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Le palais de luniversité est d'une date bien plus récente. Il est de Palladio, et il contient les écoles publiques, Tamphithéâtie d'anatomie, et le muséum d'histoire naturelle, rassemblé par Vallisnieri. Un beau jardin botanique est attaché à l'établissement.
Le cortile humide et obscur de l'université et ses arcades ou portiques n'ont pas le caractère ordinaire de l'architecture de Palladio, dont le style grec est généralement froid : peut-être les inscriptions et les bas -reliefs
dont les murs sont couverts , lui ôtent un peu
te de son antique sévérité. T^es effigies, les noms ,
les âges, les pays de plusieurs étudians de Padoue ont été consignés sous ces portiques , quand on venait de toutes les parties du monde profîterdes études qu'on y suivait. Là, plus d'un Lucentlo arriya avec son valet Tranio ^ par le grand désir quU avait de voir la belle Padouc, la nourrice des arts (i). Là, plus d'un jeune Anglais, abandonnant les ^//«a-y)/<2fe/>y d'Angleterre et d'Edimbourg, est venu dans ce pays
quelques moiuiinens égypliens qu'il y a envoyés comme IributdesoTi awor potrice , occupent une partie du salon .son mérile et ses talens sont estimés comme ils doivent l'être par ses compatriotes , qui n'en parlent qu'avec éloge.
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éloigné sucer le miel dune douce philosophie , sous le beau ciel italien. Parmi les noms que nous avons vus inscrits au dessous de jeunes tètes ejrossièrement esquissées , nous avons trouvé quelques noms anglais et écossais bien connus : l'un était Thomas Ers/dne, Scolus ; un antre ^, Henlej.
Après la révolution d'Angleterre, la mode d'envoyer les jeunes gentilshommes catholiques étudier dans les universités étrangères s'établit par plusieurs raisons évidentes : presque tous étaient alors élevés sur le continent comme les Irlandais l ont été jusqu'à la révolution française.
Saint Antoine de Padoue est un des plus grands saints du calendrier; et son église, une des plus brillantes d Italie. Nous Tavons visitée dans un heureux moment, pendant la célébration de la grand'messe, un dimanche. C'était la première fois que je voyais une église italienne remplie d'une congrégation italienne , dont le tiers paraissait appartenir aux classes supérieures; car les femmes étaient élégammentvètues à Va française ^ et bâillaient , ajustaient leur lorgnette et regardaient autour d'elles avec un air d'ennui , de si bon ton , que j'ai cru un instant être dans un temple anglais protestant. A la sortie, des familles enlièrea.
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avec les livres de prières, les parasols, et suivies par des laquais eu belle livrée, complétaient l'illusion.
La partie ancienne de Padoue , avec ses rues étroites et sombres, et ses hauts et antiques palais , a un intérêt qui lui est propre , et qui vaut bien les spacieuses avenues et les façades palladiennes de la ville moderne. C'était là, sans doute, que la maison de Gremio était située dans le cœur de la cité (i), cette maison richement fournie de vaisselle d'or et d'argent^ d' aiguières et de bassin à laver les mains , de tapisseries de Tjr ; et il ajoute en continuant l'inventaire de ce riche mobilier : J'ai renfermé mon argent dans des cojfres d'ivoire ; des boites de cèdre contiennent mes couvertures f mes tapis , toutes mes précieuses draperies , le linge fin , les coussins à la turque ornés de perles, les dentelles de Venise et de Valenciennes , les broderies d'or , les ustensiles d'étain et de cuivre ; enfin, tous les objets nécessaires à une Tuaison.
C'était là le vrai catalogue d'une noble maison italienne dans le siècle de Shakespeare,
(i) Gremio, personnage de la pièce de Shakespeare déjà citée : c'est un marchand de Padoue, et il lait J'énumératiou des richesses de sa maison à la fin du deuxième acîe.
et tout ce que le temps et les changemens ont ép:irg:ic prouve sou exactitude; il n'y a pas un vie ces articles que je n'aie retrouvé dans l'un cm i autre des palais de Florence, Gènes ou Venise . les républiques marchandes , et jusqu'au coussin turc relevé en perles.
Il a été de mode un instant de contester le 5â!^'o//' à Shakespeare; mais ^ç,^ connaissances étaient étonnantes , son œil rapide embrassait d'un seul regard les deux et la terre , et telle était l'application parfaite de chaque chose qu'il indiquait , que depuis le Capitole jusqu'à la maison du marchand padouan, les détails sont des faits aussi incontestables qu'ils sont minutieux. Ces connaissances sont celles du génie, acquises par la prompte perception, l'appréciation intuitive, qui distinguent une organisation physique etmorale supérieure. Ce n'est pas en effet du savoir; mais les images que de tels esprits ont créées seront encore adorées par la postérité , quand tout ce que laSorbonne a produit par son érudition profonde sera voué à l'oubli. Un des phis grands délices d'un voyageen Italie, c'estque Shakespeare et Milton sont les compagnons inséparables de ce pèlerinage, pour ceux qui , comme l'auteur de ces pages, font de leurs ouvrages le missel de leur médiluliou journalière.
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Les paysages italiens iroffrent rien de beau et de sublime qui*nepuisse être retrouvé plus beau et plus sublime encore dans les descriptions du Paradis perdu. Il n'y a rien de caractéristique dans les habitudes, dans les costumes, dans la [)hysionomie nationale des Italiens, qui n'ait pas été touché de main de maître dans les délicieuses comédies italiennes de Shakespeare. La voluptueuse douceur vraiment vénitienne de Desdemona , le zèle scientifique si fraîchement décrit du jeune pédant Lucentio et de son valet Tranio , tous les traits de gaîté ou de passion italienne répandus dans les deux Véronnais, le Marchand de Venise^ et Romeo et Juliette y tout est vérité, tout est Individualité nationiile. Shalœspeare et Milton, la réforme et la révolution , tout se sait de près ; l'humanité était alors en pleine vififueur, ses rejetons étaient puissans, sa sève riche. C'était le beau temps tle l'Angleterre! Qu'est-elle à présent?
C'est une délicieuse chose de rouler le long des rives de la Brenta, de Padoue à Fusina, pendant une belle et brillante matinée du dimanche. Pas un nuage sur le ciel , pas inie image de tristesse , rien n'obscurcit le brillant paysage, rien ne refroidit la gaîté de l'esprit. TiC canal à droite coule à travers une cam-
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pagne aimable, riante et fertile, où les champs de blé, les vignes, déploient leurs trésors, en dépit de tons les despotes de l'nniA'ers. A gauche, les éléi^antes 7;///<7.ç de marbre, avec leurs façades palladiennes, leurs jalousies vertes, leurs parterres et leurs orangeries, semblent encore habitées par les Foscarini et les Bembi des grands et libres jours de la république vénitienne. La harca carrier a y la première gondole aperçue, le barchiello pesamment frété, glissent, passent , repassent, et les airs du Carnaval de Venise , avec lesquels le voyageur a fait connaissance à l'Opéra de Paris, frappent harmonieusement son oreille pendant ce délicieux petit trajet. Mais les groupes parsemés sur le chemin , sont plus délicieux encore , avec leurs habits et leurs visages de fête, toutes les femmes jolies, tous les hommes agréables, tous les sons balbutiés mollement , et le rire même tout mélodie.
Il eût été doux de terminer le voyage d'Italie sur les bords de la Brenta. Et là , donnant une pensée à la brise qui soupire sur ses eaux, supposer qu'aucun souci ne peut habiter sous ces pavillons légers et frais, et que la prospérité répandue par les rayons du soleil et la nature, ne peut être détruite par les fausses combinaisons de la politique et le renverse-
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ment de rindépendance nationale; mais la vue de la grande douane de Fusina, qui se montre comme une prison temporaire sur les rives de l'Adriatique, remplie défigures allemandes, gardée par les armes autrichiennes, dissipe les visions de la Brenta. Là, il faut endurer formalités sur formalités, et le voyageur découragé quitte la côte solitaire et nue pour monter sur unegondole noire, avec l'apparence, sinon les sentimens d'un prisonnier d'état. Cependant à mesure que la barque s'éloigue du rivage , et que la ville des vagues , cette Rome de la raer, paraît sur l'horizon, l'esprit se ranime ; la mémoire, cessait d'être comprimée par les impressions extérieures , renvoie de ses cellules mystérieuses mille souvenirs fantastiques; et quand les clochers et les dômes de Venise brillent sous l'éclat du soleil de midi, et que ses palais à demi voilés par les teintes aériennes de l'éloignement, déploient graduellement leurs superbes proportions , les rêveries de plus d'une veille <le la jeunesse sont réalisées. Des scènes, depuis long-temps connues par les pages poétiques ou romantiques, prennent une existence réelle, et viennent en même temps enchanter les yeux et délecter l'imagination.
En approchant de la cité, on passe devant
une petite île où un seul arbre solitaire ombrage une muraille fortifiée; la barque glisse le long d'un autre îlot; maison y distiuijfue à peine quelques traces de végétation. Un petit fort insulaire se dessine de loin en loin sur les vagues , à mesure que les ombres s'agrandissent; enfin, on entre dans un faubourg, une rue d'eau : des bâtimens ruinés s'élèvent de chaque côté, bizarres, grotesques, mais évidemment habités par l'humble indigence, et non par fopulence déchue. Comme il n'y a point de chemin , il n'y a point de passagers, et l'on ne voit pas un seul visage pointer à travers les fenêtres ou s'allonger sur les balcons. Aucun son ne trouble le silence de mort qui règne de toutes parts , excepté le bruit des rames des gondoliers. La première impression est celle de l'apparition d'une ville qui aurait survécu au déluge universel, dont les habitans auraient péri, et dont les habitations commenceraient à reparaître sur la profondeur des eaux.