LORENZO MAGALOTTI
votre part, et injurieuse pour lui, si par hasard il existait; et que tous les fondements de votre liberté sont par leur nature fragiles et mal assurés, d'après le témoignage de votre propre conscience. Telle est la sphère limitée où j'enfermerai tous mes raisonnements , tant que subsistera le désir que vous me dites que mes lettres ont excité en vous de m'accompagner dans cette recherche avec curiosité, sinon avec une disposition parfaite, vous protestant que mon raisonnement, quel qu'il soit, n'ira point à entreprendre de démontrer l'existence de Dieu, encore moins l'intelligibilité des mystères de la vraie religion. J'entends parler de cette espèce de démonstrations qui soumettent forcément l'intelligence, telles que sont les démonstrations de la géométrie et parfois aussi celles de la physique, lesquelles, là où elles s'imposent, font que l'esprit saitetnon qu'il croit, tandis qu'au contraire dans les choses de la foi, bien que l'on doive évidemment croire, il est impossible de savoir, et par conséquent il n'y a pas d'évidence. En un mot, je ne ferai guère que ce qu'a fait Galilée dans son dialogue des Systèmes, quoi qu'en aient dit ceux qui ne l'ont jamais lu. Il n'a jamais prétendu démontrer le mouvement de la terre; il a prétendu seulement répondre aux objections contre le mouvement de la terre. De même je ne prétendrai jamais démontrer Dieu; je prétendrai seulement, du moins la plupart du temps, répondre aux objections et réfuter les maximes de ceux qui nient Dieu. Non que je ne sache que l'on peut par des raisons purement humaines pousser très-loin la preuve de l'existence de Dieu, mais parce que cela a déjà été fait et dit tant de fois, que d'entreprendre de le dire et de le faire davantage, serait ou insuffisant, ou superllu, et quand même, une pareille tâche ne serait pas mon affaire. Jepuis faire le peu que j'entreprends peut-être aussi bien que d'autres, qui feraient mieux que moi ce que je refuse d'entreprendre. Non parce que je connais Dieu mieux qu'eux-mêmes, mais parce que je connais mieux qu'eux-mêmes les ennemis de Dieu. Et ceci est un heureux fruit que j'ai recueilli d'une mauvaise semence, je veux dire de cette convenance ou de cette nécessité qui m'a fait dans mes emplois et dans mes voyages parcourir presque toute l'Europe civilisée, et m'a mis en rapport avec toute sorte de personnes, dont quelques-unes faisaient profession ouverte d'impiété. C'est ainsi que je me suis trouvé, par mes études vagabondes , avoir un avantage sur les maîtres les plus savants en matière de spiritualité qui ont vécu dans la solitude, suivant la remarque qui a été ftiite avec raison que les personnes privées sont mieux placées que les princes pour bien connaître les inclinations et le naturel de ces mêmes princes : car de même que les peintres de paysage s'arrêtent en bas dans la plaine pour considérer les montagnes et se placent en haut sur le sommet des montagnes pour regarder dans la plaine, de même pour bien connaître les peuples il faut être prince,