En 1912, le montant des recettes a été de 2.645 millions
dotés de rouages depuis longtemps en mouvement. Il a traversé des difficultés auxquelles ceux-ci ne sont pas exposés et en est sorti victorieux, y trou-vant ainsi la preuve de ses forces.
Un économiste clôturerait ici ce chapitre. Il aurait dû, d’ailleurs, en renforcer la partie didactique. Pour nous, qui n’envisageons pas seulement les questions économiques, mais encore et surtout les questions morales et psychologiques, certaines considérations s’imposent sur le sujet que nous venons de traiter.
Les crises économiques qui se sont produites en Italie permettent de se réjouir d^ la façon dont la -nation en a triomphé; elles n’ont pas été cependant sans faire quelques victimes; mais ces victimes, en succombant, justifièrent les lois de l’entraînement, principe applicable à l’industrie, au commerce, aux affaires, comme à toutes les formes de l’activité humaine.
Nous voulons parler de ces descendants de vieilles familles patriciennes qui, à un certain moment, se jetèrent avec ardeur dans les entreprises commerciales et industrielles. Ils croyaient y trouver le moyen de maintenir la prépondérance d’une situation que sapait le nouvel ordre de choses. Habitués à dominer partout jusqu’alors, ils s’imaginaient n’avoir qu’à paraître pour triompher. L’événement détrompa cruellement leurs illusions.
COMMERCE — INDUSTRIE — FINAIVCES 215
Le coup le plus rude leur fut porté par le krach de 1890.
Nous le rappellerons t)rièvement, car il est caractéristique et tient une place particulière dans la vie à la fois économique et politique, intérieure et extérieure de Tltalie.
Plusieurs des grandes villes de la péninsule, voulant moderniser leur aspect, s’étaient lancées dans de vastes projets de constructions avec autant d’élan que d’inexpérience. D’habiles hommes d’affaires avaient peu à peu accaparé sans bruit tous les terrains propres à l’édification de nouveaux quartiers. Quand ils s’en furent assuré la possession, ils commencèrent une adroite réclame pour les projets à la réussite desquels ces terrains étaient indispensables.
Quelques ventes plus ou moins authentiques savamment divulguées, donnèrent à penser qu’il y avait dans ces affaires de terrains des fortunes à réaliser. Les grands noms étaient recherchés comme susceptibles de capter la confiance publique. Beaucoup de jeunes patriciens se laissèrent prendre à des combinaisons si ingénieuses et qui du reste présentaient un caractère d’utilité publique indiscutable bien fait pour les attirer.
Le succès semblait assuré, lorsqu’une complication politique, difficile a prévoir, vint tout compromettre.
Le désastre eut pour point de départ le yoyage de M. Crispi à Friedrischruhe en septembre 1887. On a prêté à ce grand patriote une antipathie contre la France qu’il n’avait point. Mais, chez lui, un sentiment primait jusqu’à étouffer toutes les autres considérations : il souffrait de ne pas voir son pays au premier rang et rêvait d’accomplir rapidement l’œuvre de résurrection qui pourrait l’y porter. Pour cela, il lui fallait des ressources pécuniaires. Son manque d’aptitude en matière de finances ne lui faisait voir le moyen de se les procurer que dans une conflagration européenne.
Les armements de l’Italie et de l’Allemagne se trouvaient à ce moment-là en excellent état; la France était, sous ce rapport, dans une situation évidente d’infériorité. Hypnotisé par son rêve de grandeur patriotique, M. Crispi entrevoyait dans une guerre victorieuse la possibilité de puiser à même le légendaire bas de laine, les millions dont il avait besoin.
Il exposa ce plan à M. de Bismarck, mais le chancelier de fer n’approuva pas sa conception d’un machiavélisme juvénile. Cette démarche aurait dû rester secrète; elle fut connue, dès le lendemain, du gouvernement français.
On conçoit que ce dernier ait su peu de gré à l’auteur d’un tel projet et qu’il ait pris une revanche sur le gouvernement italien imprudemment engagé.
Cette revanche s'ofîrait d’autant plus facile que l’Italie ne disposait alors comme ressources financières que du marché français.
Toutes les spéculations relatives aux importants travaux entrepris dans les villes italiennes avaient pour base des reports de titres dans les grands établissements parisiens. Une indication secrète du gouvernement français suffit pour que les guichets se fermassent un à un devant les demandes de renouvellement de l’Italie.
Comme, d’autre part, la condition de toutes ces entreprises était de ne rembourser les capitaux que par des amortissements comportant d’assez longs délais^ l’obligation de réaliser rapidement ces capitaux rendit le krach fatal.
La catastrophe fut générale, non seulement pour les sociétés de construction, mais encore pour les banques compromises directement ou indirectement.
La Banque Nationale elle-même se trouva tellement menacée qu’on dut pour la sauver de tout affront, changer son nom, ec la transformer en une nouvelle institution qui, sous le titre de Banque d’Italie, put reprendre vigueur, grâce à des privilèges importants.
Quant aux individus imprudemment engagés, ils n’eurent pas les mêmes moyens d’échapper à leur destin. Ceux qui s’étaient laissés prendre à
l’appât des spéculations en furent victimes. Ni leur hérédité, ni leur éducation ne les avait préparés aux opérations financières.
§ 4. — La question sémite.
A l’inverse, et par le même mécanisme, ces lois de l’hérédité et du milieu ont permis aux Israélites de jouer en Italie un rôle considérable qui mérite de retenir un instant notre attention.
Leur succès dans les affaires prouve comme nous l’avons répété, que le progrès vient seulement des spécialistes, car, spécialisés dans le commerce et le maniement de l’argent, ils y ont acquis une habileté sans égale.
Chez eux s’est maintenue, respectée, l’autorité du père de famille que les modernes institutions sociales tendent à diminuer.
Même dans leurs établissements industriels et commerciaux, la discipline semble mieux conservée qu’ailleurs. Les grèves y sont beaucoup moins fréquentes. En même temps leurs entreprises donnent des résultats supérieurs aux autres.
Ce maximum de rendement avec un minimum de grèves est caractéristique. Il s’ajoute à tant d’autres faits pour démontrer avec quelle intelligence les Israélites savent utiliser toutes les énergies et toutes les valeurs.
D’où leur vient cette supériorité? De ce que, toujours persécutés, ils ont lentement acquis les qualités qu’engendre la persécution chez ceux qui la subissent : force de résistance, sentiment de la solidarité^ souplesse et adaptation aux conditions de la vie.
En Italie, outre leur grande influence économique, les Sémites ont conquis dans le domaine politique une place disproportionnée à leur nombre restreint, mais justifiée tant par l’aide qu’ils ont apportée à l’unification du royaume que par les capacités remarquables dont ils ont fait preuve dans l’administration des affaires publiques.
En peu d’années, la plupart des ministères ont eu des juifs à leur tête et leur gestion n’a certes pas été la plus mauvaise.
L’action sémite se manifeste dans toute la vie italienne. Elle se fait sentir dans les arts comme dans les sports où son intervention est facilitée par la richesse.
Cette action n’aurait d’inconvénients que si les Israélites s’avisaient de propagande anticatholique ^ heurtant ainsi les tendances sentimentales de la grande majorité de la population. Mais il faut recon naître qu’en général leurs hommes politiques savent éviter ce travers.
M. Luzzati, par exemple, lors de la formation du dernier ministère, à su tenir tête aux démagogues de l’extrême-gauche et leur refuser l’inscrip-
l’italie moderne
tion dans son programme, du divorce qui répugne à Tesprit populaire, et de l’enseignement primaire laïque qui froisserait de nombreuses consciences. D'autre part, il repoussait non moins énergiquement les suggestions de certains esprits, partisans de concessions exagérées aux ultra-conservateurs. Dans les études philosophiques par lesquelles le ministre se repose des chiffres et des agitations de la politique, il manifeste une élévation de pensée et une tolérance qui ne sont que trop exceptionnelles.
Grâce au tact dont les Israélites ont fait preuve jusqu’ici et aussi à la répugnance du tempérament italien pour les exagérations confessionnelles, l’Italie ne connaîtra probablement pas les troubles de l’antisémitisme. Les quelques tentatives faites dans ce sens n’ont pas réussi à provoquer l’injuste persécution pratiquée dans d’autres pays.
Au lieu de reprocher aux Juifs le succès de leurs entreprises, un peuple doit y trouver un stimulant à son propre essor.
Dans les pays qui s’ouvrent à la vie libre, ils prennent dès le début les premières places parce qu’ils sont déjà entraînés, mais si la population de ce pays est énergique, une noble émulation en résultera.
Leur action bienfaisante est démontrée par ce fait que les nations où ils sont traités à l’égal des autres citoyens marchent à la tête du progrès et évoluent rapidement.