‹ L'Italie (volume 3)Chapitre 20 sur 34 · IV. \i · texte numérisé non relu

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sacré , et l'étranglèrent. Naples offre quantité de monumens et de souvenirs de cette reine qui était la protectrice des savans de son temps et l'amie de Boccace. (i)

L? cou vent de Sainte-Claire, attaché à l'église, est un des plus riches et des plus distingués de toute ritaUe. Il était fondé exclusivement pour des dames nobles, et il était destiné à absorber le superfludelapopulation aristocratique féminine de Naples, où les filles aînées des nobles sont les seulesqui trouvent à former des alliances convenables. Ce vaste monastère, peu de temps avant la révolution, contenait quatre centsreligieuses, quoiquesonordresoitle plus rigide de Naples. A cette époque le couvent fut détruit, toutes les dames, riches et nobles de naissance, furent pensionnées à dix écus par mois, etles propriétésdecetopulent établissement servirent à l'acquittement de la dette nationale et à d'autres objets. Depuis la restauration, ce'couventest rétabli, sinon dans tous ses biens, au moins dans tous ses honneurs, elle nombre de jeunes et aimables filles de rang et de fa-

(i) Vohaire et Mignot ont tous deux pris la défense de ceUe belle et spirituelle princesse , accusée d'avoir autolisé le meurtre de son mari (un autre Darnley), quand elle n'était Agée que de dix-neuf ans. Elle a fourni à La liarpe le sujet d'une tragédie très-métliocre.

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raille qu'on a déjà incarcérées dans ces sombres cellules, monlaitdéjà,pendantque nous étions à Niiples , à cent quarante. Pour elles il n existe plus de monde, plus de liens, plus d'affections humaines; les noires et hautes murailles une fois passées, les pesantes portes une fois fermées , le sort de la victime est décidé pour toujours ; et l'on nous a conté des anecdotes sur des sacrifices faits dans l'intérieur du monastère , qui ont glacé le cœur de celle qui les écoutait. Plus d'un vieux noble Napolitain , pauvre, orgueilleux et bigot, renforcé dans ses anciens préjugés par Tordre de choses actuel, a profité du rétablissement des couvens pour se défaire d'enfans dont rétablissement l'embarrassait; et plusd'unejeune et belle personne élevée élégamment et libéralement pendant les di^ dernières ajinées, a été oblis^ée de se soumettre à un so. » «jue fignor^nce et la crédulité seules peuvent rendre supportable. Nous entrâmes dans l'église de Sainte-Claire par un des longs cloîtres qui mènent au couvent , et dans cet instant on y f.iisait quelques préparatifs pour la suivante semaine de la Passion. Ce cloître ressemblait alors au magasin de décorations d'un théâtre. On voyait des chanoemens de scène, des coulisses, des ornemens, un ciel, des chaumières, des étables,des vaches.

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les sages de iOri-ent, des offrandes en peintures, des madones fonées, et des Madeleines vraimentindignesde l'asile qui leur était offert. Deux ouvriers faisaient bouillir de la colle, et posaient des feuilles d'or sur une machine qu'on préparait pour la prochaine représentation, qui devait être la scène du Calvaire, exécutée à Sainte-Claire comme celle que nous avions vue à Rome. Comme nous adressâmes quelques mots sur ce spectacle à l'un des ouvriers, il souleva son pinceau du canevas qu'il était occupé à dorer ^ en disant : Sarà una scena stupenda ! Ce sera une scène étonnante.

Derrière le grand autel de cette très-magnifique église règne une longue grille, dont chaque barreau est pourvu de pointes dirigées contre les yeux du spectateur profane, dont la curiosité cherche à voir ce qui se passe dans l'intérieur; c'est le chœur, spectacle qui fait vine impression profonde. Les sièges distino^ués et les prie-Dieu de l'abbesse et des dignitaires de l'ordre , et toute la paraphernalia de la piété, qui décorent cette tombe vivante, sont de tristes objets à contempler. Ce chœur , où les religieuses assistent au service public, est en lui-même une belle église qui porte toutesles marques de lasplendeur monastique La cage dorée des captives, galerie ou cloître

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formé par des grillages de laiton doré, tourne autour de Téglise extérieure et communique avec le couvent. De là, il est permis aux nonnes de jeter quelques regards (sans être ellesmêmes aperçues) sur ce monde qu'elles ont abandonné pour toujours. De là, elles voient des amis, des parens , peut-être celui qui était plus pour elles que les uns ou les autres; elles les voient dans la nef au-dessous, remplissant leurs devoirs pieux après lesquels ils retournent à ces scènes animées qu'elles ne pourront plus contempler. Cette galerie grillée et sa destination rappellent celles des sérails turcs où des prisonnières d'une autre espèce sont retenues par la tyrannie et la folie de l'homme ; les lois de la nature également violées par les disciples de Mahomet, et ceux qui professent le christianisme.

Il y a peu de choses à dire sur le palais royal de Naples et sur les villas royales : le premier est spacieux, mais lourd; il est uni par un pont à l'ancienne forteresse de Castel iiuovo , avec toutes ses dépendances , les arsenaux , les magasins et les repaires des galériens (i). Les

(i) On dit que le roi avait peine à reconnaître son palais à son retour à JNaples, Murât ayant débarrasse le» avenues environnantes, abattu deux couvens et leur^

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villas (lu Poggia Reale , Capo del Monte ^ Caser ta., etc. etc. sont très-remarquables par leur position. Quelques-unes servent Je repos de chasse pour le roi , mais hors ces occasions , elles sont rarement habitées.

Les anciens palais des nobles , dans les ruelles obscures de la vieille ville , bâtis autour de cours claustrales , sont des fabriques sombres et tristes, mal meublées, et portant toutes les marques du temps et de la néi^ligence. Ceux qui ont été bâtis à des époques plus récentes dans la rue de Tolède et les autres avenues comparativement spacieuses sont grands, mais peu remarquables' par leur architecture ; et les élégantes maisons modernes de ce site, sans égal dans l'univers, la chiaia , la Daghissima piaggia des Napolitains, présentent un contrasté frappant par la fraîcheur, la commodité et l'agrément de leur distribution, avec les édifices des Angevins, des Aragonnais et ceux des vice-rois espagnols ou des sé-

cituetiëres qui se trouvaient directement en face, et érigé à leur place ces élégans édifices et ces colonnades qui sont encore à finir. Ce changement causa, dit-on , ù Ferdinand iv une surprise agréable ; le bel ameublement, les chambres soignées, les parterres arrangés par madame Murât lui plurent également, et il a plus d'une fois exprimé ce sentiment en bon Napolitain.

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tlitieux barons napolitains. Ces résidences sont toutes de nouvelle date; et les murailles blanches, les jalousies vertes, les balcons légers, s'accordent bien avec les beaux jardins de la villa Reale qui s'étendent devant elles sans leur oter la vue de la baie sur laquelle domine cette promenade (i). La Chiaia est prin-

(i) Parmi les maisons napolitaines que nous avons fréquentées , les palais de la princesse Belnionte, du marquis Berio, et de l'archevêque de Tarente (monseigneur Capecelatro "' , étaient de beaux exemples des diverses époques d'architecture que nous avons citées. Le trèsancien polazzoàe la princesse Belmonle est dans une rue si étroite , que si l'on y entre en voiture il est impossible de s'en tirer autrement qu'en la traversant toute entière, puisqu'il n'y a pas la place suffisante pour tourner. Le palais Berio dans la rue de Tolède , avec une architecture très-ordinaire , est devenu par le goût de son maître une des plus élégantes résidences de l'Italie. Les salons abondent en riches tapisseries, en tapis anglais. La spacieuse galerie contient quelques bons tableaux originaux; et le jardin délicieux et bien cultivé , vrai paradis de fleurs dans le cœur de la ville, renferme un temple grec où l'on voit le groupe de Vénus et Adonis, par Canova. C'est une scène de départ ', Vénus retient encore Adonis, qui paraît si impatient de partir qu'on est tenté de tourner la clef sur lui. Le palais de l'archevêque de Tarente est un bâtiment trcs-irrégulier , placé sur une éminence qui commande la vue de la baie : les apparlemens privés sont riches , commodes , élégans et propres ;

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cipalement habitée par le corps diplomatique et les visiteurs de tous les pays qui louent des appartemens dans les maisons des princes ou des nobles italiens , ou dans les hôtels dont ce quartier abonde : dans l'un ou l'autre cas , le prix est énorme ; et , sous tous les rapports , Naples est peut-être après Londres le séjour le plus dispendieux pour un étranger.

les pièces d'honneur sont vastes et nobles. La galerie est enrichie de quelques tableaux de Salvator Rosa , du Titien , du Georgion , du Corrège , du Caravage, de Luca Giordano et de Morillo ; mais ses médailles et ses pierres gravées sont encore jdIus rarps que ses tableaux , et l'on peut dire du maître de tous ces objets précieux : Né pour tous les arts, il a tous les talens.

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