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donc non-seulement un despotisme pur, mais une aggrégation étudiée et intentionnée de tous les abus qui tendent à opprimer, à briser l'esprit des sujets , à éteindre l'industrie et l'espérance. Les Allemands président exclusivement sur tous les départemens de l'état. A l'époque de notre visite à Venise, il n'y avait pas un seul de ses citoyens à la tète d'une administration, hors le président de l'Académie des arts, qui joint à son mérite personnel, et parfaitement analogue à son emploi, celui de servir g/^atis. Tous les juges étaient étrangers, ignorant également les usages et la langue du pays.
Les procès criminels sont conduits dans le plus grand secret : l'accusé ne peut pas avoir de défenseur, et on lui laisse ignorer son accusateur. Il peut être détenu six mois sans procès ; et quand on le rend à la société, il y rentre avec la conviction qu'il a un secret ennemi dont il ne peut prévoir ni prévenir les futures machinations. Vingt-quatre juges (car on leur donne ce nom par civilité) siègent autour d'une table dans une chambre bien fermée, et, sous le manteau des lois et de la justice, décident de la réputation et de la vie des citoyens, sans être arrêtés par la crainte de l'opinion publique ou l'obligation de motiver leur jugement.
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Le refus d'un avocat pour l'accusé n'est point un oubli; ce sujet a été la matière d'une discussion formelle , et le conseil aulique de Vienne s'est décidé sciemment et volontairement à refuser une faveur que le bon sens et l'honnêteté naturelle font reconnaître à tous les hommes comme un droit.
Mais quand le silence et l'obscurité dans lesquels les opérations légales sont conduites, ne suffiraient pas pour garantir les juges, et leur donner toute latitude dans l'exercice de leurs fonctions , une autre porte est ouverte à l'injustice, dans le pouvoir qu'ils ont de décider dans les cas où la loi est incertaine ou se tait, d'après l'usage, et quand celui-ci manque, suivant les lumières de leur conscience. Les restrictions commerciales apportent tous les empêchemens possibles dans les moyens de gagner de l'argent, et de lourds impôts ont progressivement épuisé les capitaux fournis par le territoire. Les taxes sont envoyées à Vienne jusqu'au dernier sou , et même les fonctionnaires publics qui sont obligés de résider à Venise , dépensent assez peu de leurs revenus pour que leur salaire ne rentre pas entier dans la circulation. Tous les détails de l'accoutrement militaire sont apportés de Vienne, et l'on n'emploie aucun artisan véni-
4^0 Venise,
tien pour le service de l'état, quand on peut
y suppléer par des importations d'Allemagne.
La conséquence de ce mode de gouvernement cruel et tyrannique, c'est que le numéraire disparaît peu à peu ; une monnaie basse et presque sans valeur est presque tout ce cpi'on voit circviler à Venise; et c'est en si petite quantité, que pendant notre séjour, le change d'une pièce de cinq francs exigeait trois sous de retour. L'agio sur l'or y était aussi beaucoup plus fort que dans aucune autre ville d'Italie, (i)
Les Vénitiens ainsi dépouillés de leurs derniers sequins , sont incapables d'entrepretulre les grands ouvrages publics absolument nécessaires pour la conservation de leur ville. Les lagunes se remplissent graduellement, et les maisons tombent dans les canaux par l'impossibilité de réparer les pilotis. La population qui jusqu'à l'extinction de la république était
(i) L'ancienne monnaie de la république était si pure et si renommée, que des voyageurs otit trouvé des anciens sequins vénitiens au-delà du Gange et sur la côte de Malabar. Cooper dit que , depuis la Méditerranée jus- (iii'à la Cliiiie , les Asiatiques ne connaissent pas d'autre monnaie. Bruce raconte qiie lès Arabes lui demandaient si les Vénitiens étaient les seuls Européens qui possédassent des mines d'or.
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de cent quarante mille âmes, est réduite à cent mille. Entre les années i8i3eti8i7, elle a diminué de deux mille, et d'après les derniers recensemens, il paraît qu'il faut compter maintenant trois mille de moins. Pendant les vingt dernières années, vingt- quatre grands palais ont été vendus et démolis, et l'état d'a- J)andon et de dégradation de ceux qui restent, fait présager leur sort prochain.
Le commerce de Venise annulé, ses ressources coupées, et ses richesses dilapidées, il est naturel de supposer que des sentimens Lien amers régnent dans le peuple à l'égard de leurs injustes oppresseurs, et que des soupçons mutuels et hien fondés multiplient les espions , et contribuent avec la puissance croissante de la noblesse, à rompre les liens de la société. A mesure que les moyens d'attraction qui dérivaient des amusemenspublics diminuent avec les moyens de les soutenir, les étrangers sont moins tentés de s'arrêter; et quelques jours consacrés à l'examen de sa position singulière et curieuse, et quelques soirées passées dans les seules conversazioiu maintenant ouvertes aux étrangers, complètent le séjour à Venise, qui, du temps d'Evelyn et de lady Montagne, s'étendait souvent à des mois et même à des années. Si l'influence po-
litique actuelle continuait, son sort comme ville serait bientôt décidé; elle disparaîtrait aux yeux de ses oppresseurs, il ne resterait pas un seul fragment de ce monument de mille ans de gloire. Les vagues de l'Adriatique se refermeraient sur les palais des Foscari et des Priuli , et les ouvrages de Sansovino et de Palladio s'enfonceraient sous les lagunes aux bords desquelles ils paraissent déjà succomber à un déclin prématuré.
L'histoire de Venise a obtenu la popularité d'une légende. Elle commence brillamment: quelques esprits indépendans , après avoir en vain cherché autour d'eux un asile contre le despotisme, ne trouvant aucun point sur la terre pour se mettre à l'abri de ses atteintes , se rassemblent au milieu de la mer, et on les laisse tranquilles possesseurs d'un terrain couvert de vase et de plantes marines. Ils sont pauvres , mais libres ; ils souffrent beaucoup, et ne jouissent de rien, que de l'indépendance. Enfin, ils parviennent à l'opulence et à l'importance nationale, sous l'influence énergique de la nécessité. Alors commence la puissance, la domination extérieure; et la gangrène de la ruiue nationale empoisonne déjà la conslitiition de l'état et ses institutions sociales, sous les formes variées de l'ambition.
du luxe, de l'ostentation, de la corruption des mœurs, de la licence dans les manières. Le pouvoir concentré dans un petit nombre, pèse sur Je plus grand, un sénat national se change en inquisition politique, le soupçon devient le principe dominant, et les espions les agens essentiels du gouvernement; jusqu'à ce qu'enfin les tyrans tombent victimes de leur propre système, et qu'il en échappe à peine un seul , soit par hasard , soit par son insignifiance. La cruauté et une faiblesse efféminée terminent la scène : les piombi du palais ducal , les divertissemens de la place Saint-Marc, l'ostentation combattant jusqu'à la fin contre lindigence.
Une invasion étrangère pouvait à peine être sentie comme un mal. Des chefs timides et corrompus trahirent un peuple opprimé et corrompu, et la maîtresse victorieuse de Constantinople se soumit , sans avoir opposé le plus léger effort, au conquérant du jour. C'est là que commence la dernière période de malheur : elle fut livrée comme un ballot de marchandise, jetée dans la balance pour achever le poids. Régie d'après une politique plus barbare que n'aurait pu l'être celle des Huns, elle se vit forcée à subir la plus affreuse destinée pour une nation ou pour un individu,
celle de ramper sous un pouvoir qu'on méprise.
A l'époque de la révolution, les Vénitiens avaient, il est vrai, perdu depuis long-temps l'indépendance d'esprit, le génie , l'industrie de leurs ancêtres; mais leur haine pour le gouvernement autrichien est telle, qu'elle peut devenir pour eux une source de régénération , un point d'appui pour la résistance. Le même pouvoir qui força leurs pères à quitter de fertiles plaines pour se réfugier dans les lagunes , peut forcer l'insecte rampant à se retourner contre son oppresseur ; il peut même à présent faire sortir les sibarites vénitiens de leurs palais ruinés, relever le lion de Saint- Marc, comme dans les jours des Falieri et des Dandoli. Les descendans des héros de Cypre, de Candie et de Negrepont, se joignant à quel* ques futures ligues de Lombardie , pourraient aider à la défaite d'un Barberousse de nos jours, qui ferait plutôt passer la charrue sur les villes d'Italie, que de reconnaître leurs droits à l'indépendance. Dans la triste situation des choses actuelles, il est consolant de penser aux ressources infinies que des hommes résolus à être libres peuvent trouver. Ainsi que les voies de la Providence, elles sont inépuisables et incompréhensibles; et les na-^
lions comme la nature se dirigent d'elles-mêmes dans leurs besoins urgens par des lois aussi irrésistibles que celles qui gouvernent le monde matériel.
En contemplant Venise à mesure que la barque du voyageur s'éloigne de sa vue magique, quand on prend congé du plus grand monument que la liberté ait laissé de ses moyens et de sa puissance, on doit, en rappelant l'origine de cet état sans égal dans l'univers, considérer également les effets élonnans du despotisme et du mauvais gouvernement, qui sont sur le point d'entraîner ces puissantes structures dans les vagues d'où elles se sont élevées. Il est sage de réfléchir sur les moyens de conjurer un fléau qui vient des villes d'Orient, à travers l'Adriatique, tomber comme un nuage chargé de la foudre, sur le dernier site où les hommes libres se rassemblent autour d'un gouvernement constitutionnel. Les peuples de l'Europe sont maintenant pour la première fois coalisés parles opinions et les lumières. Le calme qu'ils opposent à la force, aux crimes, aux erreurs de leurs antiques gouvernemens, offre le plus noble exemple qui ait jamais été donné. Si un homme vertueux, luttant contre l'adversité, est un grand et beau spectacle, combien celui d'une na-
tion ou de nations combattant pour leurs droits et leur indépendance, n'est-il pas plus admirable! Opposée à cette ligue, la seule qu'on puisse appeler sainte ^ se présente l'alliance des potentats, armée, puissante et concentrée, en possession des moyens exclusifs les plus prompts, et de toutes les communications secrètes; entourée de légions mercenaires, servie également par les prêtres et les brigands, les espions et les sbires. Le combat ( et c'est un combat sublime) peut être long ; son résultat éloigné : mais l'objet pour lequel il est soutenu n'est plus douteux. Les peuples de l'Europe demandent des gouvernemens constitutionnels , au lieu des despotismes illégitimes : leurs souverains s'efforcent de faire reconnaître leur droit divin j qui les rend responsables devant Dieu seul. C'est le dogme fondamental de la croyance qu'ils veulent établir à la pointe des baïonnettes; et pour démontrer son application pratique , leurs intentions se sont pleinement développées dans le sort de la Pologne, de la Saxe, de Gênes, de la Si- * cile , de Parga , de Naples et du Piémont , et par la récente occupation militaire de la péninsule d'Italie.
J)E LETAT DE L\ MEDECINE EN ITALIE, AVEC DE COURTES NOTICES SUR QUELQUES HOPITAUX ET UNIVERSITÉS,
PAR SIR T. CHARLES MORGAN, M. D. (i)
Théorie médicale des contra-stiwuîans. — Universités. — Leur inultiplicilé. — Payie. — Manière d'élire les professeurs. — Degrés. — Collections. — Jeu de la nature très -remarquable. — Padoue. — Gênes. — Bologne. — Cours d'instruction médicale. — Bibliothèque. — Collections. -*• Ouvrages d'anatomie en cire. — Toscane. — Pise et Sienne. — École de médecine de Florence. — Médecin et chirurgien fiscaux. — Collection analomique. — (Mascagni). — Cabinet de phjsique , et collection unique d'' ouvrages d'anatomie en cire. (Giusej5j5e Raddi ) ex-professeurs du Ijcée supprimé. — Mort de Sussini. — Rome. — Sapienza et cours à l'hôpital Sanlo- Spirito. — Naples. — Ecrits de Delfico. — Hopi-
(i) On trouve chez l'éditeur de l'Italie la traduction de Y Essai philosophique sur les phénomènes de la vie , de sir Charles Morgan, publié en i8ig. Cet ouvrage a obtenu le suffrage des hommes éclairés en France, en Italie et en Suisse j et les journaux scientifiques du temps en ont rendu le compte le plus avantageux.
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taux. — Maisons de fous. — Turin. — Hôpital Saint-Jean. — La Charité, • — (Histoire des institutions de charité à Turin pendant la révolution). — Gênes. — Hôpital Pammatone (Sainte-Catherine).
— Hôpital des incurables. — Mila\. — Ospedalc maggiore. — Pénitencier. — Hôpital des fous. — Pavie. — Bologne. — Ospedale délia vita. — Florence. — Santa-Maria-Maggiore. — Hôpital des
fous. — Rome. — Santo-Spirito. — Hôpitaux de Naples. — Albergo dé" poveri. — Climat d'Italie.
— Mal- aria.
JLes sciences naturelles, qui ne sont liées qu'avec les intérêts les plus généraux de l'humanité , se trouvent moins fréquemment en collision avec les passions, et sont inoins propres à exciter la défiance des Églises et des gouvernemens despotiques, que celles qui touchent directement à l'existence morale et sociale. Indispensables pour le développement de la puissance commerciale ou militaire, elles ne peuvent jamais être négligées avec impunité ; et , soit qu'une nation travaille pour son propre compte, ou pour le profit d'un souverain absolu, elle doit toujours être encouragée jusqu'à un certain point dans ce sens. Après le renversement des républiques d'Italie, quand l'intelligence humaine se trouva placée sous la tutelle des inquisiteurs et des censeurs, le peti't nombre d'esprits indépendans qui se fiirma , en dépit des entraves d'une éducation erronée et pernicieuse, se réfugia dans l'étude de ces vérités moins sévèrement prohibées.
Mais si les sciences naturelles sont les dernières à sentir l'effet de l'oppression des gouvernemens absolus,
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elles finissent toujours par succomber sous les vices de leur système. 11 existe une coiMiexion si serrée entre l'iiomme physique et l'homme moral , qu'aucune vérité ne paraît absolument indifférente aux classes dominatrices, qui opposent leur égoïsme au bien-être de l'espèce; et la jalousie d'instinct de ces classes les rend alertes , même contre le danger le plus éloigné ou le plus imaginaire.
Ces diverses causes ont assigné li la philosophie naturelle des bornes presque universellement semblables dans les gouverneraens absolus. Elle est considérée comme une personne dont les services seraient importans, mais qui porterait en elle des germes de danger dont on devrait se garder , quoiqu'ils ne fussent pas prochains. Toutes les fois que l'autorité établie s'est mêlée de protéger les sciences et de fonder des académies, son objet était bien moins de développer la force et de hâter la marche de la science, que de contrôler et de diriger ses raouvemens Presque tous les petits états qui divisent l'Italie ont leurs collèges, leursbibliothéques,leurobservatoireetleur laboratoirede physique et de chimie; et l'on aurait peine à trouver un seul des augustes de cette contrée , quand il ne serait seigneur que de quelques milles carrés, qui n'eût pas propter dignitalem , ses littérateurs pourvus de croix et de pensions. Mais le souvenir de Galilée et de son sort est plus puissant que les titres et les places; et l'Italie a perdu sa prééminence dans le monde scientifique, de même qu'elle a été privée de sa suprématie religieuse et de sa prospérité commerciale.
Cependant l'influence directe de l'Église et de l'État a été moins funeste aux connaissances plus intimement
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liées avec l'étucle de la médecine. Quoique les médecins aient été généralement soupçonnés d'avoir des opinions fort libérales, les craintes des gouvernans , en qualité iV hommes , l'ont emporté sur celles qui leur étaient inspirées en qualité d'iiomnies d'état j et malgré l'horreur ([u'ils avaient des philosophes et des carbonari, leur frayeur de la goutte et de la pierre avait encore plus d'empire sur eux. Dans la Haute-Ttalie , surtout, le zèle pour les recherches médicales n'a jamais été entièrement éteint; et le stimulant qu'il reçut de la protection éclairée de Joseph n n'a pas été refroidi par les calamités qui ont suivi cette époque. Les noms de Volta, Fontana, Scarpa, Mascagni, Borsieri, etc. etc., ont donné un intérêt européen aux études des universités italiennes , ont rendu les opinions qui prédominaient dans ces sièges de la science , des objets de curiosité , et pour le philosophe général , et pour le praticien médical.
L'isolement dans lequel les nations de l'Europe se sont trouvées, et les jalousies militaires et commerciales qui ont été fomentées , ont sans doute retardé la marche de la civilisation ; mais cette circonstance a produit un avantage indirect par l'établissement de foyers de lumière intellectuelle, nombreux et indépendans, qui ont favorisé l'originalité de la pensée , et ont mis fin à cette banalité d'opinions qui avait si long-temps établi Aristote arbitre souverain du savoir dans tout le monde catholique.
L'avantage de plusieurs écoles indépendantes s'est fait plus particulièrement sentir à l'égard des sciences nié !icales : le nombre de théories ainsi créées et mises en concurrence , démontrait la futilité de tout système qui n'était point fondé sur l'expérience , imposait à l'esprit plus
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3e réserve et de modestie dans ses spe'culalions. D'autre part, les divers points de vue sous lesquels les sujets ont été examinés dans les différens pays, donnent au philosophe (maintenant que les communications sont rétablies entre les nations) le moyen d'arriver à des notions plus précises que si une seule route lui avait été tracée.
L'école de médecine de France est intéressante à observer pour les Anglais, à cause du contraste, de l'opposition marquée qui existe entre le système expectant de ce pays et les méthodes plus actives des praticiens d'Angleterre. La médecine italienne , au contraire , attire notre attention par sa coïncidence avec quelques idées générales qui prédominent dans nos écoles , et par une certaine ressemblance dans la pratique des deux pays.
Cependant les doctrines de Brown ont gagné en Italie et dans tout le continent plus de crédit que dans le pays oii elles sont nées. A une époque très-récente, elles exerçaient dans ces contrées un empire absolu sur la pratique, qu'elles n'ont jamais obtenu dans nos îles. Les guerres de la révolution , en empêchant les communications avec l'Angleterre, ont arrêté la circulation de nos livres de médecine. Les écrits d'Hamilton, de Currie, et des derniers défenseurs du traitement anliphlogistique des maladies , n'ont été connus que fort tard , et partiellement; tandis que l'influence de l'invasion française tendait à tourner l'esprit des Italiens vers le système français , plutôt que vers les mesures plus décisives qui caractérisent l'état actuel de la médecine anglaise. La pratique delà médecine, en Italie, peut donc être considérée , d'après l'opération de ces causes , comme principalement brownonieime , en partie humorale et en partie expeclante ; un petit nombre de praticiens suit cepen-
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(îant encore les méthodes fondées sur les ouvrages de Sjdenhani.
Dans cet état des opinions, l'attention jDublique a été fixée par les écrits et la pratique du docteur Rasori , médecin éminent et des plus heureusement doués, qui, ayant fait ses études à l'école d'Edimbourg, était pi-ofondément imbu des doctrines de' Brown : il avait traduit, pour 1 avantage de ses concitoyens, la Zoonomie de Darwin. Des circonstances l'ayant placé à Gênes pendant le siège mémorable de cette ville, il eut de fréquentes occasions d'observer la û'evre pettechiale qui désolait alors la république. Une courte expérience lui sulllt pour découvrir l'inefficacité des remèdes stimulans dans la cure de cette maladie ; et pour établir la vérité de la doctrine maintenant généralement embrassée en Angleterre , qui range la fièvre en question dans les maladies inflammatoires. Le choc que les opinions du docteur Rasori reçurent à cette époque le conduisit à une suite d'observations et d'expériences qui le menèrent à la conviction que le nombre des maladies réellement asthéniques, ou provenant de débilité , est très-limité ; et à l'établissement d'un système ou théorie de médecine qui a pris beaucoup de crédit dans le nord de l'Italie , sous le nom de Sjslème italien, ou contra-slimulant:
Cette théorie peut être considérée comme consistant en deux doctrines distinctes : la première que nous venons de décrire concerne la nature générale de la fièvre ; et les Anglais avaient été conduits à cette doctrine par les observations expérimentales d'Hamilton, les affusions froides de Currie , et la hardiesse sceptique et indépendante qui prédominait dans les écoles d'Edimbourg et de Londres pendant les vingt ou trente dernières années.
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Ln spcontle tlocfrine regarde le mode d'opération 6e certaines drogues dont les efl'ets ne s'accordent, ni avec les idées de Urown, ni avec les autres syslèiuos physiologiques alors connus. L'essence de cette seconde doctrine est qu'il existe une classe de substances dont l'action réduit la fièvre, ralentit la circulation , et va assez loin pour produire un affaiblissement direct , sar2S V intervention d'aucune évacuation notable (i). Les notions anciennement adoptées sur ces drogues, étaient qu'elles opéraient en diminuant ou délayant la masse des fluides circulans, dans lesquels elles étaient supposées coïncider avec l'opération de la saignée. La doctrine des contra— stimulans attribue leur utilité à leur impression directe sur les solides vivans ; à une action qui , lorsqu'elle est excessive, éteindrait la vie par un épuisement instan tané. Dans ce! te classe de substances , on doit placer l'acouit, la digitale, les drogues anlimoniales , et en général toutes les substances minérales , la ciguë , le venin de la vipère, l'eaU de laurier et l'acide prussique, le cambogia, le thé , le café , etc. etc. Les classes de stimulans et con-
(I) « L'agire di moite sostanze sulla fibra viva in senzo dia- '< melrahnente opposto ail' azione stimulante, ed il prodursi » per esse di quegli effelti immédiat! suU' eccitamento che M Brown derivava solaraenle da potenze négative o da dimi- « nuzione di stimoli j il togliersi per cotesle sostanze (giusta- « mente pcrciô cliiamate contra-stiniolanti) gli effetti del sti- •i molo eccedenle anche senza evacuazione alcuna^ cd il pro- « dursi per esse , se vengono fuore, o al di là del hisogno ap- « plicate , tali malattie che il solo accrescimeiite di slimoli u puo distriiggere, etc. etc. etc. « (ïommasim. Délia nuo^-'i ïiottrine rned. p. 9;.