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DANS LES GRANDES DÉCOUVERTES MODERNES

§ 1. — Cosmopolitisme de la science contemporaine.

Pour apprécier à sa juste valeur l’apport de' l’Italie à l’œuvre scientifique, pour lui attribuer la part qui lui revient dans les récentes découvertes, il convient de jeter d’abord un rapide coup d’œil sur les méthodes de la science contemporaine.

Grâce aux nouveaux moyens de communication qu’elle a su créer, toutes les barrières politiques et géographiques qui la limitaient autrefois se sont écroulées.

Reconstituer de nos jours la genèse d’une découverte scientifique c’est en suivre le développement à travers la terre entière. Dès qu’une hypothèse se présente, d’innombrables chercheurs s’acharnent à la préciser ou à la combattre. Rarement le pays qui.

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la voit naître est celui où elle prend sa forme définitive.

Les étonnantes découvertes de notre époque sont ainsi habituellement soumises à des étapes bien définies. D’abord, un savant de laboratoire trouve une loi nouvelle, en formule la théorie et la communique au monde, sans même prévoir ses applications possibles.

11 est bientôt suivi d’un autre qui les entrevoit et les indique théoriquement. Enfin surgit le savant qui sait utiliser pratiquement la découverte au profit général et souvent au sien propre.

Étant donnée cette lente évolution sujette à tant d’influences diverses, il nous faut maintenant rechercher quel rang l’Italie contemporaine a le droit de revendiquer dans ces conquêtes scientifiques internationales.

Pour plus de précision, examinons son rôle en quelques-unes des admirables découvertes qui ont fait la gloire de la science moderne.

§ 2. — La théorie microbienne de Pasteur.

La théorie microbienne qui, après avoir rendu célèbres les Audouin, les Schonlen, les Gruby, les Lister et les Koch, devait prendre sa forme parfaite sous l’impulsion de l’illustre Pasteur a connu la lente mise au point dont nous parlions tout à Pheure.

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Le savant qui, le premier, eut l’intuition que l’agent des contagions est un être vivant, a été Agostino Bassi (1773-1856). Par une coïncidence curieuse ce savant fut mis sur la voie de ses découvertes en étudiant une maladie du ver à soie, ainsi que plus tard devait le faire Pasteur. Les expériences réalisées par Bassi pour démontrer que cette maladie était due à une cryptogame sont de tous points remarquables, surtout si on songe à quelle époque elles avaient lieu.

Les oppositions qu’il rencontra dans presque tout le monde savant, ne découragèrent pas cet homme d’étude. Une des objections principales qu’on lui faisait, c'est que la contagion pouvait provenir non d’une propriété essentielle de la cryptogame découverte par lui, mais d’une substance inconnue qui lui serait associée. Il répondit par l’inoculation des germes obtenus au moyen de cultures pratiquées en dehors des animaux vivants sur des corps organiques et inorganiques. Malheureusement à cause des mauvaises conditions du laboratoire ces expériences ne purent réussir. Bassi n’en fut cependant pas découragé et non seulement il resta convaincu de la réalité de sa découverte, mais en soupçonna de plus amples applications et eut l’intuition de la nature parasitaire de toutes les maladies contagieuses de l’homme : petite vérole, peste, syphilis, gonorrhée, rage canine. En 1844 il

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écrivait même que « quelques plaies quoique profondes sont, sinon causées, du moins entretenues pour très longtemps par des parasites et que la gangrène est causée par eux ».

Conséquent avec sa théorie il proposait pour la préservation et la cure de toutes les maladies infectieuses Tusage des antiseptiques tels que le feu, Teau bouillante, les remèdes à base de mercure, y compris le sublimé corrosif. Élargissant toujours plus le champ de ses recherches il en venait à propos d’une infection générale des pommes de terre, à conclure que la théorie parasitaire devait s’étendre à tout le monde végétal aussi bien qu’au monde animal.

Pour appuyer ses inductions géniales le grand «avant faisait appel à l’observation scientiflquè^. Ayant constaté que le charbon est contagieux par simple contact, tandis qu’on peut manger impunément la chair des animaux, morts de cette maladie pourvu qu’elle soit cuite, il attribuait cette immunité à la haute température qui avait détruit les germes de la contagion.

Bassi eut donc le premier une claire intuition de la nature des maladies à base microbienne et cette intuition fait de lui un précurseur.

L’Italie peut ainsi réclamer une place honorable dans la théorie microbienne des maladies, théorie qui a sorti la thérapeutique médicale et chirurgi-

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cale de toutes les erreurs qui Tentravaîent avant elle.

§ 3. — L’électrotechnie.

Le rôle de Tltalie dans Télectrodynamique a été différent. La grande facilité avec laquelle la force électrique peut se transformer en d’autres formes d’énergie, telles que lumière, chaleur, travail chimique et mécanique, et l’avantage qu’elle a de pou. voir être transmise aisément et sûrement à distance, poussèrent les savants et les empiriques à chercher les moyens de produire le courant électrique d’une façon industrielle.

Comme il ne convenait pas de produire cette énergie par des piles, le problème était de la pouvoir créer par travail mécanique.

Dès l’année 1820 on connaissait, grâce aux merveilleux travaux d’Ampère, d’CErsted et d’Arago, les actions que les courants et les aimants développent entre eux. Cependant les phénomènes sûr lesquels se base la construction des machines électriques furent mis en évidence par le physicien anglais Faraday.

Celui-ci démontrait en 1831 la possibilité d’obtenir des courants induits de courants ou d’aimants. En rendant mobile un circuit d’un champ magnétique on obtient des courants induits qui se peuvent recueillir et utiliser; le problème conditionnant

Texistence des industries électriques fut résolu par le génie de Michel Faraday.

Sa machine à disques, construite en 1831, marque .e premier degré de l’énorme développement pris en peu d’années par l’électrotechnie. Énonçons-en brièvement les étapes.

En septembre 1832, Hippolyte Pixii présente à l’Académie des Sciences à Paris une machine magnéto-électrique dans laquelle la partie mobile était l’aimant. Quatre ans plus tard, en 1836, Clarke communiquait à la Royal Society de Londres un autre type de machine dans lequel étaient mobiles les bobines induites. Cette communication fut cause d’une célèbre polémique entre Clarke et Saxton qui avait présenté en 1833 à la British Association de Cambridge une machine peu différente. Cette polémique mit en évidence la part de mérite qui revenait à Saxton.

D’autres améliorations furent tentées avec des résultats douteux par Page, Wheatstone, Ettingehausen, Stohrer. En 1849 seulement fut construite la première machine industrielle inventée par Nollet et perfectionnée ensuite par Van Malderen. On constitua même une société qui s’intitulait l’Alliance dans le but de construire ces machines pour décomposer l’eau et utiliser le gaz obtenu. Le projet échoua, mais les machines furent destinées en 1863 à l’illumination des phares.

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M. Wilde apporta en 1864 des modifieations’^essentielles à cette machine par la substitution des aimants naturels aux aimants artificiels. Wheatstone et Siemens la perfectionnèrent encore (1867) en alimentant Télectro-aimant par le courant induit dans le cercle mobile, plutôt que par celui fourni au moyen d’une machine de réserve. En réalité ce principe avait été imaginé dès 1854 par M. Hjort. de Copenhague, mais l’inventeur n’avait pas saisi les applications qu’il pouvait en tirer.

En 1865, M. Antoine Paccinotti fit connaître à l’Académie du « Nuovo cimento » de Pise, une machine électro-magnétique munie d’un électroaimant transversal. Cette disposition qui devait donner un développement étonnant à l’électrotechnie avait été construite par l’inventeur en 1860. Mais, savant de laboratoire, il n’en sut guère profiter. C’est à M. Gramme que revient le mérite d’avoir introduit dans la grande industrie le principe de l’électro-aimant annulaire.

On a beaucoup discuté et pas toujours loyalement, pour savoir auquel des deux devait revenir la gloire de cette modification si féconde en applications. Il ne nous convient pas d’entrer dans pareil débat.

Nous constaterons simplement que la description de la machine Paccinotti fut publiée dans le « Nuovo cimento » le 3 mai 1865 et que M. Jamin présenta

!a machine Gramme à TAcadémie des Sciences le 17 juillet 1871. Ceci pour la chronologie. A d’autres le soin de rechercher si M. Gramme put avoir ou non connaissance delà découverte deM. Paccinotti.

A partir de cette époque, il n’est plus possible de suivre le perfectionnement de la dynamo. On peut dire que chaque maison de construction possède un type à elle.

Au point de vue historique, nous noterons la machine construite en 1874 par Hâfner Alterneck, ingénieur de la maison Siemens; celle de Brush, qui fut le premier à produire des courants industriels à haute tension; la grande machine d’Edison qui, à l’exposition de 1881, alimenta 1.200 lampes.

La conclusion à tirer de l’admirable ensemble d’efforts qui plièrent la force électrique aux complexes besoins de la vie humaine est que tous les pays ont apporté leur pierre à cet édifice.

L’histoire de la science gardera avec une même admiration et une égale gratitude les noms de : Faraday, Clarke, Nollet, Paccinotti, Gramme.

§ 4. — La Télégraphie sans fil.

La théorie de Maxwell, d’après laquelle les perturbations électriques se propagent par des ondes dont la vitesse égale celle de la lumière, est restée longtemps à l’état d’étude spéculative.

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Les premières expériences de Henry Hertz, Hughes, Von Bezold ne furent point appréciées à leur juste valeur.

La gloire de démontrer d’une façon certaine et définitive l’existence de ces ondes et leur propagation à travers l’espace était réservée à Henry Hertz.

Après lui, une série d’expérimentateurs toujours plus nombreux s’appliqua à la recherche des appareils capables de révéler la présence de ces ondes et d’en étudier les propriétés.

Il serait trop long d’énumérer les différents types de ces révélateurs parus après celui de Hertz, d’autant plus qu’ils ne sont pas fondés sur les mêmes principes. Nous indiquerons seulement que ceux employés dans la radio-télégraphie se partagent en deux catégories : révélateurs à action moléculaire et révélateurs magnétiques.

Déjà en 1838, Munck of Rosenschôld avait remarqué la modification de résistance dans le contact résultant d’une décharge électrique. Néanmoins, cette particularité n’attira pas l’attention, non plus que les expériences de Hughes, datant de 1879, et qui furent négligées jusqu’à ces dernières années.

En 1884, M. Calzecchi résuma ces expériences dans une étude qui fut la première exposition systématique du phénomène.

Presque en même temps, M. Branly publiait les

conclusions auxquelles Tavaient amené des recherches plus complètes et construisait les tubes bien connus à limaille métallique, en y ajoutant une théorie nouvelle.

Cette théorie trouva de nombreux contradicteurs et, entre autres, M. Lodge, mais il semble aujourd’hui qu’aucune des objections qu’on lui opposa n’est bien fondée.

Pour les révélateurs magnétiques, organes essentiels de la télégraphie sans fil, disons seulement que le premier est, sans aucun doute, celui de M. Ruthedorf, mais que M. Marconi, on doit le reconnaître, a donné jusqu’aujourd’hui le type le plus satisfaisant de ces appareils.

Pour arriver à la réalisation pratique, il était nécessaire d’établir les propriétés des ondes électro-magnétiques et de fixer une base certaine de la théorie.

Une fois admis, d’après Maxwell, que les vibrations lumineuses et celles électro-dynamiques ne se différencient que par la période, il résultait qu’elles devaient donner lieu aux mêmes phénomènes de réflexion, d’interférence, de polarisation, etc. Cette théorie que Maxwell avait pour ainsi dire devinée, que M. Hertz avait démontrée pour la première fois, a été merveilleusement étendue et confirmée, principalement par l’œuvre de Lodge, de Branly et de Righi.

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Pendant les expériences de Hertz et dans la période qui suivit immédiatement, personne n’eut ridée que les ondes électro-magnétiques pouvaient être utilisées à la transmission à distance des signaux, probablement parce qu’on manquait alors de révélateurs assez délicats.

L’Américain Hughes avait déjà construit, il est vrai, l’appareil que Lodge dénomma « coherer » et Branly «radio-conducteur», mais ses expériences n’ayant pas été comprises par les savants qui les examinèrent, ni publiées, n’ont qu’une valeur historique.

Crookes, cependant, avec sa génialité coutumière avait prévu que les ondes électriques pourraient servir à la transmission des signaux, mais pour transformer cette intuition en réalité tangible, il fallait d’abord trouver ce cohéreur ou radio-conducteur.

La large application de cette découverte à la recherche des champs hertziens est due à Lodge, lequel, depuis l’année 1893, étudiait la question.

Dans une conférence tenue à la British Association d’Oxford, il estimait que son cohéreur aurait pu recevoir des signaux jusqu’à un demi-mille de distance, mais restait sceptique quant à la substitution de la télégraphie sans fil à la télégraphie ordinaire, ce qui lui fit négliger l’étude de cette transmission.

En avril 1895, M. Popoff se servait d’un tube radio-conducteur pour enregistrer les décharges atmosphériques. Au mois de décembre de la même année, ce savant exprimait l’opinion qu’il serait possible d’obtenir des communications régulières par ce système en disposant d’un puissant générateur des ondes.

Indépendamment de M. Popoff et à la même époque, M. Marconi construisait un système complet de télégraphie sans fil, muni, et ceci pour la première fois, d’une antenne? , pour l’appareil transmetteur.

Si on réfléchit que cette antenne est un organe indispensable à la transmission des ondes électriques à distance et que, d’autre part, M. Marconi perfectionna d’une façon remarquable tous les organes de ce système, on doit convenir qu’il est bien vraiment un des plus actifs coopérateurs de cette merveilleuse conquête.

Il restait encore une grande difficulté à surmonter.

Les ondes électriques impressionnent également tous les cohéreurs qui se trouvent dans leur rayon d’action. Ce fait, non seulement rendait impossible le secret de la correspondance, mais neutralisait la communication elle-même.

Nombreuses ont été les expériences destinées à résoudre cette dernière difficulté. Il n’est malheureusement pas aisé d’établir l’ordre chronologiaue

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et de pouvoir ainsi assigner une place aux nombreux savants qui se sont consacrés à ces recherches.

Le seul guide qui puisse nous fixer est la date des différents brevets, encore est-il fort incertain car souvent les brevets ne sont pas pris au moment de la découverte, ou sont publiés avec retard.

Parmi les innombrables systèmes proposés, trois semblent hors de discussion : ceux de Braun, de Marconi et de Slaby-Arco.

Chronologiquement, le brevet le plus ancien est celui de la « Gesellschaft für draftlose Télégraphiée, relatif au système Braun, qui remonte au d4 octobre 1898.

Dans une conférence tenue le 15 mai 1901 à la Society of Arts de Londres, M. Marconi reven^ diquait la découverte de la télégraphie syntonique^ se référant à un brevet anglais du l®"* juin 1898, brevet qui indiquait une disposition fort semblable à celle de M. Braun.

L’objection opposée à cette réclamation de M. Marconi est que si effectivement il est parlé de syntonie, on n’y indique pas le moyen de l’obtenir.

Les brevets de la Wireless Telegraphy and signal Company et de M. Marconi, relatifs à la télégraphie syntonique datent de 1900. Pour le système Slaby-Arco, les brevets furent pris à

r « Allgemeine Electrizitâts Gesellschaft » vers la fin de 1900 et sont postérieurs aux autres.

Quant à Toriginalité de ce système, il semblerait que les inventeurs différents sont arrivés à des solutions analogues du même problème, indépendamment les uns des autres.

En résumé, tout en accordant une plus juste part aux nombreux savants qui se sont consacrés aces recherches les noms qui dominent leur glorieuse pléiade sont ceux de Hertz, de Branly et de Marconi. A Hertz on doit reconnaître Timmense mérite d'avoir confirmé par l’expérience une théorie qui, sans lui, serait restée peut-être une abstraction curieuse ; à Branly de l’avoir scientifiquement développée ; à Marconi enfin d’avoir transporté dans le champ pratique, par une initiative audacieuse et une génialité non commune, ce que d’autres n’avaient entrevu que dans des limites restreintes.

LE PROGRÈS

§ 1. — Progrès atteint par Tltalie dans le passé.

L’effort de Thomme vers une domination toujours plus complète de lui-même et des forces aveugles de la nature, tend à la réalisation du progrès.

Avant de terminer cette étude, il convient de définir avec précision en quoi il consista jadis pour l’Italie et ce qu’il est aujourd’hui. Cette recherche nous ramène aux observations du début sur les degrés successifs que l’humanité dut franchir pour s’élever de la sauvagerie à nos brillantes civilisations modernes.

L’être primitif commença par lutter pour la vie matérielle. Ce fut l’origine du développement social, de l’agriculture, du droit public, privé et international.

La vie matérielle une fois assurée, la vie morale réclama ses droits. Au point de vue collectif, cette

période correspondit, en Italie, à Tavènement du christianisme.

Les deux premières aspirations humaines étaient basées sur les instincts et sur les sentiments.

Enfin, Tesprit prenant nettement conscience de lui-même rechercha la certitude rationnelle. Après maints essais infructeux, la science expérimentale la lui apporta dans le monde phénoménal.

Cette troisième période fut inaugurée par la pensée initiatrice de Galilée.

Avec ces trois étapes, nous obtenons. la marche qualitative du progrès. Malheureusement, à mesure que croît le nombre des hommes participant à un idéal, la qualité de cet idéal subit un abaissement et une déformation momentanés, car seules les élites savent conserver la pureté des principes directeurs.

Ainsi, l’idéal de puissance matérielle à Rome, l’idéal catholique, l’idéal scientifique semblent faire faillite, lorsque l’esprit des foules y domine. Cet esprit, en effet, est simpliste, il n’aperçoit qu’une face de chaque problème et, par là même le rapetisse à son niveau.

Les masses romaines ne concevaient que le bien-être matériel ; le chrétien ne savait regarder que le ciel; les rationalistes n’admettent qu’un seul critérium : la raison.

Le progrès accompli par Tltalie, dans le passé, a été d’abord de dégager lentement, au cours des

LE PROGRÈS

âges, des lois précises régissant les trois càtégories d’aspirations humaines, puis de démontrer l’impuissance de chacune d’elles à dominer exclusivement les autres.

§ 2. — Le progrès actueL

Avant d’aborder l’étude du progrès actuel, il importerait d’abord de déterminer avec précision le sens même de ce mot dont notre époque est outrancièrement imprégnée et que chacun interprète à son gré. Pour beaucoup, il réside dans le développement de jour en jour plus merveilleux des découvertes scientifiques. D’autres s’imaginent justifier par ce terme les innovations les plus inconsidérées dans le domaine moral. A notre avis, on pourrait définir ainsi le progrès : l’élévation constante de la moyenne, permettant à tous les êtres supérieurs de se manifester et de soulever ensuite la multitude par leurs paroles et leurs exemples.

Cette élévation de la moyenne s’obtient en favorisant chez la jeunesse le culte harmonieux de toutes les nobles énergies de sa nature.

L’effort n’est point aisé, mais possible^ donc obligatoire.

Pour le réaliser, on devra recourir à des spécialistes dans les trois ordres, en maintenant l’équilibre entre leurs influences.

Une des grandes erreurs de notre époque est de proportionner la valeur d'un peuple à son développement intellectuel. L’instruction, à tous ses degrés, favorise certainement l’éclosion de valeurs sociales et lire et écrire^ constitue un nouveau sens qui nous met en communication avec la pensée universelle; mais l’instruction sans la discipline physique d’une part et l’éducation morale de l’autre, ne peut engendrer des personnalités assez complètes pour faire la grandeur d’un pays.

Il s’agit donc d’harmoniser entre elles les tendances matérielles, morales et scientifiques, tâche impossible jadis, puisque c’est seulement à présent que l’expérience nous apprend le danger de la mainmise d’une de ces aspirations sur les autres.

Cette expérience et l’observation peuvent seules déterminer la mesure de l’entraînement multiple nécessaire à l’homme.

A notre avis, il devrait être poussé jusqu’au point où les qualités acquises seraient transmissibles par l’hérédité, car c’est là surtout ce qui importe en matière sociale.

Une jeunesse soumise simultanément à la culture physique, morale et intellectuelle pourrait ensuite se consacrer à une branche quelconque de l’activité humaine, sans risquer de tomber dans l’exclusivisme.

Malheureusement ces idées fort simples, qui

LE PROGRÈS

triompheront dans l’avenir, sont combattues par les représentants officiels des tendances fondamentales de l’esprit humain. Chacun veut encore tout résoudre avec sa panacée qu’il croit universelle.

Les vrais penseurs, cependant, reconnaissent les confins respectifs des juridictions : politique, religieuse et scientifique et gardent une attitude réservée.

Puisse le peuple italien comprendre cette absolue nécessité de maintenir l’équilibre entre les trois aspirations fondamentales. Alors l’éclosion des génies, dont la fonction est d’élever la masse, sera plus fréquente. Cette éclosion subit des lois analogues à celles des fleurs rares. Les jardiniers savent bien que multiplier les semences, c’est accroître les possibilités de voir naître la fleur souhaitée. Certains prétendent que le génie est indépendant des circonstances. Une telle opinion ne paraît pas absolument justifiée.

La vérité est qu’il faut augmenter par tous les moyens le nombre des hommes sains, honnêtes et instruits. Plus la moyenne de la collectivité sera élevée, plus haut monteront les élites issues de cette moyenne. Et l’homme de génie éclairant la masse l’entraînera à son tour vers des régions supérieures. Cette action et réaction de la foule sur l’élite et de l’élite sur la foule est, à nos yeux, la condition même du progrès.

CONCLUSION

Les changements qui surviennent chaque jour dans un individu ne sont guère apparents; de même, on ne peut se rendre compte de révolution d’une race qu’en la considérant dans un laps de temps assez étendu.

Aussi, quoique cet ouvrage soit consacré à l’Italie moderne, avons-nous été appelé à une course vertigineuse à travers les siècles. Elle seule pouvait nous permettre de tirer des conclusions, établies autant que possible en dehors de toutes considérations subjectives et sentimentales, tâche fort difficile lorsqu’on se borne à fexamen de l’époque eontemporaine.

Cette analogie entre l’individu et les sociétés, adoptée par Platon et affirmée de nos jours presque comme une donnée scientifique, les faits historiques nous engagent également à l’accepter.

C’est ainsi que nous avons constaté dans l’évolution de l’Italie trois périodes correspondant aux phases de l’évolution individuelle : développement matériel, sentimental et scientifique.

CONCLUSION

Mais, encore une fois, n’oublions jamais, en pareille matière, comment toutes les manifestations de la vie se compénètrent, sans que puissent être déterminées leurs limites respectives. S’il en est ainsi pour l’individu, à plus forte raison pour les peuples et les races.

Nous avons essayé, par notre revue historique, de fixer la courbe de l’évolution sociale en Italie. Nous l’avons vue lentement parvenir à la troisième phase, celle où la raison prétend satisfaire à elle seule aux trois grandes aspirations de l’humanité.

Vouloir indiquer à quel point exact de cette courbe nous nous trouvons actuellement serait audacieux. Cependant, on peut à ce propos établir un rapprochement suggestif.

La période initiale, subordonnée à la satisfaction des intérêts matériels, commença pour l’Italie aux premiers temps de Rome, vers l’an 700 avant J.-G. Sept cents ans plus tard, le siècle d’Auguste en fut l’apogée.

Trois cents] ans après, au moment de la translation de l’Empire à Constantinople, l’idéal matériel fait faillite. Il occupe donc tout un millénaire.

Le christianisme qui marque la deuxième période, celle des aspirations sentimentales, obtient le droit de vie de ce même Constantin qui transporta en

l’italie moderne

Orient la capitale de l’Empire. Il met sept siècles à conquérir l’Europe sur laquelle son action est prépondérante en l’an 1000. Au xiv* siècle commencent à s’affirmer, avec la première Renaissance, les velléités d’émancipation de l’esprit humain. C’est un nouveau millénaire dont la courbe ascendante de sept siècles et la courbe descendante de trois, ont le même développement que le premier.

Si la troisième période, celle que nous traversons actuellement, devait être graduée de la même façon, la fin de notre siècle en marquerait le point culminant.

Que pouvons-nous prévoir au delà? Certains indices, bien faibles encore, semblent indiquer que la pensée supérieure moderne recherchera, dans un souci de justice de plus en plus élevé, à fusion ner les aspirations de classes jusqu’alors ennemies.

Comprenant même le rôle indispensable de chacune d’elles dans le mécanisme social, elle en respectera davantage les droits, leur attribuant respectivement la part qui leur revient, selon la parole du Christ : « Rendez à César ce qui est à César. »

Nous souhaitons que l’Italie, qui a eu la mission de formuler en faveur de notre civilisation européenne les méthodes définitives pour arriver à

CONCLUSION

l’ordre matériel, à Tordre moral et à la certitude scientifique, soit encore désignée, grâce aux hérédités de son génie, pour indiquer la voie vers ce règne de la sagesse où toutes les activités réconciliées travailleraient d’un même élan au progrès universel.

L’attitude énergique de sa vaillante jeunesse eu Tripolitaine, le respect réciproque et sans faiblesse du Quirinal et du Vatican, la discrète réserve de la plupart des savants italiens, nous en donnent Tespérance.

Puisse-t-elle dans l’avenir, joignant les vertus de l’antique Rome aux sentiments d’une morale supérieure et aux lumières de la science, continuer

sûrement sa glorieuse ascension jusqu’au jour

où des éléments nouveaux, venus des confins de la terre, ramèneront peut-être nos civilisations modernes aux lents recommencements des évolutions primitives.

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