CHAPITRE IX
§ 1. — Marine de commerce.
Si nous avons insisté sur la plare considérable qui revient à l’agriculture dans l’Italie contemporaine, ce n’est certainement pas pour diminuer celle qu’occupent à bon droit le commerce et l’industrie. Leur magnifique essor nous est, au contraire, un motif de fierté nationale.
Nous avons déjà dit que nous ne faisions ici ni statistique ni documentation. Des ouvrages spéciaux et remarquables existent, auxquels doivent recourir ceux qu’intéresse ce genre de travaux. Toutefois, nous citerons ici quelques chiffres, car, pour le commerce, l’industrie et les finances, ils sont encore les meilleurs arguments.
En 1860, la Péninsule possédait 2.198 kilomètres de chemins de fer. En 1909, le réseau atteignait 18.000 kilomètres, auxquels il faut
ajouter près de 5.000 kilomètres de tramways et de nombreux services d'autobus.
Les routes ordinaires qui, à Tunifîcation étaient limitées à 48.000 kilomètres, dépassent aujourd'hui 140.000 kilomètres.
On relevait, en 1862, dans la marine marchande de toute l'Italie, 57 navires à vapeur jaugeant 10.228 tonnes et 9.356 voiliers représentant 643.996 tonnes. En 1908, elle comptait 626 vapeurs d’une capacité de 566.738 tonnes et 4.701 voiliers donnant ensemble 453.324 tonnes.
La diminution des voiliers, quant au nombre, porte sur des embarcations de peu d’importance, devenues inutilisables en raison du développement pris par la navigation à vapeur.
Les ports italiens enregistraient, en 1861, 190.550 entrées et sorties sous pavillon national et 23.837 sous pavillons étrangers. Ce mouvement se chiffrait, en 1909, par 246.246 pour le pavillon national et par 27.434 pour les étrangers.
Sous le rapport du tonnage, le pavillon national donnait, en 1861, 9.136.529 tonnes qui passaient à 53.668.007 en 1909. Les pavillons étrangers arrivaient de 5.161.116 tonnes à 40.196.632 tonnes.
Tous les ports participent à cette formidable augmentation. C'est d'abord Gênes, où l'ensemble des marchandises embarquées ou débarquées était de 2.077.703 tonnes en 1862, et de plus de 7 mil-
lions en 1909. Naples, Livourne, Venise, Palerme, offriraient, avec des chiffres moins élevés, des proportions aussi édifiantes.
L’Italie avait à son service 8.000 kilomètres de réseau télégraphique en 1860; elle en a actuellement 54.000 kilomètres, auxquels il faut ajouter les câbles sous-marins et les stations radiotélégraphiques.
En outre, un important réseau téléphonique est venu apporter à la vie sociale ses facilités de communication rapide.
Le service, des postes, qui, au moment de l’unification, n’existait pour ainsi dire pas dans certaines régions de l’Italie, fonctionne aujourd’hui partout avec une activité sans cesse accrue. Son produit, qui était de 16 millions en 1886, atteignait 107 millions en 1910.
§ 2. — Industries diverses.
L’industrie, au début de l’Italie unifiée, n’était exercée que dans le Piémont et la Lombardie. Aujourd’hui, elle prospère partout.
C’est principalement dans ces trente dernières années qu’on a pu constater son essor prodigieux. En 1889, une seule fabrique de sucre existait en Italie, à Rieti; aujourd’hui, il y en a 32.
Le lissage de la laine, du coton, de la soie; la
métallurgie, la carrosserie, l’automobilisme, ont pris un développement considérable.
L’électricité a trouvé en Italie un milieu éminemment favorable, grâce à ses cours d’eau rapides. Ils fournissent une force précieuse mise au service de l’industrie et transportée souvent à de grandes distances. On compte plusieurs milliers d’usines consacrées à cette transformation de puissance.
La grande industrie est surtout représentée par des établissements métallurgiques dont l’importance s’accroît chaque jour. Au premier rang, les aciéries de Terni dont l’installation date de 1884, et dont l’outillage perfectionné permet la fabrication de produits variés. Les hauts fourneaux de Porto-Ferrajo; les usines de Naples; les établissements de Savone; ceux de la Ligurie*
Les établissements Ansaldo, dans la région de Gênes, arrivent à fournir tout ce qui concerne la construction et l’armement des grands navires modernes, depuis les plaques de blindage jusqu’aux turbines des cuirassés.
Les chantiers Orlando, à Livourne; ceux de la Société Odero, à Sestri Ponente et à La Foce; ceux de la Fiat-San-Giorgio ; les atéliers de la Société Industrielle Napolitaine figurent dans l’organisation récente mais puissante de la grande industrie italienne. Celle-ci est maintenant capable
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nôn seulement de satisfaire aux besoins de TÉtat pour son armement et ses constructions navales, mais encore elle occupe un rang avantageux, sous ce rapport, parmi les fournisseurs des pays ne pouvant se suffire à eux-mêmes.
La matière première qui alimente les usines métallurgiques d'Italie leur vient surtout des mines de l’île d’Elbe; celles de la Sardaigne y ajoutent un appoint appréciable.
Toute cette activité commerciale et industrielle vient se joindre à la richesse agricole et foncière pour constituer la fortune de l’Italie. Une remarquable étude de M. Michel Santoro évalue cette fortune à 75 milliards. En dépit de l’incessant accroissement de population que nous avons signalé, la moyenne par tête est passée de 1.420 fr. en 1860 à 2.200 francs en 1910.
§ 3. — L’épargne publique.
L’augmentation du bien-être est prouvée par les dépôts des caisses d’épargne élevés progressivement de 158 millions à 2 milliards et demi rien que pour les caisses ordinaires et auxquels il faut ajouter ceux de la caisse d’épargne postale, se montant à 1.700 millions.
Enfin, les dépôts dans les banques, et dans les
coopératives représentent aussi une part importante de Tépargne populaire.
Les institutions de crédit, sauf en Piémont, étaient à peine connues avant l’unification. Aujour d’hui des établissements financiers de tout premier ordre comme le Banco dltalia, le Banco di Napoli, le Banco di Sicilia, le Banco di Roma, d’autres encore, permettent une circulation de plus de 2 milliards de francs dont répond leur réserve métallique d’un milliard et demi.
Le Crédit Foncier, le Crédit Agricole ont leurs organismes. Les Sociétés commerciales par actions, les sociétés industrielles coopératives de crédit, de production, de consommation voient croître chaque année l’importance de leurs opérations.
Aux budgets déficitaires des premières années du royaume, a succédé une situation qui s’accuse, pour le budget de 1911, par 2 milliards 216 millions en dépenses et 2.304 millions en recettes L Avec les droits locaux, le pays fait preuve d’une puissance contributive de 3.300 millions.
Tous ces chiffres, auxquels nous pourrions ajouter beaucoup d’autres, attestent une situation économique dont l’ensemble doit inspirer quelque confiance et même quelque fierté au jeune royaume d’Italie. Il a dû, pour y parvenir, surmonter des obstacles que n’ont pas connus les vieux États