‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 50 sur 86 · SFORZA PALLAVICINO · texte numérisé non relu

SFORZA PALLAVICINO

missions qui lui furent confiées par la cour de Rome ne purent le détourner de ses travaux littéraires. Il fit paraître \ Histoire du Concile de Trente, qui lui valut la pourpre, en 1657, et mourut dix ans après, à Rome (1667).

Pallavicino composa un grand nombre d'ouvrages que je ne citerai que pour mémoire : Les quatre livres du Bien, Y Art de la Perfection, les Leçons de Théologie, le Cotnmentaire sur la Somme de saint Thomas, le traité du Style, Ermenef/ild, tragédie en vers rimes, et quelques Poésies. Pour celui qui a lu l'histoire du Concile de Trente de Sarpi et les accusations qu'il fulmine contre la cour de Rome, l'Histoire de Pallavicino, écrite dans un sens contraire, offre un double intérêt. Si la réfutation est complète et sans réplique, c'est ce que je n'ai point à examiner. Toujours est-il que l'auteur entreprenait une rude tâche, et qu'il fit preuve de hardiesse. On voit, par une lettre placée entête de la seconde édition, quelle peine il se donnait pour approcher autant que possible son style de la perfection. «'. Les changements principaux et les seuls qui se laissent apercevoir portent uniquement sur la forme, peu sur le fond. Il est possible que ces corrections assez nombreuses, soit dans les mots , soit dans les développements de l'idée principale , et qui ne vont qu'à changer, ici une phrase commune, là une tournure lâche, passent inaperçues tout d'abord. Cependant elles ne laisseront pas que de produire, au goût même du commun des lecteurs, une certaine saveur différente, bien que les palais les plus délicats soient seuls pour apprécier la subtilité de ce nouvel assaisonnement. La plupart de ces changements ont été introduits pour donner plus de clarté à l'expression, plus de relief et plus de force à la pensée. Quelques-uns ont eu surtout en vue l'agrément qui, dans les livres profitables, n'est pas seulement le digne compagnon , mais l'auxiliaire indispensable de l'utile et contribue, soit à l'harmonie, soit à la variété, soit à l'élégance. L'auteur n'a eu garde de négliger ces qualités du style dans la première édition de son ouvrage, et il n'a rien épargné dans celle-ci pour y introduire toutes les améliorations que comportaient le déclin de son âge et de ses forces et les occupations de son état, voyant que non-seulement les plus grands écrivains de Rome et de la Grèce se sont occupés sans cesse à polir leurs ouvrages, mais qu'il n'y a que les ouvrages bien écrits , sauf les livres sacrés ou de pure science, qui sont assurés de passer à la postérité. De là ce difficile et constant labeur imposé à l'écrivain de remettre plusieurs fois sur l'enclume chaque partie de son œuvre, et de tourner et retourner chaque expression sous chacune de ses faces ; lourde tâche , qui ne peut être pesée que dans la balance de l'expérience, et à laquelle tant de sublimes et lumineux génies ne se seraient pas astreints, s'ils n'eussent senti en eux-mêmes la nécessité de s'assurer ainsi , comme Achille trempé dans les eaux du Styx, con-

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tre ce lent incendie qui dévore sur la terre tout ce qui n'a aucun goût du ciel. »

Que diront après cela nos modernes Italiens, qui font si bon marché de l'art en fait de style? Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la postérité ! D'autre part, cet extrait, qui donne un modèle assez exact de la manière, peut-être un peu ileurie de Pallavicino, servira à prouver ce que j'ai dit, en commençant, du soin qu'il prit à s'affranchir du mauvais goût de son époque.

IBaniclUi iBaitcU.

ous les bons esprits, au xvir siècle, ne réussirent pas également bien à opposer les armes de la raison au mauvais goût de leur temps, et il en est, comme le prosateur dont j'inscris ici le nom, qui doués d'un talent supérieur, se laissèrent entraîner par le commun tourbillon.

Daniel Bartoli, né en 1608, àFerrare, fit, à l'âge de quinze ans, son noviciat chez les Jésuites de Novellara , au grand contentement de cenx-ci qui , frappés de la précocité de son génie, comprirent bien vite ce que les années ajouteraient de force et d'éclat à cette haute ^ intelligence. Ses prédications dans les diverses villes de l'Italie avaient déjà rendu célèbres son érudition et son éloquence, lorsque, ayant fait naufrage, en 1646, dans une traversée de Naples à Messine, il perdit la pins grande partie de ses sermons qui tombèrent dans la mer. On dit cependant que, s'étant sauvé à la nage dans l'île de Capri, il parvint à les repêcher et put s'en servir , quoique fortement endommagés , pour le carême qu'il prêcha à Palerme. Au sortir de cette ville, il demeura quatre ans à Rome, où il composa, outre son Histoire de la compagnie de Jésus, un grand nombre d'autres ouvrages, jusqu'à sa mort, laquelle arriva en 1685.

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