‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 11 sur 30 · ROUTE DE ROME · texte numérisé non relu

ROUTE DE ROME

mangeait de la filasse enflammée. De toutes parts on voyait les boutiques fantastiques de la fruitière et de l’aquajolo, remplies de fleurs et de feuillage, soutenues par des cupidons et des anges, surmontées par une madone dans le ciel, ou par des pécheurs en purgatoire, et entourées de drapeaux de papier doré ou d’étoffe rouge. Des mendians demi-nus s’arrêtent là pour ber fresco (boire frais), ou manger une glace qui leur est confiée avec une cuiller d’argent, par le marchand dont ils sont les habitués. Près de là se tient le libraire , amplement fourni de la Sanla-Bibbia (i) , et de la nuovci Istoria clella vitaet morte di uno famoso banditto. Les groupes les plus grotesques et les plus caractéristiques entourent les théâtres des bateleurs ; le pavé est couvert d’écorces d’oranges, et l’air retentit de ce bruit aigre et confus qui appartient exclusivement à Naples, où les esprits du peuple sont tous en dehors, où les voix humaines sont excitées et non surmontées par l’éclat des trompettes, le son des

cors, et le tintement des guitares qui appel--

(i) Quoique d’après le titre on puisse prendre ce livre pour la Bible , ce n’est qu’une paraphrase abrégée , et quelques passages ^choisis , qui ne forment pas la quatrième partie de l’original. C’est là cependant tout ce qui en est confié aux gens du peuple.

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lent les dévots au plaisir dans ces différens temples.

En tournant le coin du Largo di Castello et en arrivant à notre habitation (ancien et formidable palais près du Môle ), nous laissâmes notre domestique et notre conducteur entre les mains des farouches lazzaroui, qui, s’emparant de notre voiture, ne voulurent pas souffrir que la moindre partie de nos effets fût touchée par d’autres que par eux, et se hâtèrent de les porter sur le balcon ouvert de notre grand et triste appartement. On découvrait de là, la baie, le port, les vaisseaux à l’ancre , la colline circulaire de Portici,avec ses villas et ses palais, et le mont Vésuve couronné de la lumière pourprée dit soleil du soir. Mais ces riches teintes se fondirent graduellement en nuances aériennes; un léger crépuscule suivit; ce qui paraissait fumée l’instant d’avant audessus du Vésuve, devint une flamme bril-

lante; des feux d’un rouge obscur perçaient de temps à autre l’atmosphère noire, et un ruisseau de lave ardente coulait comme un torrent sur la pente de la montagne, et paraissait de loin venir éteindre ses Vagîtes vivantes dans la mer. Une paie lueur brilla sur le phare; de distance en distance latente transparente d’un vaisseau paraissait éclairée en dedans, et les

l3o ROUTE 1)E ROME A NAPLES.

lumières de la ville, ou les lanternes des barques, glissant le long de la côte, dansaient sur les eaux. La lune se leva comme un soleil septentrional! les noires ombres et la lumière rouge s’adoucirent et prirent un ton grisâtre sous 1 influence de son disque argenté ; de hauts mâts, des tours, des forts se peignirent de ses rayons; et quand elle parvint toute resplendissante à son midi , rien ne contrastait avec ses rayons purs et brillans, hors les feux de ce Vésuve, comme elle , un splendide mystère de la création! une partie de quelque loi éternelle, de quelque nécessité incompréhensible, que l’homme, cet atome, croit dans ses rêveries avoir été faite pour lui !

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