‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 70 sur 86 · PAUL VERONÈSE · texte numérisé non relu

PAUL VERONÈSE

concours, il mérita, de l'aveu même de ses rivaux, qu'on lui décernât la chaîne d'or. A partir de ce jour, commença cette longue suite de travaux qui illustrèrent le nom de Véronèse, et qui attestent sa prodigieuse fécondité, tout en dénotant chez lui un oubli trop fréquent de la vérité antique et de la philosophie de l'Art. Comme il aimait par-dessus tout les décors et les pompes architecturales, la variété des costumes, la richesse de l'or et de la soie, il peignit de préférence les Cènes, par où il se rendit fameux. Les plus célèbres sont la Cène 'préparée au Christ par Mathieu dans l'église de Saint-Jean et Paul, à Venise; les Noces de Cana, remarquables par cent trente ligures et par les portraits de plusieurs princes et personnages célèbres; le Banquet de Simon avec Madeleine , regardé^ comme son chef-d'œuvre et qui fut donné en présent à Louis XIV: ces deux derniers font partie du musée du Louvre, à Paris.

Parmi cette multitude de toiles peintes par Véronèse, aucune n'est indigne d'un si grand nom. Venise en possède un grand nombre, parmi lesquelles l'amateur admirera surtout la Famille de Darius dans le palais Pisani, l'Enlèvement d'Europe dans le palais ducal, et aux procuratie nuove, la fameuse Apothéose de Venise, ainsi décrite par Lanzi :

« En haut est Venise , dans le costume d'une reine , couronnée par la Gloire, célébrée par la Renommée, entourée par l'Honneur, la Liberté, la Paix, qui forment sa cour ; à côté, Junon et Cérès, symboles de sa grandeur et de sa félicité. La cime est ornée de colonnes et d'architectures magnifiques ; en bas, on aperçoit un balcon garni d'une multitude de dames avec leurs fils et de seigneurs en riches costumes ; le fond est formé de guerriers à cheval, d'armes, d'enseignes, de prisonniers, de trophées de guerre. L'aspect de ce tableau, ou, pour lui donner son vrai nom, de cet ovale, est vraiment éblouissant; Véronèse est là tout entier. Les parties n'en sont pas moins merveilleuses que l'ensemble : des espaces remplis d'air et de lumière, de superbes édifices qui vous convient à vous y promener ; des visages enjoués, imposants, le plus souvent idéalisés; des mouvements gracieux, expressifs qui contrastent avec art; des costumes de seigneurs et pour la coupe et pour létolfe; des couronnes, des sceptres, une richesse, une magnificence digne de la majesté du sujet; une perspective savante; des couleurs vives, tour à tour semblables ou opposées , combinées avec un art merveilleux et qui ne s'apprend pas ; un pinceau qui unit la rapidité à la vigueur, et dont chaque trait porte l'empreinte du maître; en un mot, toutes les qualités qu'il était parvenu à se rendre familières et qui forment le caractère de son génie. »

Véronèse mourut à soixante-dix ans, après avoir résisté aux instances de Philippe 11 pour l'attirer h Madrid. C'est que l'amour de la patrie l'emportait encore en lui sur le désir des distinctions et des honneurs.

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