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incommode à habiter avant les améliorations qui y ont été faites par la dernière souveraine. Le vieux gardien qui nous montra les appartenions , avait quelque peine à nommer son ancienne maîtresse madame Murat, au lieu de Sa Majesté , et il avait évidemment appris un nouveau vocabulaire pour ]e nouvel ancien régime. En entrant il nous fit remarquer que l’élégant vestibule dans lequel nous étions, l escalier double et spacieux, les vastes corridors et le beau petit théâtre (i), sur lequel ils donnaient, étaient tous \fattidamadamaMurat.Xh\e autre galerie ornée de superbes candélabres, et pourvue de belles ottomanes, arracha encore de notre guide le laconique fatto da madama Murat. En un mot, nous trouvâmes que les nombreuses suites de pièces, les bains, les cabinets, les bibliothèques, les orangeries, les serres, etc. etc. avaient été peints, décorés
(i) Le théâtre était encore arrangé comme il avait été laissé le dernier soir où l’on représenta, il y a trois ou quatre ans, une comédie pour le feu roi d E pagne , qui laissa sa cellule de Rome pour venir iélicitor son h ère de Naples. Comme roi d’Espagne, çc digne prince ne devait pas assister à un spectacle puuhe , et dau« cette occasion on dit qu’il fit pénitence pour le pl isir qu’il s’éîait permis de prendre , ainsi que la reine etie prince de la Paix qui avaient participe à ia le le-
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et meublés, ou dessinés et érigés da madama Murat. Plusieurs de ces pièces montraient un goût exquis , et une appropriation bien sentie des ornemens avec le caractère de la place; Les murs étaient couverts de peintures copiées de Pompeii, et les meubles. imitaient les objets découverts dans cette ancienne cité , et conservés dans le musée de Naples. Les draperies en riches étoffes de soie étaient toutes de fabrique napolitaine, car madama Murat avai t remplacé entièrement le vieil ameublement de ce palais; aussi au retour de la famille royale, les princes reconnurent aussi peu cette demeure que beaucoup d’autres objets réformés ou améliorés par la meme personne, et ils exprimèrent fort naïvement leur surprise et leur admiration. (i)
Les appartemens de l’ex-reine sont des modèles d’élégance et dégoût féminin. La chambre à coucher, le cabinet de toilette, le boudoir et la bibliothèque sont remarquables sous ce rap-
( i) Le roi , à la restauration , envoya d’abord le prince son fils pour voir comment allaient toutes choses. Le prince revint enchanté des beaux palais qu’il retrouva à la place de ceux qu’ils avaient laissés dégradés et mal meublés, et il s’écria en présence de plusieurs courtisans: Ah! papa mio , si vous étiez seulement 'resté absent dix ans de plus !
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port, et on les a laissés précisément comme ils étaient quand elle les occupait. Les boîtes sont encore sur sa toilette; une miniature de son neveu, le petitNapoléon , attachée par un ruban , décore la cheminée (i) ; son déjeuner, rangé sur un plateau anglais, est au milieu de la pièce, et quelques jolies étrennes que ses dames avaient brodées pour elle peu de jours avant ses revers, étaient étalées sur le sopha. Nientecangiato , disait le Cicerone , excepté ceci ! (et il approchait du superbe lit, et montrait deux grands crucifix noirs et un vase d’eau bénite accrochés à la tète), non è quella una rnoda francese (2). Le roi et sa femme ayant passé une seule nuit à Portici, ces images sacrées ont été placées dans cette occasion (3).
(1) Dans le cabinet de toilette, on voyait un superbe buste de l’ex-roi de Rome par Canova. Le boudoir était orné de plusieurs tableaux de M. de Forbin, que la famille Bonaparte protégeait beaucoup : ces tableaux avaient été commandés au jeune artiste (comme je l’ai su par une personne de cette famille) pour encourager son talent. L’un des meilleurs représente Gonsalve de Cordoue visitant l’Alhambra au clair de lune. M. de torbin est maintenant directeur-général du Musée de Paris.
(2) « Rien n’est changé , excepté ceci. Ce n’est pas une mode française. »
(3) Cette dame, mariée de la main gauche , n’a d’autre
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Dans le cabinet de toilette, on voit encore tous les vases et coffrets en cristal et argent; même quelques brosses d’argent sont restées où la femme de chambre de la dernière et jolie propriétaire les avait posées. On dit que madame Murat a poussé jusqu’à l’affectation sa détermination de ne toucher à rien de ce qui appartenait à son état royal, et de n’emporter que ce qui pouvait être regardé comme sa propriété personnelle et privée (i). Portici était sa rétitre que celui de la moglie del re. Les princes ses fils firent quelques objections à ce mariage; entre autres choses, le prince héréditaire avança que la réputation de la dame n’avait pas toujours été hors des atteintes du scandale. Le roi répondit en riant et en chatouillant son auguste fils au défaut des côtes : E la mamma , caro figlïo, e la mamma. On raconte plusieurs anecdotes sur la joie de S. M. d’avoir échappé au despotisme conjugal de la mamma • et quand il compare la moglie del rè et le ministre du roi Medici, avec Caroline d’Autriche et son ministre Acton , il s’écrie souvent dans son patois lazzaroni : Que je suis heureux .'j'ai une femme qui me laisse faire toul ce que je veux, et un ministre qui ne me laisse rien à faire !
(i) On dit qu’elle a quitté Naples, emportant une grande fortune en diamans et en bijoux; cependant elle a laissé tous les palais nouvellement et superbement meublés, avec de la vaisselle, du linge, des tableaux, etc. deux cents chevaux dans les écuries, et cent huit voitures. Le roi a trouvé la dette publique acquittée , quoi-
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sidence favorite; et le grand nombre de nobles • anglais et irlandais qu'elle y recevait, peuvent • attester la courtoisie hospitalière avec laquelle elle faisait les honneurs de son palais.
Les appartemens de Murat étaient près de ceux de sa femme; ils étaient également splendides et commodes; toutes les tapisseries en satin ou autres étoffes de soie, et tous les tapis anglais et turcs. La toilette était aussi magnifique et aussi recherchée que celle de la petite maîtresse la plus vaine ou d’une royale beauté. Près de la superbe chambre à coucher du roi est un petit cabinet très-simple, avec un lit de camp de bazin blanc , où son secrétaire couchait. C’est dans ce petit lit que repose Sa Majesté actuelle, quand elle visite Portici. On dit que ce prince parcourt le palais, ne se lassant point d’admirer toute cette magnificence dont il est devenu possesseur ; mais
qu’en 1789 elle montât à vingt-neuf millions , et qu’elle se fût considérablement accrue pendant l’intervalle du retour de LL. MM. de Sicile. Tout cela cependant n’a pu adoucir le souverain, dont la haine pour le nom de Murat est si inveteree , qu’à l’occasion d’un procès, le nom de madame Murat figurant dans les témoignages , 1 avocat du roi, pour éviter de le prononcer, l’appela lu moglie dell occupazione ?mliture ( la femme de l’occupation militaire).
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. préférant toujours le cabinet du secrétaire, .qui ressemble davantage à la chambre à coucher de son palais de Naples. Il n’a rien ajouté à l’ameublement qu’un grand crucifix.
Dans un grenier de ce palais, tous les portraits des familles Murat et Bonaparte sont entassés avec des chaises brisées et des tables vermoulues ; mais il se trouve là un cicerone qui s’attend à recevoir un salaire, pour montrer ce grenier , égal à celui qu’il pourrait espérer en montrant le Muséum de Portici. Ce musée, si
souvent décrit et si digne de l’être par ceux qui peuvent rendre justice à ses mérites, quoiqu’il soit à présent dépouillé de ses anciens bronzes qu’on voit dans le musée Bourbon à Naples, contient encore plusieurs centaines de tableaux à fresques pris dans les ruines d’Herculanum, Pompeii et Stabbia. Les couleurs de ces antiques peintures, qui ont été enterrées dix - huit cents ans, sont d’une merveilleuse fraîcheur. L’une d’elles m’a frappé plus particulièrement, c’est une Sapho : son style est pressé contre ses lèvres, et ses tablettes sont ouvertes devant elle. Cette figure décorait probablement le cabinet de quelque dame savante de Pompeii; car plusieurs des tableaux, qui étaient restés à leur place , étaient évidemment appropriés aux pièces qu’ils ornaient.
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A un mille de Portici est la villa de la feue reine : cette maison si connue sous le nom de la Favorita. Dans la seconde fuite du roi de Naples en Sicile, comme cette villa était la mieux fournie de toutes, la reine en emporta tous les meubles avec elle; mais ils sont maintenant réinstallés après vingt ans d’usure. A chaque fauteuil déguenillé , couvert en damas français ou en calicot anglais , le custode de la Favorita dit avec emphase : Fia fatto ilvinggio di Sicilia ( il a fait le voyage de Sicile ).
La Favorite est un édifice très-ordinaire, dont l’ameublement est commun , misérable , et qui n offre rien de neuf et de magnifique, excepté un beau lustre de cristal fait à Naples , et dernièrement suspendu dans la salle de bal. Ce qui ajoute à la singularité de cette habitation ( mais non point à son agrément), c’est que le Vésuve s’élève si directement au-dessus d’elle , qu’il nous semblait que la lave allait être poussée jusque dans les fenêtres pendant que nous y étions ; car le volcan était alors dans une grande activité, et même une petite secousse de tremblement de terre se fit sentir cette nuit à Naples.
Pendant tout le temps que nous avons séjourné dans cette capitale, la montagne, sans déployer cette furie qui aurait ajouté les alar-
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mes à l’admiration, était suffisamment active pour exciter un intérêt continu. Sa montée commence à Portici, oùles voitures sont abandonnées pour des mules. Le chemin est rude , mais pittoresque, et l’on découvre fréquemment des vues de Naples ou de la baie, de la plus grande beauté. Quand on s’élève davantage , la route est plus souvent partiellement couverte de laves, produits d’anciennes éruptions, qui passent comme des noirs et impétueux torrens à travers les vignobles. Nous vîmes dans un endroit un petit espace enfermé entre deux rivières de lave et où la végétation n’avait pas été détruite; c’était Y Oasis du désert. Après avoir passé l’ermitage où des prières et des provisions, des litanies et du lachryma Christi sont préparés pour les voyageurs aventureux par deux moines franciscains qui habitent là constamment; une plaine étendue, noire et couverte des vagues des anciennes laves, conduit à la base extérieure du cratère. Là, on quitte les mules, et le reste du voyage se fait à pied. Le guide prend la bride de sa mule, la tourne autour de son corps , donne l’un des bouts à tenir au voyageur, et le tire après lui sur une montée presque perpendiculaire, en partie formée de lave, en partie de sable mouvant. Il faut une
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heure et demie pour monter, et l’on descend en peu de minutes. En arrivant au sommet, l’on aperçoit assez près le grand cratère lançant par intervalles des pluies de pierres avec un bruit effroyable, qui nous invita à nous tenir à une distance respectueuse; et tournant à droite sur le revers de la montagne, nous cherchâmes une ouverture latérale qui vomissait dans ce moment un torrent continuel de lave. Pour parvenir à ce but , nous traversâmes une grande surface ressemblant à une mer qui aurait été congelée dans le moment d’une agitation orageuse: des masses énormes de scories couvraient le terrain , et leur chaleur était parfois assez forte pour être pénible à supporter. En parvenant à l’endroit désiré, qui, peu de jours avant, était un feu liquide, et d’où la fumée et des vapeurs sulfureuses étaient émises par des bouches nombreuses, nous nous trouvâmes tout à coup , en tournant un angle , en face d’un groupe de dandies anglais des deux sexes, et de notre connaissance. Les dames avaient des habits légers, qui ne s’en trouvaient pas mieux de l’aventure, et tous riaient, babillaient et coquetaient sur l’abîme, dont la lave sortait en bouillonnant à quelques pieds audessous d eux. Cette rencontre était fort plaisante , mais elle était provoquante : voyager si
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loin, endurer tant de fatigues , quitter toutes ses habitudes journalières de repos et d’aisance, dans le vain espoir d’éprouver une sensation forte et nouvelle (le seul enchantement qui soutienne l’existence), de voir la nature solitaire et sublime dans les progrès imposans d’un de ses plus profonds mystères, et se trouver désappointé de tout cela en rencontrant un réchauffé de la partie du théâtre Saint-Charles de la veille, et des visages qu’on a pu voir tous les jours dans les cercles de Paris, pendant le précédent hiver , sans se donner la moindre peine pour les chercher ! C’était un grand sacrifice à faire du suhliriie à l’agréable; car, après tout , il n’était point disgracieux de contempler ces belles Anglaises conduites par une louable curiosité , et une fermeté de caractère qui n’appartient qu’aux femmes de cette nation, surmontant la fatigue, bravant le soleil qui hâlait leurs joues fraîches, et la lave qui brûlait leur chaussure et brisait leurs pieds délicats. Cependant l’intention de notre pèlerinage ne pouvait plus être remplie; l’esprit cherchait en vain à se reporter à son objet terrible et majestueux; sa vue ne faisait éprouver aucune impression profonde. En vain les yeux se fixaient sur la croûte mince et tremblante qui sert de voûte au cratère , et qui sépare le
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spectateur d’un abîme de flammes. L’imagination était détournée par les questions polies, les complimens, les reconnaissances qui se mêlaient au murmure profond et souterrain du volcan ; des parties pour les jours suivans étaient arrangées sur les bords d’un gouffre qui pouvait amener une destruction prochaine; et la surprise la plus fortement exprimée était celle de se rencontrer d’une manière si inopinée.
Le Vésuve est un trésor inépuisable pour le géologue; et il est singulier d’observer que les produits actuels de la lave ne sont point les mêmes que ceux des anciennes éruptions.
Quelles que soient les informations nouvelles que ce sujet puisse fournir, le monde savant doit les attendre de sir H. Davy, qui, avec son zèle accoutumé pour les sciences naturelles, a fait des visites réitérées à cette montagne. Le signor Monticelli , secrétaire de l’Académie royale des Sciences, est possesseur d’une collection de produits volcaniques, très-précieuse et très-étendue, dont les géologues peuvent tirer de grands avantages. Les demi-savans , ceux qui veulent se mêler de tout, peuvent acheter à Portici des échantillons suffisans pour donner une idée générale des traits les plus remarquables des formations volcaniques.
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La ville de Pompeii est maintenant révélée à la vue, non plus cachée sous une voûte de cendres et de vignes, et imparfaitement découverte , mais éclairée par ce même soleil qui brillait sur elle un moment avant le mouvement convulsif qui enterra des milliers d'êtres , et porta la destruction dans ses murs par des pluies de feu. Parmi tous les grands monumens de l’antiquité, on ne voit rien de compa* rable à cet exemple de l’architecture domestique, du bien-être intérieur, de l’existence civile des anciens. La ville de Pompeii, après environ dix-huit cents ans d’inhumation, est ouverte et déblayée, et l’on y entre comme dans toute autre ville de l’Italie, excepté que le cri de niente per la dogana ! ne vient pas frapper l’oreille de l’étranger, et que ses yeux ne sont point choqués à l’aspect de la police des barrières et de la gendarmerie (1). Les rues de Pompeii sont des pas-
(1) L’entrée de la ville est en effet la sortie, car c’est la dernière partie que les ciceroni montrent aux curieux. C’est une longue avenue pavée, bordée des d*eux côtés d’une rangée de tombes très-serrées. Des .gravures qui représentent très-exactement cette scène sont assez communes en Angleterre; mais il serait difficile de donner une idée fidèle de l’effet moral qu’elle produit sur le voyageur , quand il la contemple assis sur l’un des bancs de pierre, dans les niches que les anciens avaient pla-
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sages étroits, si étroits, qu'aucune voilure moderne ne pourrait y passer, quoiqu’elles portent les marques de roues. Elles sont bordées par les façades de petits bâti mens trèssimples, exactement semblables aux maisons italiennes du moyen âge. Quand on a passé la porte qui donne sur la rue, on voit une petite
cées le long de la route. L’ordre des associations est renversé dans ce spectacle de désolation ; et les tombeaux, qui indiquent le cours régulier de la nature , sont moins effravans et moins mélancoliques que les habitations des vivans renversées et dispersées par une violence accidentelle. Les monumens ainsi placés par les anciens dans les lieux où ils attiraient journellement les yeux du peuple , remplissaient mieux leur objet que ceux des modernes , qui , renfermés entre les quatre murs d’un cimetière éloigné, semblent élevés pour l’oubli plutôt que pour le souvenir. 11 est cependant difficile de décider quelle est celle de ces deux pratiques que l’on devrait préférer. L’ostentation a une grande part à réclamer dans ces ouvrages de la piété; et la sagesse qffiil peut y avoir à encourager ou à exclure des idées qui n’ont plus aucunes relations avec les choses existantes, doit être laissée à déterminer à la sensibilité ou à l’épicurisme du lecteur.
À l’époque de l’éruption qui détruisit Pompeii , un tremblement de terre contribua à renverser les édifices. L’apparence des rues est celle d’une ville détruite par un incendie; les étages les plus bas sont les seuls qui ne soient pas endommagés.
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cour (le moderne Cortile de Florence et de Rome); elle est entourée par une rangée d’édifices divisés en petites chambres séparées , généralement moins grandes que les cellules d’un couvent. Les murs de ces petits cabinets sont très-souvent peints à fresque, et les oiseaux, les quadrupèdes, les fleurs, y sont parfois très-bien exécutés. Le pavé des plus grandes et des plus belles maisons est en mosaïque de plusieurs couleurs; mais à l’exception du bâtiment supérieur, appelé maison de Salluste (1), nous n’avons vu dans aucunes, des chambres assez grandes pour contenir un lit anglais. On voyait presque toujours au milieu de la cour une fontaine de marbre ou une citerne. Plusieurs des maisons ont des boutiques sur la rue, dont l’enseigne est taillée dans la pierre au-dessus de la porte. Dans une boutique de laitage, le comptoir et les places des terrines étaient restés ; une boutique d’apothicaire était autrefois désignée par ses contenus, qui ont été transportés au musée, et un lieu
(1) Cette maison est située dans une des rues les plus spacieuses, et elle est comparativement grande; elle a un cabinet dont le pavé mosaïque est d’une beauté exquise. Je crois que c’est là que nous avons vu une cuisine bien complète.
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de rafraîchissement public nous fut montré et désigné par l’un des gardes, sous le nom de café (i). La conséquence qu’on doit tirer de la petitesse et de l’incommodité des maisons particulières, c’est que les anciens, ainsi que les liabitans de Rome et de Naples , vivaient beaucoup hors de chez eux, et que le Forum, le Temple et le Cirque, les dispensaient d’avoir un logis agréable. Le Forum excepté (2), l’existence des Italiens de nos jours se compose également du Cours, de l’Église et de l’Opéra.
Les lieux publics de Pompeii forment un contraste frappant avec la petitesse et la simplicité des édifices privés. Plusieurs monu-
(1) Un voyageur moderne ajoute que les marques des tasses à café sont encore visibles. Cette remarque nous a été faite aussi par notre guide , qui est peut-être l’auteur original de l’observation.
(2) Les Forums sont spacieux et parsemés de colonnes brisées et- de fragmens de sculptures. Dans l’un d’eux, nous trouvâmes tous les ouvriers assis sur des blocs de marbre ou sur de petites brouettes : c’était l’heure de leur dîner, et ils mangeaient du pain et des fruits. Le nombre d’hommes employés à ces travaux est fort petit. Le chef d’atelier nous dit que Murat employait ordinairement une légion de soldats aux fouilles; ce qui montre comment il se trouva plus de besogne faite dans un petit nombre d’années, qu’on n’en avait achevé pendant un demi-siècle.
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mens de la première classe, quoique dilapidés et privés de leur toit, donnent une idée parfaite de leur état et de leur arrangement primitif. Dans le temple d lsis, le sacrifice semble venir de s’achever à l’instant même; et si ce n’était que le sanctuaire est maintenant ouvert aux profanes, il est précisément comme il était dans le moment terrible où la nature renversa les imposteurs qui dégradaient i) les victimes de leurs tromperies, en les forçant à croire que le sacrifice d'une vie innocente pouvait apaiser la colère de la Divinité! la Divinité en colère ! Si l'autel n'est pas taché du sang des victimes, si les inslrumens du sacrifice ne sontpas encore épars sur ses marches, si les dieux (les saints de ces temps) ne remplissent plus leurs niches, si le candélabre et la lampe ne brillent plus sur les superbes colonnes doriques, ce changement n’est point l’ouvrage du temps; le temps les avait laissés comme ils ont été
(i) En déblayant ce temple, on trouva les squelettes de deux prêtres qui s’occupaient probablement de leurs fonctions sacrées quand la pluie de cendres les surprit. Les lampes, etc. etc. dont le temple abondait, et les statues de Vénus, de Eacchus et des autres divinités inférieures ont été enlevées, et le tout est nettoyé avec tant d’exactitude , qu’il semble qu’une ménagère anglaise y ait passé.
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trouvés , scélés hermétiquement et parfaitement conservés; même les prêtres étaient à coié de l’autel, en habits de moines i) (les franciscains ou les dominicains de l’ordre dlsis), et le lotus fleurissait, et Y ibis jouait sur les murailles comme dans les temps où les genoux pliaient dévotement devant eux, où ils étaient sacrés comme le lis de saint Joseph ou le lion de saint Marc. Mais les meubles de la maison magistrale, les ustensiles sacrés des temples, même les pavés du Forum , ont été enlevés de cette grande et parfaite relique que le temps et la nature avaient léguée à la postérité. Si l’on eut laissé une seule maison meublée, un seul temple fourni de ses accessoires , une illusion qui aurait valu mille réalités eut été conservée, J imagination aurait pu se transporter à des siècles qui ont passé comme ceux qui précédaient le déluge; et l'on aurait pu effectivement occuper le siège sur lequel Pline s était reposé, ou se regarder dans le miroir qui avait réfléchi le beau visage de la patriote Eumachia. (2)
(0 Quelques portraits de prêtres en grands habits pontificaux ont été trouvés peints sur les murailles; leur tonsure et leur robe de laine ressemblent exactement au costume monastique.
(2) Mous avons eu la singulière bonne fortune de visi—
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Les enthousiastes des arts et de l’antiquité ont peu d’occasions d’éprouver des sensations plus agréables que celles que produit l’entrée du Museo Borbonico , après une visite à Pointer Pompeii au moment où l’une de ses plus belles statues venait d’être découverte et déterrée : elle était sur la place où on l’avait retirée de la terre , sans qu’elle eùf éprouvé le moindre dommage , et soutenue par un établi de bois sur lequel on devait la transporter au Musée de Naples. L’inscription trouvée auprès d’elle annonçait que c’était la prêtresse Eumachia, dont les généreuses donations à sa ville natale étaient déjà bien connues et attestées par des inscriptions (*). Il était impossible de voir rien de plus beau que le visage (qui devait faire portrait), et la taille était pleine de grâce et de majesté. Il est remarquable que sa draperie est légèrement teintée de rose. M. de Sommariva avait été encore plus heureux que nous; il s’était trouvé là quand l’instrument d’un ouvrier se trouva tout à coup en contact avec la tête, et il fut témoin de tout le procédé de l’excavation. Il nous assura que cela lui fit une très-grande sensation; et je le croirais facilement , même d’une personne moins enthousiaste des arts. C’est sur ses représentations qu’on a renoncé au transport de la statue. Elle est maintenant placée à couvert précisément sur le lieu où on l’a trouvée.
(*) Nous avons copié l’une de ces inscriptions, qui avait été nouvellement découverte. Elle est répétée en grosses lettres autour de la frise magnifique d’un autre bâtiment :
Eumachia L. F. saccrdos. D. pull, nomine suo et DI. IVumistf. frontonis jili. Clialcidicum , Cryptum porlicus concordiœ slugustœ pietati , sua pequnia fecit eadem , dedicavit.
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peii; quand on marche à travers cette suite de pièces spécialement consacrées aux reliques de ces cités englouties par le Vésuve, et qu’on appelle la galleria di Pesto , di Pompeii , Pozzuoli , etc. y etc.
Cette collection présente des séries d'objets dans lesquels l'histoire est enseignée par des formes matérielles , et le degré précis de civilisation auquel les anciens étaient parvenus, indiqué avec bien plus de précision par les détails de leur cuisine, de leur salle de festin et de leur toilette, que par les lettres familières de Cicéron et de Pline, et par toutes les ruines et tous les gravois de Rome. Là, rien ne manque à la suite des renseignemens laissés à la postérité , excepté la génération qui jouissait cln ces objets élégans et utiles , et qui semble avoir été enterrée vive exprès pour conserver aux races futures ces modèles précieux. Une convulsion de la nature telle que celle dont les malheureux habitans de Pompeii et d'Herculanum ont été victimes, pouvait seule préserver des souvenirs aussi complets de leurs mœurs et de leurs habitudes, à travers les dixhuit cents ans qui les séparent de nous.
La première pièce de la galerie contient des ustensiles qui paraissent avoir appartenu à des maisons bien montées. La batterie de cuisine
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française ne semble pas avoir ajoutéune seule casserole à ce magasin gastronomique de l'antiquité. Depuis l'élégante saucière de l'amphitrvon parisien, jusqu’à la vaste turbotière de l’alderman anglais, tous les articles culinaires se retrouvent dans ces débris des cuisines de Pompeii : La destination spéciale de ces vaisseaux est évidente; et leur travail laisse bien loin en arrière les efforts du luxe moderne. Les passoires, les tamis, les marmites, les chaudrons, les poêles, sont presque tous en bronze et en métal fin ; plusieurs paraissent avoir été argentés en dedans, et les anses avaient des formes si parfaites, que chacune d'elles pouvait fournir à des hommes de goût la matière d une (dissertation. A la cuisine, succédait les contenus du buffet, les couteaux, les fourchettes, les cuillers, etc.; l’urne pour contenir 1 eau , dans laquelle une place était ménagée pour la chauffer, était d'une beauté inexprimable, et aurait pu embellir la table à thé la plus recherchée. Un poêle, véritable anticipation des découvertes de Rumfort, combine la grâce de la forme avec l'économie, et sa construction est infiniment supérieure au brasier italien moderne i : il était probablement placé comme
(i) Ce poêle représentait une forteresse avec une
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ce dernier, au milieu de la pièce. La sonnette de la maison est non-seulement d’un travail exquis, mais le son en est clair et argentin; les balances sont précieusement travaillées, et les poids sont moulés en bustes très -beaux. Plusieurs plats de bronze, argentés, parfaitement modelés, avec des anses qui s'adaptaient à des ustensiles avec lesquels on les tirait à soi ou on les éloignait, prouvaient l'heureuse organisation d'un peuple qui, jusque dans les détails les plus minutieux de la vie, cherchait à satisfaire sa vive et brillante imagination.
La chambre adjacente offrait des objets encore plus somptueux et plus ingénieux , tirés des plus beaux appartenons privés ou des temples. Ceux qui se distinguent entre les autres sont des lampes, dont les formes et les ornemens varient à l'infini. Quelques-unes, ainsi que d'autres jouets, devaient appartenir à la chambre de poupée d'une jeune Pompéienne. La plupart étaient suspendues par des chaînes délicatement travaillées; d’autres étaient po-
double muraille et quatre tours. La plate-forme sur la.-' quelle il était établi pouvait être remplie d’eau chaude; et il y avait un robinet pour la faire sortir; cela servait en même temps à chauffer les pieds. Nous avons vu là plusieurs moyens ingénieux de chauffer l'eau; et tous tendaient évidemment à l'économie des combuitib’es.
sées sur leur base, ou avec des branches, etc. etc. Plusieurs étaient placées sur de beaux trépieds , comme quand elles éclairaient un vestibule ou une chambre à coucher ; et l'un et l’autre étaient si délicats et si petits, qu’une belle dame française aurait pu , après avoir cacheté un billet doux à la flamme de la lampe, mettre la lampe et le trépied dans son ridicule. Le plus grand nombre des trépieds est fait pour tenir très-peu de place : la plupart sont portatifs. Les vases de bronze et d'albâtre sont dans une quantité prodigieuse, et rien ne peut les égaler dans les inventions modernes, soit pour la forme, soit pour les ornemens. Des sièges du plus beau bronze se démontent comme des chaises de jardin. Les tables à écrire pouvaient également convenir à un Pline ou à une Aspasie.
Viennent ensuite les preuves de la dissipation et de la vanité des anciens : les dés , les billets pour les théâtres , dont quelques-uns sans doute avaient appartenu à la beauté à la mode, à la lady J. .. . d’Herculanum ; des boîtes de toilette dignes du trousseau d’une fiancée royale de notre temps; de petits miroirs portatifs en métal poli ; du rouge plus solide que celui de Martin (i); des poinçons,
(i) S’il n’a pas été placé parmi les antiquités (comme
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des bracelets, des peignes de toutes les dimensions et de toutes les .formes , les uns d’une matière précieuse, travaillés pour les tresses dorées des beautés patriciennes, d’autres en corne et plus grands, destinés à relever les boucles négligées des plébéiennes: ces derniers objets devraient donner l'idée au gouvernement de Naples de faire une amélioration, en établissant une manufacture de peignes, et en obligeant ses sujets, par un ukase , à acheter et à faire usage des produits de cette fabrique.
Le nombre de vases appelés indistinctement et vulgairement étrusques est immense : plusieurs en terre très-fine, qui présentent de beaux groupes sur leur surface polie , paraissent avoir été la porcelaine de l’antiquité, et d’après les coupes faites de la même matière, on serait tenté d’adopter l’opinion du cicerone de Pompeii,.et de supposer que les dames romaines prenaient le café dans leurs villas, sur les côtes de Portici et de Pausilippe. L’élégante petite couche de bronze sur laquelle les idoles étaient placées certains jours de fêtes des dieux où l’on représentait des scènes du genre du
on l’a dit) par la feue reine , pour faire une mystification.
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Presepio (j ) de l’Italie chrétienne) , donne une idée parfaite du lit domestique des anciens , et l’on conçoit bien qu’il appartienne à leurs petites chambres. Il diffère peu de ce qu’on appelle canapé grec dans l’ameublement moderne.
Une collection de vases et de figures égyptiennes qui étaient les antiquités des anciens , <lonne l’idée du cabinet de leurs antiquaires, et termine convenablement la collection la plus intéressante et la plus curieuse de l’univers.
Le museo Borbonico est un édifice noble , spacieux et très-ancien, élevé par un noble Napolitain, avant que le nom de Bourbon ait
(1) Le Presepio est une représentation théâtrale de la naissance du Christ , qui a lieu dans plusieurs églises et dans quelques maisons particulières à Rome et à Naples dans le temps de Noël. Nous en ayons vu une dans la vieille église d ’Ara-Cœli à Rome. Il y avait un théâtre régulier avec des coulisses , etc. etc. Le fond de la scène représentait un paysage montagneux; plusieurs paysans (de grandes marionnettes de bois) descendaient avec des paniers de fruits véritables , des flacons d’huile, etc. etc. Sur le devant se voyait l’étable ; l’enfant Jésus était dans son berceau, superbement vêtu; et la Vierge, en vrai costume d’opéra, couverte de pompons fanes, recevait les sages et leurs offrandes. Plusieurs dévots de chair et. d’os déposèrent des paniers de fruits pendant que nous étions là.
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jamais été entendu à Naples. Il était originairement destiné à faire une écurie , et il fut converti ensuite en palais de l’université par le comte deLemos, vice-roi espagnol. Ce musée est ouvert au public, et le public a rarement l’occasion de jouir d’un privilège plus délicieux. Il est divisé en plusieurs salles ou écoles, et outre celles que nous avons déjà décrites il contient des galeries, des marbres (i) , des bronzes, des antiquités égyptiennes, des médailles , des ouvrages en cristal , en ivoire , en os, en plâtre, etc. etc.; la salle du Papyrus (2) , et une bibliothèque contenant cent cinquante mille volumes, dont quatre mille
(1) Le Gladiateur blessé et Y Aristide nous parurent les plus belles statues de cette collection, parce qu’elles semblaient les plus vitales (si ce terme est admissible) que nous ayons jamais vues; sans en excepter même les miracles du Vatican et du Capitole. Ces figures ont l’air de se mouvoir actuellement.
(2) Nous avons visité dans cette salle sir Humphry Davy , qui était occupé à dérouler les manuscrits qui , réduits en charbon par l’éruption , ont été ainsi conservés pour l’inspection moderne. On a déroulé en dernier lieu un traité sur la musique par Philodémus , deux livres d’Épicure , et les fragmens d’un poëme héroïque attribue à Rabirius. La plus grande partie des soixante et dix manuscrits trouvés dans Herculanum sont, à ce que l’on dit , susceptibles d’être déroulés. Ceux que l’on trouve
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sont du quatorzième siècle, et trois mille manuscrits, etc. etc. etc. En montant le grand escalier, on découvre, par une fenêtre spacieuse , un cimetière gréco-romain, dans un jardin. Là, plusieurs tombes grecques et romaines ont été découvertes, et il reste encore beaucoup d’excavations à faire : c’est un objet très-curieux et très-intéressant, (i)
journellement à Pompeii sont réduits en poussière par l’humidité , et il est impossible d’en rien sauver.
Le procédé dont on se sert pour dérouler les manuscrits est curieux. Une petite forme qui ressemble à celle des relieurs soutient le tissu auquel les écailles du volume, à mesure qu’elles se détachent, sont collées avec une forte gomme. Les caractères tracés ne se distinguent que par une teinte d’un noir plus foncé que le reste de la surface. L’opération a réussi au point de découvrir le texte , avec plusieurs lacunes il est vrai , mais suffisamment pour le comprendre. Cependant on a peu de choses à espérer de cette source en fait de découvertes inte'reSsantes. Un très-grand nombre de manuscrits ont été déroulés au point de reconnaître ce qu’ils contenaient, et il s’en est trouvé à peine un seul qui eût une valeur intrinsèque : ils étaient tels qu’on pouvait s’attendre à les trouver dans l’obscure bibliothèque d’une obscure ville de province. On a bien plus à espérer des travaux de l’abbé Mai pour retracer les parchemins palimpsestiques.
(1) Voyez sur ce sujet, Memoria di un antico sepolcrelo Greco-Romano da Lorenzo Giustihiani .
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Le site le plus pittoresque des environs de Naples est la nouvelle route tracée d’après les ordres de Murat. Elle tourne autour des collines du délicieux promontoire de Pausilippe , au-dessus de la baie, et découvre les ruines d’anciens palais, baignées par les vagues bleues de la mer , qui réfléchissent toutes les formes d'architecture dévastées, que les peintres aiment à représenter, et qui, contemplées à la clarté de la lune, s’élèvent jusqu’à la beauté idéale du paysage romantique (1). Ces ruines, belles dans leur désolation, rappellent diverses époques de l'histoire de Naples. On voit là les derniers vestiges des pavillons gothiques de la fameuse Jeanne de Naples, dont la beauté , le génie, les crimes, peut-être supposés, et les infortunes réelles, font la contre-partie delà destinée de Marie cV Écosse ! Les restes des
(1) Naples , la patrie de Salvator-Rosa , a toujours été la résidence favorite des peintres étrangers, qui , laissant leur patrie pour se fixer à Rome , finissent en général par s’établir à Naples. Angelica Kauffman y fixa son domicile j et le suisse Huber , le hollandais Pilloo , après avoir vu Naples , ne purent exister ailleurs. Si ce n’étaient les maux qu’un gouvernement despotique perpétue dans la société , et les fatales institutions qu’il a ravivées, Naples serait incontestablement la plus agréable résidence de l’Italie.
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salles des vice-rois espagnols sont aussi éparses sur ces rives. C est là que plus d’un somptueux festin a été donné aux dépens des privations dun peuple. Les débris moins remarquables ~ des villas qui bordent le rocher de Virgile, unissent le moderne et élégant casino d’une dame anglaise (-1), aux sites de Marechiano où se trouvaient la villa de Pollion et la retraite maritime de Lucullus, à l’extrémité du promontoire de Posilipo , rocher agreste où l’on voit le figuier des Indes s’élever parmi des bu issons épais et sauvages. (2)
Au-dessus de ce coteau enchanté, d’où la vue s étend sur des îles et des îlots d'un intérêt classique et d’une beauté pittoresque, s’élève
(1) S. A. S. la margrave d’Anspach , dont le beau petit jardin et l’élégant pavillon ont l’air d’avoir été transportés dans un étui , des bords de la Tamise aux rives de la Méditerranée.
(2) Le site couvert de ruines appelé Scoglio di Virgilio contient, dit-on , les débris de la villa de Lucullus, une de celles que cet élégant voluptueux possédait le long de cette côte. On suppose aussi que le cap de Pausilippe était le lieu où se trouvaient les pêcheries de Vidius Pollion; mais tout cela est devenu un territoire contesté par les savans, depuis que la nouvelle lumière des antiquaires est venue dissiper toutes les illusions, et prouver que fiothing is but what is not ( rien n’existe que ce qui n’existe pas ),
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cette montagne dont le nom grec exprimait, dit-on, sa situation aimable, et qui restera toujours gravée dans la mémoire de ceux qui l’ont visitée, comme P un des aspects les plus délicieux que l’art et la nature se soient plu à former, la montagne et le promontoire de Pausilippe. Ses ondulations entourent une grande partie de la ville, et déploient leur paradis à trois milles le long de la côte méridionale. Le plaisir et la piété l’ont choisi pour asile dans tous les siècles. Autrefois Tibère et Lucullus y donnaient leurs fêtes; maintenant le noir dominicain (i) et la rigide carmélite y tiennent leur tribunal, y conservent leurs châsses. La pieuse muse de Sannazar(a) chantait ses hymnes dans
* (i) L’église et le couvent des dominicains à Santa- Brigida , et le couvent des carmélites à Santa-Maria-del- • Paradiso, sont sur le Pausilippe.
(2) Sur le revers oriental du promontoire est la fameuse Mergellina , donnée à Giacopo Sannazaro , secrétaire de Frédéric, roi de Naples, comme la récompense de ses services , récompense que ce poète trouvait assez grande. Sa beauté , sinon sa valeur, la rendait précieuse à ses yeux; et ses palais et ses jardins rivalisaient ceux d’Armide : quand, hélas ! un des généraux de l’empereur Charles-Quint ( un prince d'Orange ) conduisit ses barbares Germains à travers l’élvsée de la Mergellina , dévasta les jardins et pilla le palais du poète. Dans le dépit que lui causa ce désastre, Sannazar abandonna le monde,
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ces bois et ces jardins qui rivalisaient avec ceux de Paphos. Là , Virgile dort sous son bosquet, objet du pèlerinage de Boccace; et Minerve et Apollon reçoivent l'hommage des dévots, sous les noms vénérables de Judith et de David. De toutes parts les clochers des églises et des couvens se mêlent aux belvédères et aux villas, au milieu de paysages gracieux qui rappellent et justifient les éloges de leur possesseur inspiré, dont la tombe ajoute un nouvel intérêt au site qu'il a célébré:
O lieta piaggia ! o solitaria valle !
O accolto monticel! clie mi difende D’ardente sol , con le tue ombrose spalle.
O fresco ! o chiaro rivo! chi descendi Nel verde prato , tra fiorite sponde ,
E dolce ad ascoltar mormorio rendi , etc. etc.
Sahkazâro.
et fonda une église sur les ruines de sa villa , qu’il dédia, { par une assez étrange fantaisie , al sanlissimo parlo délia grande madré del Dio, i5io, après avoir composé quatre livres sur le même sujet. Sa tombe est dans cette église , et l’on y voit aussi deux antiques statues de Minerve et d’Apollon , qui ont été baptisées David et Judith. Dans le seizième siècle , le général de l'empereur d’Allemagne a rasé la demeure d’un des plus grands poètes du temps , et dans le dix-neuvième , un autre empereur d’Allemagne, natif et seigneur de l’Italie, se vante de n’avoir jamais lu le plus grand poète que l’Italie ait jamais produit , l’Àrioste.
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Une des collines du Pausilippe est particulièrement romantique et solitaire. C'est un défilé étroit et richement boisé , bordé par des buissons et des arbustes , tapissé de clématis et de chèvrefeuille , et ombragé par de grands ormes et des chênes majestueux : il se termine tout à coup au bord d’un précipice, dans une petite prairie devant la cabane d'un ermite, ou du moins une cellule qu’un ermite aurait pu élever de ses propres mains. Des myrtes et des lauriers sortent de ses crevasses, et le lierre qui la couvre descend jusque sur 1 entrée en festons fantastiques. L’intérieur répond à l’apparence agreste et romantique de l’extérieur; les murs humides sont faiblement éclairés par une petite fenêtre cintrée, à demi cachée par des plantes. De cette ouverture on découvre au-dessous une scène magique : c'est la caverne d’un enchanteur, la grotte d'une sibylle, merveilleuse à contempler, impossible à décrire. La longue perspective échapperait à l’œil, sans le rayon de lumière d’un bleu
bril'ant, admis aux deux extrémités et réduit par la distance à un point; tandis que le centre sur lequel plonge le spectateur, est éclairé par des lampes suspendues à la voûte des rochers, jetant une lueur dorée sur les massives murailles, et tombant avec un effet encore
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plus frappant sur les groupes raouvans qui passent dans une hâte silencieuse à travers cette galerie souterraine. Quelquefois les rayons tombent sur une procession de moines qui accompagne avec des torches et un crucifix un corps porté à découvert sur une bière; d’autres fois sur le paysan de Pozzuoli dans ses habits de fêtes, portant des paniers de marché, ou conduisant des mules chargées; d’autres fois sur la barouche anglaise ou la calèche napolitaine, avec leurs nombreuses et grotesques charges. L’œil se trouble en s’arrêtant sur ce panorama mouvant et magique de la hauteur qui le domine, et l’on se détourne de sa vue pour examiner la cellule d’où cette caverne se découvre le mieux : la cellule est la tombe de Virgile ; la caverne est la grotte de Pausilippe! (i)
(i) Les gens du pays l’appellent Grolta di Pozzuoli. Pour éviter de passer dans cette grotte , le seul chemin qui conduisît de Naples à Pozzuoli , Murat imagina sa belle route sur le revers de la montagne. On ne peut rien dire de neuf sur ce singulier monument : on est encore en doute si c’est l’ouvrage des habitans de Cumes ou des Romains. Strabon et Senèque, qui y avaient passé, l’ont décrite; mais des changemens matériels y ont été faits par Pierre Ier d’Aragon et le vice-roi don Pedro de Tolède. Cette grotte est maintenant bien tenue et bien
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La campagne de ce côté de Naples , Pozzuoli, Baies, Misène, etc. etc. occuperait plusieurs jours l’antiquaire le moins minutieux. La côte , pendant plusieurs milles, abonde en restes de temples, de villas, d’amphithéâtres, et l’on y retrouve partout les sites des anciens chants. Chaque route offre un point à examiner, ou une dispute à décider. Mais dans toute cette multiplicité d’objets, il en est cependant fort peu qui soient assez parfaits pour intéresser l’observateur philosophe, en rappelant l’économie intérieure des anciens, comme ceux de Pompeii. Mais c’est la richesse admirable des paysages qui dédommage amplement de la fatigue de descendre dans des trous nommés par dérision, grottes des sibylles, ou de se plonger dans l’atmosphère humide et froide des amphithéâtres enterrés, qui ressemblent assez à des celliers, ou bien d’errer à travers des murailles dégradées, à qui l’on veut bien donner des noms historiques. Toute cette ligne est de plus le site d’un volcan éteint, dont l’activité cessa probablement quand celle
éclairée ; l'entrée et la sortie sont d'un effet impossible à décrire. La tombe de Virgile est toujours disputée par les antiquaires; mais ce serait une folie de douter de ce qu’on a du plaisir à croire ; et l’on est tenté de prendre le laurier qui croît en ce lieu pour une couronne.
du Vésuve commença; quoique la formation du monte Nuovo soit d’une date bien plus récente. Le lac d’Agnano forme un cratère, le lac d’Averne (car c’était un lac du temps de Virgile) en est un autre, et l’œil de la science en retracerait beaucoup plus dans un espace de peu de milles. Le mont Pausilippe est de tuf, et la même substance mêlée de fréquentes veines de lave forme le sol de toute la contrée. Le lac Agnano conserve cependant deux traits de sa formation originale, dans la grotte du Chien, qui renvoie depuis des siècles un torrent d’acide carbonique continuel; et à cent pieds de distance, les bains de vapeurs de San-Germano , qui sont produits en grattant simplement la terre , ce qui en fait sortir des vapeurs chaudes, épaisses et minérales qui s’exhalent et forment une atmosphère qu’on estime trèspuissante dans la cure des rhumatismes. La Solfatara , cratère qu’on peut à peine regarder comme éteint, émet en tout temps une fumée dense; et l’abîme sur lequel on marche, dont la voûte résonne comme le tonnerre quand on frappe sur le sol , renvoie assez de soufre sublimé pour que, lorsque la Sicile s’est trouvée séparée de Naples, la Solfatara ait fourni à la consommation du royaume continental. Il se trouve dans ce lieu une assez grande manu-
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facture d’alun, et des bains plus efficaces que ceux de San-Germano, qu’on a, dit-on, employés avec succès dans les affections pulmonaires. Mais les objets de recherches scientifiques et antiquaires sont également étrangers au plan de cet ouvrage et aux connaissances de son auteur. Ils sont amplement détaillés dans les écrits des savans, et même dans des compilateurs itinéraires, qui sont extrêmement répandus : ainsi donc la répétition de ces détails serait aussi présomptueuse que superflue.
Sur la plus haute des montagnes qui entourent Naples, est le superbe monastère des Camaldules. Il vaut bien la fatigue qu’on éprouve en y montant, quoique le chemin soit à peine rotabile , comme les Italiens appellent les routes où l’on peut aller en voitures. On voit de là le Vésu,ve, la Solfatara, Pozzuoli, Baies, Misène, et même les rives de Cumes et de Gaëte. C est le plus beau panorama naturel qu’on puisse imaginer; cependant il est presque égalé par d’autres montagnes couronnées de forts et de couvens qui représentent réellement le gouvernement et ses institutions , la force et l’erreur.
Il est de mode de dénigrer l’architecture de Naples et de faire écho à cette observation laconique d’un moderne voyageur français : Ici
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pas un bon morceau d architecture ! Mais si l’architecture n’est pas bonne, elle est originale, quelquefois pittoresque , quelquefois grotesque , mais jamais totalement dépourvue des qualités qui agissent sur l’imagination , hors quand ses lourdes imitations visent au style grec. Parmi les trois cent trente églises de Naples, plusieurs sont très-dignes d’ètre vues, quoique leur examen 11e soit pas un devoir imposé par le code ciceronique. Quelques-unes , bâties par les princes de la maison d’Anjou, sont gothiques et massives : telle est la cathédrale où le miracle de saint Janvier se fait encore, au grand amusement de la populace, et au grand dégoût des personnes plus éclairées(i);
(1) Pendant la première occupation des Français le miracle manqua , et la chose était faite à dessein pour agiter le peuple et produire une réaction 5 mais le général français envoya au saint un ordre péremptoire de se conduire convenablement, sous peine de faire un exemple sur les prêtres qui le desservaient; cet ordre fut promptement exécuté. Quand le miracle manque , le peuple vomit contre le saint toutes les injures et toutes les imprécations imaginables , et malheur à l’étranger qui resterait dans l’église dans cette conjoncture : on attribuerait le manquement du prodige à sa présence hérétique , et il serait indubitablement outragé et maltraité. a
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et l’église de saint-Dominique élevée en 1284. D’autres ont un caractère moresque comme celle de San Giacomo deiSpagnuoli (de Saint-Jacques desEspagnols), où l’on voit les beaux mausolées de Pierre de Tolède et de sa femme. L’église de San Giovanni a Carbonara (nom qui, je suppose, sera bientôt changé, comme de mauvais augure, meme pour une église) est le Westminster de Naples; elle abonde en superbes tombeaux anciens dédiés aux dominateurs de Naples de tou tes les n ations. Là, les princes d’Anj ou et d’Aragon reposent enfin en paix, et mêlent ensemble leurs poussières.
L’église de Sainte-Claire (Santa-Clara) est la plus intéressante de Naples par son antiquité et sa magnificence ; elle a été commencée en i3i8, par Robert, roi de Naples, et la reine Sancia d Aragon, sa femme. Le beau monument de son royal fondateur est son principal ornement; la grande antiquité et le beau travail en font un des plus singuliers mausolées d Italie. On trouve encore là une inscription à 1 infortunée Jeanne ir% quoique sescendresreposent dans l’église de Saint-François. Elle priait dans l’oratoire de sa prison de Mont-Saint- Ange, lorsque quatre spadassins hongrois, sujets de son cruel beau-frère, etagens de son protégé Charles de Duras, forcèrent son asile
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sacré , et l’étranglèrent. Naples offre quantité de monumens et de souvenirs de cette reine qui était la protectrice des savans de son temps et l’amie de Boccace. (i)
LecouventdeSainte-Claire, attaché àl’église, est un des plus riches et des plus distingués de toute l’Italie. Il était fondé exclusivement pour des dames nobles, et il était destiné à absorber le superflude lapopulation aristocratique féminine de Naples, où les filles aînées des nobles sont les seulesqui trouvent à former des alliances convenables. Ce vaste monastère , peu de temps avant la révolution, contenait quatre centsreligieuses, quoique son ordresoit le plus rigide de Naples. A cette époque le couvent fut détruit, toutes les dames, riches et nobles de naissance, furent pensionnées à dix écus par mois, etles propriétés de cet opulent établissemen t servirent à l'acquittemen t de la de t te nationale et à d’autres objets. Depuis la restauration, ce couvent est rétabli, sinon dans tous ses biens, au moins dans tous ses honneurs, et le nombre de jeunes et aimables filles de rang et de fa-
(i) Voltaire et Mignot ont tous deux pris la défense de cette belle et spirituelle princesse , accusée d’avoir autorisé le meurtre de son mari (un autre Darnley), quand elle n’était âgée que de dix-neuf ans. Elle a fourni à La Harpe le sujet d’une tragédie très-médiocre.
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raille qu’on a déjà incarcérées dans ces sombres cellules, montait déjà, pendantque nous étions à Naples, à cent quarante. Pour elles il n’existe plus de monde, plus de liens, plus d’affections humaines ; les noires et hautes murailles une fois passées, les pesantes portes une fois fermées , le sort de la victime est décidé pour toujours ; et l'on nous a conté des anecdotes sur des sacrifices faits dans l’intérieur du monastère , qui ont glacé le cœur de celle qui les écoutait. Plus d’un vieux noble Napolitain, pauvre, orgueilleux et bigot, renforcé dans ses anciens préjugés par l'ordre de choses actuel, a profité du rétab’issement des couvens pour se défaire d'enfans dont l’établissement l’embarrassait; et plusd’unejeune et belle personne élevée élégamment et libéralement pendant les dix dernières années, a été obligée de se soumettre à un sort que l’ignorance et la crédulité seules peuvent rendre supportable.
Nous entrâmes dans l’église de Sainte-Glaire par un des longs cloîtres qui mènent au couvent , et dans cet instant on y faisait quelques préparatifs pour la suivante semaine de la Passion. Ce cloître ressemblait alors au magasin de décorations d’un théâtre. On voyait des changemensde scène, des coulisses, des ornemens, un ciel, des chaumières, des étables, des vaches,
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les sages de l’Orient, des offrandes en peintures, des madones fanées, et des Madeleines vraimentindignesde l'asile qui leurétait offert. Deux ouvriers faisaient bouillir de la colle, et posaient des feuilles d’or sur une machine qu’on préparait pour la prochaine représentation, qui devait être la scène du Calvaire, exécutée à Sainte-Claire comme celle que nous avions vue à Rome. Comme nous adressâmes quelques mots sur ce spectacle à l’un des ouvriers, il souleva son pinceau du canevas qu’il était occupé à dorer , en disant : Sara una scena stupenda ! Ce sera une scène étonnante.
Derrière le grand autel de cette très-magnifique église règne une longue grille, dont chaque barreau est pourvu de pointes dirigées contre les yeux du spectateur profane, dont la curiosité cherche à voir ce qui se passe dans V intérieur * c’est le chœur, spectacle qui fait une impression profonde. Les sièges distingués et les prie-Dieu de l’abbesse et des dignitaires de l’ordre, et toute la paraphernalia de la piété, qui décorent cette tombe vivante, sont de tristes objets à contempler. Ce chœur , où les religieuses assistent au service public , est en lui-même une belle église qui porte toutesles marques de lasplendeur monastique La cage dorée des captives, galerie ou cloître
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formé par des grillages de laiton doré , tourne autour de l’église extérieure et communique avec le couvent. De là, il est permis aux nonnes de jeter quelques regards (sans être ellesmêmes aperçues) sur ce monde qu’elles ont abandonné pour toujours. De là, elles voient des amis, des parens , peut-être celui qui était plus pour elles que les uns ou les autres; elles les voient dans la nef au-dessous, remplissant leurs devoirs pieux après lesquels ils retournent à ces scènes animées qu’elles ne pourront plus contempler. Cette galerie grillée et sa destination rappellent celles des sérails turcs où des prisonnières d’une autre espèce sont retenues par la tyrannie et la folie de l’homme les lois de la nature également violées par les disciples de Mahomet, et ceux qui professent le christianisme.
Il y a peu de choses à dire sur le palais royal de Naples et sur les villas royales : le premier est spacieux, mais lourd; il est uni par un pont à l’ancienne forteresse de Castel nuovo , avec toutes ses dépendances, les arsenaux, les magasins et les repaires des galériens (i). Les
(0 On dit que le roi avait peine à reconnaître son palais à son retour à Naples, Murat ayant débarrassé les avenues environnantes, abattu deux couvens et leurs
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villas du Poggia Reale , Capo ciel Monte , Ccz- , etc. etc. sont très-rem arquabîes par leur position. Quelques - unes servent de repos de chasse pour le roi , mais hors ces occasions, elles sont rarement habitées.
Les anciens palais des nobles , dans les ruelles obscures de la vieille ville, bâtis autour de cours claustrales, sont des fabriques sombres et tristes, mal meublées, et portant toutes les marques du temps et de la négligence. Ceux qui ont été bâtis à des époques plus récentes dans la rue de Tolède et les autres avenues comparativement spacieuses sont grands, mais peu remarquables par leur architecture ; et les élégantes maisons modernes de ce site, sans égal dans l’univers, la chiaia , la vaghis sim a piaggia des Napolitains, présentent un contraste frappant par la fraîcheur, la commodité et l’agrément de leur distribution, avec les édifices des Angevins, des Aragonnais et ceux des vice-rois espagnols ou des sé-
cimetières qui se trouvaient directement en face, et érigé à leur place ces élégans édifices et ces colonnades qui sont encore à finir. Ce changement causa , dit-on , à Ferdinand iv une surprise agréable ; le bel ameublement, les chambres soignées, les parterres arrangés par madame Murat lui plurent également , et il a plus d’une fois exprimé ce sentiment en bon Napolitain.
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ditieux barons napolitains. Ces résidences sont toutes de nouvelle date; et les murailles blanches, les jalousies vertes , les balcons légers, s’accordent bien avec les beaux jardins de la villa Reale qui s’étendent devant elles sans leur ôter la vue de lat baie sur laquelle domine cette promenade (i). La Chiaiae st prin-
(i) Parmi les maisons napolitaines que nous avons fréquentées , les palais de la princesse Belmonte, du marquis Berio, et de l’archevêque de Tarente (monseigneur Capecelatro ; , étaient de beaux exemples des diverses époques d’architecture que nous avons citées. Le trèsancien palazzo de la princesse Belmonte est dans une rue si étroite , que si l’on y entre en voilure il est impossible de s’en tirer autrement qu’en la traversant toute entière, puisqu’il n’y a pas la place suffisante pour tourner. Le palais Berio dans la rue de Tolède , avec une architecture très-ordinaire , est devenu par le goût de son maître une des plus élégantes résidences de l’Italie. Les salons abondent en riches tapisseries , en tapis anglais. La spacieuse galerie contient quelques bons tableaux originaux ; et le jardin délicieux et bien cultivé, vrai paradis de fleurs dans le cœur de la ville, renferme un temple grec où l’on voit le groupe de Vénus et Adonis, par Canova. C’est une scène de départ; Vénus retient encore Adonis, qui paraît si impatient de partir qu’on est tenté de tourner la clef sur lui. Le palais de l’archevêque de Tarente est un bâtiment très-irrégulier, placé sur une éminence qui commande la vue de la baie : les appartenons privés sont riches , commodes , élégans ci propres ;
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cipalement habitée par le corps diplomatique et les visiteurs de tous les pays qui louent des appartemens dans les maisons des princes ou des nobles italiens, ou dans les hôtels dont ce quartier abonde : dans l’un ou l’autre cas, le prix est énorme ; et , sous tous les rapports , >’aples est peut-être après Londres le séjour le plus dispendieux pour un étranger.
les pièces d'honneur sont vastes et nobles. La galerie est enrichie de quelques tableaux de Salvator Rosa , du Titien , du Georgion , du Corrège , du Caravage, de Luca Giordano et de Morillo ; mais ses médailles et ses pierres gravées sont encore plus rares que ses tableaux , et l’on peut dire du maître de tous ces objets précieux : rsé pour tous les arts, il a tous les talens.
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