‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 25 sur 30 · VEN TSE · texte numérisé non relu

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L’indifférence passive des Vénitiens sur le renversement de leur ancienne république a mis en garde une grande partie de la société contre la sympathie, que leur misérable situation devrait naturellement exciter; et l’opinion publique en Europe semble prendre le ton de cette classe dont les intérêts avaient été blessés par la soumission de Venise aux armées françaises, et qui se trouvaient ainsi disposées à regarder comme crime, ce qu’un jugement plus calme appellerait simplement malheur.

Mais sans nous arrêter sur les circonstances fatales, mais inévitables, qui accompagnent la dégénération d’un peuple et un gouvernement usé, et qui sont en même temps les causes et les conséquences de la décrépitude nationale; il suffit de remarquer que la pusillanimité, la corruption, l’absence de patriotisme, sont plutôt des maux héréditaires que des vices personnels , et qu’il n’existe aucune condition plus misérable et plus digne de compassion que celle de l’homme qui naît sous des combinaisons politiques défavorables au développement de l’indépendance et des vertus publiques.

Ainsi donc, quelque coupables que les Vénitiens aient pu paraître, quand ils n’ont point enterré leurs femmes et leurs enfans sous les

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ruines de leur ville, pour le service des ennemis de la France, et pour prolonger de peu de jours l’existence de leur république; ce crime a été assez sévèrement puni par la cruelle et méprisante cession de cette cité et de ses dépendances, faite par Napoléon à l’Autriche. Sous le despotisme actif de la France, les Vénitiens avaient au moins une chance pour recouvrer quelques-unes des qualités dont le temps et les événemens les avaient privés; mais le gouvernement de plomb de l’Autriche, meme quand il est dirigé parles meilleures intentions , n’est jamais propre à améliorer la condition de l’humanité ; et à Venise, toute sa politique est évidemment funeste.

Le cabinet autrichien , dans la conscience intime que sa domination en Italie est encore plus précaire que les conquêtes ne le sont ordinairement, a dirigé, depuis sa première prise de possession du territoire vénitien, tous ses efforts vers la destruction d’une ville dont le a oisinage peut devenir un jour dangereux pour ses autres domaines; et l’on emploie tous les moyens possibles pour annuler son commerce, et le porter dans des canaux plus certainement sous l’empire de l’aigle impérial.

Le gouvernement autrichien de Venise est

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donc non-seulement un despotisme pur, mais une aggrégation étudiée et intentionnée de tous les abus qui tendent à opprimer, à briser l’esprit des sujets , à éteindre l’industrie et l’espérance. Les Allemands président exclusivement sur tous les départemens de l’état. A l’époque de notre visite à Venise, il n’y avait pas un seul de ses citoyens à la tète d’une administration, hors le président de l’Académie des arts, qui joint à son mérite personnel, et parfaitement analogue à son emploi, celui de servir gratis. Tous les juges étaient étrangers, ignorant également les usages et la langue du pays.

Les procès criminels sont conduits dans le plus grand secret : l’accusé ne peut pas avoir de défenseur, et on lui laisse ignorer son accusateur. Il peut être détenu six mois sans procès ; et quand on le rend à la société, il y rentre avec la conviction qu’il a un secret ennemi dont il ne peut prévoir ni prévenir les futures machinations. Vingt-quatre juges (car on leur donne ce nom par civilité) siègent autour d’une table dans une chambre bien fermée, et, sous le manteau des lois et de la justice, décident de la réputation et de la vie des citoyens, sans être arrêtés par la crainte de l’opinion publique ou l’obligation de motiver leur jugement.

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Le refus d’un avocat pour l’accusé n’est point un oubli; ce sujet a été la matière d’une discussion formelle , et le conseil aulique de \ ienne s’est décidé sciemment et volontairement à refuser une faveur que le bon sens et 1 honnêteté naturelle font reconnaître à tous les hommes comme un droit.

Mais quand le silence et l’obscurité dans lesquels les opérations légales sont conduites, ne suffiraient pas pour garantir les juges, et leur donner toute latitude dans 1 exercice de leurs fonctions , une autre porte est ouverte à 1 injustice, dans le pouvoir qu’ils ont de décider dans les cas ou la loi est incertaine ou se tait, d après 1 usage, et quand celui-ci manque, suivant les lumières de leur conscience.

Les restrictions commerciales apporten t tous les empechemens possibles dans les moyens de gagner de l’argent, et de lourds impôts ont progressivement épuisé les capitaux fournis par le territoire. Les taxes sont envoyées à Vienne jusqu’au dernier sou, et même les fonctionnaires publics qui sont obligés de résider à Venise, dépensent assez peu de leurs revenus pour que leur salaire ne rentre pas entier dans la circulation. Tous les détails de l’accoutrement militaire sont apportés de Vienne, et l’on n’emploie aucun artisan véni-

tien pour le service fie 1 état, quand on peut y suppléer par des importations d’Allemagne.

La conséquence de ce mode de gouvernement cruel et tyrannique, c’est que le numéraire disparaît peu à peu ; une monnaie basse et presque sans valeur est presque tout ce qu’on voit circuler à Venise; et c’est en si petite quantité, que pendant notre séjour, le change d’une pièce de cinq francs exigeait trois sous de retour. L’agio sur l’or y était aussi beaucoup plus fort que dans aucune autre ville d’Italie. (1)

Les Vénitiens ainsi dépouillés de leurs derniers sequins , sont incapables d entreprendre les grands ouvrages publics absolument necessaires pour la conservation de leur ville. Les lagunes se remplissent graduellement, et les maisons tombent dans les canaux par l’impossibilité de réparer les pilotis. La population qui jusqu’à l’extinction de la république était

(i) L’ancienne monnaie de la république était si pure et si renommée, que des voyageurs ont trouve des anciens sequins vénitiens au-delà du Gange et sur la côte de Malabar. Cooper dit que , depuis la Méditerranée jusqu’à la Chine , les Asiatiques ne connaissent pas d’autre monnaie. Bruce raconte que les Arabes lui demandaient si les Vénitiens étaient les seuls Européens qui possédassent des mines d’or.

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de cent quarante mille âmes, est réduite à cent mille. Entre les années 181 3 et 1817, elle a diminué de deux mille, et d'après les derniers recensemens, il paraît qu’il faut compter maintenant trois mille de moins. Pendant les vingt dernières années, vingt -quatre grands palais ont été vendus et démolis, et l’état d’abandon et de dégradation de ceux qui restent, fait présager leur sort prochain.

Le commerce de Venise annulé, ses ressources coupées, et ses richesses dilapidées, il est naturel de supposer que des sentimens bien amers régnent dans le peuple à l’égard de leurs injustes oppresseurs , et que des soupçons mutuels et bien fondés multiplient les espions , et contribuent avec la puissance croissante de la noblesse, à rompre les liens de la société. À mesure que les moyens d’attraction qui dérivaient des amusemenspuÈlics diminuent avec les moyens de les soutenir, les étrangers sont moins tentés de s’arrêter; et quelques jours consacrés à l’examen de sa position singulière et curieuse, et quelques soirées passées dans les seules conversazioni maintenant ouvertes aux étrangers, complètent le séjour à Venise, qui, du temps d’Evelyn et de lady Montague , s’étendait souvent à des mois et même à des années. Si l’influence po-

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litique actuelle continuait, son sort comme ville serait bientôt décidé; elle disparaîtrait aux yeux de ses oppresseurs, il ne resterait pas un seul fragment de ce monument de mille ans de gloire. Les vagues de l’Adriatique se refermeraient sur les palais des Foscari et des Priuli , et les ouvrages de Sansovino et de Palladio s’enfonceraient sous les lagunes aux bords desquelles ils paraissent déjà succomber à un déclin prématuré.

L’histoire de Venise a obtenu la popularité cl’une légende. Elle commence brillamment: quelques esprits indépendans , après avoir en vain cherché autour d’eux un asile contre le despotisme, ne trouvant aucun point sur la terre pour se mettre à l’abri de ses atteintes , se rassemblent au milieu de la mer, et on les laisse tranquilles possesseurs d’un terrain couvert de vase et de plantes marines. Ils sont pauvres , mais libres ; ils souffrent beaucoup, et ne jouissent de rien , que de l’indépendance. Enfin, ils parviennent à l’opulence et à l’importance nationale, sous l’influence énergique de la nécessité. Alors commence la puissance, la domination extérieure; et la gangrène de la ruine nationale empoisonne déjà la constitution de l’état et ses institutions sociales, sous les formes variées de l’ambition,

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du luxe, de l’ostentation, de la corruption des mœurs , de la licence dans les manières. Le pouvoir concentré dans un petit nombre, pèse sur le plus grand, un sénat national se change en inquisition politique, le soupçon devient le principe dominant, et les espions les agens essentiels du gouvernement; jusqu’à cequ’enfin les tyrans tombent victimes de leur propre système, et qu’il en échappe à peine un seul , soit par hasard , soit par son insignifiance. La cruauté et une faiblesse efféminée terminent la scène : les piombi du palais ducal, les divertissemens de la place Saint-Marc, l’ostentation combattant jusqu’à la fin contre l’indigence.

Une invasion étrangère pouvait à peine être sentie comme un mal. Des chefs timides et corrompus trahirent un peuple opprimé et corrompu, et la maîtresse victorieuse de Constantinople se soumit , sans avoir opposé le plus léger effort, au conquérant du jour. C’est là que commence la dernière période de malheur : elle fut livrée comme un ballot de marchandise, jetée dans la balance pour achever le poids. Régie d’après une politique plus barbare que n’aurait pu l’être celle des Huns, elle se vit forcée à subir la plus affreuse destinée pour une nation ou pour un individu,

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celle de ramper sous un pouvoir qu’on méprise.

A l’époque de la révolution, les Vénitiens avaient, il est vrai, perdu depuis long-temps l’indépendance d’esprit, le génie , l’industrie de leurs ancêtres; mais leur Laine pour le gouvernement autrichien est telle, qu’elle peut devenir pour eux une source de régénération , un point d’appui pour la résistance. Le même pouvoir qui força leurs pères à quitter de fertiles plaines pour se réfugier dans les lagunes , peut forcer l’insecte rampant à se retourner contre son oppresseur; il peut même à présent faire sortir les sibarites vénitiens de leurs palais ruinés, relever le lion de Saint- Marc, comme dans les jours des Falieri et des Dandoli. Les deseendans des héros de Cypre, de Candie et de Negrepont, se joignant à quelques futures ligues de Lombardie, pourraient aider à la défaite d’un Barberousse de nos jours, qui ferait plutôt passer la charrue sur les villes d’Italie, que de reconnaître leurs droits à l’indépendance. Dans la triste situation des choses actuelles, il est consolant de penser aux ressources infinies que des hommes résolus à être libres peuvent trouver. Ainsi que les voies de la Providence, elles sont inépuisables et incompréhensibles ; et les na-

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tions comme la nature se dirigent d1 elles-mêmes dans leurs besoins urgens par des lois aussi irrésistibles que celles qui gouvernent le monde matériel.

En contemplant Venise à mesure que la barque du voyageur s’éloigne de sa vue magique , quand on prend congé du plus grand monument que la liberté ait laissé de ses moyens et de sa puissance, on doit, en rappelant l’origine de cet état sans égal dans Tuniviers, considérer également les effets étonnans du despotisme et du mauvais gouvernement, qui sont sur le point d’entraîner ces puissantes structures dans les vagues d’où elles se sont élevées. Il est sage de réfléchir sur les moyens de conjurer un fléau qui vient des villes d’Orient, à travers l’Adriatique, tomber comme un nuage chargé de la foudre, sur le dernier site où les hommes libres se rassemblent autour d’un gouvernement constitutionnel. Les peuples de l’Europe sont maintenant pour la première fois coalisés parles opinions et les lumières. Le calme qu’ils opposent à la force, aux crimes, aux erreurs de leurs antiques gouvernemens, offre le plus noble exemple qui ait jamais été donné. Si un homme vertueux, luttant contre l’adversité, est un grand et beau spectacle, combien celui d’une na-

tion ou de nations combattant pour leurs droits et leur indépendance, n’est-il pas plus admirable ! Opposée à cette ligue , la seule qu’on puisse appeler sainte , se présente l’alliance des potentats, armée, puissante et concentrée, en possession des moyens exclusifs les plus prompts, et de toutes les communications secrètes; entourée de légions mercenaires, servie également par les prêtres et les brigands, les espions et les sbires, Le combat ( et c’est un combat sublime) peut être long ; son résultat éloigné : mais l’objet pour lequel il est soutenu n’est plus douteux. Les peuples de l’Europe demandent des gouvernemens constitutionnels , au lieu des despotismes illégitimes : leurs souverains s’efforcent de faire reconnaître leur droit divin . qui les rend responsables devant Dieu seul. C’est le dogme fondamental de la croyance qu’ils veulent établir à la pointe des baïonnettes; et pour démontrer son application pratique , leurs intentions se sont pleinement développées dans le sort de la Pologne, de la Saxe, de Gênes, de la Sicile , de Parga , de Naples et du Piémont , et par la récente occupation militaire de la péninsule d’Italie.

APPENDIX, N° I

DE LÉTAT DE LA MÉDECINE EN ITALIE, AVEC DE COURTES NOTICES SUR QUELQUES HOPITAUX ET UNIVERSITÉS,

TAR SIR T. CHARLES MORGAN, M. D. (i)

Théorie médicale des conlra-slimulans . — Lniversilés. — Leur multiplicité. — Pavie. — Manière d élire les professeurs. — Degrés. — Collections. — Jeu de la nature très -remarquable. — Padoue. — Gênes. — Bologne. — Cours d’ instruction medicale. — Bibliothèque. — Collections. — Ouvrages d anatomie en cire. — Toscane. — Pise et Sienne. — * École de médecine de Florence. — Médecin et chirurgien fiscaux. — Collection anatomique. (Mas cagni ). — Cabinet de physique , et collection unique d'ouvrages d’ anatomie en cire. (Giuseppe Raddi ) ex-professeurs du ly cée supprimé. — Mort de Sussini. — Rome. — Sapienza et cours à l’hôpital Santo- Spirilo. — Naples. — Écrits de Déifie o. — Hôpi-

(i) On ti’ouve chez l’éditeur de l’Italie la traduction de l’Essai philosophique sur le s» phénomène s de la vie , de su Charles Morgan, publié en ^$19. Cet ouvrage a obtenu lo suffrage des hommes éclairés en France, en Italie et en Suisse 5 et les journaux scientifiques du temps en ont rendu le compte le plus avantageux.

taux. — Maisons de fous. — Turin. — Hôpital Saint-Jean. — La Charité. — (Histoire des institutions de charité à Turin pendant la révolution). — Gênes. — Hôpital Pammatone (Sainte-Catherine).

— Hôpital des incurables. — Milan. — Ospedale maggiore. — Pénitencier. — Hôpital des fous. — Pavie. — Bologne. — Ospedale délia vila. — Florence. — Santa-Maria-Maggiore. — Hôpital des fous. — Rome. — Santo-Spirilo. — Hôpitaux de Naples. — Albergo de' poveri. — Climat d'Italie.

— Mal-aria.

Les sciences naturelles, qui 11e sont liées qu’avec les intérêts les plus généraux de l’humanité, se trouvent moins fréquemment en collision avec les passions, et sont moins propres à exciter la défiance des Églises et des gouvernemens despotiques , que celles qui touchent directement à l’existence morale et sociale. Indispensables pour le développement de la puissante commerciale ou militaire, elles ne peuvent jamais être négligées avec impunité ; et , soit qu’une nation travaille pour son propre compte, ou pour le profit d’un souverain absolu, elle doit toujours être encouragée jusqu’à un certain point dans ce sens. Après le renversement des républiques d’Italie, quand l’intelligence humaine se trouva placée sous la tutelle des inquisiteurs et des censeurs, le petit nombre d’esprits indépendans qui se forma , en dépit des entraves d’une éducation erronée et pernicieuse, se réfugia dans l’étude de ces vérités moins sévèrement prohibées.

Mais si les sciences naturelles sont les dernières à sentir l’effet de l’oppression des gouvernemens absolus,

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elles finissent toujours par succomber sous les vices de leur système. Il existe une connexion si serrée entre l’homme physique et l’homme moral , qu’aucune vérité' ne paraît absolument indifférente aux classes dominatrices , qui opposent leur égoïsme au bien-être de 1 espèce ; et la jalousie d’instinct de ces classes les rend alertes , même contre le danger le plus éloigne ou le plus imaginaire.

Ces diverses causes ont assigné à la philosophie naturelle des bornes presque universellement semblables dans les gouvernemens absolus. Elle est considérée comme une personne dont les services seraient imporlans , mais qui porterait en elle des germes de danger dont on devrait se garder, quoiqu’ils ne fussent pas prochains. Toutes les fois que l’autorité établie s’est mêlée de protéger les sciences et de fonder des académies, son objet était bien moins de développer la force et de hâter la marche de la science , que de contrôler et de diriger ses mouvemens Presque tous les petits états qui divisent l’Italie ont leurs collèges,

leurs bibliothèques, leur observatoire et leur laboratoire de

physique et de chimie ; et l’on aurait peine à trouver un seul des augustes de cette contrée , quand il ne serait seigneur que de quelques milles carrés, qui n eut pas propter dignitalem , ses littérateurs pourvus de croix et de pensions. Mais le souvenir de Galilée et de son sort est plus puissant que les titres et les places j et 1 Italie a perdu sa prééminence dans le monde scientifique , de même qu’elle a été privée de sa suprématie religieuse et de sa prospérité commerciale.

Cependant l’influence directe de l’Église et de l’État a été moins funeste aux connaissances plus intimement

liées avec l’élude de la médecine. Quoique les médecins aient été généralement soupçonnés d’avoir des opinions fort libérales, les craintes des gouvernans , en qualité d'hommes , l’ont emporté sur celles qui leur étaient inspirées en qualité d’hommes d’état; et malgré l’horreur qu’ils avaient des philosophes et des carbonari , leur frayeur de la goutte et de la pierre avait encore plus d’empire sur eux. Dans la Haute-Italie , surtout, le zèle pour les recherches médicales n’a jamais été entièrement éteint ; et le stimulant qu’il reçut de la protection éclairée de Joseph n n’a pas été refroidi par les calamités qui ont suivi cette époque. Les noms de Volta, Fontana, Scarpa, Mascagni, Borsieri, etc. etc., ont donné un intérêt européen aux études des universités italiennes , ont rendu les opinions qui prédominaient dans ces sièges de la science, des objets de curiosité , et pour le philosophe général , et pour le praticien médical.

L’isolement dans lequel les nations de l’Europe se sont trouvées, et les jalousies militaires et commerciales qui ont été fomentées , ont sans doute retardé la marche de la civilisation; mais cette circonstance a produit un avantage indirect par l’établissement de foyers de lumière intellectuelle , nombreux et indépendans , qui ont favorisé l’originalité de la pensée , et ont mis fin à cette banalité d’opinions qui avait si long-temps établi Aristote arbitre souverain du savoir dans tout le monde catholique.

L’avantage de plusieurs écoles indépendantes s’est fait plus particulièrement sentir à l’égard des sciences médicales : le nombre de théories ainsi créées et mises en concurrence , démontrait la futilité de tout système qui n’était point fondé sur l’expérience , imposait à l’esprit plus

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de réserve et de modestie dans ses spéculations. D’autre part, les divers points de vue sous lesquels les sujets ont été examinés dans les différens pays, donnent au philosophe ( maintenant que les communications sont rétablies entre les nations) le moyen d’arriver à des notions plus précises que si une seule route lui avait été tracée.

L’école de médecine de France est intéressante à observer pour les Anglais, à cause du contraste, de l’opposition marquée qui existe entre le système expectant de ce pays et les méthodes plus actives des praticiens d’Angleterre. La médecine italienne , au contraire , attire notre attention par sa coïncidence avec quelques idées générales qui prédominent dans nos écoles , et par une certaine ressemblance dans la pratique des deux pays.

Cependant les doctrines de Brown ont gagné en Italie et dans tout le continent plus de crédit que dans le pays où elles sont nées. A une époque très-récente, elles exerçaient dans ces contrées un empire absolu sur la pratique, qu’elles n’ont jamais obtenu dans nos îles. Les guerres de la révolution , en empêchant les communications avec l’Angleterre, ont arrêté la circulation de nos livres de médecine. Les écrits d’Hamilton, de Currie, et des derniers défenseurs du traitement antiphlogistique des maladies , n’ont été connus que fort tard , et partiellement; tandis que l’influence de l’invasion française tendait à tourner l’esprit dos Italiens vers le système français, plutôt que vers les mesures plus décisives qui caractérisent l’état actuel de la médecine anglaise. La pratique de la médecine, en Italie , peut donc être considérée , d’après l’opération de ces causes , comme principalement brownonienne , en partie humorale et en partie expectante ; un petit nombre de praticiens suit cepen-

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liant encore les méthodes fondées sur les ouvrages de Sydenham.

Dans cet état des opinions, l’attention publique a été fixée par les écrits et la pratique du docteur Rasori , médecin éminent et des plus heureusement doués, qui, ayant fait ses études à l’école d’Édimbourg, était profondément imbu des doctrines de Brown : il avait traduit, pour l'avantage de ses concitoyens, laZoonomie de Darwin. Des circonstances l’ayant placé à Gênes pendant le siège mémorable de cette ville, il eut de fréquentes occasions d’observer la fièvre pettechiàle qui désolait alors la république. Une courte expérience lui suffit pour découvrir l’inefficacité des remèdes stimulans dans la cure de cette maladie ; et pour établir la vérité de la doctrine maintenant généralement embrassée en Angleterre , qui range la fièvre en question dans les maladies inflammatoires. Le choc que les opinions du docteur Rasori reçurent à cette époque le conduisit à une suite d’observations et d’expériences qui le menèrent à la conviction que le nombre des maladies réellement asthéniques, ou provenant de débilité, est très-limité ; et à l’établissement d’un système ou théorie de médecine qui a pris beaucoup de crédit dans le nord de l’Italie , sous le nom de Système italien, ou contra- stimulant.

Cette théorie peut être considérée comme consistant en deux doctrines distinctes : la première que nous venons de décrire concerne la nature générale de la fièvre; et les Anglais avaient été conduits à cette doctrine par les observations expérimentales d’Hamilton, les affusions froides de Currie , et la hardiesse sceptique et indépendante qui prédominait dans les écoles d’Édimbourg et de Londres pendant les vingt ou trente dernières années.

appehdix.

La seconde doctrine regarde le mode d’opération de certaines drogues dont les effets ne s’accordent, ni avec les idées de riroWn , ni avec les autres systèmes physio— logiques alors connus. L’essence de cette seconde doctrine est qu il existe une classe de substances dont Faction réduit la fièvre, ralentit la circulation , et va assez loin pour pioduire un affaiblissement direct, sans l’ intervention ci aucune évacuation notable (i). Les notions anciennement adoptées sur ces drogues, étaient qu’elles opéraient en diminuant ou délayant la masse des fluides Circulans , dans lesquels elles étaient supposées coïncider ec 1 opération de la saignée. La doctrine des contra— stimulans attribue leur utilité à leur impression directe sur les solides vivans ; à une action qui , lorsqu’elle est excessive, éteindrait la vie par un épuisement inst.au tané. Dans cette classe de substances , on doit placer l’aconit , la digitale , les drogues antimoniales , et en général toutes les substances minérales , la ciguë , le venin de la vipère, l’eau de laurier et l’acide prussique, le cambogia, le tbe , le café , etc. etc. Les classes de stimulans et con-

(i) « L’agire di molle sostanze sulla fibra viva in senzo d?a- « rnetralmente opposto ail’ azione stimolaute, ed il prodursi « per esse di quegli effetti immediati su 11’ eccitamento che « Crown derivava solamente da potenze négative o da dimi- « nuzione di stimoli ; il togiiersi per cotesle sostanze (giusta- « mente percio chiamate contra- stim&lanti) gli effetti del sti- « molo eccedente anche senza evacuazione alcunaj ed il pro- « dursi per esse , se vengono fuore, o al di là del bisogno ap- « plicate, tali malattie che il solo accrescimente di stimoli « puo distruggere , etc. etc. etc.» (Tommasini. Délia nuova Dottrine mcd. p. g).

AI’l’EÎN DI X

tra-stimulans , suivant cette doctrine, sont opposées dans leurs relations avec la fibre vivante , et servent de contre-poison les unes aux autres. De là , disent les avocats de cette doctrine, est venu chez les Turcs l’usage du café en abondance , comme antidote de l’opium dont ils prennent de si grandes quantités. De là vient aussi l’utilité des acides végétaux, comme contre-poisons de la même drogue. (1)

Un des faits les plus importans qui se rattachent à celte doctrine, est que l’efFet d’une dose donnée de drogues contra-stimulantes , va en sens inverse du degré de stimulation , et conséquemment les maladies inflammatoires exigent l’application d’une quantité de ces remèdes tout-à-fait inusitée dans la pratique anglaise, et les excrétions en ce cas ne sont pas même notablement altérées. Il est donc reçu en pratique de mesurer la dose sur la quantité de l’excitement, et de n’en considérer aucune comme excessive , tant qu’elle ne change point la diathèse , et ne produit point une débilité dangereuse. Ainsi, dans les maladies sthéniques, les Italiens emploient l’aconit depuis un grain jusqu’à une dragme , le kermès minéral de huit à vingt-huit grains, le tartre émétique

(1) L’effet contra-stimulant du jus de citron est beaucoup plus grand qu’on ne le suppose communément. L’auteur, pendant son séjour à Naples, ayant éprouvé un léger coup de soleil, qui produisit un*vomissemen|/bilieux et un paroxysme fébrile, adopta, d’après l’avis des Personnes du pays, l’usage de la limonade en abondance. Deux ou trois quarts de ce fluide pris dans le cours de la matinée, emportèrent non-seulement le mal, mais produisirent un état de débilité assez pénible pour exiger une stimulation vineuse.

APPEN DIX. ^35

de quatre grains à une demi-dragine , le nilre d’une demi-once à une once. On administre ordinairement ces drogues divisées en doses prises dans le cours de vingtquatre heures , et largement délayées dans quelque boisson simple au goût du malade. 11 est d’usage de commencer par une petite quantité, et de l’augmenter plus ou moins rapidement, suivant l’urgence des symptômes. Quelque extraordinaires que ces faits puissent paraître, il est cependant peu de praticiens anglais qui n aient eu 1 occasion d observer de semblables résultats obtenus par l’application de la poudre de James. Le caprice apparent de l’action de cette drogue sur l’estomac , et la variété de ses effets évacuans , sont tels , qu’il serait impossible de ne pas soupçonner de l’inégalité dans sa piépaiation , si 1 on n avait pas cette clef pour expliquer le phénomène. La moitié d’un paquet ou un paquet de véritable poudre de James , réitérés à de très-courts intci \ ailes , ontparu dans quelques cas de fièvre absolument. inertes, et n ontprovoque ni vomissement ni transpiration , quoique la langue eut été trouvée humide, et la fièvre abattue le lendemain matin. (î)

La connaissance de ces faits devait avoir naturellement une influence très-favorable dans la pratique de la médecine d’un pays où le climat développe l’inflammation avec tant d’intensité et de rapidité ; mais il a été encore pins utile en bannissant ces dangereuses erreurs de pratique qui s’étaient introduites d’après la doctrine de

(t) L’attention de l’auteur a été fixée sur ce fait par la pratique d’un ami qui emploie spécialement ce remède dans la cure des fièvres , malgré l’absence de tout effet sensible de cette drogue, excepté l’effet très-important d’améliorer l’état du malade.

/j36 appen dix.

Brown sur la débilité indirecte , ou les maladies naissant de stimulation excessive , et qui devaient se guérir par une stimulation encore plus grande. Dans les maladies inflammatoires ( n’importe qu’elles soient aiguës ou chroniques, qu’elles attaquent un sujet vigoureux ou débile) l’excès de stimulant est la cause du mal, et les remèdes contra - stimulans offrent plus de chances de succès qu’on ne peut en espérer du vin , de 1 éther, ou d aucun autre stimulant. Quoique les moyens employés pai les médecins qui suivent celte doctrine, puissent quelquefois différer des nôtres , cependant les indications sont en général les mêmes qui sont recommandées par nos meilleures autorités. Leurs vues et celles du docteur Blackall , à l’égard du traitement ue l’hydropisie , s’accordent presque entièrement (i). Les médecins conlrastimulans peuvent se vanter de grands succès obtenus dans la cure de cette fatale maladie : elle est devenue très-commune en Lombardie, par la prédominance des fièvres intermittentes engendrées dans les rizières; et il est rare qu’on admette dans les hôpitaux lespersonnes qui en sont atteintes, avant qu’une désorganisation plus ou moins extensive ait eu lieu chez elles ; cependant, la mortalité dans les salles cliniques de l’Ospedale maggiore de Milan, pendant 1812, 181 3 et 1814 (années où les

(1) « Nel seconde atmo , quando era professore di patolo- « gia e medico nel spedale di Pavia , nell’ iuverno trattai di- « verse idropisie steniche o inflammatorie , coine sono State „ chiamate ; idropisie clii sono più frequenti assai di quel clie « volgarmente si crede. Il nno trattawento fuconquegh stessi « rimedii , generosaniente adoperati i quali convengono a « qualunque allra malattia stenia, etc. »(Rasori. Storia délia febbre pelecchiale di Genova ).

APPEiN'DIX. 4^7

eontra-stimulans étaient mis en usage ) , 11’a pas excédé vingt-huit sur cent. (1)

Un très-grand succès comparatif a résulté également du même mode de traitement dans la consomption. Les morts de cette maladie étaient sur le registre au nombre de soixante-trois sur centj mais en supposant que la maladie eut toujours été bien désignée sur le journal d’admission à l’entrée des malades, ce succès, tout limité qu’il parait , est un sujet de triomphe comparatif.

Pour le traitement de la dysenterie on emploie principalement la gomme gutte, donnée comme contra-sti— mulant , en augmentant graduellement la dose jusqu’au point d’amener une diarrhée , qui est considérée comme un signe de cessation d’inflammation.

A l’égard des maladies aiguës, quoique les praticiens qui suivent la méthode des contre-stimulans administrent leurs remèdes plus hardiment qu’on ne l’avait fait dans lous les autres systèmes de médecine en Italie , on peut douter qu’ils y mettent toute la vigueur nécessaire. La mortalité a été calculée d’après les registres de la clinique du grand hôpital pendant trois ans, à moins de 1 1 sur 100; et dans les autres années où les anciennes méthodes étaient employées , il était de 16 sur 100. Le nombre total des malades était de 4855 ; celui des morts de 520. Parmi les maladies on comptait i3o2 pneumonies, consomptions, tabès, hydropisies , typhus et malades reçus à l’article de la mort, dont il mourut 4 28^ Les morts de pneumonie étaient de 22 sur 100; et du typhus de 12 sur 100 (2). Ce terme de 22 sur 100 pour

(1) Conciliateur.

(2) Ce nombre excède celui des morts, pendant les plus, fortes épidémies qui ont affligé dernièrement l’Angleterre.

APPINDlS.

les inflammations pulmonaires semble indiquer (en admettant les différences que les qualités stimulantes du climat doivent apporter) l’inefficace de la pratique , du moins comparée avec celle d’Angleterre. Il n’est donc pas improbable que l’emploi des drogues contra-sti ululantes ait conduit à négliger la saignée, ou du moins U se confier à des effusions de sang trop peu abondantes pour guérir le mal par un coup de main. L’action du tartre émétique, quoique puissante, est lente; et dans les maladies aiguës les premières vingt-quatre heures sont les plus importantes. Il est donc possible que ce temps précieux se trouve perdu dans l’emploi de ces drogues , tandis que si l’on en avait profité pour traiter la maladie par la saignée , le malade aurait pu être sauvé à cette époque par ce moyen, qui n’a plus le même pouvoir à une période du mal plus avancée. D’après tout ce que j’ai pu recueillir dans de frequentes conversations avec le docteur Basori , il m’a paru suffisamment persuadé de l’importance de la saignée; et j’aurais fait cette remarque avec moins de confiance, si ce médecin ne m’avait pas semblé pencher lui seul entre ses compatriotes pour les moyens hardis et décisifs. Dans tout le midi de l’Italie , toutes les fois que j’ai eu l’occasion de faire des observations directes , j’ai trouve que l’on tirait le sang dans les maladies inflammatoires en quantité totale moindre qu’en Angleterre , et par des saignées plus petites et plus fréquentes (i). Il serait donc possible

(i) Je me rappelle d’avoir assisté à l’ouverture d’un sujet dans lequel on trouva la désorganisation la plus extensive dans le thorax ; effusion de lymphe et de sérum , et adhésion presque universelle des deux couches de la plèvre. J’appris nue ce

APPENDIf .

4ty

que l’esprit déjà prévenu par une autre idée, la même erreur ait. pu être commise dans la pratique par de meilleurs médecins.

La partie qui paraît la moins parfaitement développée dans la théorie des contra-stimulans, et sur laquelle on s’accorde le moins unanimement , est celle qui se rapporte à l’action de drogues particulières : en effet, il n’existe aucune branche des recherches médicales plus contradictoire et plus obscure chez les médecins de toutes les sectes et de tous les pays. Les disputes sans fin sur l’action de la digitale, qui se lisent dans les ouvrages des praticiens anglais, sont un exemple frappant de ce fait. Quelques personnes rangent parmi les remèdes contra-stimulans, les remèdes minéraux, plusieurs amers, et ( mirabile dictu) les cantharides mêmes. Rasori rejette totalement de la matériel medica , la classe des diurétiques, dont il considère l’action comme entièrement contra-stimulante ; car il dit que non-seulement des liydropisies qui peuvent être guéries par de tels remèdes , sont, également curables par l’usage d’autres contra-stimulans; mais ces médecines diurétiques ne provoquent pas les mêmes évacuations dans d’autres maladies. D’autre part l’opium et l’éther produisent des effets diurétiques dans les hvdropisies qui- viennent de faiblesse de la fibre (i). En jugeant empiriquement de ces faits, nous devons arriver aux conclusions les plus contradictoires. Mais en adoptant la doctrine des contra-

malade avait été traité par des saignées répétées, dont chacune n’excédait pas huit ou dix onces : si tout ce sang avait été tiré en une fois , on aurait peut-être pu lui sauver la vie.

(t) Rasori, loco cilalo.

APPENJJIX.

stimulans, l’induction philosophique est que les diurétiques et les autres spécifiques, pour l’hydropisie , sont efficaces et ont une action spéciale par leur relation avec la diathèse, ou maladie constitutionnelle.

Le fait sur lequel on se fonde pour ranger les cantharides dans la classe des conlra-stimulans , est que les vésicatoires appliqués à la peau sur certaines inflammations glandulaires résolvent le mal sans produire une vésication dans l’épiderme. Cela s’explique de la même manière que l’inertie de l’émétique dans le cas de diathèse inflammatoire 5 toute la force de la drogue étant alors employée à surmonter cette diathèse.

Une des parties les plus obscures de la nouvelle médecine , c’est la distinction entre les effets irritans et contrastimulans des drogues. Plusieurs drogues conlra-stimulantes sont, à certaines doses, de l’activité la plus irritante et la plus âcre (sans parler des cantharides) : le nitre , les purgatifs amers, et la plupart des substances minérales, excitent, quand on les prend à une trop forte dose , des irritations excessives suivies d’inflammations fatales du canal intestinal. Au sujet de l’irritation, les théoristes sontentrés dans les distinctions lesplus minutieuses : l’un affirme l’existence d’une diathèse particulière produite par les stimulans irritans, un autre nie son existence, mais il admet une affection locale universelle (i) , effectuée par les agens irritans. Quelques personnes considèrent aussi l’irritation comme un phénomène sui generis, qu’on ne peut faire disparaître qu’en faisant cesser la cause qui le produit ; et d’autres soutiennent que l’effet

(i) « Affezione universalmente locale. » Gianini , cité par

Tornmasin*.

de l'irritation et de toutes les douleurs (i) est purement contra-stimulant. Dans toute cette logomachie on trouve plus de subtilité d’esprit que d’observation pratique ; et peut-être aussi une précipitation assez marquée dans les classifications de certaines drogues. Il est difficile de considérer l’irritation sous un autre jour que sous celui d’une stimulation directe, puisque lorsqu’elle est portée à un certain point, elle amène toujours l’inflammation. Il est donc difficile d’entendre que les irritans puissent être en même temps des contra-stimulans. Tout ce qui ébranle violemment le système nerveux a le pouvoir de diminuer temporairement, et en quelques cas d’éteindre totalement l’énergie vitale. Les coups sur l’estomac , la rupture des ligamens; tout ce qui altère à un degré considérable un viscus important , est suivi d’un état marqué de contra-slimulus ; mais cette affection particulière de l’appareil nerveux n’a rien de commun avec le pouvoir qu’une drogue peut avoir sur la circulation. Dans tous les cas de poison où les couches de l’estomac sont ou chimiquement, ou physiologiquement détruites, cet état de contra-stimulus précède la fièvre inflammatoire, qui accompagne l’effort pour rejeter l’escarre j mais il ne s’ensuit pas de là que le collapsus soit l’effet direct d’une propriété spécifique dans la drogue administrée.

Le système contra-stimulant , qui est né en Lombardie, prédomine particulièrement dans le nord de l’Italie. Ses principaux soutiens sont : le professeur Rasori à

(0 II y a des modifications de douleur qui produisent l’abattement, et qui sont accompagnées d’une affection sympathique de l’estomac et du cerveau ; mais en général, la douleur accélère le pouls et empêche le sommeil.

Milan , le professeur Borda (i) à Pavie , et le professeur Tommasini de Parme. Les villes d’Italie , en proportion de leur distance de ces foyers de prosélytisme , montrent plus ou moins d’empressement pour la nouvelle lumière , et persévèrent avec plus ou moins d’indifférence dans leur ancienne routine. Tous les débats qui ne peuvent exciter les craintes du gouvernement, sont soutenus en Italie avec la plus grande chaleur, et la nuova dotlrina medica italiana a été sévèrement taxée de n’être ni nouvelle, ni doctrine, ni médicale, ni italienne. Elle n’a cependant rencontré que très-peu d’opposans parmi les hommes les plus distingués, excepté Spallanzani de Modène, neveu du fameux Spallanzani qu’on appelle il Spallanzani , et Federigo de Venise^ A l’égard de la pure théorie , nos compatriotes ne peuvent y prendre un grand intérêt ; mais dans ce qui regarde la pratique , il est impossible de ne pas avouer que le zèle , l’activité , le courage dans l’administration des remèdes , semblent bornés aux médecins de l’école con tra-stimulante. On est disposé à classer les humoralistes , les brownistes, et les défenseurs de la médecine expectante, parmi les indolens et les mauvais observateurs dans un pays où des maladies si aiguës, et des remèdes si actifs, s’offrent en vain à leur attention. Le docteur Clark (2) a remarqué avec

(1) Les papiers publics annoncent que cet homme accompli a été arrêté et conduit dans une forteresse en Hongrie, pour quelque conspiration réelle ou imaginaire contre les Autrichiens.

(2) Dans ses Observations sur le climat et les maladies du midi de la France et de l’Italie , ouvrage où l’on trouve des remarques originales et une grande indépendance d’esprit, et

APPHN DIX.

beaucoup de justesse, que les sciences en général, et la médecine en particulier, sont dans un état plus florissant dans la Haute-Italie que de l’autre côté des Apennins ; et la première est précisément le territoire des praticiens contra-sfimulans. La médecine en général leur doit beaucoup pour leur administration hardie des remèdes puissans , surtout pour l’emploi philosophique de la digitale et de l’antimoine , qui, nonobstant tout ce qui a été écrit en Angleterre, n’avaient pas encore été tirés d un empirisme grossier. L’usage de l’eau de laurier et de 1 acide prussique est un autre bienfait qui dérive de cette source, quoiqu’il soit probable que les Français ont le principal mérite de cette application d’un poison des plus mortels à la médecine. Pour les praticiens anglais qui sont retournés sur les traces de Sydenham , et qui se sont débarrassés des savantes erreurs de la dernière génération , les écrivains italiens qui établissent le système contra-slimulant, doivent être extrêmement intéressans par la confirmation de vues déjà nées dans notre pays par le raisonnement et l’observation individuelle et isolee. (i)

Après avoir remarqué le système contra-stimulant, il reste peu de choses à dire sur l’état, de la médecine dans

qui peut être consulté avec confiance par ceux qui s exilent pour chercher la santé.

(i) Outre les ouvrages ci-dessus mentionnés, la pratique contra-stimulante peut être vue dans les notes du doctem Rasori sur sa traduction de Darwin. Ses remarques suri action de la digitale, sur la gomme gutte dans la dysenterie , le nitie dans lediabétès, et la cure des péripneumonies inflammatoires par le tartre antimonié, sont imprimées dans les Annale ai Scienze. Pour d’autres autorités, voyez §. 17 de lOuvrage de Tommasini.

la Haute-Italie, où le mérite des individus devient moins profitable en raison d’institutions et de combinaisons de circonstances plus ou moins fatales à toute prospérité nationale. L’une des principales infortunes attachées à la division politique de cette malheureuse contrée , est l’établissement de petites universités encombrées de professeurs obscurs dont les travaux ne sont récompensés convenablement ni par les honoraires , ni par la renommée.

Ces professeurs enseignent gratuitement , et en consé- » .

quence ils fournissent un nombre de praticiens qui outrepasse les demandes. Cette facilité d’instruction, jointe au manque de rémunération, engage les dernières classes à entrer dans cette carrière; et si des personnes pourvues de moyens pécuniaires plus convenables s’attachent à la profession , et désirent s’instruire dans les universités étrangères , elles en sont empêchées par les lois, qui ne permettent la pratique qu’à ceux qui ont fait leurs éludes dans les écoles respectives des divers états. Pavie , Padoue et Bologne, qui conservent toujours un zèle admirable pour la science , et qui offrent de grandes facilités aux étudians , suffiraient abondamment pour le nord de l’Italie; mais la jalousie municipale s'oppose généralement à ce que les sujets des autres états profitent de la proximité où ils sont de ces sièges du savoir. Florence, Sienne et Pise, Modène , Parme, Gênes et Turin, ont chacune leur école de médecine; toutes coûtent de grosses sommes au public, et toutes sont plus ou moins incapables de maintenir des professeurs d’un grand talent ou d’un savoir étendu.

Pavie, autrefois l’une des plus grandes et des plus célèbres universités de l’Europe, avait beaucoup baissé de réputation et d’utilité, quand l’empereur Joseph la

APPEXDIX.

rétablit dans un très-haut degré de splendeur en nommant des professeurs d’une célébrité européenne. Les noms de Spallanzani, Tissot, Frank, Scarpa et olta, en illustrant ses annales, attiraient dans son sein un grand concours d’étudians ; et sous le gouvernement français Pavie devint la principale école de médecine du royaume dTtalie. Mais la chute du gouvernement italien a déjà éclipsé le lustre de cette université, et le sceptre de plomb de l’Autriche la plongera bientôt dans une ruine sans espoir. (1)

Assujettie à Puniversité de "S ienne, ses institutions ont été étendues ou resserrées pour les rendre exactement semblables à ce véritable lit de Procuste } et les professeurs sont à la nomination de la faculté métropolitaine. Quand il se trouve une place vacante , on adresse an candidat qui se présente pour la remplir, vingt-neuf questions écrites et une Verbale , suggérées par les professeurs de Vienne. Les professeurs de Pavie examinent sur la question verbale ; et leur rapport , joint aux réponses écrites faites sur les autres questions, est envoyé à Vienne. Les professeurs de Vienne décident d’après cela des mérites du candidat, en nommant à la chaire. Rien déplus absurde, de plus vain et de plus fâcheux que cette méthode. Le comte de Firmian et le comte de Wilsek , son successeur, qui remplirent les chaires de

(1) La Lombardie, soumise depuis des siècles à la France, à l’Autriche ou à l'Espagne, ne peut se vanter d avoir joui de quelques institutions nationales que pendant la dernière domination étrangère ; et jamais elle n a été aussi complètement dénationalisée et traitée eu province conquise qu elle I est actuellement.

APPF.NTUX.

Pavie de professeurs si distingues , tâchèrent de connaître les hommes les plus éminens de l’Europe, afin de pouvoir se dispenser , par la notoriété de leurs noms, de ces inutiles et fastidieuses formules; et Tissot, Frank et Fontana furent investis de leurs robes sans être dégradés par une sujétion envers leurs inférieurs en esprit. La conséquence de l’ordre de choses actuel est que le professorat tombe dans les mains les moins dignes de le posséder. Les Italiens de quelque considération refusent de comparaître devant un tribunal étranger; et 1 on m a dit que le professeur de clinique actuel était un Allemand qui ne connaissait point la langue de ceux auxquels il doit adresser ses leçons. Eu même temps les murs du collège sont chargés d’inscriptions grecques en l’honneur de l’auguste germanique par lequel ils sont opprimés , et qu’on a probablement érigées à la place de celles qui ont été effacées à la chute de Napoléon : qui sait si à quelque autre époque on ne les verra pas remplacées à leur tour par d’autres , en l’honneur de nouveaux candidats à l’immortalité des universités?

Dans l’arrangement intérieur de l’université, tout est réglé sur les modèles allemands. Une chaire très-utile et très-philosophique a été supprimée , parce qu’elle n’avait pas son prototype à Vienne ; et l’on a créé une école clinique d’après le système germanique , pour enseigner la médecine aux chirurgiens , ou plutôt pour fabriquer des chirurgiens-apothicaires, malgré les circonstances locales qui produisent assez de médecins en Italie pour qu’un tel supplément ne soit pas nécessaire.

Le nombre total des étudians de Pavie ne passe pas huit cents, et la moitié suit la médecine, et l’autre le droit. Le doctorat est obtenu au bout de cinq ans. Les

étudians sont examinés verbalement , et ils écrivent une thèse. Le collège est très-riche en accessoires d’études médicales. Il y a une collection excellente d’histoire naturelle et d’instrumens de physique , et une d’anatomie. Les Français, à l’époque de leur invasion, respectèrent cette propriété nationale , et même ils échangèrent quelques objets doubles des collections de Paris , contre d’autres de la collection de Pavie. Les classes des oiseaux et des serpens étaient fort riches, et les individus bien conservés. La collection d’anatomie contien t quelques bonnes préparations de vaisseaux sanguins , quelques morceaux d’anatomie comparative et quelques exemples de maladie. Ou y voit de plus une figure en cire des vaisseaux absorbans; elle est fort belle , mais suivant l’usage elle paraît surchargée. Parmi les singularités de la nature, il y a un cyclope ou plutôt un monstre trioculaire; les deux orbites sont couverts de peau , et un œil additionnel est dans le centre de l’os frontisj quelques fœtus à tête double , etc. etc.

La préparation la plus intéressante est celle des quartiers de derrière d’un agneau, qui étaient venus au monde parfaitement développés, mais sans tête, sans thorax, ni membres antérieurs; cet exemple a été envoyé à Spallanzani, à qui l’on assura qu’il était né vivant, mais qu’il était mort à la rupture du cordon ombilical. Spallanzani l’envoyd à Malacarne, et il fut ouvert par le docteur Rasori, alors étudiant. Les nerfs commençaient à la queue entourés par la graisse. Les viscères abdominal et pectoral manquaient, excepté une portion des grands intestins. L’artère ombilicale communiquait avec l’aorte , à la division des artères iliaques. Cette préparation était fort précieuse alors , comme décidant la question tou-

APPENDÏX.

chant l’origine des nerfs , en prouvant que dans chaque partie les nerfs sont nourris par leurs propres vaisseaux. Cet exemple fournit également des preuves satisfaisantes à l’égard de l’influence nerveuse qui occupe maintenant nos plus profonds physiologistes.

Pendant la disseclion de ce sujet, Spallanzani et Malacarne eurent occasion de converser souvent ensemble j et le dernier professeur fut extrêmement scandalisé des questions sceptiques de Spallanzani sur le siège de l’ame dans un pareil animal.

Scarpa et Yolta sont tout ce qui reste de ce noyau de philosophie réuni dans le dernier siècle : l’un et l’autre sont très-avancés dans leur carrière , et tiennent des places émérites, l’un étant directeur de la faculté de philosophie , et l’autre de celle de médecine.

L’université de Padoue est maintenant en bonne réputation , et ses étudians sont considérablement augmentes en nombre. Le doctorat est obtenu après cinq ans d’études , et les cours sont bien ordonnés. Malgré l’ancienne célébrité de cette école , et sa connexion avec la médecine anglaise, malgré l’intérêt plus récent qu’elle a acquis par la réputation de Morgagni, les circonstances de mon voyage m’ont forcé à me borner à un examen sommaire de son local.

D’ap rès la conversation que j’ai eue avec un des professeurs , il paraît que les doctrines des contra-stimulans prévalent, mais sans exciter l’enthousiasme qu’elles inspirent en Lombardie. L’intervention de l’Autriche dans les affaires de l’université , a été un sujet de grand mécontentement comme à Pavie. Elle est soumise de la même manière à l’université de Vienne; et l’introduction de professeurs allemands cause beaucoup de découragement.

APPEJVDf X.

L univ eisite de Cienes donne les degres medicaux an nombre de trois : bachelier, licencié et docteur. Le cours pour le doctorat est de cinq ans. Chaque faculté a un collège de douze docteurs qui examinent les candidats. Des leçons de clinique et d’anatomie sont données dans le giand hôpital de la ville , et il y a sept chaires medicales dans 1 université. Ce petit établissement a souffert beaucoup par la dernière révolution - cinq de ses professeurs les plus distingués , ayant été éliminés pour libéralisme , ce renvoi avait fait retirer près des deux tiers des élèves. Les fonds qui avaient été assignés , à la suppression des couvens , pour l’usage de cette université , ont été rendus à leur première destination par le îoi de Sardaigne, et les dépenses sont maintenant payées sur l’octroi.

Bologne , quoique politiquement unie au territoire papal, est géographiquement et scientifiquement liée avec la Haute Italie. C était, sous le régime français, l’une des trois universités du royaume d’Italie, et elle maintient toujours ses relations avec ce royaume , comme le principal foyer du système contra-stimulant , le professeur Tommasini étant 1 un des apôtres les plus zélés de cette ci oyance medicale. LesBolonais sont éclairés et spirituels, et ils combattent avec fermeté pour conserver à leur université la réputation dont elle a joui à l’époque brillante de la gloire italienne , quand leur petite république avait mérité le surnom de savante. Dans cette université, on trouve encore, comme autrefois, le zèle pour les recherches philosophiques uni à l’amour de la liberté ; et le mot de liberlas , ce talisman qui flotte toujours sur la bannière de Bologne , quoiqu’il soit une dérision cruelle dans la situation politique de cet état, exprime un seuli-

ment précieusement gardé dans tous les cœurs. L’extérieur de Bologne , par son imposante architecture et ses longues suites de hautes arcades, représente bien la lourdeur des édifices gothiques, l’obscurité du moyen âge ; mais ses murs renferment des esprits qui se sont parfaitement placés au niveau du temps où ils vivent, et qui joignent à la philosophie la plus profonde une extrême simplicité, cultivant dans le secret de leur famille ces vertus publiques qui , à l’époque actuelle de réaction royaliste , inspirent généralement la haine et la crainte, et provoquent la persécution. Avec ces dispositions, on ne sera point surpris que cette université ait éprouvé de grands changemens à la restauration du pape. Les Bolonais sont en général surveillés avec une jalousie particulière par le gouvernement papal , que l’instinct de sa faiblesse dirige spécialement contre ceux qui sont le plus capables d’influencer l’opinion publique. Parmi les personnes méritantes que l’on m’a citées comme ayant été employées sous le régime français , et déplacées à la restauration , étaient Gambari , professeur de jurisprudence criminelle } Prandi , professeur de droit naturel ; Rossi , légiste civil ; Baciale , médecin ; Giordani , prosecrétaire de l’académie des beaux-arts -, et le professeur Costa.

Le nombre actuel des étudians de Bologne n’excède pas deux cents, à cause du rétablissement des petites universités des petits états indépendans. Celte désignation de la place où doivent se faire les études , est parfaitement ridicule dans ces gouvernemens , par l’imperfection inévitable de ces institutions , dont les misérables alma-mater , à moitié affamées , sont loin de pouvoir offrir aux autres une nourriture spirituelle, bien saine et

APPEJNDIX. 45 f

bien substantielle. Mais il convient mal à un Anglais de rire d une absurdité dont le principe est en vigueur dans son propre pays. Chez nous , comme en Italie , il agit pro modulo suo pour exclure le mérite et favoriser&le monopole de la médiocrité , toutes les fois qu’il n’est pas renversé et foulé aux pieds par l’opinion populaire.

Le cours pour le doctorat est de quatre ans à Bologne , et les grades sont ceux de bachelier et de régent , qui sont pris à un an de distance l’un de l’autre. La licence pourpratiquer est accordée par un comité de treize personnes choisies parmi les praticiens de la ville , dont cinq au moins examinent le candidat publiquement sur toutes les parties des sciences liées avec la médecine.

Pendant la première année où les cours de clinique sont suivis , l’étudiant n’est que simple spectateur • dans la seconde , on lui donne à soignerun seul malade à la fois, et l’on fait en sorte qu’il ait pu surveiller dans le cours de l’année le traitement de toutes les maladies principales. Le médecin lui fait examiner son malade en sa présence, établir l’état du pouls, et nommer la maladie. S’il se trompe sur ces points , un autre étudiant est consulté. Tl doit ensuite proposer les moyens curatifs, établir les intentions vers lesquelles ils sont dirigés , la nature des drogues, leur préparation pharmaceutique , et les effets qu’on doit attendre d’elles. Il doit aussi faire un rapport journalier des événemens qui ont eu lieu dans les dernières vingt-quatre heures. Cette méthode forme le système d’instruction Je plus complet que j’aie jamais vu employer , et il paraît bien supérieur à celui de nos hôpitaux. Mais comme les places des hôpitaux de Londres sont toujours remplies par les premiers praticiens de la ville, jusqu’à l’époque de leur complète cadu-

appj;ni)IX.

cité , leurs affaires privées ne leur laisseraient jamais le temps nécessaire pour dès examens aussi minutieux.

Cependant , l’école de médecine bolonaise est actuellement moins florissante que celle de Pavie. La position désavantageuse de la ville, située à l’extrémité des domaines du pape , et privée des étudians qui pourraient venir de la Haute-Italie , par les lois exclusives du gouvernement autrichien , et l’influence engourdissante de l’Église , qui renvoie les professeurs habiles , ou éteint leur énergie par son intervention inquisitoriale, tendent également à diminuer le nombre des élèves. L’école de droit, anciennement si renommée, a épi'ouvé de même une diminution dans ses suivans et sa réputation ; elle n’est à présent distinguée par aucun professeur trèséminent.

L’éducation des chirurgiens est à peu près semblable à celle des médecins ; et à Bologne comme dans tous les pays où les Français ont eu de l’influence , ils sont gradués en chirurgie. Là, comme ailleurs, ils pratiquent la médecine quand ils le peuvent , et s’il existe quelque règlement pour diriger la pratique des deux professions, c’est une véritable lettre morte.

La bibliothèque publique qui fait partie du noble et magnifique monument de l’Institut , occupe plusieurs salles élégantes; elle diffère de la plupart des collections de ce genre en Italie, en ce qu’elle contient beaucoup d’ouvrages modernes qui sont achetés sous la direction du bibliothécaire , le célèbre Mezzofan te. Parmi d’autres livres anglais, j’ai remarqué nos Transactions royales et linnéennes , le Magasin deTilloch, les Familles des crustacées de Leach ; il y avait aussi la Bibliothèque universelle, et d’autres ouvrages français modernes.

APPE1NDIX.

Le cabinet d’histoire naturelle, dans le même bâtiment, est riche en minéralogie et en fossiles étrangers. Parmi ces derniers, le plus remarquable est un oiseau fossile extrêmement parfait, qui a été apporté de Montmartre. Cette collection, commencée par Aldrovandus, doit beaucoup à la libéralité du gouvernement français, qui avait assigné des fonds pour l’achat d’exemples rares; peut-être en retour de Y Herbarium d’Aldrovandus , transporté à Paris avec environ deux cents manuscrits et quarante tableaux. Cette sorte de spoliation est celle qui doit être le plus blâmée, parce qu’elle blesse vivement la vanité nationale , et qu’il en résulte peu de bien réel pour la science; mais d’autre part on doit se rappeler que les Français sont les seuls conquérans qui aient donné quelque attention aux intérêts des peuples conquis, et qui ont trouvé le temps , au milieu de la rapacité fiscale et d’un espionnage jaloux , de répandre les lumières du savoir dans les provinces subjuguées.

La collection anatomique est remarquable par ses beaux ouvrages en cire, inférieurs peut-être à ceux de Florence , quoique la partie obstétrique y soit plus considérable. Benoît xiv commença cette partie de la collection en achetant les exemples que le professeur Galli avait fait faire pour son cours. Madame Manzolini y a fait une addition considérable par les modèles qu’elle a faits depuis jusqu’en 1758; mais les exemples les

plus exacts et les plus parfaits sont ceux qui ont été plus récemment modelés sous la direction de Mondini. L’Institut contient, de plus, des cabinets de chimie et de physique, un observatoire, des collections d’objets d’arts, etc.; et c’est sans contredit un des plus beaux établissement, scientifiques du monde.

APPENDJX.

En traversant les Apennins, chaque pas éloigne de la lumière de la science. L’état de Florence a deux universités : Pise, àprésent illustrée par le professeur Yacca, et Sienne. Le doctorat est accordé dans l’une et dans l’autre au bout de quatre ans; mais deux années additionnelles sont exigées pour les études cliniques , après quoi le candidat est examiné pour obtenir la permission de pratiquer , par un comité de douze médecins , douze chirurgiens et autant d’apothicaires élus parmi les praticiens de Florence les plus renommés, et qui ont résidé pendant douze ans en cette ville. Cependant les étrangers qui s’établissent à Florence ne sont assujettis à aucun inconvénient en pratiquant sans licence. En point de fait , les deux branches de la médecine et de la chirurgie se conservent assez distinctes dans la pratique.

Il y a aussi à Florence une école de médecine et de chirurgie régulière, attachée à l’hôpital de Sainte-Marie- Majeure ; mais comme les appointemens sont très-médiocres , les professeurs ne sont pas de la première classe.

Il existe à Florence une singulière institution de police médicale , qui consiste en un médecin et un chirurgien fiscaux, chargés de l’examen des cas de suicide , empoisonnement et autres questions médico-légales. (1)

Autant que j’ai pu m’en instruire , il paraît que Florence ne possède pas actuellement de médecin décidément remarquable. La mort de Mascagni (dont les ou-

(1) « Qui et décima quâque die merelrices , quæ in civitate « quæstum corpore faciunt , de salute interrogant. Huicce « inquisitioni interesse nolentes carcere coercent : ægros in « nosodochium , ære proprio curandos, relegant. »

/->• * 4dï

vrages anatomiques vont être publiés) a laissé une place qu’on prétend que son successeur ne remplit pas entièrement. La chaleur des disputes sur le système des coritrastimulans n’est que faiblement sentie en cette ville ; les praticiens y sont principalement humoristes et brownistes. Eu général , les médecins florentins désirent passer pour sceptiques en médecine; mais il est probable que leurs opinions indécises résultent plutôt d’indilférence ou de manque d’occasion pour se former des idées définies , que d’un scepticisme rationnel et bien fondé : autant qu’il m’est possible d’en juger d’après les informations bornées que j’ai pü obtenir, cette même langueur qu’un despotisme doux et soporifique étend sur les autres branches de la science, règne aussi sur l’art médical. C’est, en vain qu’on voudrait lutter contre de telles causes; elles répandent leur maligne influence sur les esprits de la plus forte trempe comme sur ceux dont les facultés sont les plus faibles. L’oppression des dernières classes rend le sort des premières moins heureux , leur ôte la sûreté de leur santé, de leurs propriétés et de leur personne , et les prive des jouissances de la vie qu’un système plus libéral et plus équitable pourrait seul leur assurer.

Les écoles d’anatomie qui ont été le théâtre des travaux de Mascagni sont attachées à l’hôpital de Santa- Maria de Florence; la collection n’est nullement proportionnée à la célébrité du nom de Mascagni (i) , et elle avait été fort négligée. Elle est maintenant sous la direction du docteur Lippi , qui a rangé les sujets avec beaucoup d’ordre et de méthode. La partie la plus

(i) Une belle édition in-folio des OEuvres de Mascagni va se publier à Florence,

AKPENDIX.

remarquable de la collection consiste en injections d’une petitesse extrême, et en riches séries d’ostéologie pathologique. Parmi ces dernières , j’ai remarqué le squelette d’un homme que la vieillesse avait courbé en deux , et dont les vertèbres étaient exostosées j plusieurs courbures de l’épine, et un exemple de mollities ossium , dans lequel les os étaient courbés en angles si aigus, que cela paraissait presque incompatible avec l’intégrité des viscères. On y voit aussi le squelette d’un homme de sept pieds de haut ; les os proportionnellement forts , mais l’omoplate amincie et perforée par les muscles ; ce qui indique un développement du [système musculaire peu commun chez les hommes dont la taille dépasse la mesure ordinaire. La plus belle préparation est celle d’une peau entière ; avec les vaisseaux superficiels lymphatiques et sanguins injectés. Il est impossible de concevoir rien de plus effrayant que ces monstrueuses figures, et la peine que donne leur préparation ne répond à aucun motif d’utilité réelle.

La collection des modèles d’anatomie en cire est une des choses les plus curieuses qu’on puisse voir à Florence- L’art des représentations en cire a commencé par ces ex-voto qu’il est d’usage en Italie de suspendre aux châsses des saints dont les miracles avaient rendu la santé à leurs dévots. Elles ont d’abord été appliquées à l’anatomie par Lodovico Gigoli, ensuite par lumnic , médecin Sicilien , at taché à Cosme irr. La grande collection de Florence , comme elle existe maintenant , a été conçue par Fontana, qui vint en cette ville sur l’invitation de Léopold. Elle est distribuée en quinze chambres, qui contiennent tontes les variétés de pre-

parations possibles , coloriées avec une délicatesse et une vivacité qui ressemblent parfaitemen t à la nature. Quatre chambres sont consacrées au système musculaire ; la cinquième est remplie de préparations des vaisseaux sanguins; la sixième, des organes des sens; la septième, des ligamens ; la huitième renferme une figure de femme , avec les viscères in situ, mais disposés de manière à se détacher pièce par pièce ; il y a , de plus , des démonstrations du gravi d nieras , et des fœtus de tous les âges. Le n° g contient les viscères du thorax et de l’abdomen , et quelques préparations du cerveau. On voit là un modèle des poumons in situ, vus par-derrière , (comme la partie la plus haute de la septième planche des 'Tabuler anatomie œ de Sandifort ). Le n° xo contient une immense collection de dissections du système nerveux , plus grandes que nature. Dans le centre de la pièce est une figure de grandeur naturelle , sur laquelle on voit les veines superficielles , les artères et les absorbans : cette chambre est peut-être la plus précieuse de toutes , les modèles offrant des parties plus difficiles à préparer et à conserver; et les couleurs étant celles de la nature avant que la mort les ait changées, sont plus tranchantes , et les formes conséquemment plus distinctes. Le n° n contient les vaisseaux profonds avec des préparations qui montrent l’origine des nerfs et les connexions des systèmes sympathiques. Le n° 12 a une figure de grandeur naturelle qui représente les vaisseaux lymphatiques profonds , des préparations des nerfs et delà medulla spinahs. Le n° i3 contient une figure de grandeur naturelle des veines, avec des préparations de différens nerfs. Le n° 1 4, un système artériel, aussi de toute grandeur, avec neuf

modèles de différens nerfs. Le n° i5 contient le commencement d’une , collection d’anatomie comparative. Les modèles les plus remarquables de cette chambre sont une dissection de la sangsue, une autre du homard , une troisième qui démontre les progrès du poulet dans l’œuf, le système femelle de reproduction dans les oiseaux, avec les progrès de l’œuf dans les ovaires, démontrés sur une poule; une belle dissection delà sepia, et une démonstration des différentes époques de l’existence du ver à soie (par Sussini ).

Les dépenses de cette superbe collection doivent être immenses. Les préparations sont copiées en général avec une grande fidélité; mais dans celles des vaisseaux sanguins et des nerfs , il est à craindre que la vanité de l’injection minutieuse n’ait induit ceux qui ont fait les modèles, à copier sur divers sujets, en formant ainsi une sorte de beau idéal, plutôt qu’une imitation de la nature. Dans une collection aussi étendue , la valeur des exemples individuels doit varier beaucoup. La myo* logie et l’anatomie du cerveau m’ont paru les meilleures, et les préparations vasculaires de grandeur naturelle et celles des nerfs, me sembleraient celles sur l’exactitude desquelles on pourrait le moins se fier. Les préparations sont rangées dans des cases de glaces autour des murs , et les grandes sont établies au milieu des pièces. Autour des murailles on voit au-dessus de chaque case des dessins qui correspondent aux modèles , avec les différentes parties qui se rapportent à chaque démonstration.

La collection d’ouvrages en cire ne forme qu’une petite partie des contenus du Musée, que les grandsducs ont commencée , par l’achat des collections de

À l’PîiîT D!X.

Sténo el Rumpliius; il a été depuis retondu par Léopold, qui, pour réunir tous les objets sons un même toit , acheta la casa Torrigiani. Il établit en même temps la collection de préparations anatomiques en cire, le grand cabinet d’histoire naturelle , un jardin botanique , un cabinet d’instrumens , un laboratoire, un observatoire et une bibliothèque scientifique. La collection u’instrumens de physique tient huit chambres, et l’on y voit le télescope avec lequel Galilée découvrit les taches sur le soleil ; et la lentille dont V Académie dcl Cimento rit usage pour brûler des diamans , expérience dernièrement vérifiée sur la place par sir H. Davy.

L'histoire naturelle est distribuée dans plusieurs appartemens , et elle embrasse la plus brillante collection dans toutes les brauches de la science , comprenant le cabinet de coquilles de Rumpliius , et les collections plus récentes de Giuseppe Raddi , qui, à l’occasion du mariage d’une archi-duchesse d’Autriche avec le prince héréditaire de Portugal, a été envoyé au Brésil exprès pour enrichir le Musée. Après une très-courte absence, il est revenu chargé d’un nombre considérable de plantes qui manquaient à l’herbier très-étendu du lycée , d’une superbe collection d’insectes, et quelques quadrupèdes et oiseaux rares, des poissons en plus grand nombre , et beaucoup de reptiles , avec des séries très-complètes de graines et de fruits, et un choix des minéraux les plus importans qui se trouvent dans les environs de Rio-Janeiro. Le tout a été déposé dans un bel ordre au Musée; et , en considérant la brièveté du voyage, la difficulté de la différence de langue , et de l’aspect naturel du pays , la quantité d'objets rapportés fait honneur au zèle, à l’industrie et à l'activité de l’ingénieux voyageur.

APPEiMUX.

Il y a de plus trois chambres de préparations botaniques , contenant des modèles de plantes difficiles à conserver , exécutés en cire , qui sont extrêmement beaux ; et une immense collection de minéraux; de plus, une collection assez futile d’outils en usage dans les îles de la mer du Sud , et les modèles extraordinaires et dégoûtans de la putridité , nommée le fléau de Florence.

Ce grand Musée a été consacré à l’instruction publique, par Marie-Louise, reine régente d’Étrurie , en 1807, sous la dénomination de Lycée. Elle institua pour cet effet les chaires suivantes :

Astronomie, professeur, L’abbé di Vecchi.

Physique expérimentale , . L’abbé Babbini.

Anatomie comparée , . . Filippo Vecelli.

Chimie , . Gazzeri.

Botanique , . Otton Targioni.

Zoologie et Minéralogie , . Filippo Nesti.

Et un inspecteur des ouvrages en cire , qui prépare les exemples que les artistes doivent copier , Regalo Lippi.

Un très-haut degré d’activité a été donné à cet établissement , et les cours étaient suivis très-régulièrement , et par de nombreux auditeurs , quand , à la restauration du grand-duc, avant son arrivée à Florence, le ministre Rospigliosi imposa silence aux professeurs , au milieu de leurs leçons. Cette mesure absurde et impopulaire a été depuis abandonnée en partie , les appointemens ayant été rendus aux professeurs , en les attachant à l’Université de Sienne ou à l’établissement de Santa-Maria. Pour compléter ce tableau, il suffit de dire que Sussini , l’habile modeleur des préparations en cire, avait reçu du gouvernement français une augmentation de salaire.

APPi NDIX.

montant à soixante et dix francisconi ( environ 4^o fr. ), en considération de ses, longs services. Cette addition ayant été supprimée à la restauration , 1 imagination de ce malheureux homme en fut tellement frappée , qu’une fièvre violente le saisit, et dans un accès de délire, il sortit de son lit , détruisit tous ses papiers , et mourut victime de l’ultra fanatisme et de Fignorance aristocratique.

On a peu de choses à ajouter concernant l’état de la médecine dans les domaines du pape, à ce qu on a déjà dit sur Bologne. La Sapienza, ou université de Rome , donne les degrés médicaux ; et il y a , de plus , une école de médecine subordonnée à celle-ci, à l’hôpital du Saint- Esprit.. Dans ce dernier établissement il existe une fondation pour soixante étudians en médecine , qui y sont logés et nourris pendant le cours de leurs études qu’ils font gratuitement. On a aussi des professeurs cliniques de médecine et de chirurgie. Après avoir suivi deux ans les leçons à la Sapienza , les candidats au doctorat sont examinés. Il faut, après cela , qu’ils suivent pendant un certain temps la pratique de l’hôpital ; alors ils subissent un second examen sur les points de pratique , et font une thèse écrite en latin , en français ou en italien. Si l’élève est approuvé, il reçoit la matriculalion ou licence pour pratiquer. L’hôpital du Saint-Esprit a un etablissement anatomique , consistant en une salle de dissection , bien aérée et bien disposée , une petite collection de préparations , et un muséum d’histoire naturelle encore plus petit; il y a de plus une série de modèles en cire, qui montrent toutes les présentations possibles du fœtus. On conserve dans cet hôpital la fameuse bibliothèque du célèbre Lancisi , qu’il a laissée à l’établissement, avec des

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fonds pour acheter des livres. Je n’y ai cependant pas remarqué beaucoup de bons ouvrages de notre temps.

Naples possède une université où l’on prend le grade de docteur après quatre ou cinq ans d’études et d’examen, et ce grade suffit, sans autre licence, pour pratiquer. Une école de médecine , liée à cette université , est établie dans l’hôpital pour les maladies aiguës : on y suit un cours d’instruction modelé sur celui des écoles françaises. 11 v a de plus une école d’accouchement. Les provinces ont aussi des écoles de médecine; mais celle de Naples est la plus considérable. On m’a assuré que les médecins napolitains étaient extrêmement divisés sur les points de théorie; mais je ne me suis pas aperçu qu’il existât à Naples ni à Rome un grand zèle scientifique; et, en exceptant les docteurs Morichini et Mattliæis de Rome , je n’ai pas entendu nommer un seul médecin dans ces deux états , dont la réputation s’étendît au-delà de leur sphère. A l’égard du savoir en général , Naples est bien au-dessus de Rome. Plusieurs circonstances s’unissent pour activer la culture de l’esprit dans la première de ces villes. Les Napolitains sont naturellement pénétrans etportés aux recherches intellectuelles. L’hostilité contre la cour de Rome a ébranlé l’aveugle crédulité des classes supérieures, et les a disposées à encourager les sciences comme des moyens de diminuer la bigoterie. De plus, les circonstances locales qui les placent au milieu des trésors enterrés de la civilisation romaine et du phénomène toujours varié de leur montagne brûlante, dirigent forcément leur attention sur les antiquités et l’histoire naturelle. Si l’on ajoute à toutes ces causes l'influence de la domination française, et la facilité qu’ils ont eu alors de se procurer de bons livres , on imaginera

aisément que Naples doit être un foyer réel de lumières pour le reste de l’Italie. Sous ce dernier aspect , quoique la censure soit très-sévère pour les livres imprimés à Naples , elle est très-indulgente à l’égard des importations, et les boutiques des libraires sont remplies des meilleurs ouvrages européens , et même des dernières productions scientifiques et littéraires de la presse française.

J’ai assisté aux séances de l’Académie des sciences dans les magnifiques salles du Studio j elles étaient conduites comme celles de l’Institut de Paris. Les discussions y étaient animées , et il se trouvait fort peu de membres qui ne me fussent point désignés par quelque titre à l'estime publique. C’est là que j’ai eu le plaisir d’être présenté au chevalier Melchior Delfico , qui a été quelque temps ministre de l’intérieur , et dont les écrits , s’ils avaient été composés dans une langue plus généralement répandue que l’italien , l’auraient placé parmi les esprits les plus éclairés et les pins indépendans du siècle. Il a acquis des connaissances assez approfondies sur les principaux faits physiologiques, comme un moyen d’étudier la nature morale et sociale de l’espèce avec plus de certitude , et d’établir la base physique de ces idées abstraites qui ont été les plus grands sujets de division entre les philosophes. Ses Ricerche su la sensibililà imitaliva (in-40 de cent pages), abondent en vues philosophiques sur les lois et la société ; et son livre sur la Jurisprudence romaine , dans lequel il montre l’imperfection , les vices et la barbarie de ce système , si anciennement renommé, véritable source d’obscurité etd’injustice légale, est peutêtre l’ouvrage le plus original qu’on ait écrit sur ce sujet. M. Delfico a fait, déplus, l’Histoire de la république de

Saint-Marin , dont il est citoyen ; et, par une singulière coïncidence, il a publié un ouvrage sur l’inutilité de l’histoire , dans lequel , parmi quelques paradoxes appareils ou peut-être réçls , on trouve plusieurs vérités importantes et nouvelles. Delfico est très-avancé en âge, mais il possède éminemment cette sérénité d’âme, cette sociabilité qui distinguent les philosophes simples et sans prétentions dans tous les pays. Son zèle pour la science et son amour pour la liberté ne sont nullement affaiblis. Nous avons dû à sa bonté persévérante beaucoup d’avantages pendant notre résidence à Naples, et l’expression de son amitié et de ses regrets à notre départ , restera gravée dans notre mémoire parmi les plus doux souvenirs de ce délicieux séjour.

Les hôpitaux d’Italie sont justement estimés pour la richesse de leurs dotations et la beauté de leur architecture, qui surpassent de beaucoup celles des établissemens semblables dans les autres pays. Le penchant national pour l’érection des édifices imposans a dû s’étendre du cloître aux hospices ; et la chaleur du climat , qui exige la libre circulation de l’air et un petit nombre d’habitans dans le même local , ont amené nécessairement le même résultat. On peut ajouter à cela que les Italiens se sont toujours montrés disposés à ce mode de charité, et que les premières familles du pays se sont occupées des détails de ces institutions , tandis que différens ordres religieux consacraient leurs travaux à la même fin bienfaisante. Les écoles médicales fréquemment attachées aux grands hôpitaux ont dû favoriser aussi la propreté , le bon ordre et les soins intelligens; et l’esprit d’exacti^ tude militaire que les Français ont introduit dans toutes les branches de l’administration civile , partout où ils ont

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dominé pendant un certain temps , a donné une activité encore plus grande à ces établissemens. L’état général des hôpitaux italiens fait honneur aux médecins et aux surintendans , quoiqu’il se trouve peut-être un peu audessous de cette perfection qu’on pourrait attendre de la réunion de tant de circonstances avantageuses. A cette assertion générale , il faut faire une exception vraiment déplorable à l’égard des hospices pour les insensés. En exceptant seulement la nouvelle institution située près de Naples, je n’ai jamais vu ni entendu parler d’un de ces établissemens , dans lequel on ne trouvât pas quelque défaut essentiel clans le traitement; et la plupart étaient vraiment révoltans par le manque total de propreté», de soins et d’attentions pour le soulagement des malades. Le docteur Clarke de Rome (x) a fait un tableau tellement horrible de la Casa cle pazzi à Turin , qu’on a peine à le croire entièrement vrai; mais je dois ajouter que l’impression que cette maison a faite sur moi a été absolument semblable à celle qu’il en a reçue. Les chaînes, la malpropreté , la nudité , des hurlemens affreux et contiuus , la rage et le désespoir, en font un assemblage de toutes les misères humaines, trop terrible à contempler. Un médecin qui connaissait bien l’institution m’a assuré que tous les moyens curatifs se bornaient à une saignée générale et sans distinction , faite toutes les années au printemps.

L’hôpital de Saint-Jean, à Turin , est, en revanche, spacieux et bien disposé. C’est le grand réceptacle de tous les malades de la ville. Il a la forme d’une croix grecque,

(i) « Medical notes on the climate, etc. of France, Italÿ -( and Switzerland. »

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