‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 10 sur 30 · AA · texte numérisé non relu

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ROUTE DE ROME

sant sortir de la mer : la petite langue de terre qui unit à la rive le rocher sur lequel la cité est bâtie, est imperceptible, et son apparence d isolementajouteàla beautédesa position. Les maisons blanches de Moladi Gaetci, à un demimille de la villa de Cicéron, bordent la côte. Une flotte de barques de pécheurs est à l’ancre sur la rive. Les paysages les plus aimables se succèdent: c’est le pays de Circé; c’est véritablement une terre enchantée : Homère y a placé l’entrevue de l’indifférent Ulysse avec la fille du roi des Lestrigons. Sur ces délicieux rivages, Horace buvait et chantait le falerne si bien célébré. La satire elle-même perdait son aiguillon au milieu des scènes riante» de Gaéte; et Martial , si avare d’éloges, les prodiguait en ces lieux. Les femmes réalisent la fable de Circé ; et leur beauté et leur costume ont été pendant long temps cités avec admiration. La nature est toujours la même, mais le monde moral est entièrement changé. La partie la plus jeune de la population de Mola cli Gaeta était, au moment où nous y avons passé, étendue sous les rayons d’un soleil d’hiver , ou se vautrant dans les sables. Ils étaient pâles , malpropres et importuns ; ils se levèrent tous pour se joindre aux clameurs des mendians, et ils retournaient ensuite vers la

A NAPLES

baie, soit qu’ils eussent réussi ou non dans leurs demandes. Les femmes, malgré leurs traits réguliers, leurs longues tresses mêlées de bandes de soie, et tournées autour de leurs belles têtes, malgré les vases de forme étrusque qu’elles remplissaient à la fontaine , et qu’elles portaient avec une grâce antique , inspiraient plus de pitiéque d’admiration, par les haillons malpropres dont elles étaient vêtues et l’immodestie de leur physionomie. Les rudimens d’une nature supérieure se retrouvent cependant encore là.

A Garigliano , on traverse l’ancien Liris , mais non sans un délai considérable , qui donne le temps de jeter un coup-ci œil sur les ruines qui bordent ses rives , et sur les inscriptions des portes du passage de cette rivière. On quitte en ce lieu la voie Appienne, l’on prend la voie Domitienne , et l’on aperçoit le mont de Falerne (la Mecque des buveurs), rougi par les rayons du soleil couchant quand on arrive à Santa- Agata. Sainte-Agathe est une auberge solitaire, véritable locanda du moyen âge; peu de ses fenêtres sont pourvues de châssis, et ses corridors ouverts tournent autour d’une cour, et contiennent un petit nombre de chambres aussi nues et aussi petites que des cellules d’ermites. C’est cependant une

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station où l’on s’arrête fréquemment pour coucher ; elle est située au milieu d’un paysage enchanté, non loin des ruines de Minturne.

Capoue succède à Sainte-Agathe; mais Annibal n’aurait rien à y redouter maintenant, que la constante et dégoûtante occupation des habitans, dont les efforts pour s’approprier sont extrêmement choquans, et ne sont pas toujours sans danger pour les spectateurs. La moderne Capoue n’est pas très-éloignée des ruines de l’ancienne (i). Dans la cathédrale, qui est la seule église digne d’être visitée, nous trouvâmes les chanoines non point chantant, mais hurlant l’office. La mine d’un jeune prêtre assis dans son confessionnal nous parut trèsdivertissante; une moitié de son visage, qui exprimait une curiosité frivole, était exposée à nos regards; l’autre était cachée par la grille du confessionnal, en dehors duquel une vieille femme de la campagne était agenouillée, les yeux fixés sur ceux de son confesseur, et la bouche collée à son oreille. Quelles combinaisons d’idées doivent remplir l’esprit de ces hommes qui passent la plus grande partie de leur vie à écouter le commérage trivial de ces

(r) A environ un mille, quelques restes d’un amphithéâtre et cl’un arc de triomphe sont visibles.

A NAPLES

bonnes femmes, qui se présentent fréquemment à leur tribunal, faute d’avoir rien de mieux à faire ! Que de détails sans fin ils doivent avoir recueillis sur des œufs dérobés, des poules détournées, et l’envie excitée par la prospérité non méritée de quelque voisine!

La petite ville normande d’Aversa, bâtie dans le douzième siècle , par ces aventuriers qui subjugèrent Naples et Capoue, est à l’entrée de la noble avenue qui conduit à la ville du Vésuve. Les vagues de la noire fumée qui marque le site de ce trait principal de la scène, son t vues de très-loin , ternissant l’azur brillant du ciel. En approchant de Naples, tout devient lumière, vie, éclat, abondance. En descendant la hauteiy qui domine cette ville, elle parut à nos regafds dans toute la splendeur du soleil couchant, comme une cité orientale, le rêve d’un poète arabe. Les tours et les tourelles qui. ressemblent à des minarets , les coupoles couvertes de tuiles de plusieurs couleurs, les églises qu’on pourrait prendre pour des mosquées, et les clochers brillans, sur lesquels le croissant pourrait être placé aussi bien que la croix; une immense population, sortant des portes, offrant des visages tels qu’on en peut rencontrer dans l’Arabie Heureuse, et portant- des

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habits qui ont l’air du pillage de la garderobe d’un sultan , tout conspirait à compléter l'illusion.

Quand on a passé la douane et le Bourg populeux de Santo-Antonio, on entre dans la rue de Tolède en haut du cours; mais ce n’est plus le cours de Rome, la procession funéraire de voitures de cette ville engourdie. Là, les voitures volent à travers des phalanges de piétons dont les groupes serrés et impénétrables bravent le danger. Les fenêtres et les balcons ombragés , des maisons hautes et bien bâties, étaient pleins de gens qui riaient et causaient, et faisaient l’effet d’une suite de pavillons préparée pour une fête. Sous les tentes, de nombreux cafés, une multitude d'hommes vêtus à 1 anglaise, mais avec des visages vraiment méridionaux, causaient vivement en faisant beaucoup de gestes, lisaient les gazettes, ou parlaient bas en prenant leurs glaces. Le cours était abandonné aux dames; et dans ce moment la fermentation politique et l’énergie étaient à l’ordre du jour.

Le guide qui nous était envoyé par des amis anglais pour nous conduire à un logement arrêté d’avance (précaution faute de laquelle quelques voyageurs distingués se sont trouvés

A NAPI.ES.

presque réduits à coucher dans la rue ), dirigea notre postillon vers le largo di Castello (1) , et une nouvelle scène s’offrit à nos yeux. Cette grande place, théâtre des divertissemens populaires qui a été aussi celui de plusieurs atrocités populaires, donne sur la baie; elle a la vue du Vésuve, et se termine par le môle avec son phare pittoresque. Sur l’un des côté s’élèvent les massives murailles flanquées de tours du Castello nuovo. Le donjon est du treizième siècle, et les tours et bastions ont été ajoutés par Frédéric d’Aragon et Gonsalve de Cordoue, dans le seizième siècle. Les fortifications descendent jusque sur les rives qu’elles étaient destinées à garJfer, et l aï c triomphal de Frédéric termine le tout. De l’autre côté sont des petits théâtres, des petites églises et des cabarets, avec une châsse d’un côté et une échoppe de marionnettes de l’autre. Ici, un moine prêchait , le crucifix à la main; là, un paillasse

(1) Les places qui sont nommées Piazze à Rome , s’appellent à Naples Larghi ; ces termes ne doivent ni l’un ni l’autre suggérer i’idjée d’une place régulière, puisqu’on les applique à tous les espaces ouverts, quels que soient leurs dimensions et leurs circonstances. L z Largo di Casicllo est un espace vaste et irrégulier , combinant les images d’une ville maritime avec d’autres qui rappellent les boulevards de Paris.

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