‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 1 sur 30 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Remarques préliminaires . — Noël. — Joueurs de musette des montagnes. — Décorations des églises. — Boutiques. — Procession de la Culla. — Pesta di cattedra. — Bénédiction des cierges. — Bénédiction des animaux. — Carnaval. — Semaine sainte. — Affluence soudaine des étrangers. — Dimanche des Rameaux. — Miserere dans la chapelle Sixtine. — Illumination de la chapelle Paoline. — Lavement des pieds des pèlerins. — Bénédiction. — Vendredi- Saint. — Dîner à Saints- Pierre. — Adoration du pape et des cardinaux. — Croix illuminée. — Pâque. — Service à Saint-Pierre. — Bénédiction. — Feux d'artifice au château Saint- Ange , et illumination du V atican. — Départ de Rome.

Toutes les religions ont abondé en cérémonies dès 1 instant ou elles ont fait partie d’un système politique; et les temples de Brama, à

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Cachemire; du grand Lama, au Thibet; d’Isis, en Égypte; de Jupiter, en Grèce, et de saint Pierre, à Rome, ont vu célébrer des mystères destinés à éblouir les hommes plutôt qu’à rendre gloire à la Divinité. Le système religieuxdes Juifs paraît avoir été le plus chargé de formes, de cérémonies, le plus pompeux dans ses décorations. La politique de leurs grands-prêtres tourna quelquefois contre leur pouvoir même; car le peuple, qu'il dominait par le moyeu des sens et de l’imagination, devint enclin à l’idolâtrie, et curieux de pratiquer les rites des superstitions étrangères. Le divin fondateur du christianisme vint réformer cette corruption, simplifier les rites de l’église de Moïse, et mettre à la place de vaines cérémonies entachées de plusieurs crimes, et discréditées par plusieurs absurdités , une religion dont le dogme fondamental était paix et bonne volonté a tous les hommes , et dont la principale cérémonie était empruntée des sentimens sociaux (i), représentée par le plus simple et le

(i) Le dernier souper , le plus beau, le plus touchant de tous les rites religieux, le seul qui ait été laissé par notre Sauveur, qui n’a jamais pratiqué ni imposé la cérémonie du baptême, à laquelle cependant il s’est soumis dans sa douceur.

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pins social (le tous les actes. Il n’éleva point d églises; il paraît même qu’on le vit rarement entrer dans celles (les Juifs , et que, quand il le faisait, c’était pour improuver le système, et empêcher les pratiques par lesquelles leur splendeur et leur puissance temporelle étaient soutenues. Il n’autorisa qu’un seul sacrifice , et il fut lui-même la victime ; il n’érigea point d’autels; il ne décora point de châsses, car il prêchait dans le désert on sur la montagne. Il ne revêtit point ses disciples de pourpre et de fin lin , mais il montra son mépris pour de tels moyens de captiver l’attention, quand il désigna la fleur des champs qui venait de s’ouvrir à ses pieds, déclarant que Salomon dans toute sa gloire n était pas vêtu comme un de ceux-ci. Il n’a laissé aucuns modèles de mitres épiscopales, de tiares pontificales ; la sienne était une couronne d’épines. Il n ordonna aucune procession, aucunes actions de grâces rendues publiquement. Il borna les communications privées de l’homme avec son Dieu à deux ou trois; mais il approuva beaucoup celui qui évite toute publicité dans les offrandes de son cœur au ciel, et qui élève dans une retraite profonde cette courte et simple prière , si conforme aux besoins , à la faiblesse , à la dépendance de notre espèce, la seule

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prière qu’il ait dictée, la seule qu’il soit nécessaire de proférer. Son système, fondé sur les lois de la nature et l’immuable vérité mo- r raie, et consacré par la divinité de sa mission, a été fatal à toutes les églises politiques existantes alors. Les hiérarchies de Moise et de Jupiter, pour lesquelles il était également dangereux, s’y opposèrent également; les Juifs et les gentils s’unirent, pour la première fois , par un mutuel intérêt; et celui qui désapprouvait les dévotions des temples de Jérusalem et d’Éphèse, fut persécuté, condamné et crucifié. Une religion naquit dans le cours des âges suivans, une religion qui, prenant le nom et quelques-unes des doctrines du christianisme, y joignait un rituel pompeux et cérémonieux au-delà de tout ce qu’Athènes ou Jérusalem avaient jamais contemplé. Elle attaquait tous les sens , elle s’adressait à tous les sentimens, enivrait l’imagination , mettait la raison en défaut, et devint le devoir et la récréation, la source des peines et des plaisirs de ses suivans. De nouvelles relations dans la société, liées avec de nouveaux intérêts, rompirent enfin son unité , et diminuèrent son influence; mais si dans les diverses branches qui sortirent du tronc maternel un dogme était rejeté, ou un mystère nié, le principe

restait le meme, et les formes n’éprouvaient que de légers changemens. Saint-Paul de Londres ne diffère de Saint-Pierre de Rome que par le degré; et l’archevêque de Gantorbery dans son palais , l’évêque de Durham sur son trône , n’étaient que des modifications des pontifes du Vatican ou des patriarches de Saint-Pétersbourg.

L’Église a toujours été la même, soit grecque, soit romaine, soit anglaise; fastueuse dans ses formes, exclusive dans ses principes, arrogante dans ses prétentions, ayant d’abord visé au pouvoir universel, et s’étant contentée ensuite de partager la domination qu elle ne pouvait pas posséder tout entière. Dans toutes ses phases elle a été ennemie de la liberté, surtout de cette liberté contre laquelle ses ministres s’élevèrent publiquement dans les jours les plus éclairés de la nation la plus éclairée , la liberté de conscience, (i)

(i) Voyez la pétition contre l’ordonnance pour la liberté de conscience , présentée à Jacques n par les sept évêques , qpi déclaraient que leur sainte mère V Église d’ Angleterre était incontestablement loyale , etc. etc.

Les persécutions de l’Église romaine sont parfaitement conséquentes à son système d’infaillibilité , tandis que les Églises réformées, en s’élevant contre la liberté de conscience, militent contre le principe fondamental de leur doctrine. La solution de cette contradiction est aisée à faire. Les doctrines des deux Eglises diffèrent, mais les

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Les cérémonies de l’Église de Rome, ravivées à l’époque actuelle, dans toute leur splendeur primitive, étonnent les spectateurs protestans par leur ressemblance avec les rites plus modestes de leur religion. Ils peuvent se rappeler, sous le dôme de Saint-Pierre, le service de la nef de Westminster, et la chapelle de Saint- James au milieu de l’élégance royale de celle du Quirinal: l’anniversaire de l’Épiphanie, célébré (i) dans l’une et dans l’autre, avec une

intérêts temporels de la hiérarchie sont les memes dans l’une et dans l’autre.

(i) Pendant que nous étions à Rome, un Anglais nous envoya le Courrier qui venait d’arriver , et le premier paragraphe sur lequel nous je tûmes, des yeux, était si exactement semblable aux nouvelles du Diana clt Roma que nous avions laissé pour lire le papier anglais, que nous nous trouvâmes réduits à l’alternative olïerte par le montreur de marionnettes , qui , lorsque deux écoliers lui demandèrent laquelle de ses deux marionnettes était le pape ou l’empereur, leur répondit : Celle qu’il vous plaira , messieurs , celle qu’il vous plaira. Voici le paragraphe : « L’anniversaire de l’Épiphanie était hier ; et on l’a célébré à la manière accoutumée , dans la chapelle rovale de Saint-James. La cérémonie de présenter une boîte d’or avec de l’encens et de la myrrhe , en imitation de l’offrande des sages de l’Orient, a été remplie y deux huissiers de la chambre du roi l’accompagnaient (c’étaient les sages). Après quoi une hymne appropriée à la circonstance a été chantée , etc. etc. »

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égale pompe, rappelle les temps des Grégoires et des Wolseys. Les soldats de Cromwell appelaient le service de l’Église anglicane la messe en anglais. C’est une vérité qu’il est impossible de nier quand on lit les trois offices de l’Église romaine réunis dans le rituel du matin de l’Église protestante. Élisabeth disait en plaisantant à son concile de Trente : « Les «Anglais aiment les prières; il faut leur en « donner suffisamment; » et on leur en a donné suffisamment. Siydans les temples romains la musique est plus belle , les décorations plus brillantes , les habits plus magnifiques, les formes plus multipliées; si, au lieu d’anges de bois d’acajou, avec des ailes colées derrière leurs oreilles , au lieu de la psalmodie nazale des clercs et des enfans de la paroisse, les séraphins de Raphaël et la musique de Pergolese sont vus et entendus partout, on doit se rappeler que l’Italie est le pays des arts, et que l’Angleterre ne l’a jamais été. Cependant ses ecclésiastiques font aussi tout ce qu’ils peuvent pour arriver à l’âme par les sens. Chaque église de campagne a le dossier de son grand autel peintavec un soleil jaune ou un oeil brillant; et toutes les chaires, drapées en velours et en or, sont pourvues sur le rebord d’un coussin d’édredon pour recevoir la main orthodoxe dont

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les argumens frappans contre les pompes et les vanités de ce monde pervers , sont ainsi trèscurieusement commentés, (i)

(i) Les presbytériens du temps de Cromwell ont ouvertement accusé l’Église anglicane d’idolâtrie. Leur observation solennelle des fêtes de Noël était (disaientils) du papisme tout pur , et contraireà une ordonnance par laquelle il était défendu d’observer plus long-temps les rites superstitieux de la Nativité. La prière pour le roi (qui était alors papiste) ou pour tout autre souverain , était, suivant eux, une invention humaine qui n’était nullement fondée sur les Écritures. Tous les mémoires particuliers de cette époque, et ceux d’Évelyn , plus plaisamment que tous les autres , montrent combien les protestans orthodoxes d’Angleterre étaient alors catholiques et romains , et dans les formes , et dans les discours. On les entendait perpétuellement parler de leur sainte mère V Église , de l’Eglise persécutée , etc. Évelyn lui-même est saisi d’horreur , parce que, dans une occasion, le Bénédicité ne fut pas prononcé comme il l’est maintenant dans toutes les églises catholiques du continent j et il regarde comme un sacrilège que Cromwell ait dîné avec le lord-maire le mercredi des Cendres Cependant toute son orthodoxie dans l'Église anglicane est mêlée d’une manière très-divertissante avec sa fidélité notoire pour les papistes Stuarts et sa joie du retour de son parti. « J’ai dîné à la cour , et j’ai remercié Dieu des grâces qu’il avait faites à moi, à l’Église et à la nation. Ce soir, S. M. m’a promis de placer ma femme comme dame d’atours auprès de la reine. >> Cela est impayable ! ! !

Si l’on admet moins de formes et de cérémonies, si l’on observe moins de jours de fêtes en Angleterre, on ne doit pas en faire un mérite à l’Église, mais à la nation dont les habitudes laborieuses et le bon sens se sont opposés aux désirs des ministres et de la hiérarchie du temps. Travaillant pour soutenir leur famille ou défendre leur patrie dans l’intérieur ou à l’extérieur, ils laissèrent, comme ils le font encore, I observance des fêtes et des jeûnes, et les offrandes d’encens et de myrrhe dans des boîtes d or à ceux qui fréquentaient les chapelles royales, aux évêques de Londres, aux huissiers qui jouent le rôle des sages de l’Occident. A Rome, au contraire, le peuple, absolument dénué d’intérêt dans les affaires publiques, et condamné à la pauvreté et à l’inertie par ses institutions politiques, chercha des ressources, et trouva presque sa seule distraction dans la célébration des cérémonies prescrites dans un rituel conforme aux vœux des dernières classes, et qui augmentait l’influence ecclésiastique en perpétuant les erreurs qui en étaient la base. Ce dictum de l’Église parait vrai dans les deux exemples : le relâchement dans les pratiques extérieures dépend du plus ou moins d’instruction du peuple.

Les superbes et splendides cérémonies de

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l'Église romaine, que nous avons vues les premières, sont celles des fêtes de Noël en 1819. E!les ont été annoncées dix jours avant par les memes symptômes qui précèdent la même époque d’observance religieuse et de réjouissance mondaine en Angleterre. L’arrivée des ménestrels Calabrois ou Pifferari , avec leurs instrumens champêtres ( zampogrie ), fut le premier signal de la fête. Le costume et l'apparence de ces montagnards offrent la ressemblance parfaite de quelques groupes de la villa Albani ; et leur instrument est sans doute de la plus haute antiquité : il ressemble à la cornemuse d’Irlande ou d’Écosse, mais il est moins dur que cette dernière. Leur musique est sauvage et plaintive , et se rapproche beaucoup du caractère de notre mélodie nationale, ce qui tient probablement à la capacité limitée de l’instrument. Nous étions très -désireux de nous procurer quelques - uns de ces airs; mais il nous fut impossible d’en obtenir une copie. Les antiquaires pourrraient rechercher si la cornemuse indigène en Italie a été importée en Angleterre à la conquête des Romains, ou si l’invention est commune aux deux pays, et dérive de l'application du même esprit ingénieux à la même fin.

O11 rencontre ces ménestrels dans toutes les

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rues de Rome, où ils arrivent les derniers jours des Avens, pour jouer devant les châsses de la Vierge, et la saluer avec leur musique sauvage, suivant l’idée traditionnelle de charmer les douleurs de son enfantement. Nous remarquâmes qu’ils s’arrêtaient fréquemment devant la boutique d’un charpentier en face de nos fenêtres. Comme nous demandâmes aux ouvriers, qui se tenaient sur la porte , la raison de cette station, ils nous répondirent que c’était per politezza al messer san Giuseppe ( par politesse pour monsieur saint Joseph ).

Cependant le bruit et le mouvement s’accroissent à mesure que les jours sacrés approchent. Les décorateurs sont tout affairés à draper les églises et les autels, à poser des guirlandes sur les façades des .maisons. Les dames dévotes , les vierges sacrées préparent des robes, des couronnes, des colliers, des berceaux pour la madone et l’enfant de leurs églises respectives.

Les Cheriôi ( sorte de surnuméraires dans le service de l’Eglise qui , de même que le carat tere du théâtre Italien et l 'utilité du théâtre Français, se chargent de toutes sortes d’emplois) s’occupent de la toilette de la Vierge; et sous leurs mains , elle devient éclatante de diamans ou brillante d’étain , suivant les ri-

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chesses de la paroisse à qui elle appartient. Dans l’église du Panthéon , elle était couronnée de papier doré, et parée de perles de verre ; et nous la vîmes le même jour à Santa- Marici - Novella , avec sa face noire comme du charbon , ornée de rubis et de saphirs.

Pendant que les châsses et les églises se décorent, l’extérieur des boutiques offre les préparatifs les plus tentateurs et les mieux appropriés à la fête. Long-temps avant la fin du jeûne des Avens, les boutiques des marchands de volailles, des bouchers et surtout celles des pizzicaroli (magasins contenant les comestibles qui conviennent le mieux au palais et à la bourse des Romains) prennent l’aspect le plus engageant; elles viennent aiguiser par la vue un appétit qui n’est déjà que trop bien disposé à ces excès que l’Eglise permet alors au zèle de la dévotion et à la chaleur de l’estomac dans tous les pays chrétiens.

Les boutiques de ces pizzicaroli sont à la tête de tous les autels à la gloutonnerie établis par l’Eglise, sans en excepter les boutiques des gâteaux des rois à Londres. Là, l’immortel pudding de Bologne rivalise avec le saumon mariné , et le thon savoureux de Corse; et l’imagination suit en riant les dessins raphaèlesques formés par des guirlandes de saucissons

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arrangées avec goût autour des saints et des madones qui servent à deux fins, et sont en meme temps l’enseigne et l’objet de l’adoration de leurs pieux propriétaires.

Les bazzolari ou confiseurs montrent leur goût et leur piété en offrant des moyens de salut plus doux encore. On peut voir à travers leurs brillantes fenêtres toute l’armée des martyrs miraculeusement sauvée dans du sucre; et les onze mille vierges conservées à l’eau-de-vie. Là le rigide saint Thomas d’Aquin fond dans la bouche; les tentations de saint Antoine sont de facile digestion, et saint Athanase avec son credo pourrait être avalé sans aucune difficulté dans une gimblette dorée, par le disputeur le plus sceptique. Tous les genres de commerce contribuent à la solennité de la semaine de Noël ; et le barbier même, si souvent obligé de fermer sa boutique dans d’autres saisons, prépare sa chaise et son bassin dans l’attente d’une récolte annuelle.

Enfin , l’heure de l’attaque arrive , annoncée comme toutes les autres attaques par le bruit des tambours et de l’artillerie. Les canons de Saint- Ange, que des papes belliqueux ont si souvent dirigés contre leur troupeau rebelle, annoncent le soir qui précède Noël le commencement de la fête. Les échos du Capitole

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et du Palatin répètent les sons imposans; les boutiques se ferment, on déserte les salons, et chacun se retire pour prendre le repos dont il a besoin pour avoir la force de supporter les fatigues de la nuit. La messe de minuit et les hymnes commencent les saintes réjouissances, et les augustes cérémonies, accomplies dans les églises du Quirinal , de Saint- Louis et de l’Ara-Cœli , sont suivies d’un banquet auquel le plus indigent cherche à participer.

Avec tous leurs péchés pardonnés et leur appétit satisfait, la conscience pure et l’estomac plein, les dévots tournent leurs pas vers l’église de Sainte- Marie -Majeure pour suivre la procession de la Cullci ou Berceau de Jésus qu’on tire de sa châsse, et qu’on expose pendant les fêtes de Noël à l’adoration des fidèles. Nous y arrivâmes à minuit, un peu plus tôt que la mode ne l’ordonnait, et nous vîmes une scène au-dessus de toute description.

En sortant de l'obscurité des rues, ce temple surpassant probablement en beauté l’ancien temple de Junon-Lucine sur remplacement duquel on dit qu’il est construit, ses trois vastes nefs, illuminées brillamment et soutenues par des colonnes ioniennes de mar-

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bre blanc, offraient un spectacle magnifique. Mille cierges dessinaient leurs formes et contrastaient leurs ombres; quelques-uns sortaient de flambeaux dorés sur les autels des chapelle^ latérales , et autour des statues des papes qui , dans tout l’appareil de la grandeur humaine, sont vues dans un jour qui ajoute encore à l’effet de leurs proportions gigantesques. Les draperies cramoisi et or ombrageaient le pavé de marbre dans les intervalles des colonnes (i) qu’elles décoraient.

Au milieu de cette magnificence ecclésiastique, on voyait errer ou se reposer une population, dont les visages pâles et amaigris portaient les marques de la plus profonde misère. Les montagnards à la mine hagarde, les laboureurs , qui avaient abandonné leur cabine de paille dans la campagne, pour jouir de ces saturnales, en dormant sur ces marbres précieux, étaient mêlés avec toute la mendicité de la ville, mettant pour une nuit sous l’abri d’un toit, leur tête accoutumée à braver les injures de l’air sous des portiques ouverts. Plusieurs de ces groupes d’aspect formidable étaient assis à terre, se rapprochant les uns des autres pour se garantir du froid; et quand

(i) Ces colomjes appartenaient au temple de Junon.

on apercevait leurs yeux noirs et couverts sous le manteau qui cachaità demi leur vêtement de peau de mouton, on croyait voir un bandit prêta se jeter sur sa proie. D’autres, avec leurs femmes et leurs enfans, dormaientà moitié, agenouillés autour de la chapelle de la sainte Croix, perdus dans une stupide admiration de son éclat, distrait par la répétition continuelle de leur bréviaire, ou émerveillés devant les reliques de la maison de saint Joseph , enchâssée en porphyre. Plusieurs, étendus sur le pavé, étaient ensevelis dans un sommeil profond, oubliant également et les richesses qui les entouraient, et le dénuement de leurs demeures accoutumées. Dans le centre de la nef, une multitude gaie et bruyante, avec des parures affectées, riait, courait et causait; elle était composée des petits marchands, des laquais, et du popolciccio de la ville. On remarquait à travers ces bandes les habitans d’Albano avec leurs coiffures isiaques et leur singulier costume; les Trasteverini encore plus curieusement vêtus, et beaucoup d’Anglais distingués, portant l’uniforme de capitaine ou de colonel ( soit qu’il leur appartînt, soit qu’ils l’eussent emprunté ) (1) , exprimant une

(i) L’habit militaire étant un passe-port pour toutes

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attente impatiente; mais visiblement fatigués par la foule grossière et licencieuse, et l’odeur d’ail qui prédomine à travers celle de l’encens et de toutes les essences employées pour la conjurer.

Cependant l’impatience s’accroît à mesure que la nuit s’écoule, et l’on s’adresse à tout moment aux enfans de chœur et aux sacristains qui vont et viennent de chapelle en chapelle , de 1 orchestre à l’orgue , les uns portant des branches, les autres des échelles, l’un avec une basse, l’autre avec un cahier de musique , pour savoir quand la cérémonie doit commencer; à quoi ils répondent tous par leur usuel adesso , adesso ( tout à l’heure). A trois heures environ adesso arrive enfin.

Le chœur se remplit, les torches sont éclairées, le crucifix gigantesque et une procession serrée de prêtres de tous rangs ouvre le service de la Nativité. Ce service, exécuté dans le

les cérémonies, et le nom de capitaine, un titre aussi commode pour un voyageur, au Vatican qu'à l’aubei-e de Georges a Lichtfield, tous ceux qui ont servi dans des corps de volontaires ne manquent pas d’apporter leur uniforme à Rome; et même des membres de l’Église militante ne dédaignent point de se revêtir de l’armure complète du guerrier mondain, afin de se procurer une bonne place à la revue.

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chœur, est presque entièrement musical , et accompagné de génuflexions , de saluts , d’évolutions et de cliangemens de place, extrêmement imposans , mais assez fastidieux par leur multiplicité désordonnée et l’heure destinée au sommeil, qu’ils consument d’une manière si pénible. Ce service, qui ne fut entendu ni vu de personne, à l’exception de quelques Anglais , Russes et Polonais privilégiés qui avaient été admis dans le chœur , dura deux heures. Alors commença la procession du berceau , composée de tout le clergé assistant, qui marcha vers une sorte de niche dans laquelle était cette relique, éclairée de mille flambeaux, entourée de dévots qui s’étaient relayés constamment pendant la journée et le soir précédent. On la porta de là avec des chants solennels à la chapelle de la Sainte-Croix. Pendant cet intervalle, tout était en mouvement, on s’agitait, on se foulait pour s’assurer des places dans la chapelle. Les musiciens , se hâtant de courir à l’orchestre préparé pour le second acte du spectacle , trébuchaient sur la multitude prosternée qui se trouvait sous leurs pas; et tous ceux qui avaient paru indifférens pour l’office , s’empressaient à chercher les moyens de contempler le berceau. Une messe en musique fut exécutée , et le berceau étant déposé

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sur le grand autel (i), les spectateurs, ennuyés et harassés , sortirent à l’instant où le dôme de Saint-Pierre se dorait des premiers rayons du matin , ou les coupoles et les clochers des sept collines se dessinaient au-dessus des brouillards de la nuit qui couvraient encore la cité et ses ruines. La fraîcheur et le calme du matin ne m’avaient jamais semblé si agréables que je les trouvai alors en quittant le bourdonnement, les lumières, l’atmosphère empestée et la chaleur étouffante de cette cérémonie tant vantée. C’était le moment de la religion du cœur, dont le pur encens s’élève jusqu’au ciel.

La festa di Cattedra ou commémoration de 1 installation du siège de S. Pierre, le 18 janvier, la bénédiction des cierges et celle des animaux, sont les cérémonies les plus frappantes qui succèdent à celles de Noël, et précèdent la semaine sainte. A l’extrémité de la grande nef de Saint-Pierre, derrière l’autel,

(0 La châsse où le véritable berceau était renfermé a ete emportée par les Français, qui ne se montrèrent point du tout profanes en cette occasion ; car ils respectèrent cette relique (vieux morceau de bois vermoulu), et se contentèrent de son enveloppe. Elle est maintenant contenue dans une châsse de cristal et d’argent qui a été offerte à l’Église par un grand d’Espagne.

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élevé sur une tribune dessinée et ornée par Michel-Ange , est une sorte de trône forme de matériaux précieux, et soutenu par quatre figures gigantesques. Une gloire de séraphins , avec des groupes d’anges, jettent une brillante lumière sur toutes ces beautés (i). Ce trône sert de châsse au véritable siège de bois du prince des apôtres, simple, grossier et vermoulu , sur lequel on prétend quil a officié pontificalement Cette relique, plus précieuse que l’or, le bronze, les pierres qui la couvrent, n’a été profanée qu’une seule fois par des regards humains, pendant le cours des âges (a). La festa di Cattedra est une des cé-

(1) C’est un effet très-singulier , produit par un cristal transparent avec des rayons dorés , placé dans une ouverture au-dessus du trône.

(2) La curiosité sacrilège des Français a passé pardessus tous les obstacles pour voir le siège de saint Pierre. Ils enlevèrent sa superbe couverture, et découvrirent la relique. On apercevait à travers la poussière et les marques de vétusté, des ligures creusées dans le bois qui ressemblaient à des lettres. Le siège fut promptement exposé à un jour plus favorable; et après avoir ôté les toiles d’araignée et la poussière, on copia exactement l’inscription (car c’en était une), qui était en caractères arabes, et renfermait la profession bien connue de la foi mahométane : Il riy a de dieu que Dieu , et Mahomet est son prophète. On suppose que ce siège était au

rémonies en très-petit nombre, ou des funzioni comme on les appelle , célébrées dans Saint- Pierre. Les troupes magnifiquement vêtues, qui bordent la nef, la variété et la richesse des habits des dignitaires ecclésiastiques et laïques, des abbés, prêtres, chanoines, prélats, cardinaux, docteurs, dragons, sénateurs et grenadiers qui marchent tous en procession à travers ce temple merveilleux, forment un spectacle qui n’a pas son égal dans toute l’Europe. Au milieu des épées et des crosses, des hallebardes et des crucifix , entouré de bannières et courbé sous le poids de la tiare, marque d’un triple pouvoir, le pape affaibli par l’âge et les infirmités, est porté dans un fauteuil cramoisi, ou sur les épaules de plusieurs hommes; tandis que d’autres esclaves ( car ils paraissent tels) rafraîchissent avec des éventails de plumes, montés sur des bâtons d’ivoire, son corps épuisé de fatigues, trop frêle pour supporter de tels honneurs. Tout

nombre des dépouilles offertes par les croisés à l’Église , dans un temps où il n’y avait encore ni savans antiquaires, ni académies des inscriptions. Cette histoire a éî-é étouffée depuis, et le siège replacé. Actuellement il n’y a que les impies qui se rappellent ce fait, et les audacieux qui le répètent; cependant il s’en trouve encore quelques-uns , même à Rome.

le monde se prosterne à mesure qu’il traverse l’église pour aller se placer sur un trône élevé pour le moment de la cérémonie , au-dessous du siège de S. Pierre ou de Mahomet. On fait alors un service solennel; et les dévots royaux ^i) et diplomatiques (2) paraissent dans le temple avec des gardes d’honneur et des laquais ; tandis que les dames et les gentilshommes anglais se foulent, se pressent, et répandent de l’argent pour se procurer des places commodes.

La bénédiction des cierges ( la Chandeleur d’Angleterre) se fait dans la belle chapelle du Quirinal où sa sainteté elle -même officie, bénit et distribue de sa propre main un cierge

(1) Parmi ceux-ci étaient la ci-devant reine d’Étrurie ( duchesse légitime de Parme, et de facto duchesse de Lucques) et son fils , le prince de Saxe-Gotha , le prince de Mecklenbourg , le prince et la princesse royale de Danemarck , etc. etc. etc.

(2) M. de B.... était dans les cérémonies de 1820 à

Rome ce qu’avait été M. de Chat dans celles de Paris

en 1816. Le jour de la festa di Cattedra il marcha processionellement dans l’Église en grande tenue, précédé de laquais en vestes écarlates , avec des bonnets d’argent. Je demandai à une dame française qui se trouvait près de moi ce que cela signifiait; elle me répondit : Ça représente la majesté de France ; cette réponse avait l’air cTune épigramme , cependant elle parlait tout de bon .

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à chaque personne présente qui appartient au corps de l’église, chacun allant à son tour le recevoir à genoux au pied du trône. Les cardinaux commencèrent, puis les évêques, prélats, chanornes, prieurs, abbés, etc. , jusqu’aux sacristains et aux plus bas officiers de l’église. Quand les derniers de ceux-ci ont reçu leur cierge, les pauvres conservatori , les représentais du sénat et du peuple romain, viennent recevoir les leurs. Cette cérémonie terminée, les cierges sont allumés, le pape est replacé sur son fauteuil , et porté en procession , en chantant des hymnes tout autour de la chapelle; le trône est dépouillé de ses splendides draperies; le pape et les cardinaux quittent leurs habits dorés , prennent leurs robes ordinaires, et l’on chante la messe du matin. La bénédiction des cierges a lieu dans toutes les paroisses pour le bénéfice du peuple à qui il est dit que cette cérémonie est un emblème de la lumière de la révélation (i), et une commémoration des offrandes de la Yierge dans le temple,

La bénédiction des animaux, le jour de

(i) Dans les antiquités populaires de Braud , la prière usitée en cette occasion est conservée ; en voici une partie: « 0 Seigneur Jésus, je te supplie de bénir celte créature de

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Saint-Antoine, est une demi-fête, et ce saint ami des bêtes paraît ainsi placé dans le rang des bienheureux à demi-solde. La cérémonie

cire et de lui accorder ta céleste bénédiction parle pouvoir de la croix sacrée , pour que, de même qu’elle a été donnée à l’homme pour chasser l’obscurité , elle puisse maintenant être douée d’une telle vertu par le mérite de la sainte croix , que partout où elle sera allumée et placée le mauvais esprit tremble, et soit ainsi que ses serviteurs dans une frayeur et une confusion qui les obligent à s’enfuir de cette habitation et à ne plus troubler tes serviteurs.» ( Domine Jesu benedicas , obsecro , liane creaturam ceream , etc. etc. )

Becon , dans ses Reliques de Rome , attribue cette cérémonie à un rite observé dans Rome païenne en l’honneur de Februa , mère de Mars. Pendant un temps ( dit-il dans son vieux anglais), quand les Romains , par grande puissance et pouvoir royal, eurent conquis le monde entier, ils devinrent si fiers qu’ils oublièrent Dieu, et créèrent divers dieux d’après leurs penclians. Parmi tous les autres ils en avaient un qu’ils appelaient Mars, qui avait été avant un notable chevalier dans les batailles.... et pour cela ils invoquaient ce chevalier, et le peuple le priait et rendait de grands honneurs à sa mère , qu’on nommait Februa.... Les Romains, cette nuit, couraient la ville avec des torches allumées en l’honneur de cette femme, etc. etc. Alors il y avait un pape nommé Sergius, etc. etc. Il voulut abolir cette vilaine coutume , et la faire tourner en dévotion à Dieu et à Noire-Dame, et il ordonna que tout chrétien se rendît à l’église avec un cierge allumé , comme on le faisait pour cette femme

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a lieu dans son propre temple, près de Sainte- Marie-Majeure : elle dure plusieurs jours; car non - seulement chaque Romain, depuis le pape jusqu’au dernier paysan qui a un cheval, une mule ou un âne, envoie ses animaux pour être bénits à la châsse de Saint-Antoine; mais tous les Anglais y viennent avec leurs chevaux et leurs chiens favoris; et pour la légère offrande de quelques paoli , ils les font asperger d’eau bénite , sanctifier et placer sous la protection de ce digne personnage, qui aimait tant à s’entendre prêcher, que, quand il avait lassé tous ses autres auditeurs , il prêchait aux poissons (i). Les voitures se suivent, les files de mules arrivent pêle-mêle avec des

Februa , et de l’offrir à Notre-Dame et à son divirç fils, notre seigneur Jésus-Christ , etc. etc.

Un usage ancien qui existe encore dans quelques parties de l’Irlande, c’est que les chandeliers font à cette époque un présent de chandelles à leurs pratiques.

(i Saint Antoine prêchant les poissons, est un sujet qui a été traité par des peintres éminens. On voit un beau tableau représentant ce miracle dans le palais Borghèse, ou le saumon regarde le prédicateur de l’air le plus édifié , et un autre poisson , les yeux tournés vers le ciel , semble aspirer à la nouvelle lumière; on peut acheter ce sermon mémorable dans toutes les boutiques de Rome. Saint Antoine s’adresse ainsi aux poissons : cari cd amati pesci (chers etbien-aimés poissons), et la légende ajoule, que

ROME

charrettes et des barouches ; les chevaux ruent, les mulets sont rétifs, les chiens hurlent pendant que le prêtre sort de sa petite chapelle , plonge un goupillon dans le bénitier, en asperge les animaux , prie pour eux , empoche la simonie , et se retire. Cette cérémonie est répétée aussi souvent qu’il se présente de nouveaux candidats.

quand le discours fut achevé , les poissons saluèrent avec une profonde humilité et une contenance grave et religieuse (con gesti di profonda nmillà e con reverenle semblante di religione). Le saint donna alors la bénédiction aux poissons. qui se glissèrent dans l’eau, et qui allèrent sans doute comme missionnaires aquatiques faire de nouvelles conversions. Cette aventure n’est cependant pas unique ; car les poissons tinrent la même conduite à l’égard de saint François , quand il prêchait sur les rives de Gaëte. L’église de Saint-Antoine , à Rome , est peinte en fresques anciennes et très-curieuses, qui représentent les tentations du saint. Dans l’une on le voit bénissant le diable déguisé en vache; et dans la suivante il est vu dans son cercueil où il s’était placé pour méditer plus sûrement de vanitale mundi et fuga seculi ; mais une troupe de malins petits diables s’avancent autour de lui en faisant les grimaces les plus étranges et les plus effroyables , et font la parodie du musicien enragé d’Hogarth. Un abominable démon souffle d’un cor de postillon dans l’oreille du saint, et paraît aussi satisfait de sa musique qu’un enfant avec sa crecelle ou un virtuose à son premier ad libitum.

CÉRÉMONIES DE i/ÉGLISE. 27

Le carnaval. Aux cérémonies et aux fêtes de Noël, succède le carnaval (i), cette saison des plaisirs, sur laquelle la conscience n’a aucune juridiction. L’Église pourvoit alors aux faiblesses de ses enfans, et donne une licence pour des erreurs destinées à confirmer son pouvoir, et à remplir ses trésors des offrandes de la contrition. Ce ne sont point les saints qui ont fait la puissance des hiérarchies ecclésiastiques, et provoqué leurs intérêts mondains, ce sont les pécheurs; et des myriades d’êtres ont erré et souffert pour que les prêtres puissent continuer à absoudre et régner.

Privés de tout frein moral ou religieux, dégagés de la crainte de l’opinion, et tentés par les séductions les plus puissantes, si tous les Italiens passent leur carnaval plutôt dans la folie que dans la licence; s’ils sont plutôt fragiles que criminels, c’est une preuve entre mille autres de la tendance inhérente vers le bien, de l’heureuse organisation naturelle de ce peuple aimable et trahi. L’amour n’est

(1) Le carnaval commence après les Rois; mais ses grandes fêtes publiques sont réservées pour les dix derniers jours. Autrefois elles commençaient par une exécution , un criminel étant réservé exprès. Mais cette coutume a été abolie par le cardinal Gonsalvi à son trèsgrand honneur.

IlOME.

pas un péché en Italie; ni la loi, ni la religion, ni les usages ne retiennent ses impulsions, ne leur imposent des bornes; et si l’amour n'est pas la seule affaire du carnaval, il en est du moins une des plus considérables; le reste consiste en amusemens frivoles, en plaisirs puérils.

Le carnaval offre cependant quelques traits favorables qui sont dus à la condition actuelle des Italiens. Si les jeunes gens et les hommes de mœurs relâchées dévouent ces jours d’indulgence à une galanterie illicite, une grande partie de la moyenne et des dernières classes se montre en public sous l’aspect respectable et touchant de l’union domestique et des jouissances de famille, que ces classes ont toujours conservées le mieux sous tou! es les lois , toutes les religions et tous les gouvernemens. On voit souvent un groupe composé de trois générations entassées dans une voiture ouverte, rangées sur des chaises louées au Cours, ou regardant sur les épaules les uns des autres dans une galerie élevée près de la fin du Cours, ne prenant d’autre part à ce brillant tumulte que celle de spectateurs ravis de la scène la plus singulière et la plus divertissante.

Plusieurs jours avant ces fêtes, la ville des

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morts offre l’agitation et l’activité des vivans. Les boutiques sont converties en magasins de costumes; des rues entières sont tapissées de masques et de dominos, de robes de sultans, de vestes de Pantalons; les balcons et les fenêtres sont ornés de draperies; des échafauds sont élevés sur toute la ligne du Cours, pour ceux qui n’ont pas le moyen d’obtenir leur admission dans les maisons ou les palais; et un double rang de chaises est placé le long du chemin, et loué pour les moins opulens des candidats de la fête.

Cette époque est le temps de récolte pour les amateurs et les marchands de curiosités, qui savent prendre avantage de la nécessité où l’on se trouve parfois de se procurer une voiture pour la semaine. Un beau déguisement, un billet pour le bal masqué au théâtre d Alibert, diminuent souvent les trésors d’une galerie, et de ce petit magasin d’antiquités que tout Romain s’enorgueillit de posséder. Le buste d un sage de la Grèce sert à orner le sein d’une jolie femme, et la tète d’une impératrice romaine est troquée contre la coiffure d’une marchande de modes françaises; des vases , des aiguières sont emportés pour les vendre de nuit et en cachette, afin d’échapper a la curiosité des voisins, dont la jalousie ou

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