ANCIENS ET MODERNES
in Cillai îia |)alc^tviua.
de la
E Grec Cadmus invenla l'alphabet pour exprimer la pensée humaine: Guido d'Arezzo trouva les signes pour la langue du cœur. Gepend;;nt , après la découverte des caractères musicaux, l'It;;lie en proie aux discordes intestines, aux tyrannies du moyen âge , aux guerres désastreuses entn; le sacerdoce et l'empire, resta pendant plus de trois siècles avant que le génie de l'iiarmonie dont îa nature l'avait douée pût se révéler au monde. La musique fit donc peu de progrès jusqu'à l'apparition d'un maître qui lui donna une subite inipulsion et qui, guidé par l'instinct de la mélodie et la profondeur du o-, sentiment, frappa l'oreille de sons admirables et do merveilleux accords. Il eut encore la gloire, à une époque où, suivant la uîode introduite par les Flamands, IfS airs sacrés servaient d'acconq)agnement à des thèmes monrlains, pour ne pas dire impurs, de composer une nuisiqur digne majesté de la religion et des pompes solennelles du Vatican.
494 PIER LUIGl DA PALESTRINA.
A Palestrina (l'ancienne Préneste), au sein de la campagne de Rome, naquit, en 1524, Pier Luigi, destiné à devenir l'honneur de l'humble cité. Ses parents, au rebours de ce qui se pratique ordinairement, voyant leur tils doué d'une voix magnifique de soprano, l'envoyèrent à Rome au nombre des jeunes gens qu'on élevait pour chanter dans les chœurs des basiliques. A vingt ans il entra dans l'école de Claudio Goudimel, maître de la chapelle pontificale. Mais à lui comme à l'Animuccia, à Nannini, à Délia Viola, le brave Flamand n'enseignait que ce qu'il savait, c'est-à-dire les fugues, les cadences de toute sorte, les mystères les plus subtils du contre-point, sans se soucier autrement de soumettre les sons et les voix à la critique de la raison et du cœur.
Palestrina n'eut donc d'autre maître que lui-même dans l'expression musicale, la partie la plus difficile de l'Art. Il quitta l'école de Goudimel dont il n'avait que faire, et sans autre guide que la nature il en vint bientôt à trouver un style d'harmonie adapté à l'inspiration du chant sacré, découverte qui parut si heureuse à ses successeurs que toute composition religieuse pour les voix seules prit le nom de musique alla Palestrina. Il fut nommé maître de la chapelle Julienne, et peu après chanteur de l'Apostolique, jusqu'à ce que Paul IV lui ôtàt ce dernier emploi, sous prétexte qu'il était marié, comme si le mariage n'était pas un sacrement, et le nommât, en retour, maître de la basilique de Latran, puis de Sainte-Marie-Majeure. Par malheur les chants qu'il composa pendant ses sept années d'exercice ont été perdus au grand détriment de la musique sacrée. Ce ne fut pas tout. Pie IV ayant confié aux cardinaux Vitellozzi et saint Charles Rorromée la tâche de ramener le chant religieux à une formiC moins profane et plus en rapport avec sa destination, on dut craindre un instant qu'il n'y eût plus de messe chantée, tant il paraissait difficile d'opérer une telle réforme. Cependant Charles Rorromée, qui avait un faible pour la musique, crut qu'avec un honmie comme Palestrina on ne devait point désespérer, et il le chargea de composer une messe pour prouver la possibilité d'adapter léchant à la dignité des sujets religieux. Palestrina,comprenanttoutel'importance d'unepareille épreuve, présenta à la commission des cardinaux trois Messes, dont la dernière excita un enthousiasme universel. Elle fut chantée en 1565 dans la chapelle Sixtine, devant Pie IV, qui s'écria dans son ravissement que les harmonies des nouveaux cantiques étaient les mêmes que l'apôtre Jean entendit dans laJérusalem triomphante, et qu'un autre Jean répétait dans la Jérusalem terrestre. Le pape ne borna point à cet éloge la récompense accordée à l'auteur, il le nomma compositeur de la chapelle Apostolique, charge que Palestrina trouva moyen de remplir sans négliger ni l'éducation de ses fils qui n'avaient point d'autre maître quelui, ni ses écoliers, ni l'oratoire de Saint-PhiUppe de Neri, ni l'école de Giovanni Nannini. Grégoire XIII
PIER LUIGI DA PALESTRIiNA. 19;i
eut également recours à l'illustre musicien pour ramener le chant grégorien à sa pureté primitive. Les cardinaux llippolyte d'Esté et Aldobrandini, le prince Buoncompagni le chargèrent de diriger leurs concerts de chambre. Enfin la renommée de Palestrina s'était élevée si haut, que lorsqu'il mourut en 1594, dans les bras de saint Philippe de Neri, on dit que plus de six mille personnes suivirent son convoi à la basilique du Vatican où il fut inhumé , sous un tombeau portant cette inscription :
JoANNES Petrus Aloysius Pr^nestinus Musiez Princeps.
Ceux qui ont entendu dans la chapelle Sixtine les chefs-d'œuvre du créateur de la nouvelle langue musicale sont unanimes pour déclarer qu'aucune musique sacrée moderne, malgré le nombre et Ihabileté des combinaisons et les accompagnements variés de l'orchestre, ne porte autant que l'ancienne l'àme à des méditations sublimes et à de soudains élans d'enthousiasme. Aussi ne saurais-jetropblàmer ces Conservatoires et ces Académies, comme il y en a trop, qui proscrivent les harmonies du Génie de Préneste, du premier fondateur de la musique italienne. Comment s'étonner, après cela, d'entendre nos basiliques retentir de motifs amoureux empruntés aux opéras, et qui détournent les âmes de la contemplation des célestes mystères et profanent la maison de Dieu ?
3^vninijiol(î CurclU.
KUSONNE ne conteste aux Italiens la gloire d'avoir excellé dans tous les genres de musique vocale, plain-chant, contre-point, accompagnement, style d'ensemble, de chambre, de théâtre. Mais il est bon aussi de savoir, aujourd'hui surtout que des prétentions contraires cherchent à se faire jour, que la musique instrumentale, créée par Corelli, ne fut point perfectionnée par d'autres que Tartini et les élèves de ces deux maîtres; que le trio, le quartetto, le quintetto furent inventés par Boccherini; que la cymbale, le hautbois, la contre-basse furent successivement trouvés par Frescobaldi , Bezzaffi, Dragonetli et adaptés au même emploi. Ce fut Corelli qui, s'apercevant le premier que le son pouvait exprimer, à l'égal du chant, les sentimens des paroles, remplaça la monotonie et la pesanteur de la basse, employa les accords et les intervalles, inventa la sonate et le concerto, et tenta une manière simple (;t passionnée qui fut imitée par Vinci, Pergolèse, le Porpora et plusieurs autres.
Arcangiolo Corelli naquit en 1653 à Fusignano, bourg de la Romngne inférieure. Poussé par une vocation que ses parents ne paraissent point avoir contrariée, il quitta de bonne heure son pays
AKCAiNGlOLO COilLLLi. 497
et vint à Bologne, où il apprit le violon avec Bassani et le contrepoint avec Simonelli, maître de la chapelle du pape. Il visita ensuite la France et l'Allemagne et fit un assez long séjour à la cour de Bavière. De retour à Rome, il fut chargé de la direction d'un opéra où figurèrent cent cinquante instrumentistes , chose merveilleuse pour l'époque. Plus tard, étant entré dans l'intimité du cardinal Ottoboni, il fut directeur de son académie jusqu'en février 1713, qu'il termina sa glorieuse carrière. Rome, justement enthousiaste de son génie, ne craignit pas d'élever à celui qu'elle avait surnommé Orphée, un monument dans le Panthéon entre Galilée, Raphaël et Morga'gni, honneur qu'elle justifia par ces trois mots inscrits sur son mausolée :
CORELLI, PriNXEPS MuSICORUM.
Le premier ouvrage du célèbre compositeur, publié à Rome en 1683 , est intitulé Sonates en trio. Les autres, au nombre de six, sont dans l'ordre de leur apparition, lesBallets de char,)bre,\es Sonates, les Ballets, les Sonates de violon, les Douze sonates à deux flûtes, les Concertos, ce dernier qui précéda de peu sa mort. Un de ses biographes, après avoir montré comment il eut pour unique objet d'amener le son à rendre , à l'égal du chant , les images des paroles , termine ainsi :
« Ces ouvrages seront toujours considérés comme des chefs-d'œuvre, eu égard au temps et au mérite capital de la science musicale et de la mélodie que l'on voyait unies pour la première fois, mélodie telle, que le Porpora, ce maître souverain en fait d'harmonie, l'étudia et l'imita, et aussi à une sorte de fraîcheur originale qui résiste aux effets de la mode et du temps , et qui est comme la qualité distinctive de ses œuvres, qui seront l'éternel modèle de chaque âge. En effet, ce divin esprit, bien qu'appartenant à une époque déjà ancienne, est seul encore nouveau, dételle sorte que si vous le comparez à ceux qui sont venus un siècle après lui, bien qu'il soit en réalité leur ancêtre , ceux-ci paraîtront ses devanciers. »
Bencifetto illarrHU.
ES archaïsmes que les Flamands avaient introduits dans la musique continuaient à être en faveur, lorsqu'un maître, aux vues hardies, se guidant non plus sur la Géométrie, mais sur la Philosophie \ trouva des harmonies riches et pathétiques, simples de pensée et d'expression , entrecoupées de récitatifs propres à reposer l'oreille fatiguée de la continuité des mélodies. Une telle réforme aurait suffi pour rendre son nom fameux, mais il alla plus loin. Émule de Palestrina, il voulut se donner aux grands sujets de la musique sacrée , et après avoir appris les intonations de- la bouche de ces Hébreux, qui se vantaient d'avoir la tradition des sons usités dans le temple de Jérusalem, il mit en musique les psaumes de David , empreints par lui d'une poésie pindarique.
Benedetto Marcello naquit à Venise, en 1686, de parents riches et patriciens. Son père , grand amateur de poésie et de musique, voulut que lui et ses autres frères apprissent l'une et
' On prétendit jusqu'au xvii° siècle appliquer la précision et les règles des sciences matliénialiqucs à la musique. Un savant abbé espagnol , don Vincent Ximeno, crut devoir démontrer qu'il n'y avait aucun rapport entre cet art et l'arithmétique ou la géométrie. Voy. l'Histoire de la Musique d'Angelini (1696). {Note du traducteur.)