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cieux, et roii ne peut le traverser sans éprouver des émotions profondes et variées. C'est des dômes somptueux, de la magnificence voluptueuse , mais semi-barbare , de ce palais-forteresse, queTArioste, fatigué par les persécutions, découragé par l'oubli (i), pauvre après avoir passé sa vie sous la protection des princes,- se retira pour aller habiter l'humble toit sous le^ quel il écrivit un distique exprimant si bien son amourinnépour l'indépendance, et l'amertume avec laquelle il sentait combien il avait peu joui de ce bonheur suprême (i). Quand l'empereur Joseph II passa par Ferrare, en 1 789, il ne s'y arrêta que pour visiter la tombe de l'Arioste dans l'église des Bénédictins (3) ; et les voya-
(i) Quand il abandonna la cour oii il avait longtemps traîné péniblement son favoritisme, toute sa fortune consistait en cent écus de rente. Telle était la récompense libérale des ducs de Ferrare pour des années de service et des siècles d'immortalité.
(2) Le latin de l'Arioste a été heureusement traduit par feu M. Ginguené :
Petite, mais commode, elle est faite pour moi,
Rien de honteux ne l'a souillée ;
Personne ne m'y fait la loi , Et de mes propres fonds, enfin, je l'ai payée.
(3) En i8oi les restes de l'Arioste ont été transférés du vieux cloître des bénédictins à la bibliothèque de Ferrare. " La* translation de ces reliques sacrées, dit lord
ijeiirs qui connaissent l'histoire des détestables princes d'Est, se hâtent de quitter leiirsj3lendide lialîitation et tous ses souvenirs pénildes, pour volera ce petit édifice, tombant en ruine, où le nom immortel de l'Arioste est encore inscrit.
Du palais des Alphonse et desHippolyte, qui persécutaient les poètes et volaient les artistes (i); de l'humble et précieuse demeure
Byron, a été un des plus beaux spectacles de la républi- <jue italienne, dont l'existence a été de si courte durée; et pour consacrer le souvenir de cette cérémonie, les fameux intrepidi, depuis long-temps tombés dans l'oubli, ont été ressuscites sous le nom. à^ Académie deVAriosle.»
Outre l'inscription de ce poète , que les Français ont fait replacer sur la porte de sa maison , ils en ont ajouté une autre, faite, je pense , par ce grand fondateur d'inscriptions, cet enthousiaste littéraire, le brave général Miollis. .; -j
(i) Cellini ayant terminé une belle médaille pour le »luc de Ferrare , ce patron du Tasse, le magnifique Alphonse lui envoya en payement une bague de diamans et un beau compliment j mais nonobstant les ivaravigliose parole du duc, comme Cellini les appelle, il découvrit en le regardant au grand jour que le diamant était faux (un diamantaccio solùle); le duc rejeta la méprise sur son trésorier qri'il affecta depunir, et il renvoya à Cellini une autre bague valant bien le quart de la somme qui lui était due ; mais il lui ordonnait en même temps de quitter Ferrare. Cellini s'enfuit au plus
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de l'Arioste, les pas se dirigent naturellement vers l'hôpital Sainte- Anne et sa cellule consacrée. L'hôpital, quoique rebâti en partie, présente en général le même aspect en 1820, qu'il pouvait offrir quand le Tasse fut renfermé dans ses cachots en 1579. C'est un édifice vaste et sombre : ses salles principales, toujours dévouées aux infirmités morales et physiques, se déployèrent à nos yeux quand nous passâmes devant elles dans un étroit passage, pour arriver à la rampe qui mène à la petite cour à murailles hautes et noires, qui renferme la cellule du Tasse. Le guide ouvrit les doubles portes, autrefois puissantes, maintenant vermoulues et ruinées. La cellule humide n'est éclairée que par une petite fenêtre grillée. Nous n'y avons passé que quelques minutes ; car l'émotion suffocante qu'elle produisait ne pouvait élre long-temps supportée (i). Là finit le patronage des Est, et là commença la
vite, sewpre trotlando, et charint; de se voir hors de cette ville.
(i) M. Hobhouse dit que cette cellule a neuf pas de long sur cinq à six de large, et environ sept pieds de haut. Ce n'est pas affecter une sensibilité trop excessive que d'affirmer que le cœur manque eu entrant dans ce cachot, et que l'on satisfait une curiosité mélancolique aux dépens d'une sensation bien pénible.
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folie de celui qui a fait leurgloire et leur honte. L'inscription au-dessus de la porte a été placée sous la direction du général MioUis.
La maison de Guarini, où son pédantesque Pastorfido a été d'abord représenté , n'excite lïi réflexions profondes , ni intérêt puissant. Elle est cependant visitée dans la tournée tOn pographique de Ferrare. La bibliothèque de l'iniiversité ( ou lycée), malgré ses collections de médailles et ses inscriptions , n'a rien de plus précieux que les manuscrits du Tasse et de TArioste , quoique l'œil scrupuleux de l'empereur d'Autriche se soit détourné avec horreur des pages sublimes du dernier (i). Le siège et l'encrier de l'Arioste sont prarmi les reliques les plus révérées de la bibliothèque ; on y voit aussi un portrait de ce grand écrivain : c'est une tête d'une beauté frappante.
Après un long et brillant despotisme ( pour des princes de province), l'ancienne maison d'Est fut dépouillée de ses domaines de Fer-
(1) Pauvre Arioslel son premier patron, le carJinal Hippolyte d'Est , paraît avoir fiiit aussi peu de cas de son Roland furieux que l'empereur d'Autriche lui-même; car dans le dépit que lui causait la négligence de quelques petits devoirs que le poète remplissait auprès de lui en qualité de gcntiLhoninic , il lui reproclia aigrement de perdre son temps avec son poëme.
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rare par l'impérieux Clément viii, dans la personne de César d'Est, sous prétexte de son illégitimité : ce légitime illégitime devint feudataire du saint-siége, et ses états furent circonscrits à Modène et Reggio , où ses descendans régnent maintenant. Le 8 mai 1598, le pape Clément vni , à la tête de son armée victorieuse , fit son entrée solennelle à Ferrare, et y reçut les hommages des ducs deMantoue et de Parme, et d'autres petits souverains qui baisèrenl ses pieds et reconiiurent sa suprématie. Ferrare, gouvernée par un préfet militaire sous ]es Français , et par un gouverneur pendant l'existence du dernier ro'yaume d Italie, est maintenant sous la conduite d'un cardinal comme légat du pape. Le Porporato réside dans l'ancien palais où il avait dernièrement ordonné que la galerie de tableaux serait fermée aux étrangers , et cette mesure et quelques autres l'avaient rendu assez odieux à toutes les classes.
Les Français, là comme partout, on! fait beaucoup de bien, et sont fort regrettés. Une rue magnifique, formant une promenade publique ou corso , qu'ils ont laissée aux Ferrarais, est encore appelée Strada Napolcona ou Bofi aparté.
Le voyage de Ferrare à V^enise prend un
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caractère très-singulier, par les fréquentes embarcations auxquelles on est obligé pour traverser les nombreuses rivières et canaux qui coupent le pays, et contribuent à sa fertilité sans ajouter à sa beauté. Rovigo est une assez jolie ville; mais la beauté des femmes que nous avons vues sortant de vêpres, était cependant ce qu'elle offrait de plus frappant. Rovigo a donné un titre à Tun des ducs de Bonaparte, dont l'élévation à des distinctions si incohérentes avec le système qui avait fait sa fortune, a été l'avant-coureur de sa ruine, (i) C'est une sorte de présomption de parler de Padoue, la plus ancienne, autrefois la plus docte ville d'Italie ( et maintenant encore, à en juger d'après le peu de personnes que nous avons eu l'honneur d'y connaître , une des plus agréables), ayant eu si peu de temps pour
(f) Pendant que Bonaparte distribuait les titres italiens entre ses maréchaux qui garnissent maintenant les antichambres des Tuileries , un prince italien vint tout en colère se plaindre à M. de Tallevrand que l'un de ses plus anciens titres eût été donné au fils d'un cuisinier ou d'un tailleur : le ministre exprima son regret, et après avoir prononcé en hésitant un plaintif i'oj'o«.s, voyons, il ajouta tout à coup, le Davchiochi est vacant, le voulez-vous? Le BacchiocJii \ennil d'èlre échangé contre le duché de Lucques I
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l'observer. Des circonstances tout-à fait indépendantes de notre volonté ne nous laissent pas beaucoup plus à dire sur cette cité, que ce qui peut se trouver dans tous les livres de yoyages. Nous ne pouvons cependant pas oublier que c'est là que nous avons eu le plaisir de voir, mais trop peu , la comtesse Abbrizzi (i), qui nous a reçu de la manière la plus aimable à notre arrivée; le professeur Gallino, qui nous a accompagnés dans notre tournée à travers cette vénérable ville, et quelques Mantouans, dont les invitations cordiales rappelaient la franche hospitalité que Shalîespeare attribue aux Padouans, et l'invitation qu'Hortensio fait de si bon cœur à Petrucchio. (2)
Quand on veut juger du matériel d'une ville, on doit éviter de parcourir ses monumens avec une société trop attachante ; et je confesse qu'après avoir erré quelques heures dans Pa-
(i) Madame Abbrizzi, Grecque de naissance, et digne de l'être par son esprit, est l'auteur d'un ouvrage trèspiquant qui n'est encore connu que de ses amis intimes. Tous ceux qui ont eu le plaisir d'être admis dans le salon du baron Denon à Paris ont vu un beau portrait de cette dame , intitulé : Porlniit dune davie grecque.
(2) Shakespeare. Taming of thc Shrew.
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doue ( en exceptant son singulier saloJie gothique dans le Palais de Justice, la magnifique église de son saint patron , et les vénérables cloîtres (le son ancienne université), jai emporté une idée très-imparfaite de la cité d'An* ténor et de Ïite-Live, et une impression trèsvive ei très-douce des aimables personnes qui nous accompagnaient.
Le Palazzo délia Giustizia a été commencé en 1 1 72 par Pietro Cozzo, et fini en i3()G; c'est donc une des plus anciennes fabriques d'Italie, et son aspect l'annonce bien. Le salone ou grancie salle est un monument des mœurs du temps. C'était une sorte de change, \\\\ bazar, où l'on venait acheter des articles de luxe étrangers , qu'on exposait des deux côtés de ce grand espace couvert. Le toit, de trois cents pieds de long sur cent de large, n'est soutenu que par les murs massifs qui ont résisté à près de six siècles, et sont encore ornés des fresques de Giotto , contemplées par tant de générations. Un monument élevé àXite-Live ajoutait à l'intérêt qu'inspirait ce forum du moyen âge, dont l'immensité n'était occupée, quand nous l'avons vi.sité, que par des arlistes qui peignaient des décorations pour l'Opéra, (i ;
(i) Padoiie est la ville natale de ringénieux Belzoui