LA FAMILLE
D’un autre côté, accorder trop de liberté à la jeunesse, enlève à un pays beaucoup de cette stabilité indispensable à l’ordre d’une société. .
Un meilleur résultat serait obtenu en rétablissant en cette question aussi, un juste équilibre.
§ 2. Le divorce en Italie.
Ce serait, en tout cas, folie de vouloir heurter ^ brusquement des sentiments aussi invétérés que le respect de l’autorité paternelle et l’esprit de famille. Le peuple ne le supporterait pas. On en a fait l’expérience, lors des essais tentés pour acclimater en Italie la législation sur le divorce.
Il y a quelques années, en effet, certains brouillons parlementaires, cherchant toujours à l’étranger des exemples et des inspirations, voulurent introduire cette innovation dans le code italien. L’opinion se souleva contre eux. Aux élections suivantes, les candidats n’eurent pour triompher qu’à s’affirmer adversaires du divorce.
Le peuple d’Italie sent d’instinct le danger qu’il y aurait à ébranler la famille dans un pays où l’amour, sous l’influence du climat, est formé d’une très grande part de sensualité.
Nous assistions un jour, en compagnie de M. le marquis Vitelleschi, éminent sénateur italien, à la sortie des écoles, à Eaton, en Angleterre. Une
camaraderie sans arrière-pensée régnait entre la Jeunesse scolaire des deux sexes. Pensif, le sénateur poussa alors cette exclamation : En Italie, dans neuf mois, nous en verrions de belles !... »
Chez nos compatriotes, Page ou les grandeurs refroidissent rarement les feux indiscrets. Victor- Emmanuel, le premier roi d’Italie, fut célèbre par ses aventures galantes. Devant la loi, le seul Xils légitime de Garibaldi aurait été un enfant né d’une femme que le général n’avait jamais approchée^ La descendance de Mazzini n’est pas non plus régulière.
Du haut en bas de l’échelle sociale et dans tous les partis, nombreux sont ceux qui suivent sur ce chapitre l’exemple des fondateurs de la Patrie.
Une protection de la femme et de la famille, un frein mis aux caprices éphémères de l’homme et à ses abandons est donc plus nécessaire en Italie que chez beaucoup d’autres peuples.
Malgré cela, nos législateurs n’ont pas renoncé à imposer à la nation une loi qui cadre si mal avec son tempérament. Entraînés par le besoin de surenchère politique, ils semblent vouloir revenir à cette fatale institution du divorce. Ils l’introduiront peut-être en Italie, à l’heure même où les États-
1. Au moment où le général venait d’épouser la comtesse Raymondi, il apprit qu’elle était enceinte des suites d’une liaison précédente et la quitta sans retour.