‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 53 sur 86 · FRANCESCO REDI · texte numérisé non relu

FRANCESCO REDI

en pouvez juger par les balivernes que je vous envoie ici selon mon ordinaire. »

Et en ceci Redi parlait sérieusement et sans hypocrisie. Chez lui la modestie était égale au savoir. Je tairais encore une de ses plus belles qualités, si je ne disais pas que, quoiqu'il fût médecin du grand-duc et vécût au milieu des cours, il resta toujours philosophe et charitable. Il mourut subitement à l'âge de soixante et onze ans, regretté universellement, et les princes et les courtisans l'accompagnèrent à sa dernière demeure, confondus avec les pauvres qu'il avait sauvés delà faim par ses largesses, de la mort par la toute-puissance de son art et de son génie.

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E philosophe fut la troisième ilkistration du siècle. Contemporain de Galilée et de Redi , il consacra comme eux savie à combattre les erreurs enracinées dans les esprits, et à prêcher les vérités utiles découvertes par son génie et embrassées avec ardeur par son âme religieuse. Esprit vaste et pénétrant, il porta ses vues hardiesdanspresque toutes les parties de la science.

LoREXzo Magalotti naquit en 1637, à Rome, d'une ancienne et noble famille de Florence. Il étudia la philosophie, le droit et les mathématiques à Pise, outre les belles-lettres qui lui furent enseignées par Uliva, de Calabre. LesMédicis, qui s'étaient montrés peu généreux à l'égard de Galilée, prodiguèrent les faveurs et les libéralités à Magalotti. Devenu secrétaire de l'académie du Chncnt, qui avait appliqué la méthode expérimentale à l'étude des sciences naturelles, il donna le compte rendu de ses travaux dans ses Essais, où il se montre égal à Redi, à Borelli, a. Viviani parla profondeur des vues, l'étendue du savoir et la grâce du style. Mon intention n'est pas de passer en revue les diverses branches des connaissances humaines dans lesquelles Magalotti porta le ilambeau de sa raison. Je dirai cependant qu'il fut un des premiers à soutenir contre

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Descartes le principe de la spiritualité des bêtes. Ambassadeur à Rome, à Cologne, à Vienne, il fit preuve d'une grande habileté politique. Plus tard il voulut augmenter le trésor de ses connaissances en parcourant la rrance, la Hollande, l'Espagne, l'Angleterre, la Hongrie et la Suisse. La connaissance qu'il avait d'une foule de langues lui permit de tirer un grand parti de ses voyages ; outre le latin et le grec qu'il avait appris dans son enfance, il parlait le français, l'anglais, l'espagnol, l'arabe, le turc et le syriaque. La mort seule en le frappant à l'âge de soixantequatorze ans put mettre une fin à ce désir insatiable de savoir

Magalotti a laissé un grand nombre d'écrits. Ses œuvres poétiques, comme le Canzoniere^ intitulé la Dame imaginaire, et les Canzonettes anacréontiques sont, au dire de Tiraboschi « d'un poëte comparable aux plus fameux pour l'imagination et la vigueur.» Ses ouvrages de prose comprennent les Lettres scientifiques sur la physique et l'astronomie, et les Lettres familières contre l'Athéisme , l'œuvre la plus remarquable du siècle, au dire du chanoine Tocci.

Ces lettres, au nombre de trente-neuf, mêlées de sentences, de comparaisons et d'exemples empruntés aux écrivains les plus considérables, ont de plus une grande valeur théologique. La citation suivante, tirée de la quatrième lettre, montre quel était le but de l'auteur :

« Vous me dites, écrivait-il à un ami, que vous ne niez Dieu ni par haine pour lui, ni par amour pour l'indépendance de votre esprit considérée comme l'assaisonnement le plus nécessaire et le plus délicieux des plaisirs delà vie; que non-seulement cette indépendance, mais ces plaisirs eux-mêmes vous les échangeriez volontiers contre la paix que vous êtes persuadé que goûtent les personnes qui sont arrivées à croire en Dieu, et qui vivent conformément à ce qu'ils croient et à ce qu'ils espèrent; mais que vous ne croyez pas en Dieu uniquement parce que vous ne le comprenez pas, et que, ne le comprenant pas, il demeure évident pour vous que vous n'êtes tenu à le considérer de toute nécessité, soit comme auteur de la nature, soit comme auteur de la grâce, laquelle n'est, suivant vous, qu'un pur synonyme des irrégularités et des misères de la nature humaine. Que du reste , si vous pouviez croire en lui ou que j'eusse le pouvoir de vous y faire croire, vous seriez le plus heureux homme du monde et m'en auriez une obligation éternelle. Enfin que ce serait vous faire le même plaisir qu'aurait ressenti , il y a quelques années , un criminel hollandais condamné à perdre la tête, en recevant la nouvelle de la promotion du prince d'Orange au stalhoudérat, c'est-à-dire du rétablissement dans la république de la seule puissance qui pouvait lui faire la vie sauve Tout

ce que je puis faire, et que le vif amour que je vous porte m'excite à entreprendre, c'est d'essayer de vous convaincre que la prétention que vous avez de comprendre Dieu est déraisonnable en soi , téméraire de

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