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CORRÈGE

quand on devrait le porter aux nues , et où il est condamné à mourir misérablement! » Les biographes ne s'accordent même pas sur l'époque de cette mort arrivée, selon toute probabilité, en 1534.

Mais si les particularités de la vie du Corrège ont donné lieu à mille contradictions, tout le monde est d'accord pour admirer et louer ses ouvrages. Qui n'a entendu parler de la Nativité du Christ, dans la galerie de Dresde; de la Vierge adorant V enfant Jésus, dans la grande tribune de la galerie de Florence ; du Marsyas, au duc de Litta, à Milan ; du saint Jérôme^, dans la nouvelle galerie de Parme, et de la célèbre Chasse de Diane, « une des compositions les plus savantes , les plus habiles, les plus grandioses qu'ait enfantées ce divin pinceau,» dans la chambre du Corrège à l'ancien couvent de Saint-PauP. La Déesse est représentée dans les nuages, sur un char d'or tiré par deux biches blanches, accompagnée de plusieurs Amours, et suivie des Grâces, des Parques , des Vestales et de Junon , entièrement nues , cette dernière comme Homère la décrit dans le quinzième chant de V Iliade. L'impression qu'on retire de cette peinture est double : en même temps que l'on admire la perfection merveilleuse du travail , cette décoration voluptueuse et païenne dans la demeure des vierges rappelle le triste souvenir de ce temps où le cloître ne faisait que servir d'asile aux plus coupables désordres.

Mais les chefs-d'œuvre du Corrège ne se bornent pas là. L'église de Saint-Jean, à Parme, montre encore avec orgueil dans sa grande coupole V Ascension de Notre-Seigneur, au milieu des Apôtres tout adoration et tout épouvante. En présence de cette peinture, où l'on ne sait ce qu'on doit admirer le plus de l'habileté de la composition, de la difficulté de la fresque, de la hardiesse des raccourcis, de la vérité des nus, il semble que ce soit la le dernier eifort du génie. Et cependant le Corrège ne faisait que préluder alors à V Assomption du Dôme, à la vue de laquelle l'àme se sent, au dire de Lanzi, comme enlevée dans le Ciel.

' On trouve dans le Voyage en Italie , de M. Valéry, plusieurs documents qui prouvent ce qui a été dit plus haut du peu de profit que le Corrège tirait de ses tableaux, et qui montrent en même temps quelle était alors l'existence inférieure dos artistes en général : un de ces documents est relatif à ce même saint Jérôme, le chef-d'œuvre du Corrège. liriséis Cossa , veuve d'un gentilhomme parmesan qui l'avait commandé, n'alloua au Corrège que ([uarante-sept sequins (environ 652 fr.) et la nourriture, pendant les six mois qu'il y avait travaillé; elle eut toutefois la magnificence d'ajouter à ces honoraires deux voilures de bois, quelques mesures de froment et un porc gras. 11 fut offert depuis, par le roi de Portugal, quarante mille sequins de ce même tableau, et lors de nos illustres \i\lla.ges , en 1798, le duc de Parme consentit à le racheter pour un million : la caisse militaire était vide , mais les instances de Monge et de Berthollet l'emportèrent, et cette merveille fut transportée à Paris pour être reprise en 1816.

{Note du traducteur.)

^ Près de l'église Saint-Louis, à Parme. {Note du traducteur.)

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