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fant qui l'écoutait de toutes ses oreilles était comme ravi en extase par ces harmonies qu'il s'amusait à répéter quand il était seul. Porzio ne tarda pas à s'apercevoir des dispositions de son élève pour la musique , dont il lui enseigna lui-même les éléments ; après quoi il lui donna pour professeur le maestro Aprile, et finalement le fit entrer au conservatoire de Notre-Dame-de-Lorette, où Fenaroli lui enseigna le contre-point. La beauté de sa voix, la facilité merveilleuse avec laquelle il jouait, assure-t-on, de divers instruments, séduisirent bientôt tous ses camarades, au point qu'il put, à l'âge de douze ans, faire la première partie dans frà Donato, intermède giocoso, mis en musique par Sacchetti, et qui fut représenté sur le théâtre du collège. Mais ce n'était là qu'un prélude. A dix-neuf ans, Ciramosa débuta au théâtre par la farce de la Baronne-Stramba^ suivie bientôt de la Feinte Frascatane, la Feinte Parisienne , le Fanatique de l'ancienne Rome , qui furent joués à Naples. Cette dernièce pièce est remarquable par l'introduction des trios et des quatuor. 11 composa ensuite le Peintre Parisien et les Deux Barons pour le théâtre de Rome, puis pour celui de Naples, où il ne tarda pas à revenir , YArmide imaginaire, les Amants comiques et le Mariage par ruse, qui l'égalèrent à Guglielmi et à Paisiello, dont les ouvrages faisaient alors fureur à Naples.
La fécondité de Cimarosa égalait son génie. Toute l'itahe fut pleine de ses chefs-d'œuvre : Caïus Marius, composé par lui à Rome ; le Marchand de Malmantile^, à Florence; Artaxerce, à Turin; le Convié de Pierre, à Venise ; fOlijmpiade, à Vicence ; les deux Comtes supposés^ à Milan ; les Trames déjouées, le Directeur dans l'embarras, le Fanatique joué, à Naples. Catherine, pour se consoler de la perte de Paisiello, l'appela à sa cour. Il se rendit à son invitation, entraîné d'ailleurs par son amour des voyages. Après un séjour de quatre ans à Pétersbourg, pendant lequel il composa près de cinq cents morceaux de musique ou de chant, il vint à Vienne, où l'empereur Léopold le gratifia d'une pension annuelle de douze mille florins. C'est là , à l'âge de trente-huit ans, qu'il composa ce chef-d'œuvre d'originalité, d'élégance et de verve, qu'on appelle le Mariage secret, et qui fut représenté soixante-sept fois de suite au milieu d'un enthousiasme sans exemple depuis lors. Son retour dans sa patrie, où le bruit de son chef-d'œuvre l'avait précédé , fut un triomphe. Une foule de nouvelles partitions le suivirent, entre autres les Ennemis généreux, qu'il écrivit pour Rome, et pour Venise, les Horaces et les Curiaces. En 1798, lors de la proclamation de la république , il composa un hymne patriotique tout bouillant d'enthousiasme. Plus tard il expia ce crime
' Malmantile est le nom d'un chàleau près de Florence; c'est aussi le titre d'un poëme de Lorenzo Lippi. {Note du traducteur.)
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par une prison de quatre mois qui porta un tel coup à sa santé et à son moral qu'il mourut peu après sa délivrance, en 1801, à Venise, où on défendit de lui élever une tombe , triste persistance de la haine, à qui les souffrances du vivant ne suffisent pas, et qui s'acharne contre le mort.
0a.cri|îiui itir0i5int
f^ 'enchantement produit dans toute l'Europe, lors de apparition de Palestrina au xvi'= siècle, se continua I dans les siècles suivants, grâce aux écoles de Rome, (le Naples, de Bologne, de Venise, et n'a point cessé dans celui-ci, où les savantes harmonies magistrales de CeERUBiN[, de Spontini, de Generâli, les formes pompeuses de Mercadante , le prestige théâtral et la mélodie de Bellini, les inspirations savantes de Facini , la veine limpide et inépuisable de Donizetti , l'abondance de Verdi, maintiennent la gloire de leurs devanciers et l'honneur de la musique italienne, mieux partagée en cela que la peinture et que la sculpture. Et comme si ce ne fût pas assez de ces noms célèbres, le ciel accorda à l'Italie un Génie, plus célèbre et plus grand que tous ces maîtres, qui réunissant à une science profonde de l'action et de la beauté dramatiques, la perfection du récitatif, l'élégance naturelle, une richesse extraordinaire de motifs presque divins, une verve merveilleuse qui contraste avec les effets cherchés des maîtres allemands , mérita d'être appelé le prince de la musique moderne, comme Canova le fut de la statuaire.
Gioaccuino RossiNi, ou le Cygne de Pesaro, comme on s'est plu à le nommer, naquit dans cette ville, en 1792. Les premiers sons qu'il
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entendit furent ceux du cor, alors que son père, pauvre paysan, l'emmenait avec lui à la chasse du produit de laquelle il vivait. On sait comment d'ordinaire les organisations d'élite se trahissent comme à leur insu. Les parents de l'enfant ne tardèrent pas à remarquer chez lui, à part la beauté de sa voix et de sa personne, un goût prononcé pour la musique; et ils l'envoyèrent à l'école pour ([u'il aj»prît les premiers principes de cet Art où ils étaient loin de soupçonner qu'il acquît un jour une telle fortune et une telle renommée. Mais au rebours de ce qui arrive ordinairement, quand nous voyons l'entêtement des pères faire obstacle à la vocation des enfants, ici ce fut le père du jeune Joachim qui interposa son autorité pour qu'il suivit le penchant de sa nature et la voix de son génie. L'enfant paresseux, et qui n'avait pas encore conscience de lui-même, s'obstinait à ne vouloir point étudier. Le père, voyant qu'il ne faisait rien à l'école, l'en lit sortir tout à coiif) pour le mettre apprenti chez un forgeron. Le moyen réussit complètement : Rossini, honteux de son métier et dont l'oreille était désagréablement frappée par le bruit de l'enclume, rendu plus honteux encore par les visites des amis de son père que celui-ci amenait pour les rendre témoins des coups de marteau du jeune forgeron , demanda en grâce qu'on lui permît de reprendre ses livres et ses études. Tesei, et après lui Mattei lui découvrirent les secrets de l'Art où il devait opérer une si grande révolution un jour. A treize ans, déjà habile sur le violon et doué d'une voix de soprano admirable, il dédaigna de tels succès, et comme incapable de contenir plus longtemps le torrent d'harmonie, qui débordait en lui, il composa une sonate sur la mort (VOrphre qui obtint le prix au lycée de Bologne. 11 passa de là à létude de Mozart, d'Haydn et de Cramer, dont il venait d'entendre pour la première fois les quatuor qui l'avaient ravi. Ainsi nourri par de fortes études, il composa à dix-huit ans la Lettre de change de Mariage, suivie de sept autres opéras qui étaient loin de faire présumer la hardiesse de son génie. La première révélation s'en lit par le Tancredi, représenté sur le théâtre de la Fenice, à Venise. Toutes les bouches s'ouvraient pour répéter ces ravissantes mélodies, et les lagunes retentissaient dans le silence mélancolique de la nuit du doux air ])i tant/ palpili et de l'autre si amoureux Ti rivedro, ml rivedrai. Il vint ensuite à Nai)les, où il écrivit, pour ne pas parler de ses autres opéras, EUsabetta, OlcUo, ce chef-d'œuvre tragique , et 31osè in Egitto, empreint d'une majesté sublime. Une grande occasion s'olfrit peu après à Rome de montrer la hardiesse et les ressources admirables de son génie, lurscju'il entreprit de composer un opéra sur ce même sujet du Barbier de Sévitlr qui avait déjà été traité par Paisiello. Le théâtre Argentina était sens dessus dessous par suite de cette audace ; les cris, les siltlets, les huées partaient de tous les côtés de la salle; on s'indignait de cette téméiite du
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jeune Pésarais doser se mesurer avec le grand Napolitain ; Rossini seul pénétré de son génie et enhardi par l'amour de l'Art, monté sur une banquette, excitait et applaudissait les acteurs du geste et de la voix , et protestait ainsi de toute l'énergie de ses forces contre les cris du parterre. A la (in la victoire lui resta, et, après deux ou ou trois soirées, le peuple entraîné par les beautés du Barbier portait en triomphe, suivant l'antique usage , le maestro qu'il avait hué d'abord. Cette victoire si obstinément disputée ne fit qu'encourager l'ardeur du réformateur. La Cenerentola (Rome, 1817), et la Gazza ladra (Milan, 1818), furent suivies de cinq autres opéras dont je devrais parler si Rossini n'eût donné, en 1823, la Semiramide. Cependant le public de Venise, encore sous le charme des grâces naïves de Tancredi, accueillit avec assez de froideur la pompe de cet opéra où la simplicité de l'Art italien semblait se combiner avec la science de la musique allemande. On dit que cette froideur fut cause que Rossini quitta l'Italie pour venir à Londres où il gagna, assure-t-on, en cinq mois de leçons et de concerts la somme fabuleuse de deux cent cinquante mille francs. Mais l'élonnement se dissipe à la réflexion , et quand on se rappelle ce que son biographe Stendhal écrivait de lui en 1823 : « Depuis la mort de Napoléon, il s'est trouvé un autre homme duquel on parle tous les jours à Moscou comme à Naples, à Londres comme à Vienne, à Paris comme à Calcutta ; la gloire de cet homme ne connaît d'autres bornes que celles de la civilisation, et il n'a pas trente-deux ans ! »
Paris continua à Rossini ces honneurs inouïs peut-être dans la vie d'aucun autre homme, et bientôt l'apparition du Guillaume Tell, jugé son chef-d'œuvre, c'est-à-dire l'œuvre la plus étonnante de la musique moderne , porta au comble l'oithousiasme pour son talent. Après avoir gagné un procès contre le gouvernement français, au sujet d'une pension de six mille francs, il est retourné en Italie où il s'est condamné à un silence absolu dont aucune prière n'a pu le faire sortir et qui peut trouver sa justification dans l'impossibilité d'égaler ou de surpasser Guillaume Tell. Ici s'arrête ma tâche. Il ne m'appartient pas de rechercher si le ciel, qui a été si prodigue envers Rossini, ne lui a point refusé ces qualités de l'àme sans lesquelles il n'existe point de véritable gloire : tout ce que je puis faire, c'est d'emprunter sur ce sujet la voix d'un de ses plus illustres biographes :
« Tour à tour vivant à Milan, à Bologne, il y présente le triste spectacle d'un homme favorisé de tous les biens de la nature et de la fortune, dévoré par l'ennui et mécontent de lui et des autres. L'organisalion la plus merveilleuse, les circonstances les plus favorables , l'une des plus belles et des plus universelles renommées qu'il y ait au monde n'ont pu le satisfaire. Pour jouir de tout cela, il ne lui manque qu'une chose, mais une chose essentielle sans laquelle ce monde n'a rien de
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vrai : la foi ! La foi dans l'art, dans les sentiments du cœur, dans la n'-alité du but de la vie en dehors des jouissances matérielles et dans l'avenir! La foi sans laquelle notre existence n'a point de but et n'est qu'une odieuse déception ! »
Après de telles paroles, tout est superflu, même les réflexions plus sévères des autres critiques. Pour moi, je me contenterai d'ajouter ces paroles que j'ai entendues sortir delà bouche même de Rossini, lorsqu'il me fut donné de le voir, en 1847, à Bologne : « La peine que je me suis donnée pour satisfaire mes passions a dépassé de beaucoup celle que j'ai éprouvée dans mes études. »
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Du Génie italien , par E. J. Delécli;ze 1