‹ L'Italie, la Sicile, les îles Éoliennes, l'île d'Elbe, la Sardaigne, MalteChapitre 3 sur 7 · THE · texte numérisé non relu

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PIÉMONT, SARDAIGNE^ 8IMPL0N.

LA 8PBZIA.

Nons aTons qaitté Carrare et &es inépuisables carrières de marbre. Nous nous engageons dans un pays sauvage , accidenté, dans lequel la nature et les hommes ont jeté çà et là l'un des Talions, des montagnes , des rochers :

les autres des chaumières et des châteaux. Tenez, arrêtons-nous ici: nulle part TOUS ne trouverez de site plus pittoresque. Voici à gauche et à droite des hauteurs formidables; celles de droite sont couronnées d'édifices modernes ; dans la vallée qui s'étend à vos pieds coule un joli fleuve aux mille replis sinueux , tandis qu'au fond du tableau, au milieu des jours que laissent entre eux les mamelons d'une infinité de collines, vous apercevez un immense horizon brumeux, où vous voyez luire, de temps en temps ^ de larges écailles lumineuses. C'est la mer éclairée çà et là par le soleil (PI . a53 ).

Cette belle avenue d'acacias que vous apercevez là-bas, va nous conduire à la Spezia.

Le golfe qu'on appelle ainsi était autrefois , dit - on , le port célèbre de l'ancienne ville de Luni , une des plus florissantes colonies élru-riennes qui fut engloutie par les eaux de la mer. C'est là que vinrent jeter Tancre les flottes nombreuses des Orientaux, qui imposèrent leur gouvernement , leur reli|^ion et leurs mœurs aiix Aborigènes , habitans de cette portion de lllalie.

La Spezia était appelée, sous l'administration française, à de hautes destinées. Mais ce vaste établissement militaire et maritime^ cet Anvers de la Méditerranée, projeté par Napoléon, ne pouvait être créé à la Spezia même , car la profondeur des eaux qui baignent son rivage a été fort diminuée par des alluvions successives. Une position superbe serait le plateau qui domine les anses de Castagno , de Porto- Venere , de Yarignano et des Gra^ zie.

14 fAmyAifv*.

Il existe claDS la Méditerranée, à peu de distance du continent de 11talie, une tlequi fait partie des états du roi de Piémont. Cette tle est la Sardaigne ( i ). Rien de plus yul^jraire que le nom. Rien de moins approfondi que la chose. La Sardaigne est si peu connue ( j'en demande pardoo au dis-neuvième siècle ) , qu'un écrivain , dont je ne me rappelle plus le nom., en ayant assez récemment donné une description sommaire , un plaisant s'éciia que l'auteur avait découvert une tle dans ia Méditerranée !

Assurément ce n'est point une des maîadret singularitéft de notre temps, que l'ignorance à peu près absolue à laquelle on est réduit sur ime tle qui , depuis un siècle , donne son nom à un royaume dont les souverains tiennent Im clefs de l'Italie , et ont figuré avec distinction dans les guerres qui agitèrent notre occident, ainsi que dans les traités qui les ont terminées.

Qu'il nous soit donc permis de consigner ici les détails les plus nouvellement recueillis sur la Sardaigne.

Embarqués à la Spezia, nous nous dirigeons d'abord vers la Corse. Passant entre elle et l'tle d'Elbe, nous langeons toute la côte orientale de l'antique Sardinia, qui se trouve couchée dans la MécUterranée comme \m immense banc de sable; puis, inclinant un peu vers le sud-ouest, nous abordons au golfe de Cagliari , où se trouve un des douze ports de Tile que nous venons de visiter. Ce golfe est

(i) On paiM en une henre de Corse en Sardaigne. Cea deux îles paraissent aToir éU uoics aairefois.

placé sur la route de presque tous les vaissea ux qui du levant vont dansl'Ouest et dans le nord de la Méditerranée . Grâce à lui , si le commerce de l'Inde reprenait un jour la route de Suez et de la mer Rouge, la Sardaigne pourrait devenir la plus belle et la plus commode échelle de cette mer. Rien n'est d ailleurs comparable à cette ile , elle futautrefois, et est toujours, remarquable par sa rare fertilité et la beauté pittoresque de ses sites (i).

D'après le témoignage de quelques historiens, ce furent d'anciens Grecs qui , les premiers, abordèrent en Sardaigne. Frappés de la configuration de cette tle, analogue à celle du pied humain , ils nommèrent la terre nouvelle Ichnusay ou plante de pied. C'est ainsi qu'ils comparèrent les Abruzzesà une feuille de chêne , le Peloponèse à une feuille de platane , la Mésopotamie à une galère. Bientôt des Libyens, sous la conduite de Sardan, s'emparèrent d'Ichnusa, qui prit alors le nom du nouveau conquérant. Le nom d'un poisson fort estimé ( la sardine ) , qu'on pèche abondamment sur les c6tes de cette tle, remonte aussi à la même origine.

Méduse, que les poëtes des temps fabuleux ont représentée comme une magicienne entourée de serpens, et qui n'était que la plus belle des princesses de son temps, naquit , dit-on, en Sardaipie , où elle régna quelques années. On montre encore, entre les villages de Laconi et de Sor^ano , une

(i) Malgré ces avantages, Vintempérie de la Sardaigne est si grande, que les Romains en faisaient un lieu d'exil pour leurs criminels.

pop«truptiop ptigimlt que la tradition que les Sardes, $i souvent çooquis «t

nomme le palais d^ Méduse*

M. SilixïtTScverif) , qui a fait un asse^ boQ livre ^ur la Sardaigue , divise Thistoire de cette île en trois époques :

la première comprend l'arrivée des Grfec^s, des Ibériens, des Tbespiens, des Troyeus , et enfin des Libyens. La seconde époque date de l'invasion des Cartbiginois , qui furent ensuite obli«gés de céder la Sardaigne aux Romains, victorieux dans les guerres puniques.

Cette cession ouvre une troisième (époque, qui fut Ja plus brillante de toutes pour l'antique Ichnusa. Pendant huit siècles la Sardaigne resta soumise ^i^ joug des Romains. Ce fut

presque toujours incomplféteipent soi^ mis , ont manifesté a toutes les époques de leur histoire, ce qui leu^r a fait appliquer à juste titre par Tacite ce mot devenu proverbial : jam dchmiti ut pareant , nondùm ut servianî; « maintes fois soumis à l'obéissance , jamais à l'esclavage. > L'autre circon* stance à noter est l'état Aorissant dç l'Ile sous Ja domination romaine ; prospérité attestée par les vestiges des routes dont les Eomaiof avaient percé la Sardaigne , et par les nom* breux monumens de tous genres dont ils l'avaient ornée. TQut semble prou* ver qu'à cette époque la population

dans cet intervalle que saint Pai^l , à était bien plus considérable qu'eUe ne son passage d'Afrique en Espagne, lest aujourd'hui, et qu'elle jouissait

viqt jeter dans cette ile les semences de la religion chrétienne.

A la puissance romaine succéda celle du bas-empire (quatrième époque ). Enfin , depuis Gharlem;)gne ( cinquième époque ) , la Sardaigne dut être considérée comme partie de l'empire d'Qccidcnt. Conquise par les Maures au dixième siècle, après l'entière cbute de }'Espagne; disputée pj^ries Génois fit les Pis»ns, qui obtinrent fie l'empereur ^arberousse la possession définitive de Tîle ; reprise

d'une aisance qui s'étendait même aus peuplades de l'intérieur. Nouveau té* moignage des soins que prenaient ces conquérans pour rendre leurs victoires utiles à la fois aux vaincus et aux vainqueurs, expiant eq quelque sorte le sang répandu, et la servitude qu'ils imposaient^ par les bienfait» de la civilisation. Après la domination ro* maine, la Sardaigne fut soumise aux dilTerens états de lltaliç. La position de Vile , son voisinage du continent , l'empêchaient en effet d'éire long temps

par Jacques, roi d'Ara^ion, quienre- indépendante. Mais les Sardes, prèsçul l'investi tare du pape Boniface vm; î"® toujours livrés à des gouverneurs

illustrée par le rè-ne de Charles Quint, et remise définitivement par les Sspignols ^ntre les mains de hi maison de Savoie ^ après le traité de 1^20$ la Sardaigne commence à goû

étningers, ont rarement joui des bienfaits d'une administration protectrice, et une grande partie de Ttle est toujours demeurée à demi sauvage.

De là sans doute le peu d'intérêt que

ter après tant de vicissitudes les fruits lui ont témoigné les peuples plus civi

de la paix et ceux d'une civilisation lises. Cependant, l'tleet ses hahitans

européenne. ^^ méritaient point cet injurieux ou-

Après cette rapide esquisse de l'his- bli. L'une par les dons que la nature

toire sarde, signalons deux circon- lui a prodigués, it% autres par leurs

stances très-remarquables , l'une le qualités, l'intelligence , le courage , Ta-

courage et l'apiourde l'indépendance greste originalité de leur caractère,

fi4

sont dignes de Tattention et de Tinté* On raconte aussi qu'un homme enSarrét des étrangers. La position géogra- daigne se tint pendant sept ans plu-

phique de la Sardaigne ouvre ses ports et ses rades au con^merce , et appelle l'industrie nationale et exotique.

Le défaut de communications intérieures, des institutions vicieuses et trop favorables à l'indolence que semble entretenir la chaleur du climat , l'esprit de division, long-temps fomenté par les dominateurs de Ttle , une administration trop souvent étrangère à ses intérêts, enfin le goût du brigandage (i), ont paralysé jusqu'à ces derniers temps , les facultés des Sardes, et condamné l'agriculture et l'industrie nationales à une inertie , à une routine fatales à tous progrès. Les haines et les vengeances héréditaires et individuelles n'ont pas été un fléau moins funeste pour ce pays que pour la Corse. On frémit en apprenant que , sur une population de quatre cent soiiante-dix mille habitans environ on comptait par an plus de mille meurtres causés par ces animosités barbares, et qu'il périssait ainsi chaque année un habitant sur quatre cent soixante-dix.

Il arriva même dit-on, que des femmes sardes montrèrent chaque jour à leur fils , jeune encore, la chemise ensanglantée de leur père assassiné , pour les exciter à la vengeance.

(i) Lei bandiU sont trèi-comniiini en Sardaigne et en Corse. 9aelqnefou le gooTemement fait une ■orle de ttèrt ayec une partie d'entre eux pour obtenir la remiie des plus tc^Urats. Les mœurs de ces brigands sont d'ailleurs tout-â-(ait caractéristiques. Qu'on en juge par le trait suÎTant. Pierre Mamîa était ennemi juré de Pomptta. Le premier tombe dans les mains des troupes roy-ales. Pompita l'apprend; il court, arrÎTC, et délivre son ennemi. 11 lui remet des armes, et lui dit : « Tues mon ennemi , Mamia , mab tu ne périras pas sur Tcchafand. Je te donne trois jours pour rassembler tes amis. Ensuite nous nous battrons à mort. Tienstoi pour averti , et prends garde à toi. t

sieursheures du jour sur un arbre pour tirer vengeance de son ennemi , et qu'en effet il le tua au bout de ce terme.

Ce qui nuit encore aux intérêts agricoles de la Sardaigne, ce sont quantité de fiefs qui absorbent le numéraire sans encourager la culture du territoire. La féodalité existe en effet dans la Sardaigne. On y compte trois cent soixante-seize fiefs; mais l'autorité royale a beaucoup modifié leur influence. Les soins bienfaisants de l'administration piémontaise promettent aux Sardes des améliolrations dont les effets se font déjà sentir. Les établissemens d'instruction publique ont été lobjet d'une vigilance attentive aux progrès de l'enseignement. Un corps d'ingénieurs pour les ponts et chaussées a été établi en Sardaigne.

Le gouvernement a fait créer des communications entre les diverses parties de l'fle , et une grande route frayée entre les deux villes principales , Gagliari et Sassari, situées aux deux extrémités du pays, a déjà mis un terme, parle moyen de relations faciles et habituelles, aux animosités qui séparaient encore plus que les distances les habitans de ces deux cités.

Cinq chaînes de montagnes s'élèvent sur la surface de la Sardaigne. La première, la plus haute et la plus longue, commence aux Bouche^de Bo^ piface^ et va se terminer dans la mer, au cap Carbonara. On y remarque les deux monts les plus élevés de l'tle , la Gennargentu et la Lymbarra. La Gennargentu est la seule montagne de Sardaigne qui conserve la neige une partie del'été; elle en fournit àlacapitale, à Oristano, et souvent à Sassari. La seconde chaîne part du cap de la Frasca , près du golfe d'Oristano, et va se per-

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SARDAIGNË.

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dre au cap Tenlada. La troisième, qui n'est qu' une continualion delà seconde, est celle de la Nurra, qui occupe le nord de la Sardaigne occidentale. Les deux autres, qui s'élèvent en quelques endroits à une hauteur de sept cents mètres , sont les monts d'Ales et ceux de Santa-Lussurgia , qui vont se perdre dans la mer de Corse. La Sardaigne renferme cependant aussi d'assez grandes plaines, dont la plus considérable, connue sous le nom de Campidano, et commençant près de Cagliari, est renommée pour son étendue et sa fertilité.

Leshabitaos comptent quatre fleuves, dont le Tirse est à peu près le seul digne de ce nom: il partage Ttle en deux portions presque égales , et va se jeter dans le golfe d'Oristano. Il paraîtrait, d'après quelques observations savantes , que la Sardaigne possède soixante-dix volcans éteints.

Suivapt'un relevé de quelques pièces extraites des archives des autorités civiles de Ttle , la population a éprouvé 'epuis un demi-siècle deux mouvemens opposés. Le premier^ qui date de la mort du roi Charles- Emmanuel, en 1775^ et finit en 1816, a été rétrograde. Le second mouvement, qui s'est opéré à partir de cette époque , et depuis que de nouvelles communications se sont établies au dehors , a été progressif. On compte aujourd'hui en Sardaigne quatre cent quatre-vingtdix mille habi tans.

L'espèce humaine ne semble point avoir échappé dans cette tle à la loi de rapetissement qui pèse ici sur tous les êtres animés. Mais la stature médiocre des Sardes est compensée par la beauté des formes et par une grande vigueur musculaire. Doué d'une rare activité d'esprit, ce peuplemontre beaucoup de goût et d aptitude pour le/i lettres et

pour la poésie. Il est naturellement hospitalier, et laborieux par boutades.

La chasse , la danse et les plaisirs de la table sont vivement goûtés par lui.

Curieux du luxe dans les vétemens , il ne sait point thésauriser. La paix des ménages est rarement troublée , et l'union dans les familles a quelque chose de patriarcal. Les vengeances si comr munes en Sardaigne sont les causes ordinaires des meurtres qui s'y commettent. -

On remarque avec curiosité l'importance que les Sardes, dans leurs divertissemens , attachent à la manière dont les danseurs donnent la main aux danseuses. Les femmes mariées, ou engagées par promesse de mariage, peuven t' placer leurs mains paumes contre paumes, et entrelacer leurs doigts; mais malheur à l'homme qui agirait ainsi avec une fille qu'il ne serait point disposé à épouser, ou avec la femme d'autrui. J'ai encore observé avec intérêt l'usage fraternel de la ponidura ou paradura , véritable quête de bétail, que tout berger qui a éprouvé des pertes , et qui veut remonter son troupeau, est autorisé à faire dans le canton et même dans les cantons voisins.

Quant à l'extérieur des habi tans, dont le costume a été représenté avec exactitude dans les planches a 54 à 267 , on dirait que La Bruyère avait été en Sardaigne lorsqu'il dit:

« On voit certains animaux farouches, mâles et femelles, répandus par la cam-»

pagne, noirs, livides , et tous brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec uneopiniAtreté invincible, ils ont comme une voix articulée, et quant ils se lèvent sur leurs pieds ils montrent une face humaine , et en effet ils sont des hcnnmes; ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain Doir,

ii6 L7T4{it£.

d'eau et de racines. Ils épargnent aux autres hommes la peine de semer , de labourer et de recueillir pour vivre, et mériteraient ainsi de ne pas manquer de ce paip qu'ils ont semé. »

Il y a divers dialectes en Sardaîgne :

le catalan , le génois et le patois corse.

La langue sarde est d'ailleurs mélangée d arabe, de grec et d'espagnol. Une particularité de cette langue est de n'avoir pas de futur, ce qui a fait dire que les Sardes ne s'occupaient point de l'avenir.

Parmi les villes principales de la Sar aigne , nous avons déjà cité Cagliari, chef-lieu de la partie méridionale de l'île. On a donné (PI. 254) une vue de cette ville , qui se divise en quatre parties, savoir : i* le château, qui peut être considéré commp la ville propre ou la cité, et qui contient le palais des yice-rois, les bal)itations des magistrats et de la noblesse , leglise cathédrale, bâtie sur les fondations d'un temple édifié par Constantin;.

2^ le faubourg de la Marina; 3*" celui de la Stampace;4''c^lui ^^ Villanoya.

Lorsque la ville de Cagliari passa sous la domination de la maison de Savoie ,

sa population n'était que de i5,ooo reidévement est légitime. On a appelé

cette coutume busca^ qui en sarde veut dire adresse.

une grandç quantité de fromag^fi^ont les lazzaroni de Naples assaisonnent leur macaroni , grâce au sei qui domine dans ce; fromages. Le froment de Tile a aussi upç |répi^tatioa mérite* Le corail des côtes de la Sardaigne e»t le plus beau qu'on connaisse, et le^ thons, qu'on pèche dans les parages de nie , s élèvent quelquefois à plus de cent mille par an, ce qui serait pour l'état sarde un revenu annuel 4'env^irpi^ deux millions de francs. Lprsqu'oq ^ pris le thon, on le conduit dans de grandes b^les au bord de la qaer , par le moyen de barques. Ces bâles se nomment en langue sarde marfaraghi^ Là on coupe la tète des poissons , ensuite chacun d'eux, si gros qu'il soit , est chargé sur les épaules d un portefaix, nommé k^stagio, lequel le porteainsi au grand m(iga$in ou boucherie, nommé tancato. Or, il est permis au portefaix, pendant l'espace d'enviixm cent pas, entre le marfaraghi et le tancato, d'escamoter le poisson ou , pour mieux dire, de le voler. La seule peine que subit le voleuft s'il est pris, est de ren* dre le thon dérobé , car, s'il est déjà dé* posé dans la barraque du tuteur,

âmes : elle en compte aujourd'hui 22,ooo au moins.

Après Cagliari, la ville de Sussari , chef -lieu de la partie septentrionale, est la seconde cité du royaume. On y trouve des eaux vive^ qui manquent absolument à Cagliari , ou l'on n'a pour boire qiie de l'eau de citerne. La population de Sassari est d'environ i8 à 19,000 âmes. La Sardaigne possède encore quelques autres belles villes , parmi lesquelles nous nous bornerons à citer Oristano, arrhevérhé, ville dont la population est de ') à 6,000 ànies.

La fiardaigne fournit au commerce

Les impôts directs de Sardaigne sont évalués à un produit de neuf cent mille francs. L'tle a deux universités, établies à Cagliari et à Sassari. Elle possède une autre institution non moins utile , celle qui est destinée à soutenir Tagriculture, sous le nom de société agraire et économique.

La force des milices de la Sardaigne^ cavalerie et infanterie, e.U au minimum de seize mille hommes; mais, dans un cas d'invasion de l'tle, on pourrait porter la force militaire à 60,000 miliciens à pied, et i2|Ooo à cheval. Cette

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GENES

armée a rendu d'éminens services aux coalisés de 1789,611 défendant, pendant quatre ans contre la France , les passages des Alpes, forcés en divers siècles par de grands capitaines, et, en dépit de notre amour-propre national , nous devons rappeler au lecteur la belle défense des Sardes en lyga, lors de Texpédition si malheureuse commandée par l'amiral français Truquet.

Un brick de vingt-quatre canons, de la marine rojale, se tient constamment dans le port de Cagliari , aux ordres du vice-roi. L'tle de la M agdelaine , dépendante de la Sardaigne , au notd, fournit d'ailleurs d'ezoellens sujets à la marine du roi. La belle expédition

de Tripoli a pu, dernièrement^ apprendre à l'Europe le mérite des officiers de cette marine.

Cet aperçu des ressources de la Sardaigne , et de son état physique et moral, est sans doute bien succinct, et très peu propre à satisfaire la curiosité du lecteur. Nous espérons cependant qu'il nous tiendra compte de cette esquisse, si légère qu'elle soit, en songeant qu'il y a bien long-temps qu'on avait parlé si longuement de la Sardaigne. Et maintenant remontons dans notre navire, tendons les voiles, et puisse le vent nous être favorable , et nous accorder un souffle ami pour sortir des parages de la Corse et de Ttle d'Elbe. Nous allons à Gènes.

0ÈHB8.

Sur le bord de la mer Méditerranée , à l'extrémité d'un golfe auquel elle a donné son nom, adossé en amphithéâtre à une montagne des Apennins, entre deux torrens ou rivières, dont l'un senomme Pisagno et l'autre Polcevera, s'élève l'antique Genova. Au levant , elle s'étend jusqu'au golfe de la Spezia; au couchant, elle va rejoindre la principauté de Mrmaco. De quelque point que l'on arrive à la capitale de laLigurie, soit par mer, soit par terre, on jouit du plus beau coup d'œil. Ce qui rend la perspective admirable, c'est le nombre des palais, des maisons de plaisance qui couronnent les hauteurs , et qui à une certaine distance semblent suspendus dans les airs.

Opposée à ces traits qui rappellent l'habitation et les travaux de l'homme, la Méditerranée étend au loin ses

vagues bleues, qu'on ne contemple jamais sans plaisir, et sans étonnement.

Avant de pénétrer dans l'intérieur de Gènes, arrêtons-nous au Lazaret ( PI. a58, vue prise du Lazaret), placé .

au couchant de ia ville. La partie de la plage située au levant de cet édifice est destinée h la construction des bâtimens de l'état , et plus loin, nous pouvons apercevoir ce qu'on appelle nVière de Gènes, mot impropre en français,' car ce n'est point une rivière , mais un rivage ou une câte , qui se prolonge sur les bords de la mer depuis Nice.

Quel pays enchanteur que cette rivière de Gènes ! Depuis ce matin, je crois parcourir le pays des fées. Partout, le long des rives, des villages, des villes ou des bourgs ; partout des maisons de campagne, des palais, des églises, des couvens , des tours, des châteaux

n» L'ITALIE.

forts, défl jardins, des orangers, des rochers, des golfes , des promontoires, et une mer courerte de voiles , et les rayons d'tin Soleil brûlant, et l'azur d'un ciel sans nuages, qui réfléchit des ondes transparentes.

tempête du 5 décembre r 760: les deux m/)les étaient couverts de leau de la mer , et les vagues, soulevées par le vent , formaient une pluie d'eau salée , jusqu'au dessus de la place^del'Annoncia • de; Une tartane fut submergée, et beau- Cette superbe c4 te de Gènes n'a point coup de navires endommagés: on eut àlâ Tërité les souvenirs poétiques et recours k saint Jean-Baplistc , comme liCt^raireàda golfe de Naples, mais elle dans les grandes calamités, on porta

intéresse par les souvenirs et les exploits français qu'elle rappelle: Boufflers, Richelieu , Masséna , y apparaissent comme les représentans de l'ancietine et de la nouvelle gloire militaire delà France. Parmi les divers objets qu'on aperçoit est un immense aqueduc, qui, de six lieues , amène Teau dans les ditférentes parties de la ville et jusque dans chaque maison.

ses cendres sur la tour du vieux mole ; heureusement, ce fléau , qui avait commencé vers midi , finit une heure après le coucher du soleil.

En contemplant ainsi le port de Gènes, ses palais, ses terrasses, ses balcons de marbre blanc plantés d'orangers, les remparts qui couronnent son vaste amphithéâtre, nous reconnaissons bien la reale , la nobil città

Pénétrons maintenant dansl'inté-* chantée poétiquement par le Tasse,

rieur du port de Gènes : c'est la plus belle manière de jouir de la grandeur de la ville ; car on ne peut l'estimer de près à cause des montagnes qai k resserrent. Si le ciel nous accordait un de ces beaux jours de l'automne , où le soleil verse des torrens de lumière, rien ne serait comparable à l'aspect que nous offrirait Gènes la superbe, assise autour de son port dessiné en demicercle (PI. aSg). Voici, à gauche, près de la Lanterne , le mole neuf^ qui, semblable à un bras, s'avance dans la mer , comme pour aller chercher l'antre mâle, élevé en face de lui sur la rive opposée. En vain l'ouverture du port entre ces deux môles est de six cent quatre-vingt-deux mètres ; en vain, à l'extrémité de chacun d'eux, un phare éclaire les pilotes pendant la nuit; les navires^ malgré ces précautions , ont souvent fort à souffrir d'uh vent appelé libécio , qui souffle du sud-ouest. .

On se rappelle encore avec effroi la

satiriquement par Âlfieri , et que madame de Staël disait bâtie^pour un congrès de rois.

Il règue dans le port de Gènes une activité extraordinaire, et tandis que Venise se dépeuple et périt, son ancienne rivale , résidence de la cour pendant une moitié de Tannée, paraît florissante. Ou y bâtit de nouvelles maisons, et la population, f^t étnit en 181 a de 1114,000 Ames, S'élève maintenant à près de i3o,ooo. L'ardeur, l'habileté, le courage des matelots du oolfe de Gènes, assiietum^ que malo Ligurem^ dont la po|)ulation monte à plus de trente mille, sont extrêmes. Sur leurs tartines, petites embarcationsgrandes comm unechambre, ils s'élancent jusque vers les poris les plus lointains de l'Océan. On annonça, au mois^ d'^tobre 1822, le retodr k Gènes d'un équipage génois , arrivé «lu Pérou en quaâhôrvingt-treize jours.

Celte intrépide et laboriense popula-^ tion , intéressante par ses mceurs , sa frugalité et son aisance , coiltrâste d'une

GENES

tranièrefrappnrte avec celle de la plupart 'les autres contrées de Tltalie, et elle semble avoir conservé quelque chose de Tinstiiict navii^ateur des Italiens du quinzième siècle.

Tandis que, placée au milieu du port, Gênes nous apparaît dans toute Sii magnificence , jetons r.i|)idement les yeux sur les paf»e« de son histoire. Pour prouver sa noble origine, cette république a fait. lutant d'eiforts qu'aucun des états monarchiques , pour lesquels les chroniqueU'^s ont inventé des fables. Elle a fait JanUs, son fondateur; Abraham, le contemporain de sa plus hadte prospérité ; et Rome , l'un des trophée^ de sa gloire Mais ces préten

serve son indépendance politique, et s est glorifiée du nom de république.

Ce titre appartenait à la meilleure forme de gouvernement qui existât dans ces temps-là. Gènes, comme Venise, tomba parles vices des classes supérieures , qui , se séparant en deux filetions d'ancienne et de nouvelle noblesse, remplirent quelquefois leur ville de troubles H de séditions, sous des prétextes frivoles, mais demeurèrent toujours unies pour se partai:er les honneurs et les émolumens du gouvernement. Au reste, ce ne sont pas les seuls traits de ressemblance qui existent entre la capitale de la Ligurie et la reine de l'Adriatique; Tune et l'autre

tions ne l'ont point {garantie d'une ré- occupent un rang distingué dans les

putation un peu équivoque; et depuis annales du monde, et elles ont eu la

Virgile, en y comprenant le Dante, on mêmeforrae degouvernement , la même

a dit trop de mal d'elle pouf que la espèccdegloire,etlesméme8malheurs.

justice ou la partialité puisse tout ré- L'une et l'autre, situées sur le bord de

futer. tl est certain que cette ville a été, l£t iher , ont un magnifique port , et des

dané les beaux jours de la libre Italie , édifices qui répondent à leur grandeur

une; des trois glorieuses républiques , passée. Si du fond de l'Adriatique

par lesquelles la cause de la liberté et Venise a imposé dans le temps ses lois

du commerce a été soutenue contre les pouvoifi nhis de l'empereur et du pape.

Les succès de ses armées et de son commerce maritime étendirent son influence au dehors, et augmentèrent ses richesses au dedans , à un degré qui devint aussi fatal à sa vertu qu'à sa liberté. Sa prospérité réelle tomba ,

à rOrient, Gènes a exercé la même prépondérance sur la Méditerranée.

Gènes avait un doge comme Venise , et, dans les beaux jours de la république, l'un n'était pas moins despote que Tautre. Enfin Gènes, comme \enîse, a plusieurs fois changé de maîtres, et lune et l'autre ville, tou-

victime de l'ambition personnelle et de jours aussi libre , est encore aujourd'hui l'orgueil insatiable de son aristocratie, sous un joug étranjier.

dont l'opulence, déj)assant touies les bornes de la modération républicaine, forma bientôt une funeste séparation entre l'ordre des patriciens et le peuple indigent. Cependant, h travers toutes les vicissitudes des diverses formes de gouvernement de la ville, soit qu'elle ait été régie par des consuls , des abbés, des doges ou des factions aristocratiques, elle a très-long-temps con-

On a ttril)ue la fondation et le nom de Gènes àJanus, roi d'Italie ;d'aut es disent queson nom vientdeJanuu (porte), parce que cette ville est comme l'entrée de riialie C'était une des villes des Liguriens , qui se défendirent avec tant de courage contre Rome pendant quatre-vingts ans, depuis l'an 2^1 jusqu'à l'an 162 avant Jésus-Christ.

Gènes étant tombée avec le reste de

lltalie sous la puissaoce des Goths y et, à ce que l'on croit, sous celle des Lombards, elle fut annexée par Ghar]emafi;ne à l'empire français ; il y eut ensuite des comtes de Gènes, cpie le peuple chassa pour se gouverner librement : la noblesse et le peuple eurent alternativement le dessus ; il y eut différentes espèces de magistrats. Les consuls et le podesta changèrent plus d'une fois. En laSy, le peuple reprit l'autorité, et élut un capitano : la noblesse se ressaisit du pouvoir quatre ans après, et cette alternative dura long-temps. C'est dans ce temps de trouble qu'on aperçoit l'origine de la noblesse de Gènes , qui ne remonte guère au delà de Tan laoo.

Pour éviter les contestations que produisaient sans cesse ceux qui aspiraient à la dignité de consul, on résolut de prendre pour chef un podesta étranger , on lui donna ensuite pour adjoints huit citoyens , que l'on appela d'abord nobles ^ de quelque famille qu'ils fussent, obscure ou illustre. Ce fut ainsi que se formèrent les grandes familles , Doria^ Spinola^ Peschi , Grimaldi ; les deux premières furent à la tète des Gibelins , ^ et les deux autres prirent parti pour les Guelfes ; beaucoup de grandes familles cherchèrent à s'unir à celles-là, et on les appela Magne quatuor prosapie. Parmi les privilèges qu'elles s'arrogèrent , on remarque celui de faire bàtîr leur maison en marbres noirs ou blancs :

on voit encore beaucoup de ces palais, qui ont passé en d'autres mains. Le pouvoir des nobles étant devenu odieux, le peuple se donna, en i3i i , à l'empereur Henri vn ; en i3i8, au pape Jean xxn ; en i335, à Robert, roi de Maples. En i339, le peuple, toujours mécontent des nobles, qui avaient repris Tautorité , se sou-

leva contre eux, et choisit pour che Guillaume Boccanegra : de là vint la division entre les nobles et le peuple , qui ne fut bien terminée qu'en 1628, et les alternatives de monarchie et de gouvernement républicain , qui durèrent jusqu'à cette époque.

C'est au dix-huitième siècle qu'il faut rapporter l'un des faits les plus curieux de l'histoire du m<^en Ige.

Je veux parler de la croisade entreprise par un grand nombre de dames génoises, sous le pontificat de Boniface vm. Les trois lettres écrites à cette occasion par le pape ont été long-temps conservées dans les archives de Gènes, sans que personne ait songé à les rendre publiques. Les historiens les plus minutieux, tels que le sieur Mainbourg (qui dans son Histoire des Croisades avait cependant fort exalté le courage de Marguerite de France, reine de Hongrie, qui passa en Palestine , après la mort de son mari ) , n'en font aucune mention. Dans ces derniers temps, Maximilien Misson à traduitcesletres dans son Voyage en Italie ; pour moi , plus j'ai songé à la croisade des Génoises , plus je me suis confirmé dans l'opinion c[u'un événement aussi étrange n'avait pas eu lieu sans mystère. On a vu maint exemple d'amazones qui ont embrassé la carrière militaire avec plus de zèle que de véritables soldats; mais que des femmes de qualité , élevées dans les plus grandes mollesses, s'avisent tout d'un coup , comme par inspiration , d'endosser la cuirasse et d'abandonner leurs familles pour s'exposer aux fureurs des ondes et de la guerre , c'est une singularité qu'on s'expliquera toujours difficilement. Quoi qu'il en soit^il suffit que le fait ait un caractère d'authenticité pour que nous le signalions aux lecteurs, sur les lèvres duquel ,

GENES

malgré nos assertions, il appellera peut-être un sourire d'incrédulité.

M. Valéry retrouva, au couvent du Saint-Esprit à Gènes, une des oui-, rasses portées en i3oi par les nobles croisées : les autres avaient été, en 1 8 1 5 , vendues dans la rue par les Anglais, comme de la vieille ferraille.

Pourcpioi M. Valéry ajoute- 1- il à cette indication la. réflexion suivante, dont nous ne comprenons pas bien la , portée: « L'unique cuirasse, écbappéeà ce bonteux encan , ne me parut point offirir un contour très-sensible » ?

Depuis ]353 jusqu'en i5i5. Gènes éprouva bien des vicissitudes, et passa sons des dominations bien diflerentes.

Mais le peuple , toujours las de sa liberté et toujours mécontent de ses mat très, ne pouvait parvenir à se fixer, lorsqu'enfin un béros citoyen sut rendre la liberté à sa patrie, et TaiTermir pour long-temps.

André Doria était amiral de François i*% et causait des pertes considérables aux Génois, lorsquen i5a8 ses remords et les mécootentemens qu'il eut à la cour de France, le déterminèrent à abandonner la France , et à passer au service de Charles- Quint, en même temps qu'il rendait la liberté à la république de Gênes, mécontente aussi du roi François I*'.

II est de l'intérêt de ceux qui disposent des honneurs et des récompenses de faire considérer la constance dans l'obéissance militaire, comme le premier des devoirs d'un soldat, et de dissimuler que tous les enga^i^emens étant réciproques, la violation du contrat delà pcirt de celui qui commande dégage de son serment celui qui avait promis d'obéir. La postérité a été juste envers André Doria : elle n'a vu dans sa conduite que son héroïsme, P.

et elle ne l'a point accusé d'avoir man*^ .

que de foi à François i*'. Ses con- .

temporains furent quelquefois plus sévères ; et le héros génois , qui avait passé sa vie au milieu des soldats , ne pouvait lui-même dédaigner les préju-* , gés militaires. Le Florentin Luigi Alamani , non moins distingué comme patriote que comme poète, dit un jour à André Doria : « Sans doute votre entreprise a été grande et généreuse ; mais elle serait plus généreuse et plus .

illustre encore si elle n'était entourée de je ne sais quelle ombre qui en altère la splendeur» . André Doria sou- .

pira , il resta muet quelques momens; puis il reprit : c Un homme peut s'estimer heureux quand il réussit à faire une belle action, encore que les moyens ne soient pas entièrement beaux. Je sais que vous-même, et d'autres , pouvez m'accuser de ce qu'ayant toujours servi les Français , m'étant élevé par les faveurs de leur roi , je lai abandonné lorsqu'il avait le plus grand besoin de moi , et je me suisdonné à ses ennemis. Mais silemonde savait combien est grand l'amour que j'ai pour ma patrie , il m'excu- .

serait d'avoir employé un moyen qui m'expose moi-même à quelques inculpations , lorsque je ne pouvais autrement la sauver ou activer sa grandeur. Je ne raconterai point que le roi François i*', me retenait ma solde , et n'exécutait pas la promesse qu'il m'avait faite de rendre Savone à ma patrie. De tels motifs ne suffiraient point pour ébranler un homme d'honneur dans son antique foi ; mais, ce qui devait suffire , c'était la certitude que j avais acquise que le roi ne rendrait jamais à Gênes sa liberté , que jamais il ne consentirait à en retirer son gouverneur , à remettre aux citoyens leur forteresse. Puisque j'ai

L'ITALIt).

obtenu lieareusement l'ane et l'antre chose en lui retirant ma foi , tout homme équitable doit trouver que je pois présenter mon action au grand jour, et ne pas craindre qu'aucune ombre en altère la splendeur. »

Nous ayons cité ce pa8sap:e en entier , car il a une couleur historique doplu^ haut intérêt.

Théodore Trîvulce, qui éts^it gouverneur k Oénes pour le roi , s'étint aperçil des premiers mouvemens du peuplé , assembla une grande quantité de citoyens à la place de' Bànchi , pour les eihorter à rester dans le parti du roi : tiiak ^\é il septembre 1 5^8 , André Doria parut avec sept galères à Sarzane , où se trouvait une foule iiÀmense; il débarqua près de Saint- Marc , et tonte la ville s'étant mise en arineSyll i'empara du palais public, de Tare et des portes Saint Thomas.

Partout cto entendait les cris de Saint-George et de liberté ! André Doria cdnvoqua les principaux ci toyens sur lapflace de Saint-Mathieu; il les exhorta à éteindre les factions et k songer à la liberté Je leur patrie; le lendemain, la Septembre , lés membres du grand conseil se rassemblèrent au nombre de plus de quinze cents dans fa salle du palais ; on résolut de rétablir la liberté, de remettrela république dans son premier état: et Ton décréta de célébrer cbaqtie année la mémoire de ce jour, par une cérémonie nommée la fête de 1 Union. On chassa le gouverneur , on démolit le château, on ref>rit Savone, dont on abattit les fortifications*, et Ion établit de nouvelles lois qui furent appelées les lors de 1628. Il fut surtout ordonné qu'on abolirait la mémoire des factions des nobles et du peuple. Les premiers, qui, par leur naissance , leurs talens ou leurs services , méritaient d'avoir part au gou-

vernement , furent distribués en vingthuit familles, ou alberghi^ sous les noms des familles les plus nombreuses et les plus accréditées. Pour reconnaître le bienfait d'André Doria , il fut décidé que toutes les années , le 1 1 septembre au soir , la garde du palais irait, avec son colonel et avec ses drapeaux, à la place du palais du prince Doria h Fassolo , faire une décharge de mousqueterie en signe de joie et de reconnaissance. La république lui acheta un palais à la place Doria, avec cette inscription: Andreœ de Awria patrids liheratori munus publicum ; et on lui éleva une statue de marbre dans la cour du palais public.

La liste des doges de Gènes commence h Simon Boccane^rà, qui fut élu le a3 septembre f SSg, lorsque les Génois , lassés de chercher des princes étrangers, voulurent élire un de leurs concitoyens pour duc ou chef de leur république. Il y etit à \à vérité diverses interruptions , car ce n'est que depuis i5a8 que Géne^, devenue libre par le bienfait d'André Doria, a joui de sa 'iberlé sans trouble. Obertô Gastaneo fut alors le quarante-septième do'f^e, et l'on en compte cent soixan te-dixsept depuis iSig. Jusqu'à Tan 1797,- Gènes eut des doges renouvelés totis les deux ans ; niais bientôt le torrent de la révolution française vint inonder de ses flots jusqu'à la capitale de Fancienne Ligurie. Le gouvernement de cette ville éprouva alors plusieurs changemens successifs, suivait Targ<^nre du moment. L'ancien gouvernement aristocratique ayant été aboli en 1797, fut remplacé par une démo.

crâtie, composée d'un corps législatif divisé en deux conseils. En 1800, Gênes soutint un des sièges les plus mémorables dans les annales des guerres italiennes, pendant qu'elle

Creruméi. Cbrùe^ nel FaiaK^uf Meale.

ûMes. ûfur da/is lePa(ais du Jt^i.

Rénova. Fala^ju) Jtea/^.-.

ûénes. Fa/ai^ iàcllvi.

GENES

était occupée par les Français, sous le commaudenient de Masséna^ et assiégée par les Autrichiens. En i8o5, elle fut réunie à l'empire français, et son état divisé en départemens. En i8i4, elle fut rétablie en république , et le congrès de Vienne la réunit aux états du roi de Sardaigne . sous le titre de duché de Gènes.

Commençons notre promenade dans la ville par une visite aii palais du souverain (PI. 260). C'est un des plus beaux monumens de Gènes. Il appartenait à Tari tique famille Durazzo , avant que sa majesté en fit l'aèquisitiotî. Voulbns-tiotts lé considérer dans toute sa splendeur ? attendons qu'à la lutnièrê du jour succèdent les rayons plus pittoresques de la lune. Cette lumière convient particulièrement aux palais génois. Enfoncés dans une dbscurité profonde, ou, brillant à la douce clarté de là reine des nuils, ils paraissent alternativement imposans par leurs tnasàes, ou attrayans par leurs forides riches et variées ; tandis que le^ ombreâ fortement prononcées des portiques et des colonnades se dessinatit sur lé |)até, au milieu des flots dé lumière, ajoutent à l'étendue et à la tliajèâté des bâtiméns d'où elles se projettent. Ceé portiques , éclairés quelquefois par la faible lueur d'une laihpe suspendue à leur toit de marbre*, laissent voir la cour intérieure avec des rampes d'escalier, des terrasses suspendues, des statues, des orangers, des fontaines et des jets d'eau , qui réfléchissent les rayons de la lune, inclinés dans leurs bassins richement soulptés.

Ces palais, qui ont été élevés par Topulence commerciale et la munificence républicaine, prouvent que la monarcliie n'est pas la seule protectrice des arts. Ces monumens ont eu Rubens

pour historien, les anciens Doria , Durazzi et Fiesque pour maîtres^ et les empereurs et les rois ont été leurs hôtes. Ils sont maintenant silencieux et désolés , comme les édifices ruinés d'une cité qui aurait été engloutie et retrouvée sous la terre. A cette heure, où toutes les avenues patriciennes étaient autrefois si splendides, si animées ; à minuit, au clair de la lune, le moment du divertissement italien , quand les joyeux quaranta avaient coutume de se rassembler dans les brillantes salles de la Brignole, delà Serra ou de la Spignola , le silence et la solitude de Pompéï et de Palmyre dominent partout : pas une lumière ne brille à travers ces belles fenêtres^ dessinées par les Allessi et les Fontana; le bruit d'un seul pas humain ne trouble point le silence des portiques, en résonnant le long des lambris peints, des vestibules ouverts. Au milieu de cette solitude profonde , alors que l'âme est livrée toute entière à ses méditations, les proportions admirables des édifices semblent s'agrandir à l'œil et à l'imai^ination ; toutes leurs splendeurs contemporaines se sont évanouies, et les laissent comme des squelettes d'une grandeur passée, pour redire l'histoire de la ruine nationale.

Le superbe portique du palais royal est orné de colonnes d'ordre dorique en marbre blanc. Sa vaste cour est enrichie de fontaines, de terrasses, et quatre beaux escaliers conduisent aux appartemens supérieurs. Le défaut général de l'architecture de cet édifice est peut-être la division de son immense espace, en une trop grande quantité de petites pièces, toutes intéressantes , il est vrai , mais défectueuses , si on les compare à la grandeur totale du palais.

Outre les tableaux d'histoire des

ia4

grands peintres, les portraits de familles que contient ce palais , sont extrêmement curieux. Parmi ces tableaux domestiques» nous vîmes , dit ladj Morgan , celui de notre infortunée Anne Boleyn, par Holbein. Il est extrêmement curieux pour le coslume; mais on ne trouverait rien dans cette dame maigre, aux cheveux rouges, qui pût excuser la passion adultère de Henri vra ; on y verrait bien plutôt un motif pour ce prince d'avoir fait trancher une tête aussi laide. Holbein était un peintre hardi , imitateur zélé et fidèle; il porta constamment dans Tétude de la nature une admirable intention de naïveté , une sévérité scrupuleuse, mais ses ouvrages sont d'une vérité plus rigoureuse qu'aimable. La salle Paolo , ainsi nommée d après le chef-d'œuvre de Paul Véronèse, est la plus intéressante de toutes, parce qu'elle contient le magnifique tableau représentant la Madelaine aux pieds de Jésus* Christ , dans la maison du pharisien. On dit de cette magnifique composition , que jamais sujet sacré ne fut plus divinement exécuté par des mains humaines. Il existe un autre palais Durazzo, mais celui que nous venons de quitter est le plus grand des deux, et se trouve situé dans la rue Balbi. Au reste , les palais de cette famille puissante ont été autrefois si nombreux à Gênes , qu'on disait proverbialement : « Si vous voyez un palais, il doit appartenir à un Durazzo. »

A l'extrémité de cette rue Balbi , où nous reviendrons encore, pour visiter l'université, nous trouvons la place de VAnnunziata (PI. 261), que termine noblement l'église du même nom. En général , les églises de Gênes se distinguent par une magnificence et une architecture de mauvais goût ,

une surabondance déplacée domemens. Quelques-unes sont décorées de marbre rouge et blanc , en bandes superposées : la cathédrale l'est extérieurement en blanc et en noir. M. Simond a Justement comparé l'Annunziata à une tabatière d'or. Elle n'est que marbre, pierres précieuses et dorures. Fondée par les Umiliad dans le treizième siècle, enrichie parla famille Lomelini , cette église fut ensuite donnée aux franciscains, qui en jouirent jusqu'à la révolution. A la restauration elle fut rendue à cet ordre. L'Annunziata contient plusieurs beaux tableaux : il en est un dont on ne dit rien , qui m'a beaucoup frappé : c'est la mère de Jésus , abîmée dans sa douleur au pied de la croix.

L'artiste se nomme Scotli.

Avant de quitter cette église, nous entrerons dans celle de ses chapelles qui est consacrée à saint Louis , roi de France. Ui repose le duc de Boufflers, qui mourut à Gênes en 17479 tandis qu'il commandait les troupes françaises envoyées au secours de la république.

Pour nous rendre au palais du Duc, où nous nous proposons de conduire maintenant le lecteur , il nous faut traverser une bonne partie de la ville.

Mais la longueur de ce trajet ne sera pas perdue pour nous, nous en profiterons pour étudier l'architecture particulière de Gênes. Ce qui distingue la construction de cette fille de la mer , c'est que les rues y sont extrêmement étroites, et qu'il en est peu où les voitures puissent circuler Les maisons s'élèvent jusqu'à six étages, et leurs corniches, qui semblentse toucher, ne laissent entre elles qu'une simple ligne de ciel bleu. Dans plusieurs rues on peut se donner la main d'une maison à l'autre. Autrefois toutes les fa-

GfJunjA. Paùuxû DtuaU.

Oêmâ. Faltus Duc4il.

ûerwwt. ChùsM dcO' AruuUuuaUi.

ûêncJ. E</lt'jc <//♦ l'yinnû/icUncn .

GENES

çaàes des bàtimens étaient décorées de peintures à fresques; on n'en voit plus que des fragmens. Au reste, les maisons génoises ne paraissent dispo^ sëes que pour y dormir et non pour y passer la journée. Les habitans se tiennent sur les portes de leurs boutiques, ou rangés le long de 1 étroit chemin, dans de petites échoppes. La plupart sont tout simplement dans la rue , à côté de leurs paniers de fruits , de fleurs ou de macaroni ; ils filent , tricotent, chantent ou bâillent : ils dînent même , et soupent au dehors ; peu d'entre eux, excepté les plus riches marchands, rentrent dans les chambres obscures qui sont derrière leurs .

boutiques, pour prendre des repas réguliers : on les voit manger au grand air leur minestra , leur saucisson cru , leur jambon ou leur fromage , et consommer toutes sortes de végétaux, comme des gens qui sont assez peu raffinés pour -croire que l'on ne mange que pour satisfaire au besoin.

Trois rues (qui n'en font pour ainsi dire qu'une, depuis la porte Saint-Thomas j usqu'àcelle dell'Acqua-Sola), sedistinguent par leur largeur et leur beauté.

Ces trois rues servent de promenades ; elles ont des espèces de trottoirs en dalles : la première s'appelle strada Balbi; la deuxième , strada Notaissima ;. et la troisième , strada Nuot^a.

Dupaty, dans ses Lettres sur l'Italie, regarde cette dernière comme la plus belle du monde entier , sans doute à cause de la grande quanti té de ses palais .

Toutes ces rues et les autres sont généralement pavées en larges dalles, comme celles de Florence et de Naples. On prétendqueces dalles se faisaient autrefois avec des laves du Vésuve, quel'on prenait aussi pour servir de lest aux bàtimens. Enfin les rues de Gènes sont toujours d'une propreté extrême , aq^ P,

moyen de nombreux égouts qui ont leurs débouchés dans la mer.

Le palais Ducal (PL 261 ), anciennement la résidence des doi^es de la république, sert aujourd'hui de local aux séances du sénat royal de Gènes, et d'habitation au gouverneur de la ville.

Ce palais, vraiment royal, est un des plus vastes de la cité. On regrette seulement que l'espèce de caserne qui masque cet édifice ne soit pas analogue au reste. En 1684, le palais Ducal fut incendié par l'explosion d'une bombe : on le reconstruisit en peu de temps ; mais, par unhasardmalheureux, les flammes le dévorèrent de nouveau le 3 novembre 1 777. C'est au Génois Simon Gantoni qu'on doit l'architecture élégante du palais actuel dont la façade est entièrement en beau marbre blanc.

Il n'est plus comme autrefois la résidence et la prison des doges pendant la durée de leur charge. Je dis prison, car on sait que ces magistrats, une fois élus , ne pouvaient plus quitter leurs palais, même pour aller à l'église : ils s'y rendaient par une galerie couverte.

Le doge n'était dans le fait qu'un mannequin, un organe passif, un point de réunion. Il était élu ( dit Machiavel } pour être le chef qui proposait les objets sur lesquels le conseil devait délibérer. Pasta di doggia, pâle de doge, est une expression passée en proverbe, pour désigner des hommes dont le caractère se compose des élémens les plus doux , et des qualités les plus malléables.

Au midi du palais Ducal on trouve la ca^a, où sont les ruines des maisons que détruisit le bombardement de 1684. On y a fait une batterie qui en rend l'approche difficile. Aussi, quand l'nmiral anglais Matheus vint ])0ur bombarder la ville dr.ns la guerre de 174^9 1^3 Génois allaient tranquille-*

Go

,a6 L'ITALIE.

ment se promener près de là, sur les été mis au pied de la statue colossale

Muragliette, dont nous avons représenté ( PI. 26a) laquai et le port. Les Génois jouissoient de la sorte du spectacfedesbombes,quine servaient qu àfai»

rejvoir par leurlumièreles vaisseaux de Tescadre anglaise que l'on canonnait. Il existe (!ans Gênes, à unç distance assez considérable des Muragliettes, un palais qui inspire un intérêt particulier. Quoiqu'on puisse le regarder (dit lady Morgao) comme le tombeau plutôt que comme le berceau de la gran« deur génoise, quoiqu'il rappelle les derniers soupirs de sa gloire et de sa liberté, et non sa première prospérité, il doit attirer l'attention de Télraoger aussi loDg-temps qu'un seul fragment de ses colonnes de marbre restera debout, ou que le nomd' André Doria vivra dans les annales du patriotisme génois.

Cet ancien et bel édifice aujourd'hui ruiné , élevé jadis par celui qui délivra Gènes de l'esclavage, est bâti surlebord de la mer , à l'entrée de la ville, situation bien convenable à la demeure de l'ami** rai patriote; et ses portiques, ses co-> lonnades dominent ce port, où le jeune Colomb lança, pour la première fois, mer, qui prolonge jusque dans la mer

de Jupiter, afin que le grand Roedan ^ comme le dit sa bizarre épitapbe , ne cessât point t même après sa mort» de garder un prince. Doria revint tou« jours triomphant dans sa patrie, et son chien, si magnifiquement enterré, ne peut avoir le mérite de celui d'Ulysse, qu'un poëto français, malgré l'étiquette de notre scène, a su pein~ dre heureusement en quatre mots :

Ai-je encor des amU.

Un teul m'était rtsié , non parmi les humaiMS, Ulysse y tragédie de BC. LBtftoir.

Le palais Doria appartient toujours aux princes de ce nom, qui résident à Rome, et qui soufirent à tort que cette demeure patrimoniale se dégrade et tombe en ruine. Au reste, ma mon* tant sur la terrasse du palais, qu'entourent des balustres de marbre hlanc, on est bien dédommagé du spectacle de désolation offert par la demeure du premier des Doria. Du haut de la terrasse , la vue domine le port et la rade de Gênes : ce coup d'œil est iilcompa* rable. A gauche, voici l'arsenal de

sa barque aventureuse, et commença ses périlleux voyages , qui ouvrirent le themin du Nouveau-Monde à l'activité et à la cupidité des humains, tVoy.

IjBspl. a63,a64.)

Dans la cour de cette immense fabri* que s'élève la statue colossale d'André Doria, sous les traits de Neptune.

Elle est en marbre de Carrare, ainsi que les chevaux marins qui l'accompagnent; mais, aujourd'hui, la statue est défigurée, et le lichen cache de sa verdure grisâtre les trophées sculptés de l'ancien maître de ces lieux.

Le mausolée de Roedan, le chien donné par Charles-Quint à André Dolâa, est à peu près enfoui, U avait

ses vastes bâtimens. Au fond de cet arsenal se trouve le bagne, contenant environ sept cents forçats, dont les fers, par une amère dérision, portent gravé le mot libeHas. Plus loin, on peut ape^ cevoir le port Royal , le port Franc, oA se balancent les mâts de nombreox vaisseaux marchands , et qui est composé de huit beaux magasins, portant chacun le nom d'un saint. Ces magasins sont tellement isolés du reste de la ci* té , au moyen de hautes murailles, qu'ils ressemblent à une petite ville.

La vue, de ce côté, est bornée par l'ancien mâle, qui se prolonge fort avant dans la mer; mais, en reportant nos yeux du cdté de la villei nou« accorde*

(i^fiotm . fisfa cfa/ J\i/^{AJUf Porùi. ûènr^. f^n^ Jn J^a/aù Dorùi .

('('/inrui. (ôrh/é' n^/ ra/i7\.\o /^ofttt.

/ne CiUtr //// /^aùu^r Pond .

GENES. 19}-

roM qttdqu'admiration à c«s terras- les théâtres, les femmes et les^ses»

ses qui couraonent le faite de chaque maisoii > comme dans les villes d'Orient.

I^e soir on y preod le frais > et on j ciiltiTe des orangers, des citronniers et des fleurs I qui, à Gènes, sont de toaUê les saisons* Quelques-unes de css terrasses , construites au niveau des appartemens, pavées du mèmaniar^ bro^déoerées des mêmes plantes, et, de nuit» éclairées de la méiëae lumière, paraissent tn être la continuation i seulement, si vous levea la tète, au lioM de la donire et de la peinture du plsiond, TOUS aperoevea les étoiles.

En soivant la rue de la Lanterne, qui s'ofire k nous au sortir du pslaisDoria, nous passons devant la carrière d'où l'on tire les pierres , qui garnissent le rivage de la mer en dehors des rem* paris y et arrêtent l'impétuosité des £bta. BientAt nous atteignons la lan^ t9nm > élevée sur un roc , et qui pro* jette sms ombre dans la mer. Cette /omerneou j[iAsirs (PLaSg) est une tour «levée qui faisait partie du fort que Louis xn ordonna de construire à Grênes« De ce point culminant nous pouvons saisir un autre aspect de la ville% Anoire gauches'âèverhèpital mi« li taire, et au delà de l'église Saint-Théo^ dore* A droite , sur l'autre rive , nous voyons Sainte-Marie^es-^GrAces , tan»

dis que l'ancien mAle nous oppose sa jetée menaçante s au fond de oe ta^ bleau s'élève la colline , sur les flancs de laquelle les murs de Gênes se dé* roulent en replis irréguliers.

Il nous reste à citer quelques merveilles seocmdaires de la ville ; car maintenant nous avons fait ample^ ment la part des plus importantes.

Nous conduirons d'abord le lecteur au théâtre Charles Félix, car , suivant le mot d'un voyageur , il faut avant tout I examiner dans les villes d'Italio

Le théâtre Gharle-Félix frappe d'abord l'attention par la noble simplirilé de sa décoration extérieure, par la ridiesse de ses marbres et de ses principaux escaliers t la salle rivalise avec les plus belles del'Europe. Croyex moi; dans ce lieu de plaisir, après avoir payé le droit d'entrée, égal pour tons, achetés, suivant l'usage italien, la clef d'une loge} puis parcourant des yeux et la scène et la salle du spectacle, vous emporterei k la fois l'idée du talent des acteurs et cdile de l'aspect général que présente la société de Gênes. Cette ville possède deux autres théâtres, celui de Saint- Augustin, ou l'on joue la comédie, et le théâtre de la Cour , ordinairement fermé.

Rendons-nous maintenant k la Lo^ gia. Les Génois appellent /a Zo^jpfads' Banchi , un bel azzardo , un heureux hasard. Cet édifice , qui justifie ce mot par la hardiesse de sa voûte , fut construit primitivement pour les négocians de Gènes ; mais il n'a plus aujourd'hui son ancienne destinaticm ; il sert de promenade publique et de lieu de rendea-vous.

Sur la place qui s'étend au devant de la Loggia (PI. a65), on aperçoit Té* glise Saint-Pierre -des* Banquiers. Ce monument, dans l'intérieur duquel on parvient par fin long escalier, dateda dixième siècle. Brûlé en i3g8, il fet re^ bâti deux siècles plus tard , k la suite d'une peste, dont les Génois attribuèrent la délivrance à nntercession de la Vierge. Aussi le culte de la reine du ciA est-il particulièronent câébré en cet endroit.

Une autre église, bien plus remarquable encore, est celle de Sainte-Marie de Carignan(PL afi6). Sa construction fut exécutée aux frais d'un noMe Gé* noisde la femilW SmiK. Ce n*cst pw

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