CHAPITRE I LES ORIGINES
§ 1. — Lois générales des migrations.
La civilisation est subordonnée à la loi de Peffort, proportionné lui-même au milieu dans lequel il se produit.
Qu’il s’agisse de civilisations orientales ou occidentales une observation identique s’offre aux esprits curieux.
Elles naissent et se développent dans les pays de température clémente, où l’existence est possible pour des êtres encore sans défense. Une
tendance constante porte ensuite ces derniers vers le Nord, dont ils deviennent peu à peu capables d’affronter le climat rigoureux.
Les légendes, qui constituent les plus anciennes documentations historiques, s’accordent avec la vraisemblance pour situer les premières civilisations le long des trois grands fleuves : le Tigre, l’Euphrate et le Nil, où s’élèveront plus tard Ninive et Babylone.
Mais bien avant, en des époques lointainement préhistoriques, l’excès de la population rendit nécessaires les premières migrations. Les unes, conduites par le hasard et les nécessités immédiates, se portent vers les rivages de l’Asie Mineure et de l’Afrique, profitant peut être, dans ce dernier cas, de l’hypothétique et transitoire union de la Sicile avec les territoires où devait surgir Carthage. Les autres se dirigent vers le Nord, longent la mer Caspienne et la mer Noire, pénètrent dans le centre de l’Europe et suivant le cours des fleuves, redescendent aux bords septentrionaux de ce grand bassin intérieur qu’est la Méditerranée. Les deux courants de migrations s’ignorent longtemps et prennent des aspects très différents, diamétralement opposés même, en raison des conditions essentiellement diverses dans lesquelles ils se développent, jusqu’à ce que les premiers essais de| navigation, probablement effectués entre les
SES OIUGINES
rivages les plus rapprochés de TAsie et de l’Europe : le Bosphore et les îles de l’Archipel, soient venus les mettre en contact.
Leur rencontre produisit les grandeurs successives de Troie et de la Grèce.
§ 2. — Rome centre de la civilisation méditerranéenne.
A mesure qu’augmenteront les rapports entre peuples riverains, il est un point que nous verrons acquérir une importance croissante, c’est l’Italie, ritalie qui plonge très avant dans cette mer où les navigateurs cherchent des escales rapprochées. A bonne portée de tous elle devait forcément arriver à la prédominance parmi cette fraction de l’humanité qui formait un monde particulier autour de la Méditerranée.
De même que l’Italie, par sa situation, était destinée à devenir le centre de la civilisation méditerranéenne, de même en Italie Rome devait surgir au point de jonction du double courant des races du Nord et du Midi.
Ne parlons pas pour le moment de la vallée du Pô, couverte encore des traces des convulsions glaciaires et volcaniques dont elle avait été le théâtre jusqu’à la seconde moitié de l’âge quaternaire et qui la rendaient inhabitable à l’homme. Aujourd’hui même, elle représente une région absolument
différente de Tltalie péninsulaire. Celle-ci est limitée par le coude que fait TApennin de Carrare à Ancône, rempart qui la protège des vents du Nord et en rend le climat merveilleusement doux et favorable à la culture.
Une partie des peuplades venues par le Nord de l’Europe en suivant les vallées des grands fleuves : le Danube, le Rhin et le Rhône, se faufilèrent par étroit passage de la Ligurie. Car il semble bien, en effet, d’après les dernières constatations scientifiques du professeur Arthur Issel, notamment, que la mer qui se brise maintenant sur les rochers de la Corniche jusqu’à La Spezia, laissait primitivement à découvert une grève pouvant servir de facile passage.
L’aspect de la falaise haute et escarpée, à l’est •de Pieve di Sori, montre l’empiétement progressif des flots; à Recco nous constatons le même phénomène et on prétend avoir découvert au large les restes submergés d’antiques constructions.
Arrivés en Toscane, les migrateurs s’épandaient librement à travers toute la région. Ils n’y rencontraient pas tout d’abord de difficultés; plus de hautes montagnes, plus de fleuves infranchissables, l’Arrio, le Serchio et les autres cours d’eau du pays sont guéables au moins pendant la belle saison. Seul le Tibre constituait un obstacle capable de leur barrer la route.