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CHAPITRE II

LA CULTURE INTELLECTUELLE

Avant d'étudier le rôle de l’Italie dans les grandes découvertes modernes qui sont les ultimes conquêtes de la science, indiquons d’abord sur quel terrain plus modeste peuvent se développer, dans notre pays, les premiers germes de la culture scientifique.

Ceci nous amène forcément à un rappel des méthodes d’instruction employées en Italie. Nous les avons examinées dans une autre partie de cet ouvrage, au point de vue de l’éducation et du développement de l’énergie nationale. Nous les étudierons maintenant comme les degrés progressifs pouvant conduire aux merveilleuses réalisations de la science moderne.

§ 1. — L’instruction élémentaire.

Le fétichisme à l’égard de la science, fétichisme partagé par presque tous les hommes ayant con-

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tribué à runification de Tltalie, s'est, dès le début, attaqué à l'analphabétisme que les gouvernements précédents considéraient d'un œil indulgent.

De 1 million attribué par le budget de l'État à l'instruction en 1861, on est arrivé, cinquante ans après, à dépasser le chiffre respectable de 100 millions et ceci sans tenir compte d'innombrables écoles fondées par des congréganistes ou des particuliers. Cependant les statistiques ne semblent pas indiquer une diminution proportionnelle entre l’analphabétisme d'antan et celui de ces dernières années.

Lanouvelle loi électorale, qui a étendu le suffrage universel aux analphabets, les seuls privés jusqu'ici du droit de vote, porte à 120.000 pour la ville de Rome le nombre des électeurs qui était antérieurement de 40.000.

Les résultats n'ont donc pas été très satisfaisants, puisque le 75 °/o d'analphabets existant au début ne serait réduit, dalis la capitale même, qu'au 65 ®/o. D'ailleurs, la diminution de l'analphabétisme n'amène pas généralement un sensible progrès moral. A ce sujet, un juge investigateur fit une remarque troublante. Il constata que la grande majorité des jeunes criminels savaient couramment lire et écrire. Ce fait n'a rien d'étonnant quand on réfléchit à l'action délétère que

peut exercer sur les jeunes imaginations une presse immorale, guidée uniquement par Tamour du lucre.

La pauvreté ou la gêne encore existantes parmi les classes populaires, explique aussi la difficulté de faire bénéficier tous les enfants du bienfait de finstruction primaire. Dans les campagnes surtout, ils peuvent, dès cinq ou six ans, rendre à leurs parents des services appréciables que les rudiments d’instruction recueillis à l’école ne sauraient compenser que bien faiblement.

Cependant, l’affluence dans les écoles primaires a doublé depuis quarante ans , passant de 1.500.000 élèves en 1861 à plus de 3 millions en 1911.

Bien entendu, l’Italie, comme la France, a vu s’agiter la question de l’instruction religieuse. Elle ne pouvait pas ne pas se poser. La lutte politique soutenue pendant de longues années par l’Église contre l’Italie unifiée et l’abstention voulue des catholiques en matière politique dans ce pays, avaient créé des tendances absolument opposées que l’État ne pouvait négliger. Ces considérations, ajoutées à l’idéal rationaliste dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, rendaient inévitables les contestations entre ces deux pouvoirs.

Sous le prétexte de la liberté de conscience, les rationalistes ont réclamé d’abord le droit pour le père de famille de pouvoir refuser l’enseignement

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religieux. Gomme personne ou presque personne n’éprouvait le besoin d'exercer ce droit, ils ont modifié Tordre d'intervention de l'autorité paternelle et maintenant, pour que l'enfant reçoive à Técolp l’enseignement religieux, il faut que le père ou l'ayant droit en fasse une demande positive.

Étant donnée la négligence de la population pour une question dont elle ne sent pas toujours l'importance et la non-valeur de cet enseignement pour les examens, on conçoit que Tinstruction religieuse dans les écoles tende à disparaître.

L'histoire de l’évolution italienne nous a trop clairement montré la nécessité d'une telle instruction pour que nous puissions considérer l'avenir sans inquiétude. Aussi, le clergé et les catholiques ont-ils pris sur ce point une attitude décidée. Ces derniers n'acceptent comme candidats que les députés qui se déclarent en faveur de l'instruction religieuse.

De plus, confier l’éducation, auxiliaire indispensable de Tinstruction et nécessitant un pur et actif dévouement, à de jeunes instituteurs, préoccupés surtout de leurs ambitions personnelles, nous paraît un danger.

Quand on aura compris que la raison n'est pas la base unique d'une personnalité humaine et que Tidéal moral est indispensable à sa formation, peut-être alors attribuera-t-on la part qui lui

revient à cet essentiel facteur social et aura-t-on recours pour l’inculquer aux représentants de la religion.

Malgré les apparences contraires, Tltalie n’est probablement pas éloignée de résoudre ce problème si inquiétant pour l’avenir, car, de part et d’autre, on peut observer une diminution des conflits regrettables qui, d’ailleurs, n’ont jamais présenté la même acuité qu’en France.

Le gouvernement fournit souvent des subsides aux écoles congréganistes. Plusieurs établissements libres ont des cours de gymnase et de lycée et la faculté de faire passer à leurs élèves les examens reconnus par l’État. On voit même subsister certains de ces établissements dirigés par les Jésuites, quoique légalement supprimés en Italie depuis de longues années.

D’un autre côté, les écoles congréganistes se soumettent de bon cœur à l’inquisition gouvernementale, parfois importune, et ne discutent presaue plus le fait politique accompli.

Cette modération réciproque constitue peut-être un trait caractéristique de la race et fortifie notre conviction que l’Italien n’est pas sectaire de sa nature , mais plutôt tolérant pour les opinions d’autrui.

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§ 2. — Instruction moyenne.

L’instruction moyenne en Italie est divisée en deux branches distinctes ; lé cours classique donné dans les gymnases et les lycées; l’instruction pratique, dans les écoles et les instituts techniques.

L’augmentation des élèves dans ces deux cours a été remarquable depuis 1871.

Les cours classiques sont passés de 12.000 élèves à 41.000 l’année dernière et, résultat plus satisfaisant encore, les cours pratiques d’où doivent sortir tous les jeunes gens qui se destinent aux multiples branches de l’industrie nationale, se sont élevés de 6.000 élèves en 1871 à presque 100.000 en 1911.

Ces méthodes d’enseignement ont trop d’analogie avec celles de France pour que nous en décrivions longuement les détails.

En Italie comme en France, on discute beaucoup pour savoir s’il ne conviendrait pas de sacrifier une bonne partie de l’étude du grec et du latin à celles des langues vivantes.

L’argument des partisans de l’ancien système est que la gymnastique intellectuelle rendue nécessaire par l’étude du grec et du latin et le contact avec les grands penseurs et littérateurs de l’antiquité, constituent des éléments de perfectionnement intellectuel que rien ne saurait remplacer. Les autres, sans nier la partielle justesse de ce raisonnement

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réclament une instruction plus pratique et trouvent dangereux de lancer dans la vie une jeunesse incapable de parler les langues étrangères.

Il faut ajouter aux élèves des eours dont nous venons de parler l’apport fourni à l’instruction moyenne par les collèges dont le nombre des élèves est peu inférieur à 60.000.

La remarque que nous faisions tout à Theure s’applique également à ces institutions. Prêtres et laïques s’y sont partagé la besogne, animés d’une louable émulation. Mais, d’après l’avis de M. Masi, directeur général du Ministère de rinstruction, il semblerait que « les collèges dirigés par des congréganistes se trouvent en conditions meilleures et font une victorieuse concurrence aux laïques parce que les jeunes prêtres qui habituellement occupent la place d’instituteurs sont, par l’esprit d’abnégation et par leur idéalité spirituelle, plus aptes à bien exercer leur mission en cette partie essentielle de l’éducation ».

Ces conclusions ne sauraient étonner ceux qui ont lu l’ouvrage du docteur Gustave Le Bon sur la Psijchologie de VÉducation^ ouvrage dans lequel l’auteur arrive aux mêmes constatations.

§ 3. — Instruction supérieure.

L’Italie qui, avant l’unification, était fort peu favorisée pour l’enseignement élémentaire et assez

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médiocrement pour renseignement moyen, se trouvait, quant à l’instruction supérieure, en des conditions de pléthore inquiétante. Chacune des fractions politiques qui la subdivisaient, tenant à paraître aussi importante que les fractions voisines, voulait avoir une université.

Malgré les efforts accomplis depuis cinquante ans, il n’a guère été possible d’en diminuer le nombre, car le même esprit régionaliste se dressait à l’encontre de toute modification.

L’Italie a donc encore aujourd’hui dix-sept universités reconnues, d’où sortent des phalanges de déclassés et de mécontents. Ceci sans compter les nombreux instituts supérieurs pour les hautes études littéraires et scientifiques dont chaque grande ville est gratifiée.

Si le nombre des universités et des instituts supérieurs paraît exagéré, la contribution économique que l’État leur apporte est par contre trop modeste. Tout compris, l’instruction supérieure n’obtient du pays qu’un peu moins de 4 millions.

En revanche, par une prodigalité naturelle aux peuples jeunes ou rajeunis, on dissipe des trésors pour des édifices dont le luxe dépasse le véritable besoin. Les divers établissements d’enseignement réclament déjà du gouvernement pour plus de 60 millions de constructions, sans tenir compte des contributions des provinces et des communes.

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A Rome seulement, la grande clinique dernièrement construite a englouti une vingtaine de millions; pour r « Universitas studiorum » le devis porte la dépense à une trentaine de millions, et on sait ce que valent les devis. Dans tous ces beaux palais passent actuellement 26.000 ou 27.000 jeunes gens.

En résumé, au point de vue intellectuel, Tltalie accomplit des progrès qui lui permettront de reconquérir prochainement la place que son passé glorieux semble lui assigner pour Tavenir.

Pendant le cours du xix® siècle, des préoccupations d’ordre politique avaient distrait la jeunesse de l’étude; les universités poussaient souvent plus au patriotisme qu’aux méditations littéraires. Il ne faut donc pas s’étonner si, dans ce laps de t^mps, l’Italie a semblé suivre avec quelque lenteur le merveilleux mouvement que l’Angleterre, l’Allemagne et surtout la France ont accompli sur le terrain scientifique.

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