétienne à Mi« hn^Vés^iseSaint-'^mbroise (Pl.nij).
Au-derant de cet édifice on voit un de ces Tastes parris que les architectes du moyen-âge avaient déjà empruntés à ceux de Tantiquité, et que Ton retrouve dans un grand nombre d^églises d^talie. Là, sous le polythéisme, se tenoientles profanes exilés des mystères sacrés; là encore eurent lieu , plus tard, ces rigoureuses pénitences des premiers siècles de Tégiise. L'aspect de ces vieux portiques a quelque chose de religieux , et ils séparent noblement le sanctuaire de Dieu du tumulte des vides.
Saint Amhroîse rappelle de beaux souvenirs. On sait comment, à une époque où la liberté s'était réfugiée dans h religion , le saint ferma les portes de Péglise à F empereur Héodôse \ après le massacre de Thessalonique. Outre ses souvenirs historiques , cette église renferme des monumens précieux pour Fart et la religion. On montre dans la nèfle fameux serpent d'airain, que Ton a été jusqu'à prendre pour celui que Moïse éleva dans le désert;
Nous ne pouvons quitter cette basilique sans dire un mot de la liturgie particulière que suit l'église milanaise.
*— Cette liturgie a reçu le nom de rit ambrosien ; celui de rit de l'église milanaise lui conviendrait mieux , car sa formation parait bien antérieure à saint Ambroise, qui même n'a rien prescrit à son égard, quoiqu'il semble y avoir fait plusieurs additions. Les papes ont toujours désiré avec raison de rendre le rit uniforme dans toutes les églises catholiques; les évéquet secondèrent en général leurs vues t il faut en eicepterles prélats de Milan; les innovations furent depuis confir-* mées par l'autorité du saint-siége. La nature de cet ouvrage ne comporte pas de grands détails sur les difTérences que leur rit présente avec celui de* autres églises catholiques : la plupart de ces différences ne sont que des formules ajoutées ou transposées dans les prières. Nous ne remarquerons que les usages qui offrent quelque singularité. Ainsi , le baptême se fait par immersion , en plongeant la tête du baptisé dans la cure. Le carême ne
Le peuple est persuadé qu'il doit sif- commence que le dimanche de la qua^
fler à la fin du mood«; et le sacristain Tayant un jour dérangé en Fépoussetant, îl y eut un mouvement général d'épouvante, lorsque le reptile parut tourner du câté de la porte.
La mosaïque du chœur, représentant le Sauveur sur un trône d'or, parait un duvrage d'artistes grecs du XI* siècle. Une autre mosaïque, du ES* siècle, est assez extraordinaire. Elle r e p tésc pte saint Ambroise s'endormant en disant la messe, tandis qu'un sacristain ht! frappe surl'épatde pour le réveiller, et lui montrer le peuple qui attend. G est un singulier moment choisi par l'artiste , dans la vie du grand saini.
dragésime; on danse à Milan pendant la première semaine, tandis que les autres catholiques jeûnent , et se mor-' tifient. Aussi voit-on accourir alors des villes, et des états voisins ceux qui Tculent jouir pendant quelque temps encore des saturnales du car<« naval. Le dimanche était aussi compris dans ces jours de grAce i mais sainl Charles les rendit an earéme pour em« pêcher les désordres qui se commet* taient; la ville, croyant ses droits mécomuns, eut recocers au pape, qui traita ses envoyés du nom iiambassa^ deurs du cama%^^ et approuva la décision de saint Gharies.
• lie» diftérencea du» k célebratioii
delà messe sont nombreuses. Voici ce qu'elles offrent de plus curieux : dix vieillards de chaque sexe représentant le peuple de Milan, oiBrent en son nom le pain et le vin ; ils sont yétus de noir , une écharpe blanche jetée sur leurs épaules descend jusque sur les mains ; les hommes portent les hosties dans l'une et le vin dans l'autre ; les femmes font leur oblation dans la première enceinte de la nef.
J5r»ra(Pl.a37)cstunvaste édifice qui contient une bibliothèque, une galerie de tableaux , et un observatoire.
Ce monument 9 qu'on décore aujourd'hui du titre de palais , fut construit sur remplacement du couvent et de l'église des Umiliati. Cet ordre était devenu extrêmement riche; le luxe s'introduisit rapidement dans le monastère , et entraîna une foule d'abus contraires h. l'austérité des principes religieux. Saint Charles Borromée (ainsi que nous l'avons dit plus haut) crut devoir arrêter le relâchement , et rappeler les frères à la règle primitive- Un parti s'éleva contre le pieux archevêque, pour empêcher les réformes qu'il méditait. Girolamo Farina, un des diacres , lui tira un coup de fusil , mais il ne fit que brûler son habit. Ce crime ^ dont l'insuccès fut regardé comme un miracle, hâta l'abolition
leries de Florence, de Bologne et de Rome, fait peut-être beaucoup trop négliger. S'il n'a pas de grands Titien , s'il manque de quelques autres chefsd'œuvre cités avec orgueil par des écoles voisines, il possède d'admirables tableaux des anciens maîtres italiens, tels que Mantegna, Bernardin Luini, Gaudence Ferrari^ Bramante Lazzari , qui semblent là convenablement placés pour l'histoire de l'art.
Quand l'empire dltalie passa des Groths aux Lombards, les arts, qui suivent ordinairement les traces de la fortune, passèrent de Ravenne à Milan, Monza, etPavie, et on appelle encore lombard tout ce qui est dans le caractère de cette époque. Cependant, les artistes ne s'étaient point éloignés de l'ancien style. Le séjour de Léonard de Vinci h Milan, l'académie qu'il fut chargé de diriger , et qui servit de règle à celles qui s'établirent ensuite, donnèrent une nouvelle direction à la peinture milanaise; et là commence une seconde période, dont les élèves de Léonard font le plus bel ornement.
Léonard de Vinci ^ peintre célèbre de l'école florentine, naquit au château de Vinci près de Florence, en i45a, et non en i44^9 comme on le lit dans plusieurs vies de ce grand artiste. Il était fils naturel de Vinci,
de l'ordre : elle fut décrétée par le pape noble d'extraction , qui exerçait la pro-
Pie V, en 1670. Les richesses des Umiliati, devenues la propriété de saint Charles, servirent à fonder des établissemens utiles , et la maison de Brera fut donnée aux jésuites pour y établir des' écoles publiques, qu'ils conservèrent long-temps.
La bibliothèque, Tobservatoire et le
fession de notaire. La nature s'était montrée prodigue de ses dons les plus précieux envers le jeune Léonard.
Beau, bien fait, doué d'une force corporelledontonavait peu d'exemples ( i), il joignait à ces avantages physiques des dispositions extraordinaires pour les arts et les sciences. Non content
jardin botanique de l'édifice actuel ne d'exceller dansl'escrimd, l'équitation, fixeront point notre attention. Nous
1 • • jcJ'^f^^AT,! U \i^t*tt^nT ^"^ ^""*^ *®"^® ™^'"» dît-on, n arrétaît Icbran-
COndUironS immédiatement le lecteur ,^ ^^negro^e cloche, et il ployait «n fer à cheval
$kU musée de Brera, que l'éclat des ga*« «vs^l facilement cjn une lame de plomb.
MILAN
a musique et la dause , il avait acquis , dès sa première jeunesse , des connaissances asseas avancées en mathématiques y en. physique, en philosophie, et dans toutes les branches de la littérature. Sa famille le plaça de bonne heure à Plorenoe , dans l'atelier de André Verrocchio , qui avait alors, comme peintre et comme sculpteur, une grande réputation. Il s y trouva avec le Pérugin , qui fut depuis le maître de Raphaël, n se tendit à Milan, en 14899 pour y fondre une statue équestre , que Ludovic Sforza voulait élever à son père , le duc François.
Ce fut à Milan, et par ordre exprès de Ludovic Sforza, qu'il composa, pour le réfectoire des Dominicains , ce célèbre tableau de la Cène, qui excite encore aujourd'hui l'admiration de tous les artistes.
Plus tard, c'est-à-dire lors de l'entrée de Louis XII à Milan, Vinci signala son génie inventif par la construction d'une mécanique y dont le jeu fut trouvé surprenant; c'était un lion automate de grandeur plus que naturelle ; après avoir fait plusieurs pas au-devant du roi dans la grande salle du palais, l'animal s'arrêta tout-àcoup, et, se dressant sur ses pattes de derrière , ouvrit une large poitrine d'où sortit, en se déployant, un écusson aux armes de France. Louis fut enchanté de cette machine, et il en fit à l'auteur de grands complimens. De quelque faveur néanmoins que Vinci jouit à Milan , sous la domination française, il n'y goûlait pas la tranquillité d'esprit qu'exige la profession des arts.
Les chances inégales de la guerre le forcèrent plus d'une fois à quitter cette ville, et il finit par se rendre à Florence , où le sénat le chargea de pein<ore, avec Michel- Ange, la salle du pasueiL On sait à que point ces deux
hommes célèbres se piquèrent d'ému-»
lution , et à quel degré de supériorité ils s'élevèrent sans pouvoir se surpas* ser. . Ce fut cette rivalité qui donna .
naissance aux deux grands cartons dont il est tant parlé dans l'histoire de la peinture.
Léonard de Vinci portait si loin la recherche du vrai, et, si l'on peut s'exp primer ainsi , la manie de l'observatioDi qu'il avait toujours sur lui des tablettes afin de dessiner à l'improviste toutes les têtes bizarres , toutes les particula« rites curieuses que le hasard lui présentait. Paul Lomazzo rapporte, et Marcitte après lui , qu'ayant un jour à peindre une joyeuse réunion de campagnards , Léonard invita à dtoer des convives amis du plaisir , et leur fit à table des contes si plaisans , qu'ils se prirent à rire aux éclats, bien éloignés de penser que le maître de la maison mettait toute son attention à étudier en eux les diverses impressions de la gai té. Un fait avancé comme certain par beaucoup d'auteurs, c'est qu'il termina ses jours dans les bras de François P'. Un de nos peintres mo^ dérnes , Ménageot , a composé sur ce sujet un grand tableau d'histoire qui ^ à l'exposition de 1781, obtint le plus brillant succès , et dont une copie fut exécutée en tapisserie à la manufacture des Gobelins. Feu Landon , auteur d'une vie des peintres, ne fait nulle difficulté d'y raconter ainsi l'événement : « Cet homme célèbre , aussi recommandable par ses vertus que par ses talens, fut tellement touché de la bonté du pionarque français qui venait le visiter, que, se soulevant avec peine pour lui témoigner son respect, il re tomba mourant entre les bras du prince* ff
Les amplificateurs d'anecdotes prér tendent en outre que François 1*%'
y ITALIE.
lisant uae mrprise détlaigtiease sor la figure des courtisans qui Taccoinpa* gnaicD t ckea Léonard, leur di t de ne pas s'élmmer s « Je puis faire des nobles quand jeyeiix , et même de très-grands seigneurs; Dieu seul peut faire un homme comme celui que nous allcms perdre. » On prête ce mot à tant cf autres princes, qu'il serait difficile de déddar s'il appartient réeUemcnt à Fnaçanh*.
Parmi les plus céMires élères de Léonard f on citeCésare da Sesto. Bet^aaazano réussissait si bien il représenter des fleurs , des fruits et des oiseaux, qu'il rcnoureia ce qu'on raconte d*Apelles et de Zeuxis : des paons gfttére&t le laur ou il avait peint des frai* siersy pour en béqueter les fruits. Il ne resta dans Milan, au dix-septième siècle , presque aucune trace du style de Léonar I , ni de celui de Gaudenzio^ chef d'une école rivale. Après les pestes qui désolèrent plusieurs fois Milan, Frédéric Borromée fonda une académie; mais la nourdle école ne put égaler l'anciemae; le nmnbre des tran vaux s'étant multiplié, les peintres vénitiens, mmonais, génois^ bok^ nais y introduisirent une nouvelle bigarrure de style y et une prestesse £9itale d'exécution , qui fit succéder la manière au noble et au gracieux. Le nombre des artistes diminua sensiblement à Milan après la mort du cardinal Borromée ; l'académie qu'il avait fondée fut fermée pendant vingt ans ; Marier Thérèse essaya de ramener le goàt, en créant une troisième académie en 177&» établissement qui, depuis, a toujours obtenu une généreuse pro« ttttion*
Lm vUla Napoléon (PL %àj) est un beau palais , bâti , il y a 3o ane, par le marécbal comte Belgicjoso^ donné par la municipalité de Milan au gêné»
rai Bonaparte y et habité depuis pârf Eugène. Le jardin anglais qui dépend de cet édifice n'occupe pas plus de deux arpens ^e terrain , et sur une aussi étroite surface on a en le talent de pratiquer un pont , une cascade , des •rochers, des temples et des routes sinueuses qui se croisent en tons sens.
On a lu dans le voyage de M. Simond une anecdote que me rappelle le nom de ce comte Bel|::iojoso, dont je viens de décrire l'ancienne demeure, c Ce général , très-jaloux de paraître à son avantage les jours d'apparat, avait coutume de passer plusieurs heures ces jours4à ( cm m'a dit sept heures , ce qui est un peu fort ) sons le. peigne d^un perruquier. Celui-ci eut une fois la main malheureuse , il manqua la frisure du général , qui, furieux de ne pas se trouver au miroir aussi beau, ou aussi terrible qu'il Faurait voulu, tua d'un coup de pistolet l'infortuné coiffeur. « Tuer son perruquier ! m'écriai-je frappé du dénouement. Hhl je vous prie, votre monsieur le général ne fut-il pas pendu ?-i— Pendu? répliqua- t-on avec non moins de surprise ; vous n'y pensez pas ! » Que ThistoiiT soit vraie ou fausse (et j'avoue que je n'y croîs pas) , il suffit qu'elle ne soit pas invraisemblable sur les lieux , pour donner la mesure des notions existantes sur la justice criminelle et son application.
L'Italie vante ses hôpitaux , et Milan en possède plusieurs qui ont beaucoup de réputation. L*ospeâal mag" giore (PI. a38, aSg), .le plus vaste de tous, ainsi que son nomKindiipe, est dû à François Sforze, usurpateur conquérant du duché de Milan , à Blanche Yisconti , sa femme , fille des anciens ducs , et aux contributions volontaires du peuple , qui avait essayé d'établir 9fm indépendance, et de se constituer
.t- :.. • iMl.-*r
Jt^^^ei.
Mi/a/uf, TewlTû de//a Scu/a .
Jfila/t . 77icd/7r; i/c /a Scala
.Ifi/a/w. ÛJ/^évù//' /rta/^/éf/r.
Âfila/i. ûiYuid //û^i'la/.
MILAN
M fepubli<{ae. Cet hôpital est comme tin vieum et rare monoment de la rénnion des partis. Le canal dont il est bordé est une espèce de fleure qui emporte toutes les immondices. Mais ces anciens liApitaux, bâtis en forme de croix, offrent toutefois me disposition ' moins commode et moins salidyre que celle des bépitaux récemment construits en France; et les salles parai- 'Mes sont bien préférables, pour la circnlatkm de l'air, aux angles inéritables de l'arcbitectare en croix. Le grand hôpital de Milan n^a point de seeurs de la cbarité. L'époque de notre domination eût été une occasion fa- Torable pour les j introduire. Parmi tant de tf aces honorables laissées à FItalie par la France , des saurs ne seraient aujourd'hui ni la moins utile ni la moins touchante.
L'église et le théâtre sont deux des principaux instrumens par lesquels les petits gouTemcmens d'Italie ont sontenu leur pouToîn Après le Jhuomo , il n'j a aucune chftsse dans Milaa à laquelle ob ait pl«M de déTOtiom , aucun édifice qui soit plus estimé que le théâtre de la i&a/a (Pi.aîg). Les idéesde plaisir et de dévotion peuvent, à son égard , se confondre par une association permanente r car c'est sur les ruines de l'église- de Santa-Maria délia Scala que l'on a bâti , en 1778 , le vaste et magnifique théâtre actuel.
L'extérieur de la Scala est très-beau.
On descend die voiture sous le péristyle; su «-dessus , une grande terrasse entcHifée d'une balustrade conduit au Jiidoêta^^ salle de jeu, placée sous la protection du gOttvemeuKnt. Ge théâtre y vam des phis grands de l'Europe , a sis rangs de loges, et un parterre ■spacieux et commode ; chaque rang contient quarante-six loges. Celle de l'arapereur^ n^acée au centre , est un
superbeapjxirtement ouvert qui s'élève jusqu'aux deux tiers de la salle : celle^ ci est resplendissante de dorure , et surraontéede la couronne et de la croix de l'empire. On voit, comme dans plusieurs théâtres d'Italie , une pendule dont le cadran , avec des figurés en transparent , tdurne devant une forte lumière , et indique l'heure dans toutes les parties de la salle. Les draperies extérieures des loges sont uniformes et riches ; mais l'intérieur est magnifiquement décoré par des tapisseries de soie, des coussins de velours, des candélabres ; et la plupart ont une chambre adjacente pour jouer et souper.
Ce théâtre , qui joint une grande ma« gnificence à tout ce qui peut être agréable ou commode , est le chefd'œuvre de Piermarini; L'artiste a combiné de la manière la plus ingénieuse tous les avantages possibles ^ non -seulement pour les spectateurs, mais pouv les acteurs , musiciens , danseurs et machinistes; et les mag^ sins, les ateliers de peinture, ne sont pas moins dignes d'être vus que les parties plus apparentes de l'édifice. Tout ce qui appartient à cet étaUissement prouve combien il est important ,. et pour le gouvernement , et pour la n»tion.
Ce théâtre est en efiet le logis du soir de presque toutes les classes de Milan. On ne sait véritablement que devenir quand la Scala est formée, car il n'y a point là , comme à Florence , Borne ou Naples , de corps diplomatique pour recevoir. Malgré les grandes fortunes et l'aisance coo^ mune des* habitans , personne ne se croit obligé de représenter. Les diverses révolutions que ce pays a subies depuis trente années , et les réactions qui en ont été la suite , semblent y avoir détruit la vie so-*
ciale. Cette insurrection de salon, cette liberté réfugiée dans l'opinion du beau monde , que les divers partis ont toujours opposées , en France , au pouvoir qui déplaisait , n'existent point en Italie. L'opposition exilée , mpuissante , voyage ou se tait ; et le petit ramage des loges , perpétuellement interrompu par l'arrivée des derniers venus ou le départ forcé des premiers, attendu l'exiguité de l'espace , n'est guère propre à développer le talent de la grande conversation ou des discussions politiques. Eln revan* cbe , le crocchio ristretto\ la causerie privée, gagne beaucoup à cet arrangement. Veut-on avoir une idée exacte de l'intérieur d'une loge milanaise à la Scala , il n'est pas nécessaire de faire un voyage en Italie ; il suffit de lire les lignes suivantes puisées dans la macédoine de bons mots , que le ba^ ron de Stendhal a intitulée! JRome, Naples et Florence. «Au commencement de l'biver , une femme fait faire quatre ^ou cinq robes de trente francs. Les robes de son trousseau qui datent de l'époque de son mariage sont précieusement conservées pendant buit ou dix ans ; elles servent les jours de première représentation à la Scala et pour esjestedi ballo. L'on est connu personnellement, àquoibonla toilette ?
Une femme reçoit une seule personne à midi , ses amis intimes de deux à quatre. Le soir elle reçoit ses connaissances dans sa loge, debuitbeures et demie à minuit. Lorsque la loge , qui a dix ou douze places, est remplie et qu'il survient quelqu'un , le plus ancien arrivé s'en va. A son départ , tout le monde fait un petit mouvement vers le parapet de la loge , et le nouvel arrivé a sa place près de la porte C'est ainsi que cbacim se trouve à son tour à côte de la mai tresse delà loge.
Le vestibule de la Scala (Tatrio) eist le quartier-général des fats ; c'est là que se fabrique l'opinion publique sur les femmes. On attribue pour ami à cbacune d'elles l'bomme qui lui donne le bras pour monter dans sa loge. C'est surtout dans les jours de première représentation que cette démarcbe est décisive. Une femme est désbonorée quand on la soupçonne d'avoir un ami qu'elle ne peut engager à lui donner le bras h buit beures et demie lorsqu'elle monte dans sa
loge La Scala peut contenir trois
mille cinq cents spectateurs. Le parterre de ce tbéitre est ordinairement à moitié vide, c'est ce qui le rend si commode. Dans les loges , vers le milieu de la soirée, le cavalier servant de la dame fait ordinairement apporter des glaces ; il y a toujours quelque pari en train , et l' on met pour enjeu dessorbets; il y en a de trois sortes, gelati, crepè et pez2i-duri;c^es tune excellente connaissance à faire. Jen'ai point encore décidé la meilleure espèce v et tousles soirs je me mets en expérience. »
Tous ces détails, racontés avec cette manière piquante dont l'anonime qui se cacbe sous le nom de Stendbal possède le secret, sont vrais généralement. Peut-être certains voyageurs ne troifveront-ils pas trèsexact ce qui est relatif au départ d'un visiteur dans l'intérieur des loges , lorsqu'un arrivant se présente. Cet usage, qui n'est pas une loi, est cependant observé par une sorte de convention tacite. Outre la Scala , Milan possède trois autres grands tbéâtres , qui avec le Corso suffisent aux plaisirs des babitans. On a vu que dans la plupart des villes d'Italie , c'était la rue principale qui servait de corso.
Ici il a lieu sur le bastion entre la porta Rensa etlaportaNuora. Voici, à
Jfilunû. {Mesa di S. ûilso.
JfOaA.. S^û-lfe.
Mi/an^. Oii^sA é/i S^.Marùi éi/f/Z^ ûrvxi^. Jfi/ofi. S^^a/^îedes ûràces.
fWJ^f ,i^ /-j..
(Wonn^^ i/i S. Lor&izit.
MUano.
(Àfioft/ie**' f/t». 'i .' /.t/i/ren/^.
MILAN
propos de cette promenade, quelques détails piquans que nous empruntons encore à Tourrage de M. Stendhal.
«En été après dtner y à la diute da jour , à lave Maria , comme on dil ici , toutes les voitures du pays se rendent au bastion di porta Rensa , élevé de trente pieds au .dessus de la plaine. La campagne vue de là ressem-»
ble à une forêt impénétrable ; mais plus loin on aperçoit les Alpes aveo leurs sommets couverts de nei|;e. C'est un des plus jolis lointains dont VcsA puisse jouir« î)u côté de la ville, ce sont de jolies prairies, et par«-dessu8 les arbres de la villa Belgiojoso , la flèche du dôme. Cet ensemble est joli, mais ce n'est point pour en jouir que toutes les voitures font balt^ pendant une demi*heure sur le Corso* On y passe en revue la bonne com«< pagnie. J'ai surpris souvent de Tatta^* chement dans les réflexions du peuple sur les promeneurs. Le charpentier, le serrurier de la maison, font un petit salut d'amitié au domestique qui, depuis vingt ans, monte der« rière la. voiture d'un vieux noble, et si le maître aperçoit le parangon di casa ( le menuisier de la maison ) , il lui fait un signe de tète plein de bonté. Les femmes Agées ont une sorte de conversation singulière avec leur valet-de-chambre, dont le poste , dès que la voiture s'arrête , est à la portière , pour l'ouvrir si madame veut faire un tour à pied , ce qui n'arrive pas une fois tous les dix ans. Pla^ ce ainsi à deux pas de la portière , le valet de chambre répond sans s'avancer, aux réflexions que sa vieilie^oi^ro»
na fait de Tintérieur de la voiture. »
Cette petite description est pleine de mouvement et de vérité.
Notre-Dame de San-Celso (PI.
a4o)doità ses colonnes de marbre, à
ses belles statues , aux sculptures qui décorait sa façade , à la magnificence des peintures et des fresques de la voûte et des chapelles , enfin à la richesse de son ornement , une grandeur et un éclat qui rivalisent déjà avec ceux des églises de Rome. Si nous comparons à Notre-Dame de San-Celso Sainte^Marie des Grâces (9\. ^^o) y autre monument dédié à. la reine du ciel , nous trouverons que le second de ces temples n'a plus que l'ombre de sa leauté première. Le Cénacle de Léonard de Vinci, placé dans le réfectoire de l'ancien monastère de Santa-Maria délie Grazie , n'est point aussi mécon« naissable que je l'aurais eru : à travers le nuage de destruction qui Tenve-* loppe et les restaura tioris maladroites qu'il a subies, on découvre encore l'ex* pression et la vie de cette admirable composition. « Dans ce lieu où plus d'un enthousiaste, dit lady Morgan, avait erré des heures entières admirant en silence, à la clarté de la lune, les chefs-d'œuvre de Bemardo , en se livrant aux charmes d'une méditation mélancolique, nous ne trouv&mes que le bruit et le tracas d'une existence militaire. D'un côté, un chariot d'artillerie était placé près d'une châsse brisée ; d'un autre , un groupe de soldats riaient, chantaient et fumaient leurs pipes assis sur un crucifix renversé; une chemise déchirée séchait sur ce dos écorché de saint Barthélémy , et un fusil appuyé sur l'épaule de la Vierge lui donnait l'apparence d'une sentinelle en faction. En un mot, c'était un quartier-général de la gendarmerie de sa majesté impériale d'Ai|triche. »
Les seize hautes colonnes antiques de Saint'Laurent (PI. a4i), offrent un superbe débris, et prouvent la grandeur , l'importance et la magnificence
LITALIE.
de Tancien Milan ; ces belles colonnes sont même plus élevées que celles du Panthéon : on dirait cpi elles servent de portique aux ruines et aux anciens • monumens de Tltalie. ^
Une dissertation sur les colonnes de Saint-Laurent a été publiée par M . l'abbé A. Guillon , dans laquelle il établit avec sagacité jusquà la distinction des diverses pièces de ces anciens thermes herculiens, qu'il attribue à Maximien Hercule , et qu'il regarde comme une imitation rivale des thermes de Dioclétien. Les nouvelles fouilles de Brescia ont depuis confirmé cette conjecture.
A peu de distance de Sainte-Marie Jes Grâces se trouve l'ancien château^ ' forteresse dont il ne reste plus que le carré intérieur qui sert de logement aux troupes. L'impossibilité de soutenir un siège préserve aujourd'hui la ville des inconvéniens d'un assaut et des suites d'une prise. L'immense esplanade qui entoure le château est devenue une place qui a été couverte d'arbres ; elle reçut , à l'époque de la paix de LunéviIle,lenoin deFo/'oBonaparte. Ce lieu, qui était humide et malsain, est aujourd'hui une promenade agréable, ombragée de plus de dix mille pieds d'arbres, dont les espèces sont variées , et qui forment des allées et des bosquets agréablement distribués (Pl. a4a). Là est une immenseplace J'arme^ large de onze cents brasses , et longue de mille. Non loin est le grand cirque appelé vulgairement tarena{ pour Arena ) , bâti par Canonica,à l'imitation des amphithéâtres antiques : on y arrive par une allée d'érables, d'ormes et de cbènes.
L' Arena pourrait contenir vingt-quatre mille spectateurs ; ce lieu est ombragé par des arbres à sa partie supérieure , et entouré de murs , dans lesquels il y
a des portes d'entrée qui font Toffice des anciens vomitoires. Il est destiné à des courses , à des combats d'animaux, et même à des naumachies, car l'arène peut être inondée en trèspeu de temps.
A Tendroit où la grande route du Simplon vient aboutir à Milan, un superbe aro-de-triomphe a été commencé d'après le dessin du marquis L. Cagnola. Cette porte, appelée d'abord arc du Simplon , puis arc de la paix , a été ordonnée par Napoléon et achevée aux frais de la ville (PI. ^43) • La statue de la Paix, comme au Carrousel, remplace celle de Napoléon ; le char est tiré par six chevaux de bronze, nombre supérieur à celui des attelages antiques; quatre autres chevaux sont placés aux angles; plusieurs deceschevaux sont vraiment superbes, et honorent le ciseau italien. Cet arc-de-triomphe, qui est tout éblouissant de marbre et de sculpture , qui est le plus grand souvenir moderne d'une époque de conquête et de renommée, semble contraster avec le courage simple^ patient, modeste, et sans enthousiasme, du soldat autrichien en^ployé à sa garde.
Arrêtons ici cette esquisse de Milan.
Si nous ne consultions que le nombre des monumens et des souvenirs intéressans de cette belle cité , notre travail serait loin d'être terminé. D'un autre côté, les catalogues et les guides en Italie ont si bien et si souvent décrit les merveilles de Milan , que sous ce rapport il reste peu à glaner pour les voyageurs actuels ; mais si Ton ne tient compte que des objets mouvans et respirans, ce pays, tout exploré qu'il est, peut offrir encore au politique et au philosophe la plus abondante moisson
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Parmi tous les districts du nord de lltalie, celui de Como, avec son lac, sa cité et ses montagnes, se distingue par une prééminence d'intérêt historique. Ce beau pays a trouvé dans lady Morgan un chantre digne de lui.
Les riches paysages de Gome, la po-* sition de cette yille sur les fontières de plusieurs états différens pour le climat, le sol et la langue, ont donné dès long-temps à cet Eden de la Lombardie une juste célébrité, et ont fait de ses belles solitudes les théâtres de bien des combats, et les témoins de bien des crimes.
Les Étrusques fondèrent Come ; et quand ils vinrent peupler ses charmantes rives et ses Ûes délicieuses , la nature s'y montrait dans toute su fraîcheur et dans toute sa beauté primitive : ils étaient dignes d'habiter cette terre enchantée. Les Gaulois , dans une de leurs incursions , la découvrirent , et chassèrent les Etrusques; ils y élevèrent leurs cabanes , et plantèrent leurs tentes au milieu des monumens qu'avaient laissés leurs prédécesseurs plus civilisés. Les Romains, à leur tour , délogèrent les Gaulois , et Ton dit que sous leur direction cinq cents Grecs émigrèrent sur le lac Larian.
Les Goths ont ensuite envahi la contrée : après ce temps d'anarchie , quelques seigneurs s'en rendirent les maîtres jusqu'à l'époque où elle appartint à la maison d'Autriche.
La ville de Come, située à deux postes dé Milan, est une des plus petites, mais des plus anciennes capi* talcs de la Lombardie. Elle forme un
demi-cercle à la t^te du lac et repose au pied d'une montagne escarpée, couronnée par les ruines du château féodal de Baradello. Les faubourgs romantiques de San - Âgostino et Borgo Vico , s'étendent à droite et à gauche du lac. Des collines aux formes variées, couvertes de toutes les cultures, semblent avoir été projetées dans le fond de ce tableau par une explosion volcanique ; et le torrent de la Casia , s'élançant du haut de la montagne , tombe dans la petite plaine de Saules, qui sépare la ville des monts deSaint-FermoetdeLampino. «Mais le point le plus saillant du paysage , soit qu'il paraisse doré par le soleil couchant , ou que les rayons de la lune le couvrent de teintes argentées, c'est le château ruiné de Baradello , autrefois le théAtre d'une aventure tragique conservée par l'histoire, et que la tradition aime k répéter. Aux murs de cette forteresse si importante dans le Xin« siècle , unecage était , dit-on^ anciennement suspendue. En 1277, le fameux chef féodal Torriani fut exposé dans cette cage à toutes les inclémences d'une région orageuse, et il y périt.
Ce chef, qui avait été seigneur de Gome et du Milanais, mourut victime de Sforza, son rival et son vainqueur. »
Pour rectifier cette chronique rapportée par lady Morgan , il suffira de dire qu'en 1^77, Napo Torriani , qui avait usurpé le pouvoir suprême dans Milan, ayant été vaincu par Othon Visconti, archevêque de cette ville, à la bataille de Desio , fut par lui cuo-
damné à la même peine que Napo avait infligée à son ennemi Simone da La* como. Il fut enfermé dans une cage, mais non point suspendu aux murs extérieurs de la forteresse , ni exposé à toutes les inclémences d'une région orageuse , car il vécut environ une année dans cette captivité.
Come compte environ i5,ooo habi* tans. L'intérieur de la ville est sombre et triste ; les rues sont étroites et malpropres , les nombreuses églises sont détériorées , et quelques vieux palais, quelques liabilalions dégradées des anciens citoyens, complètent un tableau de ruine et de désolation.
La cathédrale ou duomo est le plus frappant de tous ces édifices. Elle a été bAtieen 1896, avec les marbres des carrières voisines. Partout, dans ce monument, le gothique élégant est altéré par le mélange de formes grotesques et grossières ; des bas-reliefs représentant des monstruosités, défigurent la façade, dontles pinacles légers sont surmontés de croix dorées. Les arceaux terminés en pointes fines, les colonnes enchâssées, contrastent mal avec des saints et des griffons hideux, tout étonnés de se voir placés les uns à côté des autres.
L'intérieur de la cathédrale a le caractère imposant et vénérable des siècles dans lesquels elle a été fondée et terminée; mais sa nef spacieuse, ses arceaux gothiques, son dôme hardi, ses belles masses de marbre blanc , et ses fresques d'un coloris vigoureux , sont déparés par les offrandes de la piété et de la reconnaissance des dévots Comasques et des montagnards voisins. Ces trophées seraient plus convenablement étalés dans les magasins des fripiers que dans un monument public. Lady Morgan raconte que sur une châsse dorée on voyai)
suspendu un cotillon. Ce cotillon déchiré était celui d'une pauvre fille qui, seule et sans secours, avait été ballottée et froissée par les cornes d'une vache. La Vierge Marie fit un. miracle aux dépens dudit jupon, maintenant consacré à sa gloire. Plus loin, une vieille perruque est accrochée près du saint tabernacle, et apprend que , par lentremise de saint AbbondiOj elle a sauvé une tête qui devait se briser en tombant d'une échelle ; partout enfin , les piliers , les châsses , les autels, les tableaux (qui sont horriblement peints) , annoncent la protection spéciale que la providence accorde aux fidèles qui ont pu invoquer les saints et la Vierge, quand des voitures ont passé sur eux sans les blesser, et que des bateaux et des maisons se sont renversés sans leur nuire.
Quelles que soient l'obscurité des rues de Come, et l'insalubrité de son atmosphère, dès qu'on entre dans une des petites barques qui couvrent le port , et que l'on commence à s'éloigner du rivage , la ville se montre sous un aspect tout différent, et devient un des tableaux les plus pittoresques qui aient été tracés par la nature. Les barcaiuoli (race aussi distinguée sur le lac de Come que les gondoliers sur les lagunes de Venise) , en attendant qu'on vienne réclamer leurs services, demeurent étendus sous la tente de leurs bateaux.
Montez dans l'une de ces légères embarcations, et parcourez les rives du lac de Come : ses ondes ne présentent point, comme on pourrait le croire, une grande plaine monotone, mais elles semblent au contraire se fermer à chaque instant pour se rouvrir et reparaître tout-à-coup de la manière la plus inattendue.
Vous verrez se dérouler sous vos yeux
il :
LAGDKCOME.
lef sites les plus pittoresques : vous vous arrêterez surtout devant Gnn^dona{PL a44- )» petite ville entourée de bautes moatagoes, dont le sommet n'est qu'uB Uoe immense de quartz hjalin. Les femmes qui habitent les petites vallées 9 entre ces rochers de cristal ,oai un habit qui, par sa coupe et sa ocmleur ^ se rapproebede celui des capucins t aussi lesappelle-t-onyrate.
Ces dames s'imposent cet étrange costume par suite d'uo vcsu qu'ont fiiit leurs mères. Mais la coquetterie n'y ' penl rien. Cet humble habit ne cache entièrement ni leurs formes éléf;antes , ni leurs jolis visages i et quelquefois l'or et les dentelles brillent snr les mbes des riches^^ce.
L'ancien pahiia des ducs d'Alvitto, à (jiBvedona, mérite d'être vu du mi«* lii^u du lac. La parole ne peut rendre l'effet de cette noble architecture de marbre, refléchie par les eaux. C'est là« dit AI. Valéry, qu'il fut question de réunir le conseil écuménique , as* semblé depuis à Trente. Cette grande consultation chrétienne, qui mit dix-»
huit ans k rédiger les dogmes et les formules de notre foi^ eut offert un nouveau contraste avec les souvenirs littéraires^ politiques ou guerriers du lac de Come.
U est difficile de peindre la variété et les sites enchanteurs de ce lac. Ses bois, ses rochers, ses cascades, la douceur de l'air, les oliviers et les citronniers qui croissent sur ses bords , apparaissent comme un reflet de la &iisse. La Grèce même semble revivre en ces lieux , auxquels elle a donné quelques-uns de ses noms harmonieux.
Tels sont Lenno,Ifesso, Lecco, Colonie, Corennot qui rappellent naturellement Lenmos, Maxos, Leucade, Colonne et Corinthe, Cette contrée me charme d'autant plus que les scènes
priiKÛpales du roman des Fiancés s'y sont passées , et qu'dle fut même la patrie et le séjour des principaux pcr« sonnages de ce poëme intéressant.
J*espérais eo arrivant à b petite ▼iUe de Lecco ^ située sur les bouda du lac de Come , et qui est le bereeaa de la famille de Mansoni., obtenir qad^ ques renseigoeraens sur les ditt* rens sites indiqués dans son romaii) mais mon désappointement fut égal à celui qu'éprouva en pareil cae MU Mençin-Fondragon , et je puis dkm comme lui : « Le croirait-on ? l'auber* gisie et les habitans auxquds je m'adressai ne connaissaient ni Tou* vrage ni même son auteur! On alla jusqu'à me demander si ce Manaoni n'était pas un manchand? Farieac d'une telle ignorance, je leur tournai le dos sans même leur répondre. Atnsî| le génie est comme les productions in« digènes t il n'acquiert de prix quà mesure qu'il s'éloigne du lieu qui Ta vu naître. »
Le vent d^ sud-est souffle diaque jour sur le lac depuis midi jusqu'au soir. On appelle ce vent breua , et celui du nord qui souffle vers le soir jusqu'au lever du soleil se nomme tivano.
On conçoit aisément que le désir seul de visiter ce lac magnifique, dont nous avx)ns donné une légère esquisse, puisse amener un grand nombre d'é* trangers dans la ville de Come. Le pas»
sage fréquent des voyageurs contribue en effet puissamment à sa prospérités Les habitans exploitent aussi quelques branches spéciales de commerce. La fabrication des draps et la prépa* ration de la soie sont les principaux objets de leur industrie. Cependant les stagnations du commerce réduisent quelquefois à une grande misère cette population retirée. On prétend que la plupart des marchends de baromètres.
de microscopes et de cartes de géographie qui parcourent la Suisse et T Allemagne, viennent de ces contrées.
La naissance de Pline le jeune suffirait seule à l'illustration de Corne. Nonseulement cet écrivain célèbre s'est distingué par son génie, mais comme citoyen il a môptréle plus noble esprit pu* blic. Ce n'^st pas sans motif que Come, reconnaissante , honore sa mémoire.
Pour lui, il appelait cette ville , ses délices. Il donna l'idée de la fondation d'une école , et il voulut y concourir.
Il y' avait placé un roattre, choisi par Tacite. Il établit aussi une bibliothèque, et il fit une fondation pour l'entretien des jeunes-gens de condition libre qui viendraient y étudier. La vénération de Pline pour Trajan s'est trop manifestée pour qu'on puisse regarder comme une flatterie de lui avoir, selon l'usage du temps, élevé dans Come un temple orné de son buste.
Cette statue était d'un travail exquis, digne du dieu auquel on l'offrait et du temple où elle était placée. Il semble que le charme attaché à l'heureux caractère de Pline ait encore une influence sur les habitans de Come; personne ne montra peut-être des affections plus douces , des sentimens plus parfaits que l'auteur des Lettres latines; rien ne l'arrêtait dans l'exécution de ses devoirs et dans la poursuite de ses études ; il était économe , pour avoir la faculté de se montrer généreux. Inflexible dans les affaires publiques, facile daos le monde , ami' sûr et complaisant, sénateur vertueux, quelle qualité lui manquait? La liaison de Pline avec Tacite^ Suétone , Quintilien , et Pompeius Saturninus, orateur distingué^ et Caninius Rufus , auteur d'un poëme sur la guerre des Daces , prouverait seule l'étendue de son mérite , et justifie bien la con-
stance des sentimens qu'un aussi bon juge que Trajan se plut à lui témoigner.
Pour ajouter à Tidée des qualités précieuses dont Pline était doué, nouff ne croyons pas devoir adopter la singulière opinion du père Tatti. Ce bon religieux, ne pouvant se persuader qu'un homme aussi vertueux fût éloigné de la présence de Dieu , se persuade qu'il a été converti dans l'tle de Crète par Titus , disciple de saint Paul, et qu'il y souffrit le martyre.
C'est en songeant ainsi à la vie et aux écrits de Pline que j'allai visiter, ' sur les bords du lac , les differens endnnts où son souvenir est pour ainsi dire vivant. La PUniana (PL a45) , le plus célèbre de tous , a été restauré dernièrement. Le palais actuel est un bâtiment carré et sévère , bâti en 1670 par Anguissola , l'un des quatre chefs de la noblesse de. Plaisance, qui, après avoir poignardé le tyran Pierre- Louis Famèse , fils du pape Paul m , jetèrent son corps par la fenêtre. A chaque pas , au sein même de celte solitude si riante et si douce, on retrouve les redoutables souvenirs qui peignent l'histoire et les mœurs des Italiens de ces temps barbares.
La Pliniana ne fut point , comme on sait, la demeure de Pline , mais elle tire son nom de la fameuse fontaine observée par Pline l'ancien et décrite par son neveu.
Cette fontaine est trois heures à croître et autant à décroître , ce qui arrive, dit-on , trois fois par jour. Au printemps elle est plus forte, qu'en été, ce qui est fort ordinaire ;- mais ce que ne produit aucune source connue , c'est un flux et un reflux quotidien dont on ignore la cause. Pline n'a pu l'expliquer, et il se borne à en décrire les effets. Ainsi il est réservé à nos physiciens modernes d'étudier ce
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