‹ L'Italie, la Sicile, les îles Éoliennes, l'île d'Elbe, la Sardaigne, Malte (volume 2)Chapitre 7 sur 11 · REGGIO · texte numérisé non relu

REGGIO

nage de comédie , un poëte vraiment italien, eût peint l'un de ces chefs po< pulaires, un de ces caractères passionnés du moyen-àgc, jaloux de l'honneur de sa ville et des intérêts de ses concitoyens. La poésie de Tassoni est pure, correcte, élégante, mais sans conviction^ sans enthousiasme : son livre est une œuvre littéraire bouffonne, un jeu bizarre de l'esprit, où l'on retrouve trop souvent l'expression amère et satiricjue des inimitiés de lauteur.

La galerie et la bibliothèque dupa^ lais sont à peu près tout Modène. Le palais Ducal (PI. a4g} est grand, magnifique, sa cour est superbe; mais cet édifice est hors de proportion avec la petitesse de 1 état du souverain qui l'habite : telle est la. pompe toujours obligée de la souveraineté, même la plus mince. La galerie, devenue nombreuse par les restitutions de la France , s*est encore accrue par de récentes acquisitions.

Quant à la bibliothèque, elle me rappelle un exemple de sévérité et de rigueur qui surpasse tout ce que les Français peuvent attribuer de plus formidable à la censure. Le fameux décret sur la presse , du 29 avril 1 8a8 , publié par le duc de Modène , /est dans son genre un véritable monument.

Les livres doivent être marqués, à leurs première et dernière pages , du double timbre des censeurs ecclésiastiques et laïques ; disposition singulièrement désagréable aux amateurs d'exemplaires rares ou de luxe. Tout propriétaire de livres anciens ou modernes, qui les prêterait obligeamment, fût-ce

MODENE.

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même à son voisin (nella stessa casa propria) j s'exposerait à une amende de 4 fr. par volume, et à la confiscation , si les livres n'étaient revêtus du double timbre ; l'intercalage de quelques feuillets dans les volumes timbrés est puni de 100 fr. d'amende , et dun emprisonnement d'un h six mois, et la contrefaçon de ce terrible timbre d'une amende de a3o fr., d'une détention de six mois à deux ans , et même de la peine des galères pour le même temps.

Le Dante est au premier rang des auteurs condamnés par cette censupe inouie , et les exemplaires de son immortel ouvrage découverts à la douane, y sont impitoyablement confisqués.

Eln m'éloignant de Modène , j 'aperçus quelques pigeons qui volaient dans la plaine, et cette vue réveilla dana ma pensée un petit souvenir historique que je prie le lecteur de se laisser dire. Une jolie colombe est le plus charmant porteur d'un message amoureux. Ainsi le pensait Anacréon, mais les hommes ont fait tourner au service de Bellone un talent qui n'aurait dû être consacré qu'aux mystères de Vénus. Ils ont employé des colombes à porter des messages de toute espèce ; ils ont constitué ces jolis oiseaux en courriers d'état. C'est surtout dans les villes assiégées qu'ils ont servi à faire coonattre la détresse des habitans. Ce fut ainsi que le consul Hirtius avertit D. Brutus, assiégé dans Modène, des secours qu'il lui amenait. Les Modenais, re'jonnaissans, ont conservé l'usagé d'élever des colombes messagères.

xvfiQirat.

Lalccteurs'étonnera peut-être qu'au sortir de Modène nous le conduisions dans le duché de Lucques^ dont nous aurions du faire mention en décrivant la Toscane. Le territoire de Lucques se rapproche en eflèt beaucoup de eette province par les qualités du sol, et parce qu'il reçoit les mêmes influences de Vatmosphère du pays étrusque. Mais lorsqu'après Tinvaslon française de 1800, la république italienne (ut changée en royaume , et que Géhes, ou la république ligurienne, devint un département de la France , les tiUequQls demandèrent pour souverain un prince de Ta maison impériale , et tombèrent à la restauration , comme tous les autres*état8 italiens qui avaient appartenu à l'empire français , sous le joug de la maison d'Autriche. C'est en vertu de cette division politique que nous n'avons pas uni dans notre description le duché de Lucques à la Toscanç, puisque ces deux états appartiennent à des maîtres différens.

Il est difficile de traverser le pays lucquois sans être frappé de la variété, de l'agrément des sites , de la richesse des collines, couvertes de vignes , d'oliviers, de chAtaigniers , et sans admirer surtout ^intelligence laborieuse des Lucquois, gens madrés, subtils, bons cultivateurs, et qu'on pourrait surnommer les Normands de l'Italie.

Cette étonnante prospérité agricole , cette population qui, d'après la su-* perficie du sol, est peut-être la plus nombreuse du monde, prouve l'avantage delà petite propriété, car presque tous les habitans possèdent quelques coins de terre. Chaque année, pendant

les mois d'hiver, lorsque la culture des terres reste^suspendue, la cent cinquantième partie de cette population émi- :gre , et va se livrer à de rudes et lucra* tifs travaux dans les marenmies de U Toscane , ou dans les lies de Corse et de Sardaigne , d'où ette rapporte de nouveaux capitaux qui ajoutent à Taisance des familles.

A l'abri d'un cercle de hautes montagnes , près des bord» du SercMo et du canal de l'Ozzeri, est posée la yilte de Lucques {lucca)^ Cette sltuatloa est ravissante. Les ^bouTevarts de !& ville ont coûté de$ somme* considéra*** bles (5,5eo,55o fr. )) <iul semblent bien plus exorbitantes encore si l'im fait attention à la petitesse du duché d« Lucques. Ces remparts étaient garnis jadis de beaux et innocens canons qui n'avaient jamais tiré que de joyeuses salves , lorsque les Français les emmenèrent en I ^99. Les fortifications ferment d'ailleurs une longue et charmante promenade, bien préféiiMè à là plupart des tristes eorso d'Italie r dans le lointain les montagnes^ qui fo rme n t une ceinture autour de laviHe^ pré«sentent le plus frais et le plus riche amphithéâtre.

Plusieurs des églises et des monti* mens de Lucques sont intéressans souè te rapport de l'art. SaaS parler de la cathédrale^ qui remonte à l'an »o6o, Saint-Michel ( M. aBa ) est une de ceé anciennes et caractéristiques églises, dont le style romain-bâtard n'a pofiit encore été altéré. Deux tombeaux de saint François attestent la gloire poétique et guerrière de Lucques. Le premier est celui de Jean Guidiccioni , son

CastcZ/v M Lavenxa^.

(/lui/eaU' i^4! Latfenxa, .

l'n /^^iJ/iK^û II I.fu^^xi .

/// /'ii//iis à //A y //<-.»•

MASSA BI GAHUAAA, LAYENZA.

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meîUeor poëte, ami d'Annibal Garo, bamonieux imitateur de Pétrarque, et qui, avec 1 amour platonique obligé, sut comme lui trouver de nobles cbants sur les malheurs et l'oppression de !'!• talîe ; \» second tombeau , indiqué trop simpleoieat par une brève inscription centre le muf , est €^ui du grand Castruccio Gastcacmi degli Antelrainelli,^ somreraiu de I^ocques et de Pise,B^ct à 47 a»s, l'adiairatira et la terreur de l'Italie aa quatorzième siècle, une des fJus foyttfs Mtiires d'hommes qui aieiOi été créées, après lequel l'existeiice do sa patrie, un moment si brillante, semble même disparaître , et dont Ma-*

cbiavel,quiaromanesquement et incomplètement écrit son histoire , a dit.

qu'il eut surpassé Philippe «a Macédoine , et Scipion à Rome*

M. Boucbet^ artiste remarquable^ qui a vu l'Italie en amateur éclairé , et qui a bien voulu enrichir c^t 0i|vfag<?

d'un grand nombre de dessins , uqus a cpmmnniqué la vue d'un palais ^ 4^nt k bon goût atteste de no^vegii. cel^i qui se décèle k chaque p^s dai^^ l'arr chitecture de l'Italie (PL 25o). [Ici s'est gUssé une enrauf dans la dispasitimi des gravures : les vues de ce pdais et de la place Saint-Michel auraient dA se trouver ensemble sur la planche aSo.

rzA.

De Lucques je me rendis promptement à Massa, capitale du duché de ce nom. Cette jolie ville, située près delà mer , et entourée de montagnes, m'a paru le soir d'un effet charmant , je ne puis oublier sa place publique, c'est un beau quinconce d'orangers qui étaient chargés alors de leurs fruits mûrs et dorés.

J'ai visité dans la montagne les fa- ^meuses carrières de Carrare; le marbre, que l'on est habitué à rencontrer au milieu des merveilles de l'art ou de la nature cultivée et parée , se retrouve ici au sein de la nature sauvage. Des eaux limpides courent et se précipitent parmi tous ces blocs et ces nombreux débris , d'une blancheur éblouissante ; car le noble minéral a déjà tout son éclat dans lamine, et il n'a pas besoin , comme l'or, d'être épuré et poli pour briller. La vue de cette montagne de marbre, qui porte le beau nom de

Monte Sacro , et que la clarté de la lune rendait encore plus resplendissante , me causait une impression singulière. Je me rappelais tous ces bustes, toutes ces statues d'empereurs et de grands hommes , exposés à l'admiration publique dans les pays de l'Europe, et d'une part la pensée de la gloire , de l'autre la vue de ce marbre destiné à la perpétuer, étaient des alimens bien propres à nourrir mes méditations.

A quelque distance de Massa on trouve Lauenza, dont on a représenté le château ( PI. 25a ).

Autrefois ce port s'appelait Aventia , d'un mot qui signifie arrivée. On charge maintenant à Lavenza les marbres de Carrare, qui de là sont expédiés dans toutes les parties de l'Europe.

Carrare se ressent bien des richesses minérales dont la nature a pourvu ses

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environs. Les ponts , les encadremens

des portes et des fenêtres sont en marbre, et l'église principale de la ville est entièrement revêtue de marbre de toute espèce. Enfin, à Carrare, tout est marbre, jusqu'aux fruits dont on vend des corbeilles de la plus belle imitation (i).

L'académie de sculpture de Carrare jouit d'une grande célébrité , et est ricbement pourvue de modèles anti(jues

(i) Pour dcnz cents francs on peut SToir à Carnre le bloc de beau marbre blanc statuaire nécessaire pour une flgnre en pted de candeur na* tureUe.

et modernes. Là, tout ce qui environne le voyageur lui parle en faveur des arts , et en voyant le mouvement com* mercial que Carrare doit à ses mines de marbre^ en calculant le nombre des artistes venus en ces lieux de tous les points du monde pour exécuter des cbefs-d'œuvre , on est tenté de s'écrier avec Fontenelle : Honneur aux arts I ils enrichissent les nations, ils éternisent les grands hommes et les grandes choses, ils ornent la scène du monde , et multiplient les bienfaits de la nature !

rù.K^Jz.S.MùM^. ^«^v». Ph..r,S!MirJ,el.

V^Udti.

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