‹ L'Italie, la Sicile, les îles Éoliennes, l'île d'Elbe, la Sardaigne, Malte (volume 2)Chapitre 6 sur 11 · PAVIE · texte numérisé non relu

PAVIE

Ton trouve la plus belle église, le plus intéressant et le plus magnifique de tous les monastères d'Italie, la Certosa où Chartreuse de Pavie. Ce temple, ce colifichet, si vaste dans ses dimensions, si minutieux dans ses détails, si massif et si brillant, est séparé de la grande. route. par une belle avenue, • et se dérobe.aux regards dans l'enceinte sacrée de ses anciennes murailles.

Écoutons lady Morgan nous raconter avec sa verve habituelle la pre-mière visite qu'elle fit à ce monument célèbre (PI. 246 , 247).

< Ce fut par une belle matinée d'automne que nous visitâmes la Cer-* tosa ; et quand nous pass&mes les pesantes et magnifiques portes qui conduisent à sa vaste cour , l'aspect qui se déploya à nos yeux nous fit une impression profonde. La noble façade de l'église, couverte d'omemens et de .

sculptures, l'architecture gothique des b&timens, l'herbe qui perçait à travers les pavés, l'écho. de nos pas, la solitude, le silence, un mélange de splendeur et de désolation, tout contribuait à frapper les sens et l'imagination. Au milieu des fragmens d'une châsse brisée, nous vîmes un chariot rustique à demi chargé de foin ; une jeune femme assise sur le brancard allaitait un joli enfant; son fuseau était à ses pieds, et son mari ( le gardien ) était occupé à recueillir sa petite récolte. Quel groupe dans les cloîtres d'une Chartreuse !»

On attribue aux Visconti l'érection de ce pieux édifice. Les crimes des chefs militaires qui, à une certaine époque de l'histoire d'Italie, devinrent si formidables à la liberté italienne, étaient souvent accompagnés de talens qui produisaient presque l'effet de vertus. La même énergie qui les dis-

donnait une suprématie momentanée dans les temps dangereux, se tournait pendant la paix vers les ouvrages publics , dont le plan et l'exécution employaient leur activité surabondante.

Les Visconti, qui usurpèrent dans le quatorzième siècle le duché de Milan, étaient remarquables entre les Signo^ retti tirannelU d'Italie, par Tatrocité de leurs vices privés et la splendeur de leurs qualités extérieures. Cependant les édifices qu'ils ont érigés, moins utiles que ceux des aventuriers paysans qui leur succédèrent (les Sforce), étaient principalement destinés à des objets militaires ou religieux.

L'église et le monastère de la Certosa furent élevés avec des frais énoret une magnificence exclusive.

mes

Eln trois ans, les bâtimens furent assez avancés pour recevoir le prieur et vingt -quatre moines de Tordre des chartreux. Les immenses terres, don-* nées par le fondateur , rendirent ce couvent l'un des plus riches de lltalie ; et , par un codicile de son testament, il ordonnait aux moines d'employer tous les ans une certaine somme de leurs revenus pour le perfectionnement et l'embellissement de l'édifice.

Des donations successives augmentèrent la richesse de cette maison ; le génie et le talent contribuèrent en divers temps à sa décoration ; et les cloîtres de la Chartreuse devinrent l'atelier de Luini, de Giacomo délia Porta, de Procaccini« de Sacchi^ de Guercino et d'autres artistes également célèbres. Quoique commencée dans le quatorzième siècle , la Chartreuse fut continuée encore dans le dix-huitième ; mais les travaux de quatre cents an»

paraissent à peine suffisans pour avoir produit ces détails infinis, ces sculptures, ces ciselures , ces statues, ces tinguait de leurs concitoyens et leur £ ouvrages de bronze, d'or, d'iyoire et L. * 58

d'ébèfte ^ e«tte imnotaiMité de picnreà précieii9e»t de moMSquea^ de {>eia« turesy de freaqaeft> enfio toutes ce»* merveiUee de lopidence et des «it»

qui déceireat les chapelle»; les ckoeurSy lès Siicristîes, kis autels et les mausolées. 1) s'est pas jusqu'au Im^Mojo des iiKNkiies qui ne sok eouvert de bas** relie£i ,. cle bustes et de picnrea gUBvées dui tran^lùl le plus exquis.

E& quittant) la majpifiGenee da tesipls ei de tons* les biéiiBCiis adj»^ ceASN, QA setrowF» a^ee plaisir^ dans* Isa «ieitrea^ fe B«Ue dtefeplHâté qui onatknl a urne grave retraite iiiûiui»^ tique. Derrière use belle firioeique^ autrefeâs 0€ou]»ée par le pneur, et i^s^vée peiur la«réeepli(to des étraitgevs et dea pèlerinade baitt raBg^ a» ^oift les cMfteeB ÎMxruiléa d'ouMnaese et da. baa-«elîefs en tercar cuite^ aer* ▼AOt de pertiqtie» à Tingt^^quatee aud*' sona isoléee^ G'étaîeafe lee «elluks dea iBoiiisetj.danti cfaacttae cdnienait de«B clwmbrea, vm petit jaribii et tule km^ taîne aTee laa siège de marbre^ Vu tour senraîifi leur £âre pesisev la nenr»

ritiure; ear,. eacepté k l'église^ il tiy avait potttt de ceanmusiieatimis eatret lea Créires.

C'ert. daa^. le Ghartsenaè qUe foi eeDdeti Frasçois f^ apite la BialbeQ»* reoee balMttedîo Pa^ie. Ui étark mt^ cese asaliny. oav kti naligienab eha»^taiebii tieree^ et il» eùieunaieet. ce TUMt : Gomg»kitÊÊn etê siêut laceoft rmâurru JBgpet #isro legamt tàamê nmdi^ têêitSK sm»^ ce^MoBi. eoeur a été enagalé ittiiMii da leàt^ ani» alees y'ak^ me*dite métrer kii. r (PsanneeO Le rot prîse&DÎev dit aussitôt aivee les frères le Terset. sutvant: Bonum mM quia hmmUasti me , ut discam juaft^cëH tiones tuas : « C'est uA bie» pour moi d'avoip été humilié , afin que j'appren^ Vt^k. eenneitre vos< jiisgemens.. b Le

bon reî ^ aussi pieaa qu'if étaii; braee^ ^roQwt d^ les deu^e» «MMlatîMia que denae là rettgicPil y psir lé fMrfaf qu'elle réser^ & l^boHilMé et k »»^ fertune.

ATaat d'arriirer k F ft¥ie#a ifioit «fr* odre, m gauebe^destestigesdeeMienr d'à» parc iiAiMaee ffA aynHtia^ milles de Mtf. Gelsa^ae Yisdcsift l'avait faitbAtfr pmir y eMkmier èm bAtes fiauves ^ «€ fl y â¥ftit fiHt «li^e us diàtcauv C'est deos ce pMV^eppe* lé MlndMior que la baMIte dePM« fut , dit-on, livrér«

L'ô» entre datte la plas glande me de Pavio , la Semdm aaei^a^ par «Mtf superbe pacte d- ardntectare greeqtte^ eeustruite p«r le geu^enwmeat ««ivk cbiea. squale priM^ Eogèue; ont^apM pdle JPDrte Stm Wka. Celte ree est termsaée par la Pùrtm dêlpomé TU cino. Ni l'une si Fsutre de ees p^vtesif'étakM «ebefées en i»<^. Maifs, dU Isdy Morgfiffi , qtMâqtie les hlibiùiM les doifent k \Mv» d^0Îers ge«ite¥<> uMê'f lëê ^eafii^eDS HtiÈstc^ana d^ cette elle , toujours* très^impétlale , leaontd^dieen ai nëstm dugiMo 8f^

Pfltis k Sêradanaoi^a êmi les prirt^ cipatfx palais dei )a ifoMesse de Patto^ ianbue^ aujourd'hui encore, de vteiii* préitfg<9 espagâels , et dét^fuâe aex descendaaeel l'eprésetttasiffrde Gbatles^ QaiM.

Les'palaiS'déeeMe r«e swM e«ti^ mêlés de boutiques , d'églises , de c<rt^lé^^ decttlés^^ defbéifres e<d'!i)6fepiees. Le «la^thr , cef Ce loA^tfei aiefs* étrbiCe S veaue (quoique pl^acée M GCtttrede la rifte ^ quc^ecoA^HMi^ elle-B^émpe la ville , car' le^ rues laté^ raies sont eu -petif^ Dfombre et petf spaciecrses) est enfeoré lA^ninvée, et n'offre presque aoeua iM^uiFemeut; iMis^ le sfm , \^ S^à(iw Bittonè dévtétif'

^^fWf, «A M j^hMUèfièzlt le» ïïobtes siètB^ et de 8S ftéfUenët pÀiiblemeol

daiis lëars -voitures^ et ledjettnesétttdMBS de ruomrsité , que je pii»

d'atMSttil fjour ilt« ofiboiers à la demi»

mAàBi Rien de flBïï militaire qne teur air el ktlt dëmairche , ^ice k fettf petit chapeau netmussé j car l'uniTenité de Pairie n'a paa repria 1^ eMtiiliie mo&acal j et les jeunes- ^Sena f eëienilrletit aut ^ves de Vécthle pblytècliDique de Paris. Voici eom-^ aMBit Ml de Steiidhel a imèé le fottTêiï de ees étudlansde Patie : ëU»

iM aoiit point o«Nilelir de rose tomttié

entre deaiL rangées de batites mu^ railles échauffées, qisi fbraient une espèce de four. Pendant ces allées et ^Tenues, les officiers autrichiens s'éten- -dent snrles bancs f>laeés sods les tentes îles cafés , fument leur éigarre au nés "des pasflans , «t parlent allemand.

Ia principale f Ue de Pavie est «(m- |>ée à angles droits pat d'autres ruefe encore plus ancietihes, ùk tout est triste, désolé cft silencieux ; quelques-»

unes sont terminées pat des plaees qtèi Couvrent devant des palaii massif^ ,

tiques i*uinés. L'bérbe couvre le solde tdûs <;dtés. Dans tme de ees rttës lalfé* Mies on montre Femplacentent éà.

ama ie Ooitin^ue , lent ceîl ne sete- ^ont les fenêtres ëont dégarnies de Uëpas égard danë là feOntempktiott châssis, les portes démcmlées, ^ iH tendre dn pays des ehitaères. Ils sont ialcons tombant sur dé beaux por^ ddittaa , sueneienn , fkrouchës j nné' - - . .- -

énorme ^rintité dé thevenk nbirs ^

tméfaAtdin ibneé^ eoutre une figUî*e

wmlré^ dMt 1« pâleU!? dllvâtWî an- palais impérial , dans le temps érti Panonee Tabsenee dn bonheur Jacile et. tie était une eapitale royale. Qe palais de Taitifeablè étonrderie des jetinc*. était celui de Tkéodoric , souvent cit^ FrMfffiè« Une femme viênt-eîle A pa- dans l'histoire de plusieurs invaaiéns irAtt^ dânë la faé, toute là gtàTité^ iarbrftes. Ce monument existait entorè

dans toute sa grandeur gothique, en ^zième siècle , époqne à laquée il ftft détruit par tine insurrection dû peu|>le^ soule^fé contre 'la tyrannie de Henri ii; €e qui rend rarchitedtnre de PiÉvlè ^téressante pour rôbservatéur èrdi^ >naire , ou lamatenr de sontenirs his^.

toriques , est ^t qui la rettd défeetueuse aux yeuï du pédattt ^irtiMèei elle eët {Principalement dans ee style 4ëini-bdrbare, nommé -parmi les italiens Longohardescb.

G^est, en effet, un style barbare et «ouïrent grotesque; mais il donne l'idée du point précis auquel k eiviiisatioft était arrivée dans ces jours de bar-' diesse et de perversité; il montre les progrès des arts à travers toutes les difficultés qui retardaient leur perfec" tionnement.

La cathédrale de Pavie est un vaste

8oabr« de ëeà jeuneii patriotes He- <;baag« en nn« aut^e eipression. Une:

peltle BlattfeiSè de Paris ^ arrivant jeî i Mrait une peur mortelle ; elle {Mpeadraii toos ees jennea-gens pour* des bri(fsmds4 La haine pour les Te^ é^êéhi eel furibonde parmi les éindlanS' d»p«vfe^Le plnsocmtdé^éestceluiqui »p«f âeamt, dans ime rue peu fréquen* téêf donner unevoléèdeooirpSde èanne irquri^e^ jemMi Allemand, ^mU faire cefUfifj eomMO ils dîéent. Ges jeunes gen»8» v eftp t teutPétràfrqnè par cœur :

Iff.ttoiCiéa* nwoins Ifrit des sonnets. #

Voilà un portrait à faire envie àf 060:

jeuneS'Jrance,

Au Gorso, les piétons de tous rangs:

et de tous âges sont mêlés avec les car^ rosses , et sortent per pigliar fresco .• « prendre le frais » ; c'est ainsi qu'oa désigne l'action d'avaler de la pous-^ %

et vilain édifice, commencé dans le quinzième siècle, sous le gouvemementépiscopal du cardinal Yisconti, frère du duc ré|pant de Milan, Giovanni Galeazzo "Visconti. Il n'est rien resté de cet exemple dans ma mémoire ( dit lady Morgan, à laquelle, on le voit, nous sommes redevables de bien des emprunts ) , si ce n'est que nous l'avons visité le jour de la fête du Rosaire, et que, comme je me baissais pour lire une inscription près du mattre-autel, une vieille dame qui était à genoux un peu plus loin , se relevant tout-à-coup, vint me prendre sous les bras , et m'entraîna vers une autre châsse , devant laquelle , me forçant a me prosterner, elle s'écria : eccol'altare del Rosario , voulantfaire entendre qu'il n'yavaitqu'un seul autel dans l'église ce jour-là oùlon put offrir au ciel des prières efficaces.

Pavie a long-temps été un lieu de désordres et de guerres sanglantes : les hautes tours carrées en briques , dont on voit encore ça et là des fragmens , attestent le passage de ces temps orageux. Mais aujourd'hui la ville est livrée à de plus douces occupations. Le Dieu des combats la cédée aux muses , et Pavie ne se distingue plus que par la célébrité de son université. Elle est pour le Milanais ce que Gottingue est pour le nord de l'Allemagne , et Pise pour le duché de Toscane.

L'université de Pavie est une des plus anciennes et des plus célèbres de l'Europe. C'est à sa brillante réputation que la cité , qu'elle a ennoblie, doit le titre d'Athènes insubrienne.

Son antiquité et son importance sont

prouvées par le dipMme impérial de Charles IV , en i36i , que la ville demanda du temps de G<iléas Yisconti le second , alors vicaire-général dltalie.

Pendant plusieurs siècles du moyen âge, les sa vans de l'Europe avaient coutume de venir exprès à Pavie pour rompre des lances dans le champ de la controverse. . Là , se rendaient des lutteurs métaphysiques , de toutes les parties de la France et de lltalie ; les Alciati et les Baldus attiraient dans leurs. écoles des disciples de tous les coins du monde. A une certaine épo« que, dans le temps.du savant Giazone Mainoj Pavie contenait trois mille étudiaos ; mais le nombre des écoliers et la réputation de l'université déclinèrent, comme tout le reste, sous l'influence espagnole et autrichienne ; et vers la fin du. dix -huitième siècle, elle était tellement tombée que , sans égard pour son ancienne renommée , ce grand établissement , si magnifique dans le quatorzième siècle, n'avait ni bibliothèque, ni musée , ni collections. Le comte Firmian , * ministre plénipotentiaire en Lombardie, fut le premier qui, après ce laps de temps , donna quelque attention à une institution qui avait faitla gloire deFIialie septentrionale , et, avec l'as- .

sistance de plusieurs illustres savans étrangers et nationaux , tels que Bosco- .

wich, Spallanzani , Tissot,Frank,yolta, Scarpa et autres, il rendit à cette université une grande partie de son ancienne importance, et jeta pour elle les fondemens d'une nouvelle et brillante répittation.

vLAtêAmeM, tfA&m.

La route âe Payie à Plaisance est tellement facile et attrayante quelle pourrait être longue impunément.

Partout la campagne est riante , agréa* ble, semée d'habitations et de villages : partout les vignes , suspendues aux arbres, présentent de riches et gracieuses guirlandes. Les villageoises ont un costume pittoresque, un air vif, et sont généralement jolies* :

Fair de contentement qui règne sur chaque visage, annonce l'heureux état .du pays.

Avant d'arriver à Plaisance , détournons-nous un peu de notre route , pour aller visiter un de ces lieux que les aigles françaises ont immoi^alisés en Italie. Je veux parler de Lodi ville assez importante, bAtie par l'empereur Barberousse, et qui ne contient pas moins de 12,000 habitants. Cette cité, malgré son commerce de fromages, dits parmesans, malgré ses palais et ses fabriques de faïence , mériterait à peine de trouver place dans cette histoire , si Ion n'y voyait un pont biti sur l'Adda , que les Fr.mçais emportèrent en 1797 sur les Autrichiens, malgré leur supériorité numérique et les trente pièces de canon dontils foudroyaient nos cohortes. Depuis cette bataille mémorable , Lodi est devenu un beau nom à citer dans nos fastes militaires. On pardonnera sans doute à notre patriotisme de mentionner à côté de ce souvenir un simple village du Véronais , jircole , devenu célèbre par la bataille livrée en 1796 , et dans les environs duquel les Français remportèrent une victoire complète sur les Impériaux.

Reprenons maintenant notre route i après quelque trajet on passe le Pd sur un pont volant. Au-delà te trouve une plaine aride et inculte , au milieu de laquelle s'élève la ville de Plaisance , avec ses bâtimens d'un rouge-foncé. Sa couleur obscure rappelle l'aspect descités élevées dans les déserts égyptiens , où le ciel , la terre et les habitations des hommes offrent les mêmes teintes bronzées; ce qui contribue à donner à la ville une ap parence assez triste, c'est la disposition des maisons , dont les fenêtres les plus basses n'ont point de vitres, et sont armées de grilles de fer qui les font ressembler à des prisons; les volets des fenêtres des seconds étages sont ordi*»

nairement fermés, et le troisième est trop élevé pour attirer l'attention.

Ces désavantages sont compensés par la situation de Plaisance. Cette ville est entourée comme d'une ceinture par deux fleuves importans, le Pd et la Trebia ; aussi les Romains considéraient-ils Plaisance comme une de leurs principales colonies dans la Gaule cisalpine. C'est là qu'ils vinrent cacher la honte de leurs défaites successives au Tésin et à la Trebia ; et les murs de Plaisance, opposant une barrière infranchissable aux efforts d'Annibal, furent la cause de la retraite de ses armées. Plus tard , Plaisance tomba au pouvoir des Gaulois ; mais l'an de Rome 557 le consul Valerius la reconquit sur les Barbares , et elle appartint long-temps à l'empire. Passons rapidement à l'époque où cette ville fut érigée, ainsi que Parme, en duché par le pape Paul ÛL C'est ici qu'il faut pla-

cer r^poque de la paissanc^e lies Fannèse. Mais les vices et les crimes de cette famille n'ayant laissé aucun sou- Tenir qui puisse eicciter l'intérêt , nous ^6v» ixmietùns à indiquer , qu'après *àtoir pri« plus ou moins de part aux ^randw questions politiques qui se ^discntiaLient en Italie ^ia ville de Plai- %ai]fefe tottilm, ainsi que presque tous tés aulOfieft piâiils royaumes de l'antique Ausonie , toiK le joug de l'Autriche.

Pàirmi les monnmens de Plaisance, %iilr lesquels nous appelkrotfB l'attenttob du iéctcfur, aucun n'en est plus

loge mérite d'être observée ; elle marque les limites où s'arrêtent les degrés de civilisation et de perfectionnement moderne , qui n'ont pas encore pénétré dans le midi de l'Italie. Sur cet antique cadran, les heures sont marquées depuis une jusqu'à vingt-quatre , et Ton sait que cette manière de compter «e retrouve invariablement jusqu'à Naples.

Le chemin de Plaisance à Parme est indiqué, dans tous les itinéraires des voyageurs classiques, conune l'ancienne voie flaminienne. Une belle

'digne'qae Vitétetde^vîUe situé sur la route s'étend jusqu'à la v^lle vers la-

)piaiMi ou pkce publique. Ce monutnient est d'une haute antiquité. Quoi- "l^tteisAti en briques , ainsi que tous les 'âuti^'édifiees de Plaisance, son des« '^n gothique ^ les détails de ses orne- *MeAiB "d'ardàiteeture sont d'une beauté 'Yèmarqttable. Au centre de œ monu- 'tee»t on «Voit Sine petite cour carrée, entoaréed'un des plus beaux portiques ^qlïe'possèdérhalre. t^eut-^tre.devrions- 'fMyns ne pisajchitcir, de peur de nuire *à 1-itotérât ardiiiectural de l'hâtel^KlevïUe , que eet édifice contient les ca- 'dicts^laiJiMïlice.

Le paiats ^ ^gouverneur date du

"tttêMe temps que l'hètel-de-ville en

*fàoe duquel il est érigé. Une inscrip-

^ tiMi taiUée dans la pierre , sur la fa-

^çade, 'tenonce qu'il a été restauré par

4^etAper0ar^apoléM. « Gette inscrip-

tfCtti y Vécrie^^m avec lady Morgan ,

''dort quelquefois rappeler à Marie-

lidtffSe celai qui, après lavdir élevée

^àfu fs^tte 'des grandeurs, avait ajouté à

''toute 'Ib splendeur de la ipuissance et

de 4a gknfeoe qu'tine femme apprécie

'^eaucotip plus que Tulie -ou l'autre,

"l'estitee ^t l'amour. »

Il est impossible de quitter Plai-

iBànée s&ns avoir été faire une visite à

la cathédrale de la ville. Sa vieille hor-

quelle nous nous dirigeons. A gauche, une abondante rivière arrose de riches^ plaines ; à droite l'horizon est born^ par la chaîne des Apennins , dont la base est peuplée d'un nombre infini de fermes et de villages. Je ferai grâce au lecteur des noms de ces derniers pour le conduire directement à Parme.

Une route spacieuse et plantée de beaux arbres se prolonge en ligne droite jusqu'à cette ville, dont on découvre de loin les hauts clochers. L'entrée de Parme est grandiose, et inspire le désir de s'y arrêter. Quel séjour en effet pour un ami des arts ! En pénétrant dans cette ville ,, il songe au plus gracieux des peintres, au Corrège, dont il pourra bientôt admirer les chefs-d'œuvre.

Parme elle-même réveille de grands souvenirs par son antiquité. Pendant long-temps l'histoire de cette cité a été liée à celle de Plaisance. Tour à tour occupée par les Romains, les Lombards, les ducs de Milan , les rois d'Espagne , et par les Français, ces deux petits états formèrent un duché qui, d'après les dernières décisions du congrès de Vienne , est l'apanage de Marie- Louise d'Autriche.

En parcourant la ville de Parme , il

PLAISAirCE, PARME.

grande , bAtk dans ilne plaûie agréaUe, qu'elle est irayerslée par une rivière qui porte le mètae nom que la viDe , ^t défendue par uneèitadeUe eoustruite 'd'après le pitan de celle 'd'Adâvers.

Après de premier jugement, un en porte un second sur le triste aspect que présente l'ensemble de cette petite capitale. 'Mais si de l'ensemble dn passe aiix détails , alors an a -bientôt oublié celte première im^pression , tant l'esprit trouve ensuite de matériaux propres à occuper son activité. D'abord, que le lecteur nous suive, s'il le juge à propos , au palais ducal. C'est un assemblage de plusieurs bàtimens sans symétrie, dont quelques-uns sont destinés ans lettres et aux arts. L'intérieur du palais proprement dit a élé restaui^é suivant le goût moderne. ^Les curieux peuvent y voir la toilettent le beriîeau offerts «par la ville de ^Paris à sa majesté 'Murie-Lonise. Mâtscette ruine frivole d'iïn empire qui a laissé tantde glorieux et d'impérissables souvenirs , n'excite ni intérêt ni pitié , quand on voit les aigles à deux têtes qui dominent cette relique.

La bibliothèque qui fait également partie du palais ducal offre un volume curieux, un cofarij dont le P. Pacciaudi 'raconte ainsi l'histoire : Après^la levée du siège de Vienne, Tempereor'Léopold étant entré dan^ la tente du Tisir Kara-Mustapha , ce <doran lui fat offert; il le fit remettre en présent, ainsi que d'autres objets trouvés 'dans le camp , à sa femme Éléonore.

li'impératrice le donna depuis à son confesseur , le jésuite Charles Costa de 'Plaisance , qui lenvoya comme un monument dé famille à son frère et à ses neveux, habi tans de cette ville. Gène fut qu'en 1767, lors de la formation delà bibliothèque ducale, que le comte

-Jaoïfues Costa, •mn^ière-Aeiv^ii ,de Charles, en fit hfltemage 4lu duc -Ferdinand, pour-éUre'destikié'âbla^oiiiV'eile biUiothèiftte.

LarnottveUeyafci^e du4MJç^nBoomt[h ter beaucoup de tableaux,est bi^achoisre et arrangée avec goût. On;y admire le S. Jérôme du Corrège , dont Thistoire montve quelle était «n iiîa4 rexîstence iiiisécid>le des artistes :.Briséis^CoBsa, veuve d'un gentilhonuDae parmesan qui lavait commandé, n'alloua >aa -Corrège que •47 jeqfÛBs (environ 5&2 fr. ) , et la nourrilsuxiei^^dant les six mois qu'il avait tra'^iUé.; elle eut toutefois la magnificence d'^uter à ces honoraires deux î^oitures ife bois , quelques mesures dejroment, et. un porc gras. Il fut offert depuia^ par le roi de Portugal , 405OOO sinpMm Gp^s de 4oO)Ooo fr.),de ce -même «hefd'ceuvre , à l'abbé du couvent de^Saint- AnUMne'deTarme, qui.alkûlleeéder, si rinfantdon Philippe, sur les in- • stances de la ville y ne l'eût faitenlwrer «t mettre à la cathédrale,

C'était assarémeUt une bonne^ quoique tardive justice, rendue à l'un 'des plus grands pridtres de lltalie.

'he Corrège^ plus connu sous Je •'nom de sa patrie 'que SOUS le sien , qui était Antoine «Allégri, naquit >à Corr^ggio, près'de Modène, en i494*"S^^3^^^<^ été inspiré spsa: les 'ohefsFdfoBUvre de Rome et de Florence, il dut à acm talent naturel l'avantage d'être tngiurdé comme le «peintredesi grâces , le pmnce «des coloristes , et leerédteur de saiinanière. On n'avuit «point -avant lui uxcellé'dans la peinture des plafonds et des coupoles, des raccourcis et 'des •figures en l'air : il lournit le modèle d'un genre queeon génie lui avait fait imaginer, et dans lequel on ne l'a jamais égalé.

Près'del'églisedeSaint^Louis est la

lOO

célèbre chambrede cet artiste, àFanciai couvent de Saint-Paul. Les peintures de cette chambre avaient été commandées au Corrègepar Tabbesse Jeanne, fille de Marco di Piacenza , noble parmesan , lorsque le monastère n'était point encore soumis à la clôture. Sur la cheminée, une fresque représente Diane dans les nuages sur un char d or, tiré par deux biches blanches. Longtemps ces peintures profanes ont été couvertes et oubliées.

Le peintre qui a le plus honoré l'école après le Corrège , est son contemporain Francesco Mazzuola , plus connu sous le nom du Parmigiano.

La grâce fait aussi le charme de $e$ tableaux : mais il doit plus h l'étude dé Raphaël qu'à l'imitation duGorrège.

On montre dans la belle église de la Steccata le célèbre Moïse brisant les tables de la loi , peint en clair-obscur, et Y Adam et Es/e du Parmesan. Ce grand et bizarre artiste n'avait point achevé l'u^^/am, qui toutefois lui avait été payé , que , possédé de la passion de l'alchimie, il abandonna les travaux de cette voûte pour se livrer à ses raines recherches : mis en prison , d'après les rudes manières alors en usage envers les artistes , il parvint à s'évader , et mourut peu de temps après , errant Y caché, solitaire, à 87 ans, comme Raphaël , dont il avait fidèlement suivi les traces.

Sur la petite place latérale à la Steccata sont] deux colonnes milliaires qui ,' malgré leurs inscriptions, furent élevées, dit-on, par les Parmesans à Constantin et à Julien. Ces deux grossières colonnes de marbre blanc et rouge , le sarcophage , et le demi-ci ppe placés sur les marches du dôme, sont les seuls débris des temples, des palais, des forums, des basiliques qui durent couvrir cette terre et décorer cette l

.brillante colonie romaine. On voit, par l'exemple de Parme et par bien d'autres exemples, combien plus la ville moderne devenait considérable , plus la cité antique était détruite et disparaissait. Rome même n'a dû le salut de son immortel Forum qu'à l'extension de la Rome nouvelle dans le vaste espace du champ de mars (Valéry ) . Une grande rue partage la ville en deux parties, et traverse la Piazza Maggiore ( PI. 248 ).

La cathédrale et le baptis taire de Parme sont au premier rang des monumens gothiques de l'Italie; mais, avec, le marbre qui les décore, on y voit aussi l'empreinte du goût italien :

préoccupé par la vue des débris de l'antiquité, il n'a point cette ignorance hardie , source des beautés singulières et du grandiose bizarre des édifices gothiques du nord.

Un riche cénotaphe est élevé à Pétrarque dans la chapelle de Sainte- Agathe; il était archidiacre et chanoine de la cathédrale de Parme, comme il était chanoine de Lombez et de Padoue. Ces dignités ecclésiastiques contrastent singulièrement avec la réputation poétique de l'amant de la belle Laura. A côté du monument qui lui est consacré , une simple pierre indique la place où est enterré Augustin Garrache, mort souffrant, malheureux, à l'Age de 43 ans, et retiré au couvent des Capucins.

Florence s'enorgueillit avec raison d'avoir donné le jour à Pétrarque; Yaucluse d'avoir entendu les vers qu'il offrait à sa bien-aimée , le Gapitole d'avoir vu poser sur la tête du poëte un immortel laurier ; Arqua d'avoir contribué h la paix qui fit le charme de ses dernières années. Parme à son tour se glorifie de l'avoir long-temps possédé dans ses murs. Les maisons

REGGIO» MODEM E.

da Pétrarque Mot communea en lU- }e; on les montre encore avec curioêité k Areuo , Pavie , Lintemo , Arqua* Une tradition , <px parait fondée , indique comme le lieu de sa maison et de son jardin i Parme l'emplacement de la maison Bergonû, près l'église Saint- Etienne. « Jai une maison de campame au milieu de la ville, écrit-il à Barbata de Sulmone, et une ville au milieu des champs. Quand je suis eanùjé d'être seul, je n'ai qu'à sortir , j€ trouve d'alxMrd de k société ; quand je suis las du monde, je rentre dans ma maison, et j'y retrouve la solitude. Je jouis ici d'un repos que les philosophes à Athènes , les poètes sur

le Parnasse , les anachorètes au milieu des sables de l'Egypte , et dans le si-* lence de leur ermitage, n'ont pas connu. O ! fortune , je t'en supplie!

laisse en paix un homme qui se cache 1 passe loin de son modeste seuil , et va effrayer de ta présence la porte superbe des rois. » Pétrarque avait composé à Parme la plus grande partie de son Africa , poëme long , ennuyeux, dit Valéry, et qui enchantait toutefois le roi Robert. Pétrarque loue Téritablement un peu trop ce prince , malgré •es bonnes qualités et le priviléi^e classique de la flatterie accordé de^ puis long-temps aux peintres et àul poëtes , pictoribus , atquepoetis.

»«a«i0, MOBàirx.

En sortant de Parme , la route tra* verse les fermes si riches de Saint- Ilarion, puis la petite ville de Lenza, d'où l'on sort en passant le Crostolo , àur un pont qui conduit à Reggio.

Cette cité, dont le nom a fréquemment exercé les recherches des antiquaires, fut autrefois le théâtre de la mort de Brutus l'ancien , tué par ordre de Pompée^ contre lequel il s'était révolté, La cathédrale de Reggio mérite d'être citée à cause de sesexcellens tableaux ; mais une des plus grandes gloires de Reggio se rattacJie à la naissance d'un poêle illustre , dont le nom est plus durable que les mouumens les plus solides. Un gentilhomme de Perrare , au service du duc Hercule d'Est, devint amoureux d'une jeune et belle fille de Reggio; il l'épousa, et le premier fruit de leur ninringe fut Lodouico uériosto. G est à Reggio

que son enfance balbutiait en vers.

«Là, dit lady Morgan , il composa son petit drame de Thisbé , qu'il fit jouer par ses frères et sœurs et par les enfans de la ville ; là il passa les plus heureux joui's de sa vie , encore inconnu à cette renommée qui le condamna plus tard à subir la protection des princes d'Est , protection fatale , flétrissant tout ce qu'elle atiei* gnait. i

A côté de l'histoire de Parme et de Reggio, se place naturellement celle de Modcne, Cette ville, agréablement située entre la Seccbia et le Taparo, se nommait autrefois Mutina. A prèsavoip vaincu sur les rives de la Trebia,Annir bal combattit encore prés de Modèiie.

Maiscette ville doit sur tout sa célébrité au siège mémorable que Brutus soutint dans ses murs contre Antoine. Lucaiu ne trouve rien à comparer aux mau^

que subirent alors les assiégés, si ce s'est ]a famine de Pérouse. Nous ne suivrons pas les différentes vicissitudes que M odène éprouva depuis cette époque. Gomme tous les autres petits états de l'Italie, elle changea souvent demattres; en .1797, les Français s'en emparèrent; mais le congrès de 18 f 5 rétablit ce duché, et le remit entre les mains de François IV, fils de l'archi* duc Ferdinand d'Autriche.

J'arrivai à Modène vers midi : c'était le dimanche ; il faisait beau , et les dames se promenaient le long de la grande rue jusqu'à une belle esplanade entourée d'arbres , qui se trouve à la porte de Bologne, La plupart des habitans étaient en noir : les bourgeoises portaient le zendado , sorte de voile que la coquetterie laisse entr'ouvert quand la figurç est jolie : les paysannes étaient coiS*ées d'une manière fort élégante, avec des voiles de mousseline.

' Je traversai les rues de Modène bordées de portiques étroits, et j'arrivai à la grande place. Là s'élève une vieille tour carrée en marbre. Ce campanile renferme un misérable seau qui n'était qu*un ignoble trophée des succès passagers qu'obtinrent les partis dans les dissensions civiles , mais que les muses ont consacré à la postérité par les talens du Tassoni.

Après avoir franchi plusieurs étages , OD arrive au faite de l'édifice , et à la lueur d'un flainbeau on voit le seau qui est doublé de trois cercles en fer.

C'est , dit-on , celui que les Géminiens enlevèrent aux Pétroniens pendant les guerres désastreuses suscitées entre les Guelfes et les Gibelins. Les Bolonais, en iSsS, attaquèrent les Modenais, ceux-ci furent vainqueurs; et poursuivirent les Bolonais jusque dans leur ville, d'où, selon l'usage ,

ils emportèrent en trophée la chatne de fer de la porte, et le seau d'un puits qui était probablement celui de la commune. Tel est lesujetdupoëme que Tassoni a intitulé ; la Secchia Bapita. Il fallait que Boileau fut de bien mauvaise humeur lorsqu'il dit ;

N*imilez pas ce fou

Qoi par les traits hardis d'un bizarre pinceau Mit l'Italie en feu pour la perte d*un seau.

. L'auteur de TA rt Poétique aurait du réfléchir qu'un seau peut être le sujet d'un poëme héroï-comique, aussi bien qu'un lutrin. Dans tous les cas, pourquoi Boileau a-t-il imité celui auquel il donne le titre de fou ï

M. Valéry se récrie à bon droit contre l'injustice des jugemens de Voltaire sur le poëme de Tassoni. On a peine à croire qu'un homme d'esprit ait pu déclarer que la Secchia était un ouvrage sans imagination , sans variété et sans grâce, tandis qu'elles y brillent dans une multitude de passages , et y suppléent même à l'invention et à l'intérêt. Voltaire dans son poëme, qu'il est si difficile de nommer, a fait quelques emprunts licencieux à la Secchia : peut-être eut-il la petitesse de la déprécier, afin de dissimuler ses larcins. Mais si le mérite poétique de la Secchia est incontestable et supérieur , on sent dans l'âme du poète une sorte d'infériorité et de décadence. Ce poëte de cour, logé au palais du duc François i^, pensionné par lui et son conseiller, parle avec moquerie des vieilles mœurs et de l'ancienne liberté de sa patrie. Ces guerres si nationales, si fréquentes, si acharnées entre Modène et Bologne , ne lui inspiraient que des vers burlesques; au lieu de son éternel et imbécille Potta , bailli moderne, qui se montre toujours pour ne rien faire , espèce de person-

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