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et contient ccnt soixante lits pour des malades de tous pays. Quelques lits maintenus par des fondations spéciales sont destinés à recevoir des personnes affligées de maladies chroniques et incurables, qui sont logées et soignées, et qui peuvent sortir librement de l’hospice à des heures établies. Les lits sont en fer et placés à une distance raisonnable. Les salles n’avaient aucune mauvaise odeur. Une petite église élégamment ornée communique par sa galerie avec les salles des femmes, qui sont au premier étage, et avec celles des hommes, qui sont au rez-dechaussée , par sa nef : ainsi les deux sexes assistent au service divin sans communiquer l’un avec l’autre.
La cuisine et la pharmacie correspondent à la magnificence générale de l’édifice. Dans la première, on a établi des machines qui communiquent directement avec les salles , et par oh les alimens sont distribués avec promptitude et facilité. Il y a aussi sous le même toit une grande boulangerie qui fournit du pain aux différentes institutions de charité : ce pain est de belle farine de froment , et d’excellente qualité; une grande partie est en forme de flûtes très-minces et extrêmement longues; ces pains sont légers et parfaitement cuits ; et ils doivent être plus digestifs que quand ils sont faits dans les formes ordinaires.
La Charité est plutôt une maison de travail, qu’un hôpital, quoiqu’un petit nombre de malades de la ville y soient reçus. Les personnes qui y sont admises sont principalement des vieillards et des enfans, qu’on emploie à tisser et à filer. Cet établissement, malgré les nombreux bienfaiteurs dont il se vante , paraît fort pauvre. Les lits étaient pressés à l’excès ; les chambres assezr malpropres, et l’air souvent très-mauvais.
Avant la révolution , il existait quinze établissemens de charité à Turin. Quand les Français entrèrent dans la ville, ils trouvèrent trois mille deux cents personnes dispersées dans ces diverses maisons , sans être pourvues de provisions , même pour la journée. Pendant la guerre qui précéda la chute de la dynastie royale , le gouvernement s’était emparé des propriétés des hôpitaux, il y avait substitué les monti ( une sorte de-garantie appuyée sur des capitaux ), ou des bons sur l'état. D’autre part les individus qui assistaient ordinairement les hospices par des dons , chargés d’impôts et découragés jiar cette mesure violente , s’étaient généralement abstenus de continuer leurs souscriptions. Les institutions de charité étaient donc très-endettées. Bientôt après l’arrivée des Français, qu’on a si injustement accusés de s’être approprié les fonds de la charité publique en Italie , ils formèrent sous la direction du général Jourdan , une commission pour administrer les hôpitaux civils en Piémont , afin de les établir sur le pied des institutions charitables en France , où elles sont tenues convenablement et utilement. On ôta l’hospice de lamaternié du lieu où il était, dans lequel, par le manque de ventilation, un grand, nombre d’enfans périssaient. On le plaça daps un monastère reculé et très-aéré , le couvent de Sainte-Croix , et l’on y établit une école d’accouchement. Les hôpitaux de Saint-Jean et ceux de Saint-Maurice et de Saint-Lazare furent réunis, et l’on effectua ainsi une réforme très-salutaire à l’égard des lits appropriés par des fondations distinctes à des incurables ; car ces lits se trouvant beaucoup trop nombreux , étaient souvent employés à des usages très-différens de leur destination. Des terres furent assignées à ces établissemens unis , au lieu des
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précaires monli , et l’on accorda dix pour cent sur l’octroi , ou droit payé à l’entrée des provisions dans la ville, pour l’entretien des hospices. Le zèle de cette commission se soutint, et il en résulta une amélioration rapide. Les malades placés dans des lits propres , dans un bâtiment bien aéré, nourris convenablement, eurent toutes les chances possibles de guérison. Les travaux de cette commission remplissent un gros in-40 : outre les perfectionnemens ci-dessüs mentionnés , elle établit un hospice pour les incurables ; déchargeant ainsi la charité de ce service, et séparant les vieillards et les enfans sains des malades. Ils organisèrent aussi des travaux pour les pauvres , et un petit hôpital pour la vaccine. Cinq cents pauvres ramassés dans les rues furent pourvus d un asile; on rassembla un nombre suffisant d’élèves en chirurgie, pour administrer les secours nécessaires aux malades , et l’on créa des bureaux de bienfaisance pour secourir les pauvres et les malades a domicile , a 1 mstai de ceux de Paris. Tout cela se fit au milieu des plus grands embarras pécuniaires et de la plus profonde détresse. Les dépenses de cette année ont été à 1,191,31 3 livres.
L’hôpital Pammatone à Gênes contient de mille à douze cents lits. C’est un noble et spacieux édifice; l’intérieur est suffisamment aéré , propre et bien tenu , quoique moins bien qu’il nel’était dernièrement. Le signor Carega , le directeur, est un noble qui s’est dévoué aux soins de cet hospice. 11 annonce bien le caractère qui conduit à cette espèce de sacrifice religieux. Sainte Catherine de Gênes a passé quelque temps dans cet hôpital, et l’on montre encore une petite chambre ornée de fresques , où l’on dit qu’elle habitait. Les inscriptions A mor mio non pià di peccati ; Amormio non pià di mondo.
prouvent qu’elle était de cette classe d’enthousiastes dont le fanatisme est une maladie réelle ou un déplacement dépassions. Une profusion d’autels est distribuée dans l’hôpital , et l’on y voit une statue de saint François (en bois) , qui n’est pas sans mérite. L’école d’anatomie , qui dépend de l’université , était fermée quand nous avons visité cet établissement. Les maladies prédominantes étaient la dysenterie et les affections pulmonaires ; les fièvres y étaient en petit nombre , et l’épidémie pétéchiale, qui fit tant de ravages pendant le siège , paraît avoir disparu avec ses causes. Le mode de traitement anti-phlogistique dans les maladies fébriles est le plus généralement adopté. Il y a dans l’hôpital des salles consacrées aux femmes en couche ) les enfans trouvés étaient fort nombreux dans cette maison j et comme dans tout le reste du continent, ils étaient horriblement serrés dans des langes.
L’hôpital des incurables , moins beau et moins propre, a six cent cinquante lits. La partie assignée aux aliénés peut être comparée aux établissemens semblables à Milan et à Turin , quoique plus propres que ces derniers. Cet hôpital est soigné par des capucins proprement vêtus , fort civils, et qui paraissaient remplir leurs fonctions avec beaucoup de zèle et d’attention.
La pratique de la médecine est assujettie à Gênes , comme dans plusieurs autres parties de l’Italie , à un conseil nommé Proto-Medicato. Les chirurgiens pratiquent indistinctement dans les deux branches , et l’on m’a assuré qu’une amende de douze cents francs , à laquelle ceux qui pratiquent sans licence doivent être condamnés, n’est pas toujours imposée sur les délinquans.
L’Ospedale maggiore à Milan est un édifice superbe fondé en 1466 par François Sforce et Blanclie-Marie Visconti, sa femme. La façade de brique est gothique; le bâtiment est divisé par plusieurs cours spacieuses, entourées de corridors ouverts ou arcades très— ornees , et soutenues par des colonnes de granit poli. L’église , quoique petite , est singulièrement belle : c’est une croix grecque formée par quatre arcades portées sur des piliers de granit. On voit là une Annonciation du Guerchin. Tous les offices répondent en étendue et en magnificence à la beauté de l’extérieur. La pharmacie était en bel ordre et bien fournie de drogues ; les préparations chimiques faites dans la maison étaient d’une qualité trèssupérieure. H y a une salle vaste et bien aérée pour les dissections, qui sont librement pratiquées dans tous les cas ou la nature de la maladie rend l’examen post mortem désirable. Cet hôpital est disposé pour recevoir mille malades , et plusieurs salles sont vides, faute de candidats. Le nombre de médecins attachés à l’hospice est de dix. Les chambres sont hautes, et l’air y est très-pur j les lits sont en fer ; le linge propre. Les fonds assignés à cet établissement sont devenus plus abondans par la réunion de plusieurs petits hôpitaux j mais ils ont été mal administrés, ayant été confiés à un comité de nobles qui, soit par intrigue ou par inattention, ont souffert beaucoup de dilapidations. Napoléon , en récompense des soins donnés à ses soldats, a enrichi l’Ospedale maggiore de fonds provenans de la suppression du collège des prêtres helvétiens. Les cantons suisses tâchent à présent de faire restaurer ces inutiles frelons aux dépens de l’hôpital , et ils réussiront probablement.
Parmi les institutions bienfaisantes de Milan , on peut
compter la Maison de force , une des prisons les plus propres et les mieux arrangées de l’Europe. Les ateliers , les salles , les infirmeries , sont suffisamment grands , les cellules , pour une seule personne, sont sèches et saines. Les chambres à coucher ont neuf pieds de long sur huit de large , avec une fenêtre de trois pieds sur deux , et elles communiquent à une grande salle dans laquelle est un autel oh l’on célèbre l’office divin. Ces chambres sont balayées et lavées tous les jours , et toute la maison est reblanchie une fois par an , et plus s’il est nécessaire. Il résulte de ces soins que les morts ne vont pas à plus de quatre sur cent chaque année. Les hommes , les femmes et les enfans sont séparés. La maison contient quatre cents individus mâles et cinquante femelles. Le côté des hommes est toujours plein , celui des femmes l’est rarement. Le nombre des jeunes garçons n’a jamais été au-dessous de seize. Quand j’ai visité la maison , il y en avait vingt-deux. Leurs principaux délits étaient des vols. A l’admission des prisonniers , 011 les baigne , on leur coupe les cheveux , et ils prennent l’habit de la prison. Ils travaillent à filer , à carder et à tisser. Le produit de leur travail était anciennement divisé en trois parts j l’une était employée à soutenir la maison , l’autre pour le bénéfice immédiat du prisonnier , et la troisième était conservée pour lui être remise à l’époque de sa délivrance. Une mesure aussi philosophique et aussi bien calculée pour ramener les personnes vicieuses à l’honnêteté ne pouvait être appréciée par le gouvernement autrichien. Depuis la restauration , la somme entière est ôtée aux prisonniers , par la raison que cela est ainsi dans les autres prisons de l’Empire. Par là , toute l’utilité de l’institution est détruite ; les hommes tra-
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vaillent négligemment, et n’acquièrent ni le goût du travail , ni l’adresse qui peut le rendre profitable; et le manque d’argent , quand ils rentrent dans la société , les induit trop souvent à commettre de nouveaux crimes. Ce sont de petits traits propres à donner une idée générale de l’esprit des conseils autrichiens , et qui montrent l’etendue des maux infligés à l’humanité, par la cession des parties les plus vastes et les plus peuplées de l’Italie, à un gouvernement inférieur à son siècle en civilisation , et dirigé par des maximes contraires à la prospérité nationale. La nourriture est distribuée aux prisonniers deux fois par jour; elle consiste en une soupe de riz et de légumes, assaisonnée avec trente onces de lard : à cela , on ajoute trente onces de pain fait de trois parties de larine de maïs et une de seigle. La dépense journalière, en y comprenant les gardes et les gens de service , est de soixan'e et onze centimes par tète. L’usage de l’eau-de-vie est défendu , et celui du vin extrêmement restreint. La chaîne était précédemment appliquée seulement aux personnes condamnées au carcere duro , maintenant tous les prisonniers sont enchaînés, probablement parcp que cela se fait à Vienne. La discipline est en général douce et modérée , et le prisonnier est corrigé sans être avili à ses propres yeux. Quelques services de la maison sont remplis par les prisonniers qui paraissent dignes de cette confiance. Aucune apologie ne paraît nécessaire pour présenter ici ces détails ; car l’existence d’un établissement semblable est incontestablement une des marques sur lesquelles on peut juger de l’état de la science médicale dans un pays. Les lumières les plus importantes qui aient été portées sur l’économie intérieure des nations, l’ont été par la médecine, et les branches des
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sciences naturelles qui s’y rapportent ; et quand les dernières sont peu avancées , les premières sont toujours imparfaites et mal développées.
L’hôpital des fous est situé à peu de distance de Milan , dans une position assez malsaine entourée de marais. C’est un grand édifice, mieux disposé pour la propreté que celui de Turin , mais également dénué de traitement médical, ou de choix et de séparations des divers cas. Le bruit et la confusion de plusieurs salles où les furieux sont enchaînés à leurs lits en très- grand nombre , réalisaient les plus horribles idées qu’on peut se former d’un ' pandémonium . Il n’est pas douteux que cela ne contribue grandement à augmenter la folie et à empêcher toute tendance naturelle à la guérison.
J’ai vu, dans cet hôpital, plusieurs cas de pellagre , maladie endémique particulière aux Alpes; elle commence par une éruption autour des petites jointures , qui dégénère en gangrène , et occasionne une séparation des os. Ce mal semble attaquer principalement les insensés, d’après le nombre considérable qui en étaient affligés. Cette affection se termine par la mort au bout de quelques mois; c’est un effet de la diminution des facultés ou du développement imparfait de l’énergie vitale, et il paraîtrait lié par ses causes avec le crétinisme et le goître , si communs dans les régions alpines.
L’hôpital de Pavie , quoique petit , est très-bien arrangé. Il n’a pas un nombre de malades suffisant pour les études d’une grande école de médecine j mais comme il a été le théâtre des travaux de Scarpa , il ne peut être dénué d’intérêt, même sous ce point de vue. Un bon nombre d’étudians y suivent maintenant la pratique du professeur Borda , l’un des principaux soutiens de la théo-
rie des contra-stimulans. Ce professeur a eu la bonté de me conduire dans les salles, et de me désigner les cas qui pouvaient le mieux démontrer les effets de sa doctrine pratiquée.
A Bologne, il existait autrefois deux congrégations nommées di f^ita et di Morte , qui ont fondé deux hôpitaux pour les malades. Ces hôpitaux sont maintenant réunis sous le nom A'Ospedale di vita. Il y a cinq cents lits. Ils étaient cependant un peu trop pressés , et la ventilation y était moins bien entendue que dans les autres hospices de la Haute-Italie. Un autre défaut très-nuisible , est le manque d’une pièce pour les opérations. J’en ai vu faire une par le docteur Yenturali au milieu des malades qui ont dû être grièvement incommodés par les cris du patient. Bologne a aussi un petit hospice clinique de cinquante lits divisés entre les médecins et les chirurgiens. Les Français ne se sont point mêlés des fonds des hôpitaux de Bologne, quoique le nombre des militaires qui y avaient été envoyés eût occasionné une assez grande dépense qui jeta cet établissement dans un embarras momentané.
L’hôpital de Sainte-Marie-Majeure à Florence , contient, dit-on, deux mille lits. Les maladies qui exigent les soins des médecins , et celles qui concernent la chirurgie , sont traitées dans des salles séparées. Il y a de petites salles pour les femmes en couche, et d’autres pour les maladies des yeux : la lumière est tout-à-fait exclue de celles-ci ; mais cet avantage me paraît bien chèrement acheté par le manque d’air. La chaleur était étouffante, et l’odeur fétide annonçait que la respiration du malade était accumulée et stagnante dans la chambre. Hans tout l’établissement, les lits étaient trop pressés. Les dalles
étaient en général élevées, mais plusieurs étaient trop étroites, et dans la plupart l’on n’avait pas fait assez d’attention à la ventilation. Seize médecins sont attachés à la maison • deux desquels son! professeurs cliniques. Ils ont chacun six mois de service. Les chirurgiens sont au nombre de douze.
L’hôpital de Santa-Maria a été richement doté dû temps de Léopold ; mais par la mauvaise administration d un certain marquis Cavoni , sous le règne de Ferdinand in , un système de dilapidation s’établit, et finit par une ruine totale. Pour obvier aux difîicultés ainsi créées , le gouvernement affecta à l’usage de l’hospice certains droits sur le sel, la loterie, etc. Ces droits venant à manquer à l’époque de la révolution , l’établissement se trouva encore en détresse j mais les Français ont créé, ainsi qu’à Turin , une commission pour assurer son existence et pourvoir à ses besoins. Le gouvernement accordait annuellement les sommes actuellement nécessaires. Le même système continue sous le régime actuel. Un très-bel édifice est consacré, à Florence, aux aliénés. C’est avec un très-vif regret que j’ai quitté cette capitale sans avoir vu cet établissement. Ou m a assure qu’il était bien administré sous le rapport des soins j mais qu’aucun mode de traitement moral ou physique n’y était mis en usage.
L’hôpital du Saint-Esprit, à Rome, un des plus anciens de l’Europe , est plutôt une ville qu’un seul édifice. Il est bâti sur un angle formé par la sinuosité du libre vers le château Saint-Ange, et il occupe un coté d’une longue rue j mais une grande partie est employée au logement des chanoines et à d’autres usages étrangers. Ce bâtiment a été primitivement érigé en 1198; puis
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restauré par Alexandre vu, et un nouvel édifice immense y a été ajouté par le prodigue Braschi , Pie vi. Outre les salles pour les maladies ordinaires, un hospice pour les insensés y est annexé , ainsi que les hôpitaux pour les consomptions et les enfans trouvés.
L’édifice étant l’ouvrage de différens siècles , les salles ne sont pas également bien construites , et la ventilation est en général imparfaite. Le nouveau bâtiment de Pie vi est beaucoup mieux construit que les autres. Son premier étage est une grande salle divisée dans sa longueur par deux rangs de piliers qui soutiennent des arcades. Elle peut contenir cinq cents lits. L’édifice était cependant totalement vide, et plusieurs salles de l’ancien bâtiment étaient inoccupées. Dans les pièces dont on se sert, les malades sont entassés en cinq ou six rangs â l’une des extrémités, tandis que l’autre partie de la salle est vacante. L’.objet de cette accumulation est l’économie de feu et de gens de service , économie qui , si elle n’est pas strictement nécessaire , peut être taxée de vile parcimonie.
Le service de l’hôpital est fait par quatre médecins principaux et quatre aides-médecins. Outre les médecins et chirurgiens réguliers , il y a des professeurs cliniques dans les deux branches de la science, et des salles sont allouées à leur service spécial.
Cet hôpital est bien éloigné d'offrir la propreté désirable , et les praticiens n’ont pas une grande réputation de zèle. Dans l’hospice des insensés, principalement, on ne fait aucun effort pour la cure du mal. Le nombre de malades contenus dans ce dernier montait à deux cents , hommes et femmes , en y comprenant les épileptiques, qui, comme dans d’autres semblables insti-
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tutions en Italie, sont mêlés indistinctement avec les fous. Les furieux étaient renfermés , avec une chaîne passée autour du cou. Dans l’hospice des enfans trouvés on garde les jeunes filles jusqu’à ce qu’elles se marient, et les petits marchands visitent de temps à autre l’hôpital pour se choisir une femme. Sur l’une des portes qui conduit à cette partie du bâtiment, j’ai remarqué un anathème inscrit en grosses lettres, contre ceux qui oseraient passer le seuil sans en avoir obtenu la permission. Dans une des plus grandes salles est un orgue qui joue pendant les repas , pour réjouir les malades. Ce soulagement assez équivoque, est, je crois, dû à une charité individuelle.
Quand j’ai visité cet hôpital , le plus grand nombre des patiens étaient affligés de fièvres intermittentes ou d affections pulmonaires. On attribue ces dernières, qui sont très-frequentes à Rome , aux grands changemens de température ; mais je ne puis m’empêcher de supposer qu’elles sont le plus souvent la s’uite des fièvres de marais. Pendant que la fièvre de Walcheren régnait parmi nos soldats, j’ai vu plusieurs malades attaqués de péripneumonies de l’espèce la plus aiguë , et j’ai remarqué qu’à peine un seul individu mort de cette fièvre n’offrait pas des marques de congestion thoracique. D’autre part , les changemens de température, quoique très-grands à Rome, ne sont pas subits. Les. matinées sont , il est vrai , bien froides en hiver, en comparaison de la chaleur que# donne le soleil de midi • mais les vents froids et secs , principales causes des affections des poumons , sont très-rares dans le climat de printemps de cette ville. La pratique du Santo-Spirito*, à l’égard de ces maladies, était bien loin d’être active.
/j^8 APPENDIX.
On tirait rarement plus de dix onces de sang à la fois, et les décoctions de quinquina etdepolvgale paraissaient préférées à des remèdes d’un caractère plus anti-plilogislique : cotte circonstance confirme mon opinion sur la nature de ces maladies.
Mes remarques seront très-brèves sur les hôpitaux de Naples. Les deux principaux sont consacrés aux maladies aiguës et chroniques ; le premier contient sept ou huit cents lits. La pratique est probablement française , mais je n’ai pu savoir si , comme ecole de médecine, elle se distinguait par une activité remarquable. Les traits les plus frappans de cet établissement étaient les chambres, qui , comme dans les maisons de santé en France , peuvent être louées à tant par semaine (pour une somme très-modique, quinze ducats, un peu plus de deux guinées par mois ) ; elles sont commodes , et les malades y sont pourvus de tout ce qui leur est nécessaire pour les médicamens , la nouriiture et le traitement. Murat , qui (quelles que puissent avoir été ses fautes) avait les vertus qui tiennent à un bon naturel , et beaucoup de cette activité d’esprit particulière à l’école dont il sortait, donna a cet hospice un assortiment complet d’instrumens de chirurgie , suivant les meilleurs modèles de Paris , donation d un avantage incalculable dans un pays si éloigne des centres de civilisation et de travaux scientifiques.
L ’Albergo de poveri est un hospice immense; la maison commencée par Charles ni n est pas encore achevée : elle renferme cinq nulle hommes et jeunes garçons, et sept nulle femmes, qui sont entretenus , non* seulement convenablement , mais avec une magnificence royale. Les jeunes garçons apprennent des métiers ou
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sont destinés à l’armée. Les principales branches d’industrie sont la manufacture du corail (où les femmes sont principalement employées), la filature du coton et du fil , et la fabrication des étoffes de ces matières , les métiers de tailleur, de cordonnier, de fondeur en caractères et d’imprimeur. Il y a aussi une école lancastrienne , des écoles de musique et des différens arts; un théâtre, une chapelle , et un collège dans lequel on admet des pensionnaires. Toutes les salles, dortoirs ou ateliers, sont aussi propres que dans les maisons privées ; la nourriture est saine , et les en fans bien vêtus et bien portans. Les garçons sont élevés militairement, et le tambour règle les divers mouvemens de l’institution. Les rachiliquesy étaient en grand nombre , comme cela arrive toujours dans le peuple , et la beauté n’était pas le trait caractéristique de ce lieu. Les mendians sont forcés d’entrer dans cet établissement , ce qui en débarrasse un peu les rues de Naples ; mais les environs en sont infestés. Les Français avaient attribué à l’Albergo de’ poveri , la maison de Caroline et l’institut, des propriétés territoriales. Les Autrichiens à leur arrivée saisirent les fonds de l’AIbergo , et l’établissement aurait été perdu sans les soins dusignor Sancio , directeur actuel , qui employa tousses moyens etson crédit jusqu’à la dernière extrémité, pour suppléer à ces fonds et soutenir l’institution. Toutes les propriétés de ces maisons de charité ont été vendues; celles qui appartenaient à l’institut tombèrent en partage au ministre Lommasis , qui acheta pour cent mille ducats un bien qui rapporte seize mille ducats par an. Les maisons de charité sont maintenant soutenues par le gouvernement, (i)
(i) Les Napolitains donnent de grands éloges à un hôpital
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Tel est l’état des principaux hospices d’Italie, que j’ai été à portée d’examiner avec tous les avantages que pouvait me donner l’assistance locale. Leurs mérites sont généralement ceux qu’on doit attendre dans une contrée où la charité est inculquée par un principe de salut et de rémission des péchés. Les édifices sont presque tous trop vastes pour les fonds qui leur sont assignés ; mais les malades y sont assez abondamment pourvus des choses nécessaires à leur soulagement ou à leurs besoins. Dans les arrangemens intérieurs, la discipline des hôpitaux français prédomine généralement. Dans tout ce qui concerne la science , ils sont assujettis à tous les inconvéniens qui dérivent de l’éducation gratuite et de la faible rémunération des emplois, circonstances qui tendent à diminuer la somme de talens, et le zèle apporté à la culture de la science. Cependant , les chirurgiens et médecins sont comptés parmi les citoyens les plus éclairés de l’Italie, en partie à cause des sujets qu’ils sont appelés à observer, en partie à cause de l’independance de leur profession. Dans le nord de l’Italie, spécialement, les connaissances médicales sont accompagnées d’un degré assez considérable de philosophie et d’instruction générale. Les divers états italiens ont produit dans tous les siècles des hommes d’une réputation européenne , qui ont grandement contribué à l’avancement de la médecine , et dont les noms seront répétés avec gratitude tant que l’art médical sera cultivé en Europe.
dernièrement établi pour les insensés à Averse ; et ce fut un grand désappointement pour moi de n’avoir pu examiner personnellement les procédés que l’on dit employés là avec succès dans le traitement des malades.
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Le climat d’Italie, considéré médicalement , est lié au sujeÇ que nous venons de traiter. Au moindre symptôme demaladiepulmonaire , nous avons l’usage en Angleterre d’envoyer le malade en Italie ) et les papiers publics sont pleins de ces anuonces qui sont d’amers sarcasmes contre les médecins : Monsieur tel est mort en Italie , ou il était allé pour recouvrer la santé. D’après l’expérience d’un voyage .assez long, je pense qu’il y a peu de climats moins convenable pour une personne infirme. L’excès de la chaleur en été est insupportable, et doit être débilitant pour une constitution faible ou altérée. En hiver, le froid est intense dans quelques parties, principalement à Florence; et la différence de température, entre le milieu du jour et les matinées et les soirées , est de douze à vingt degrés de Farenheit. Pendant les premiers mois du printemps , on ressentait à Naples le même froid perçant et sec que les vents de mars produisent dans nos climats , et le contraste des côtés des rues exposés au soleil ou à l’ombre , était vraiment formidable. A la fin de février, nous avons eu la douce chaleur de nos étés , et au mois de mars le Vésuve était couvert de neige. Outre ces inconvéniens naturels , les malades ont encore à supporter des privations qui tiennent à l’état social : le manque de cheminées , de tapis , de portes et de fenêtres bien fermantes. Il est vrai que dans les capitales les personnes riches peuvent se procurer toutes les commodités de la vie ; mais les gens moins fortunés n’ont pas le même avantage , et les voyageurs de toutes les classes sont obligés, dans certains lieux, de coucher ddns des chambres sans vitres. Le climat du nord de l’Italie est délicieux en été • les brises rafraîchissantes qui viennent des Alpes , entretiennent une température modérée, et les lacs offrent
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des retraites charmantes et pittoresques. Les bains deLucques sont aussi très-fréquentés dans cette saison, comme réunissant les vents frais des montagnes et de la mer. Les malades cependant ne doivent pas rester trop tard dans le voisinage de Florence ; mais se rendre à Rome, dont l’air est plus tempéré , où l’on trouve un hiver doux et un abri contre les vents froids des premiers mois du printemps.
En revenant de Naples à Rome , à la fin de mars , nous avons trouvé la végétation plus avancée dans la dernière que dans la première de ces villes. Ainsi donc , quoique l’existence du palmier , du figuier indien et des orangers en plus grande abondance dans le royaume de Naples, indique un pas de plus vers le sud , je crois qu’on peut affirmer que l’hiver et le printemps sont plus doux à Rome que sur les bords immédiats de la baie de Naples.
La grande difficulté pour le choix des résidences adaptées aux différentes saisons tient à la mal-aria , qui règne pendant les mois les plus chauds dans les cantons de la Campagne de Rome où le riz est cultivé , dans les mirais Pontins, et généralement dans tous les lieux où la pente n’est pas suffisante pour l’écoulement des eaux. La période à laquelle les miasmes marécageux deviennent dangereux, dépend de la chaleur et de l’humidité de la saison j mais les effets en sont ressentis jusque dans Rome (même avant que l’été soit très-avancé), sur la place du Peuple et à l’extrémité de la via Babbuina , lieux très-fréquentés par les étrangers. Par cette raison , peu de voyageurs visitent Rome avant le mois de novembre, ou prolongent leur séjour au-delà de Pâques. Ce poison a un effet bien plus subtil la nuit , et spécialement pendant le sommeil. Il faut donc éviter de coucher
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dans les cantons infectés. Rien de plus commun que de voir les personnes qui négligent cet avertissement payer leur imprudence de leur vie.
Les causes des miasmes sont déterminées de la manière la plus précise. Elles tiennent évidemment aux changemens qui ont lieu dans les endroits où le soleil agit avec force sur une surface marécageuse ou partiellement couverte d’eau. Il est difficile d’obtenir aucuns renseignemens certains sur leur accroissement progressif. Les naturels , accoutumés à ce mal, le traitent avec une indifférence comparative ; et, pour l’honneur de leur ville, ils ne parlent jamais très-franchement sur ce sujet. Ce qu’on peut cependant affirmer , c’est que les environs de Saint-Jean-de-Latran sont désertés à cause de la fièvre ; et l’on peut supposer que cette maladie n’y était pas endémique à l’époque où un semblable édifice a été commencé. Si nous ne sommes pas totalement déçu à l’égard de ses causes , il existe des faits généraux sur lesquels il est impossible de se méprendre. Tout le plat pays, depuis les montagnes jusqu’à la Méditerranée , est un terrain enlevé à la mer à une période antérieure aux souvenirs historiques, par la projection d une immense couche de cendres volcaniques , formant la substance légère et poreuse appelée tuf La nature spongieuse de ce sol et sa surface plane , très-peu au-dessus du niveau de la mer , a dû produire dans tous les siècles la fièvre de marais. Les bouches du Tibre ont été spécialement le site de ce fléau. Mais en proportion que la terre a été plus cultivée et qu’un système d’assèchement a été adopté r suffisant pour permettre au blé de croître , le mal a dû s’amoindrir, sinon disparaître totalement. Par de semblables moyens, nous avons vu l’extinction de la fièvre
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dans le comté de Benvick'en Ecosse. Dans une matière scientifique , ces faits généraux valent toutes les citations classiques; ils ne peuvent égarer, et les déductions qu’on en tire sont que le mal doit avoir augmenté , quand la guerre , l’abandon de Rome , et les terres tombées dans les mains d’un petit nombre de propriétaires négligens, ont fait abandonner cette campagne à la nature. Le manque de culture a produit les maladies ; les maladies ont diminué et chassé la population ; et ces deux causes formant un cercle vicieux, suffisent amplement pour expliquer le phénomène.
A l’égard de l’accroissement de la contagion dans Rome, une autre circonstance doit être citée. Quand des marais sont près d’une grande ville , les bois doivent nécessairement former un boulevard qui empêche que l’air pestilentiel ne so.it disséminé par les vents. Les anciens, qui paraissent avoir senti cette nécessité , ont peutêtre consacré des bois à Neptune dans le voisinage de leur cité , pour les assurer contre la hache. Dans la détresse oii les dépenses énormes de Pie vi avaient plongé le trésor public , un canton considérable a été dépouillé de ses forêts qui furent vendues et abattues, et l’on peut, avec quelque apparence de raison, attribuera cet événement un accroissement de danger pour la capitale. Les doutes et les difficultés qui ont embarrassé ce sujet sont venus des vues bornées sous lesquelles on a considéré la question. Les argumens qui ont été fondés sur de certaines circonstances locales , étaient bien faits pour conduire à l’erreur. Toutes les particularités coïncidentes n’étant pas soumises à un principe général : les causes partielles se trouvent réduites à bien peu de choses, quand on considère que la maladie est la même
qui règne non-seulement en Italie , mais en Hollande , en Angleterre , sur les côtes d’Afrique , dans tous les lieux où l’humidité et la chaleur combinées peuvent corrompre la surface du sol. C’est là un des grands traits communs à tous les exemples ; et suivant toutes les règles du raisonnement on doit le prendre pour la cause efficiente du phénomène. L’accroissement du mal, avec l’extension de la culture du riz, et les irrigations des terres plates plantées en prairies, est une preuve synthétique de la proposition ; il existe peut-être fort peu de vérités médicales mieux prouvées que la connexion de causes et d’effets établie dans cette série de faits.
Ce n’est pas sans hésiter beaucoup qu’on s est décide a présenter au public ce petit nombre^-e remarques sur un sujet si important et si étendu. La variété d’objets qui se présentent en Italie à l’examen de l’observateur général , le territoire extensif sur lequel ils sont répandus, et les nombreuses subdivisions de la contrée, ne permettent pas à l’attention de se concentrer suffisamment pour se former une idée très-exacte de l’état médical de l’Italie. Mais ces remarques , telles que les circonstances ont permis à l’auteur de les faire, quoique défectueuses dans l’ensemble, peuvent toujours être 'prises pro tanto, comme des indications pour un futur examen ; et, placées dans un Appendix , elles obtiendront peut-être une indulgence qui serait refusée à un ouvrage plus ambitieux.