‹ L'Italie (volume 3)Chapitre 29 sur 34 · IV · texte numérisé non relu

IV

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tra-stimulans , suivant cette doctrine, sont opposées dans leurs relations avec la fibre vivante , et servent de contre-poison les unes aux autres. De là , disent les avocats de cette doctrine, est venu chez les Turcs l'usage du café en abondance , comme antidote de l'opium dont ils prennent de si grandes quantités. De là vient aussi l'utilité des acides végétaux, comme contre-poisons de la même drogue, (i)

Un des faits les plus importans qui se rattachent à Cette doctrine , est que l'effet d'une dose donnée de drogues contra-stimulantes , va en sens inverse du degré de stiiuulation , et conséquemment les maladies inflammatoires exigent l'application d'une quantité de ces remèdes tout-à-fait inusitée dans la pratique anglaise, et les excrétions en ce cas ne sont pas même notablement altérées. Il est donc reçu en pratique de mesurer la dose sur la quantité de l'excitement, et de n'en considéreraucune comme excessive , tant qu'elle ne change point la diathèse , et ne produit point une débilité dangereuse. Ainsi, dans les maladies sihéniques, les Italiens emploient l'aconit depuis un grain jusqu'à unedragme, le kerhiès minéral de huit à vingt-huit grains, le tartre émétiquc

(i) L'effet contra-stimulant du jus de citron est beaucoup plus grand qu'on ne le suppose communément. L'auteur, pendant son séjour à Nnpies, ayant éprouvé un léger coup de soleil, qui produisit un vomissement hilieuv et un paroxysme fébrile, adopta, d'après l'avis des personnes du pays, l'usage delà limonade en abondance. Deux ou trois (/uarh de ce fluide pris dans le cours de la matinée, emportèrent non-seulement le mal, mais produisirent un état de débilité assez pénible pour exiger une slinndalion vineuse.

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de quatre grains à une demi-dragine , le nitre d'une dciui-once à une once. On administre ordinairement ces drogues divisées en doses prises dans le cours de vingtquatre heures , et largement délayées dans quelqiie boisson simple au goût du malade. Il est d'usage de commencer par une petite quantité, et de l'augmenter plus ou moins rapidement , suivant l'urgence des symptômes. Quelque extraordinaires que ces faits puissent paraître, il est cependant peu de praticiens anglais qui n'aient eu l'occasion d'observer de semblables résultats obtenus par l'application de la poudre de James. Le caprice apparent de l'action de cette drogue sur l'estomac , et la variété de ses effets évacuans , sont tels , qu'il serait impossible de ne pas soupçonner de l'inégalité dans sa préparation , si l'on n'avait pas cette clef pour expliquer le phénomène. La moitié d'un paquet ou un paquet de véritable poudre de James , réitérés à de très-courts intervalles , ontparu dans quelques cas de fièvre absoluiTient inertes, et n'ont provoqué ni vomissement ni transpiration , quoique la langue eût été trouvée humide, et la fièvre abattue le lendemain matin, (i)

La connaissance de ces faits devait avoir naturellement une influence très-favorable dans la pratique de la médecine d'un pays oii le climat développe l'inflammation avec tant d'intensité et de rapidité ; mais il a été encore plus utile en bannissant ces dangereuses erreurs de pratique qui s'étaient introduites d'après la doctrine de

(i) L'attention de l'auteur a été fixée sur ce fait par la pratique d'un ami qui emploie spécialement ce reiiièiJe dans la ciire des fièvres , malgré l'absence de tout eflct sensible de cette drogue , excepté l'eifet très-important d'améliorer l'étsl du malade.

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Brown sur la débilité indirecte , ou les maladies naissant de stimulation excessive , et qui devaient se guérir par une stimulation encore plus grande. Dans les maladies inflammatoires ( n'importe qu'elles soient aiguës ou chroniques, qu'elles attaquent un sujet vigoureux ou débile) l'excès de stimulant est la cause du mal, et les remèdes contra -stimulans offrent plus de chances de succès qu'on ne peut en espérer du vin , de l'eLher, ou d'aucun autre stimulant. Quoique les moyens employés par les miédecins qui suivent cette doctrine, puissent quelquefois diflérer des nôtres , cependant les indications sont en général les naêmes qui sont recommandées par nos meilleures autorités. Leurs vues et celles du docteur Blackall , à l'égard du traitement de l'hydropisie , s'accordent presque entièrement (i). Les médecins contraslimulans peuvent se vanter de grands succès obtenus dans la cure de cette fatale maladie : elle est devenue très-commune en Lombardie, par la prédominance des fièvres intermittentes engendrées dans les rizières; et il est rare qu'on admette dans les hôpitaux lespersonnes qui en sont atteintes, avant qu'une désorganisation plus ou moins extensive ait eu lieu chez elles ; cependant, la mortalité dans les salles cliniques de l'Ospedale maggiore de Milan, pendant 1812, i8i3 et 1814 (années oii les

(i) « Kel secondo anno , qnando era professore di patolo- !( gia e nicdico nel spedale di Pavia , nell' iuverno traitai di- « verse idropisie steniche o inflanimatorie , coniG sono state (1 chiamate ; idropisie chi sono piii fréquent! assai di quel che « volgarnienlesi crede. Il mio traltamento fu con ([uegli stcssi « riniedii , generosaniente adoperati i qua!i convengono a o qualunque allra malallia stenia, etc. « Rasori. Sioria clel/a febhre pelcvcliiah di Ce>iOi>a\

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contra-slimulans étaient mis en usage), n'a pas excédé vingt-huit sur cent, (i)

Un très-grand succès comparatif a résulté également du même mode de traitement dans la consomption. Les morts de celte maladie étaient sur le registre au nombre de soixante-trois sur cent j mais eu supposant que la maladie eût toujours été bien désignée sur le journal d'admission à l'entrée des malades, ce succès, tout limité qu'il paraît , est un sujet de triomphe comparatif.

Pour le traitement de la dysenterie on emploie principalement la gomme gutte, donnée comme contra-stimulant , en augmentant graduellement la dose jusqu'au point d'amener une diarrhée , qui est considérée comme un signe de cessation d'inflammation.

A l'égard des maladies aiguës, quoique les praticiens qui suivent la méthode des contre-stimulans administrent leurs remèdes plus hardiment qu'on ne l'avait fait dans tous les autres systèmes de médecine en Italie , on peut douter qu'ils y mettent toute la vigueur nécessaire. La mortalité a été calculée d'après les registres de la clinique du grand hôpital pendant trois ans, à moins de i r sur loo ; et dans les autres années oîi les anciennes méthodes étaient employées , il était de i6 sur lOO. Le nombre total des malades était de 4^55 ; celui des morts de 5io. Parmi les maladies on comptait i3o2 pneumonies, consomptions, tabès, hydropisies , typhus et malades reçus à l'article de la mort, dont il mourut 4^8. Les morts de pneumonie étaient de 22 sur 100; et du typhus de 12 sur 100 (2). Ce terme de 22 sur 100 pour

(1) Conciliateur.

(2) Ce nombre excède celui des morts, pendant les plus fortes épidémies qui ont affligé dcruièreraent rAnglelenc.

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les inflaminations pulmonaires semble indiquer (en admettant les différences que les qualilés stimulantes du climat doivent apporter) l'inefficace de la pratique , du moins comparée avec celle d'Angleterre. Il n'est donc pas improbable que l'emploi des drogues contra-stimulantes ait conduit à négliger la saignée, ou du moins à se confier à des effusions de sang trop peu abondantes j)0ur guérir le mal par un coup de main. L'action du tartre émélique , quoique puissante, est lente; et dans les maladies aigués les premières vingt-quatre heures sont les plus importantes. Il est donc possible que ce temps précieux se trouve perdu dans l'emploi de ces drogues , tandis que si l'on en avait profité pour traiter la maladie par la saignée , le malade aurait pu être sauvé à cette époque par ce moyen, qui n'a plus le même pouvoir à une période clu mal plus avancée. D'après tout ce que j'ai pu recueillir dans de fréquentes conversations avec le docteur Kasori , il m'a paru suffisamment persuadé de l'importance de la saignée ; et j'aurais fait cette remarque avec moins de confiance, si ce médecin ne m'avait pas semblé ])pncher lui seul entre ses compatriotes pour les moyens hardis et décisifs. Dans tout le midi de l'Italie , touies les fois que j'ai eu l'occasion de faire des observations directes , j'ai trouvé que l'on tirait le sang dans les malaoies indammaloires en quantité totalç moindre qu'en Angleterre , et par des saignées plus petites et plus fréquente^ (i). Il serait donc possible

(i) Je me rappelle d'avoir assisté à l'ouverture d'un snjct dans lequel on trouva la désorganisation la plus extcrisive dans le thorax :, effusion de iymplie et de sérum , et adhésion presque universelle des deux couches de la plèvre. J'appris que ce

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^e l'esprit déjà prévenu par une aulrc idée, la même erreur ait pu être commise dans la pratique par de meilleurs médecins.

La partie qui paraît la moins parfaitement déveloj^pée dans la théorie des confra-stimulans, et sur laquelle on s'accorde le moins unanimement, est celle qui se rapporte à l'action de drogues particulières : en effet, il n'existe aucune branche des recherches médicales plus contradictoire et plus obscure chez les médecins de toutes les sectes et de tous les pays. Les disputes sans fin sur l'action de la digitale, qui se lisent dans les ouvrages des praticiens anglais, sont un exemple frappant de ce fait. Quelques personnes rangent parmi les remèdes contra-stimulans , les remèdes minéraux, plusieurs amers, et [niirabilc dictu) les cantharides mêmes. Rasori rejette totalement de la materia medica , la classe des diurétiques, dont il considère l'action comme entièrement contra-stimulante j car il dit que non-seulement des hydropisies qui peuvent être guéries par de tels remèdes , sont également curables par l'usage d'autres contra-stimulans^ mais ces médecines diurétiques ne provoquent pas les mêmes évacuations dans d'autres maladies. D'autre part l'opium et l'éther produisent des effets diurétiques dans les hydropisies qui viennent de faiblesse de la fibre (i). En jugeant empiriquement de ces faits , nous devons arriver aux conclusions les plus contradictoires. Mais en adoptant la doctrine des contra-

malade avait été traite par des saignées répétées, dont chacune n'excédait pas huit ou dix onces : si tout ce sang avait été tiré en une fois , on aurait peut-être pu lui sauver la vie. (i) Rasori, loco cilalo.

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slimulaus, l'induction philosophique est que les diuréff quês et les autres spécifiques , pour l'hjdropisie , sont efficaces et ont une action spéciale par leur relation avec la diathèse , ou maladie constitutionnelle.

Le fait sur lequel on se fonde pour ranger les cantharides dans la classe des contra-stimulans , est que les vésicatoires appliqués à la peau sur certaines inflammations glandulaires résolvent le mal sans produire une vésication dans l'épiderme. Cela s'explique de la même manière que l'inertie de l'émétique dans le cas de diathèse inflammatoire^ toute la force de la drogue étant alors employée à surmonter celte diathèse.

Une des parties les plus obscui-es de la nouvelle médecine , c'est la distinction entre les effets irritans et contrastimulans des drogues. Plusieurs drogues contra-stimulantes sont, à certaines doses, de l'activité la plus irritante et la plus acre (sans parler des cantharides ) : le nitre , les purgatifs amers, et la plupart des substances minérales, excitent, quand on les prend à une trop forte dose , des irritations excessives suivies d'inflammations fatales du canal intestinal. Au sujet de l'irritation, les théoristes sont entrés dans les distinctions lesplus minutieuses ; l'un affirme l'existence d'une diathèse particulière produite par les slimulans irritans, uu autre nie son existence, mais il admet une affection locale universelle (i) , eflèctuée par les agens irritans. Quelques personnes considèrent aussi l'irritation comme un phénomène siii generis, qu'on ne peut faire disparaître qu'en faisant cesser la cause qui le produit^ et d'autres soutiennent que l'effet

(i) « Affezione universalmente locale. » Gianini , cité par l'ummasini.

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de l'irritation et de toutes les douleurs (i) est purement contra-stimulaut. Dans toute cette logomachie on trouve plus de subtilité d'esprit que d'observation pratique j et peut-être aussi une précipitation assez marquée dans les classifications de certaines drogues. Il est diillcile de considérer l'irritation sous un autre jour que sous celui d'une stimulation directe, puisque lorsqu'elle est portée à un certain point, elle amène toujours l'inflammation. Il e*t donc difficile d'entendre que les irritans puissent être en même temps des contra-stimulans. Tout ce qui ébranle violemment le système nerveux a le pouvoir de diminuer temporairement , et en quelques cas d'élenidre lotalcnient l'énergie vitale. Les coups sur l'estomac, la rupture des ligamensj tout ce qui altère à un degré considérable un visciis important , est suivi d'un état marqué de contra-stimulus; mais cette affection particulière de l'appareil nerveux n'a rien de commun avec le pouvoir qu'une drogue peut avoir sur la circulation. Dans fous les cas de poison oii les couches de l'estomac sont ou chimiquement , ou physiologiquement détruites , cet état de contra-stimulus précède la fièvre inflammatoire, qui accompagne l'effort pour rejeter l'escarre j mais il ne s'ensuit pas de là que le collapsus soit l'effet direct d'une propriété spécifique dans la drogue administrée.

Le système contra-stimulant , qui est né en Lombardie, jirédomine particulièrement dans le nord de l'Italie. Ses principaux soutiens sont : le professeur Rasori à

(i) Il y a des modifications de douleur qui produisent rabattement, et qui sont accompagnées d'une affection sympathique de l'estomac et du cerveau ; mais en général, la dou- Içur accélère le pouls et empêche le sommeil.

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pflilan , le professeur Borda (i) à Pavie , et le professeur Touxmasini de Parme. Les villes d'îtalie , en proportion de leur distance de ces foyers de prosélytisme , montrent plus ou moins d'empressement pour la nouvelle lumière , et persévèrent avec plus ou moins d'indifférence dans leur ancienne routine. Tous les débats qui ne peuvent exciter les craintes du gouvernement, sont soutenus en Italie avec la plus grande chaleur, et la nuova doltrina medica ilaliana a été sévèrement taxée de n'être ni nouvelle, ni doctrine, ni médicale, ni italienne. Elle n'a cependant rencontré que très-peu d'opposans parmi les hommes les plus distingués, excepté Spallanzani de Modène , neveu du fameux Spallanzani qu'on appelle il Spallanzani , et Federigo de Venise. A l'égard delà pure théorie , nos compatriotes ne peuvent y prendre un grand intérêt ; mais dans ce qui regarde la pratique , il est impossible de ne pas avouer que le zèle , l'activité , le courage dans l'administration des remèdes, semblent bornés aux médecins de l'école contra-stimulante. On est disposé à classer les humoralistes , les brownistes , et les défenseurs de la médecine expectante, parmi les indolens et les mauvais observateurs dans un pays où des maladies si aiguës, et des remèdes si actifs, s'offrent en vain à leur attention. Le docteur Clark (2) a remarqué avec

(i) Les papiers publics annoncent que cet homme accompli a été arrêté et conduit dans une forteresse en Hongrie , pour quelque conspiration réelle Ou imaginaire contre les Autrichiens.

(2) Dans ses Observations sur le climat et les maladies du midi de la France et de l'Italie , ouvrage oii l'on trouve des remarques originales et une grande indépendance d'esprit, et

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beaucoup de justesse, que les sciences en genérol , cl io nïédecine en particulier, sont dans un état plus florissant dans la Haute-Italie que de l'autre côlé des Apennins^ et la première est pi'ëcisément le territoire des praticiens contra-stininlans. La médecine en général leur doit beaucoup pour leur administration hardie des remcrirs puissans , surtout pour l'emploi philosophique de la digitale et de l'antimoine, qui, nonobstant tout ce qui a été écrit en Angleterre, n'avaient pas encore été tires d'un empirisme grossier. L'usage de l'eau de laurier et de l'acide prussique est un autre bienfait qui dérive de cette source, quoiqu'il soit probable que les Français ont le princip.il mérite de cette application d'un poison des plus mortels à la médecine. Pour les praticiens anglais qui sont retournés sur les traces de Sydenham , et qui se sont dcbarrasFés des savantes erreurs de la dernière cjénération , les écrivains italiens qui établissent le système coutra-s'imulant, doivent être extrêmement intéressans par la confirmation de vues déjà nées dans notre pays par le raisonnement et l'observation individuelle et isolée, (i) Après avoir remarqué le système contra-stimulant, il reste peu de choses à dire sur l'état de la médecine dans

qui peut être consulté avec co'.ifiancc par ceux qui s'exilent pour chercher la santé.

(i) Outre les ouvrages ci-dessus mentionnés, la pratique contra-stiniulantc peut être vue dans les notes du docteur Rasori sur sa traduction de Darwin . Ses remarques sur l'action de la digitale, sur la gomme gutte clans la dysenterie , le nilre «lans le diabètes, et la cure des péripneumonics inflnmmatoirts par le tartre antimonié, sont imprimées dans les Annale di Scienze. Pour d'autres autorités, vovcz V 17 de lOuvrnge de ïouirnasiui.

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lalIaule-Ttalie, oii le mérite des individus devient moins jirofitable en raison d'institutions et de combinaisons de circonstances plus ou moins fatales à toute prospérité nationale. L'une des principales infortunes attachées à la division politique de cette malheureuse contrée , est l'établissement de petites universités encombrées de professeurs obscurs dont les travaux ne sont récompensés convenablement ni par les honoraires , ni par la renommée. Ces professeurs enseignent gratuitement , et en conséquence ils fournissent un nombre de praticiens qui outrepasse les demandes. Cette facilité d'instruction, jointe au manque de rémunération , engage les dernières classes à entrer dans cette carrière^ et si des personnes pourvues de moyens pécuniaires plus convenables s'attachent à la profession , et désirent s'instruire dans les universités étrangères, elles en sont empêchées par les lois, qui ne permettent la pratique qu'à ceux qui ont fait leurs études dans les écoles respectives des divers états. Pavie , Padoue et Bologne, qui conservent toujours un zèle admirable pour la science , et qui offrent de grandes facilités aux étudians , sufilraient abondamment pour le nord de l'Italie; mais la jalousie municipale s'oppose généralement à ce que les sujets des autres états profitent de la proximité oii ils sont de ces sièges du savoir. Florence, Sienne et Pise, Modène , Parme, Gênes et Turin , ont chacune leur école de médecine j toutes coûtent de grosses sommes au public, et toutes sont plus ou moins incapables de maintenir des professeurs d'un grand talent ou d'un savoir étendu.

Pavie, autrefois l'une des plus grandes et des plus célèbres universités de l'Europe, avait beaucoup baissé de réputation et d'utilité, quand l'empereur Joseph la

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rétablit tlans un très-haut degré de splendeur en nommant des professeurs d'une célébrité européenne. Les noms de Spallanzani, Tissot, Frank, Scarpa et Volta, en illustrant ses annales, attiraient dans son sein un grand concours d'étudians ; et sous le gouvernement français Pavie devint la principale école de médecine dxi royaume d'Italie. Mais la chute du gouvernement italien a déjà éclipsé le lustre de celte université, et le sceptre de plomb de l'Autriche la plongera bientôt dans une ruine sans espoir, (i)

Assujettie à l'université de Vienne, ses institutions ont été étendues ou resserrées pour les rendre exactement semblables à ce véritable lit de Procuste; et les professeurs sont à la nomination de la faculté métropolitaine. Quand il se trouve une place vacante, on adresse au candidat qui se présente paur la remplir, vingt-neuf questions écrites et une verbale , suggérées par les professeurs de Vienne. Les professeurs de Pavie examinent sur la question verbale ; et leur rapport , joint aux réponses écrites faites sur les autres questions, est envoyé à Vienne. Les professeurs de Vienne décident d'après cela des mérites du candidat, en nommant à la chaire. Rien déplus absurde, de plus vain et de plus fâcheux que cette méthode. Le comte de Firmian et le comte de Wilsek , son successeur, qui remplirent les chaires de

(i) La Lombardie, soumise depuis des siècles à la France, à l'Autriche ou à l'Espagne, ne peut se vanter d'avoir joui de quelques institutions nationales que pendant la dernière domination étrangère; et jamais elle n'a été aussi complètement dénationalisée et traitée en province conquise qu'elle l'est actuellement-

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l'avie Je professeurs si disliiigué» , tâchèrent de connaî- Ire leslioninies les plus éuiiaensde l'Europe, afin de pouvoir se dispenser , par la notoriélé de leurs noms, de ces il! utiles et fastidieuses formules; et Tissot, Frank et Fonlana furent investis de leurs robes sans être dégradés par une sirijétion envers leurs inférieurs en esprit. La conséquence de l'ordre de choses actuel est que le professorat tombe dans les mains les moins dignes de le posséder. Les Italiens de quelque considération refusent de comparaître devant un tribunal étranger; et l'on m'a dit que le professeur de clinique actuel était ua Allemand qui ne connaissait point la langue de ceux auxquels il doit adresser ses leçons. En même temps les murs du collège sont chargés d'inscriptions grecques en l'honneur de l'auguste germanique par lequel ils sont opprimés , et qu'on a probablement érigées à la place de celles qui ont été effacées à la chute de Napoléon : qui sait si à quehjue autre époque on ne les verra pas remplacées à leur tour par d'autres, en l'honneur de nouveaux candidats à l'immortalité des universités?

Dans l'arrangement intérieur de l'université, tout est réglé sur les modèles allemands. Une chaire très-utile et très-philosophique a été supprimée , parce qu'elle n'avait pas son prototype à Vienne^ et l'on a créé une école clinique d'après le système germanique , pour enseigner la médecine aux chirurgiens , ou plutôt pour fabriquer »les chirurgiens-apothicaires, malgré les circonstances locales qui produise, t assez de médecins en Italie pour qu'un tel supplément ne soit pas nécessaire.

Le nombre total des étudians de Pavie ne passe pas huit cents, el la moitié suit la médecine, et l'autre le droit. Le doctorat est obtenu au bout de cinq ans. Les

etudianssont examinés verbalement , el ils écrivent une thèse. Le collège est très-riclie en accessoires d'études médicales. II y a une collection excellente d'histoire naturelle et d'instrumeus de physitjue , cl une d'analoinie. Les Français, à l'époque de leur invasion, respectèrent cette propriété nationale , el même ils échangèrent quelques objets doubles des collections de Paris , contre d'autres de la collection de Pavie. Les classes des oiseaux et des serpens étaient fort riches, et les individus bien coi;servés. La collection d'anatomie contient quelques bonnes préparations de vaisseaux sanguins , quelques morceaux d'anatomie comparative et quelques exemples de maladie. On y voit de plus une figure en cire des vaisseaux absorbans; elle est fort belle , mais suivant l'usage elle paraît surchargée. Parmi les singularités de la nature, il y a un cyclope ou plutôt un monstre Irioculaire; les deux orbites sont couverts de peau , et un œil additionnel est dans le centre de l'os frontis^ quelques fœtus à tête double , etc. etc.

La préparation la plus intéressante est celle des quartiers de derrière d'un agneau, qui étaient venus au monde parfaitement développés, mais sans tête, sans thorax, ni membres antérieurs; cet exemple a été envoyé à Spallanzani, à qui l'on assura qu'il était né vivant, mais qu'il était mort à la rupture du cordon ombilical. Spallanzani l'envoya à Malacarne, et il fut ouvert par le docteur Rasori, alors étudiant. Les nerfs commençaient a la queue entourés par la graisse. Les viscères abdominal et pectoral mauc^uaient, excepté une portion des grands intestins. F/artère ombilicale communiquait avec l'aorte , à la division des artères iliaques. Cette préparation était fort précieuse alors , comme décidant la question ton-

448 AppEiynix.

chant l'origine des nerfs, en prouvant que dans chaque partie les nerfs sont nourris par leurs propres vaisseaux. Cet exemple fournit également des preuves satisfaisantes à l'égard de l'influence nerveuse qui occupe maintenant nos plus profonds physiologistes.

Pendant la dissection de ce sujet, Spallanzani et Malacarne eurent occasion de converser souvent ensemble^ et le dernier professeur fut extrêmement scandalisé des questions sceptiques de Spallanzani sur le siège de l'àme dans un pareil animal,

Scarpa et Volta sont tout ce qui reste de ce noyau de philosophie réuni dans le dernier siècle : l'un et l'autre sont très-avancés dans leur carrière , et tiennent des places émêrites , l'un étant directeur de la faculté de philosophie , et l'autre de celle de irtédecine.

L'université de Padoue est maintenant en bonne réputation , et ses étudians sont considérablement augmentés en nombre. Le doctorat est obtenu après cinq ans d'étu" des, et les cours sont bien ordonnés. Malgré l'ancienne célébrité de cette école , et sa connexion avec la médecine anglaise, malgré l'intérêt plus récent qu'elle a acquis par la réputation de Morgagni, les circonstances de îAon voyage m'ont forcé à me borner à un examen sommaire de son local.

D'après la conversation que j'ai eue avec un des professeurs , il paraît que les doctrines des contra-slimulans prévalent, mais sans exciter Tenthousiasme qu'elles ini-pirent en Lombardie. L'intervention de l'Autriche dans les affaires de l'université , a été un sujet de grand méc ontentementcommeàPavie. Elle est soumise de la même iiianière ù l'université de Vienne; et l'introduclion de professeurs allemands cause beaucoup de découragement.

L'université de Gênes donne les degrés médicaux au nombre de trois : bachelier, licencié et docteur. Le cours pour le doctorat est de cinq ans. Chaque faculté a un collège de douze docteurs qui examinent les candidats. Des leçons de clinique et d'anatomie sont données dans le grand hôpital de la ville , et il y a sept chaires médicales dans l'université. Ce petit établissement a souffert beaucoup par la dernière révolution^ cinq de ses professeurs les plus distingués , ayant été éliminés pour libéralisme , ce renvoi avait fait retirer près des deux tiers des élèves. Les fonds qui avaient été assignés , à la suppression des couvens , pour l'usage de cette université , ont été rendus à leur première destination par le roi de Sardaigne, et les dépenses sont maintenant payées sur l'octroi.

Bologne , quoique politiquement unie au territoire papal, est géographiquement et scientifiquementliée avec la Haute-Italie. C'était, sous le régime français, l'une des trois liniversités du royaume d'Italie, et elle maintient toujours ses relations avec ce royaume , comme le principal foyer du système contra-stimulant, le professeur Tommasini étant l'un des apôtres les plus zélés de cette croyance médicale. LesBolonais sont éclairés et spirituels, et ils combattent avec fermeté pour conserver à leur université la réputation dont elle a joui à l'époque brillante de la gloire italienne , quand leur petite république avaitmérité le surnom de savante. Dans cette université, on trouve encore, comme autrefois, le zèle pour les recherches philosophiques uni à l'amour de la liberté ; et le mol de liberlas , ce talisman qui flotte toujours sur la bannière de Bologne , quoiqu'il soit une dérision cruelle dans la situation politique de cet élat , exprime un senti» IV. 29

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ment précieusement gardé dans tous les cœurs. L'extérieur de Bologne , par son imposante architecture et ses Jonguessuites dehautes arcades, représente bien la lourdeur des édifices gothiques, l'obscurité du moyen âge ; mais ses murs renferment des esprits qui se sont parfaitement placés au niveau du temps oix ils vivent, et qui joignent à la philosophie la plus profonde une extrême simplicité, cultivant dans le secret de leur famille ces vertus publiques qui, à l'époque actuelle de réaction royaliste , inspirent généralement la haine et la «rainte , et provoquent la persécution. Avec ces dispositions , on ne sera point surpris que cette université ait éprouvé de grands changemens à la restauration du pape. Les Bolonais sont en général surveillés avec une jalousie j^articulière par le gouvernement papal , que l'instinct de sa faiblesse dirige spécialement contre ceux qui sont le plus capables d'influencer l'opinion publique. Parmi les personnes méritantes que l'on m'a citées comme ayant été Cinployées sous le régime français , et déplacées à la restauration , étaient Gambari , professeur de jurisprudence criminelle j Prandi , professeur de droit naturel ; Rossi , légiste civil ; Baciale , médecin ; Giordani , prosecrétaire de l'académie des beaux-arts ^ et le professeur Costa.

Le nombre actuel des étudians de Bologne n'excède pas deux cents, à cause du rétablissement des petites universités des petits états indépendans. Cette désignation de la place où doivent so faire les études , est parfaitement ridicule dans ces gouvernemens , par l'imperfection inévitable de ces institutions , dont les misérables alm a-1 noter ^ à moitié affamées , sont loin de pouvoir offrir aux autres une nourriture spirituelle, bien saine et

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bien substantielle. Mais il convient mal à un Anglais de rire d'une absurdité dont le principe est en vigueur dans son propre pays. Chez nous, comme en Italie, il agit pro modula suo pour exclure le mérite et favoriser le monopole de la médiocrité , toutes les fois qu'il n'est pas renversé et foulé aux pieds par l'opinion populaire.

Le cours pour le doctorat est de quatre ans à Bologne , et les grades sont ceux de bachelier et de régent , qui sont pris à un an de distance l'un de l'autre. La licence pourpratiquer est accordée par un comité de treize personnes choisies parmi les praticiens de la ville , dont cinq au moins examinent le candidat publiquement sur toutes les parties des sciences liées avec la médecine.

Pendant la première année où les cours de clinique sont suivis , l'étudiant n'est que simple spectateur^ dans la seconde , on lui donne à soigner un seul malade à la fois , et l'on fait en sorte qu'il ait pu surveiller dans le cours de l'année le traitement de toutes les maladies principales. Le médecin lui fait examiner son malade en sa présence, établir l'étal du pouls, et nommer la maladie. S'il se trompe sur ces points, un autre étudiant est consulté. 11 doit ensuite j)roposer les moyens curatifs, établir les intentions vers lesquelles ils sont dirigés, la nature des drogues, leur préparation pharmaceutique, et les effets qu'on doit attendre d'elles. Il doit aussi faire un rapport journalier des événemens qui ont eu lieu dans les dernières vingt-quatre heures. Cette méthode forme le système d'instruction le plus complet que j'aie jamais vu employer , et il paraît bien supérieur à celui de nos hôpitaux. Mais comme les places des hôpitaux de Londres sont toujours remplies jîar les premiers praiiciensdc la ville, jusqu'à l'époque de leur complètecadu-

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cité , leurs affaires privées ne leur laisseraient jamais le temps nécessaire pour des examens aussi minutieux.

Cependant , l'école de médecine bolonaise est actuellement moins florissani^e que celle de Pavie. La position désavantageuse de la ville, située à l'extrémité des domaines du pape , et privée des étudians qui pourraient venir de la Haute-Italie , par les lois exclusives du gouvernement autrichien , et l'influence engourdissante de l'Église , qui renvoie les professeurs habiles , ou éteint leur éaergie par son intervention inquisitoriale, tendent également à diminuer le nombre des élèves. L'école de droit, anciennement si renommée, a éprouvé de même une diminution dans ses suivans et sa réputation ; elle n'est à présent distinguée par aucun professeur trèséminent.

L'éducation des chirurgiens est à peu près semblable à celle des médecins; et à Bologne comme dans tous les pays oii les Français ont eu de l'influence , ils sont gradués en chirurgie. Là , comme ailleurs , ils pratiquent la médecine quand ils le peuvent , et s'il existe quelque règlement pour diriger la pratique des deux professions, c'est une véritable lettre morte.

La bibliothèque publique qui fait partie du noble et magnifique monument de l'Institut , occupe plusieurs salles élégantes; elle diffère de la plupart des collections de ce genre eu Italie, en ce qu'elle contient beaucoup d'ouvrages modernes qui sont achetés sous la direction du bibliothécaire , le célèbre Mezzofante. Parmi d'autres livres anglais, j'ai remarqué nos Transactions royales et linnéennes , le Magasin de Tilloch, les Familles descrustacées de Leach ; il y avait aussi la Bibliothèque universelle, et d'autres ouvrages français modernes.

Le cabinet d'hisJoirenaUirelle, dans le même bâtiment, est riche en minéralogie et en fossiles étrangers. Parmi ces derniers, le plus remarquable est un oiseau fossile extrêmement parfait, qui a été apporté de Montiuartre. Cette collection, commencée par Aldrovandus, doit beaucoup à la libéralité du gouvernement français, qui avait assigné des fonds pour l'achat d'exemples rares; peut-être en retour de V Herbariimi d'Aldrovandus , transporté à Paris avec environ deux cents manuscrits et quarante tableaux. Cette sorte de spoliation est celle qui doit être le plus blâmée, parce qu'elle blesse vivement la vanité nationale , et qu'il en résulte peu de bien réel pour la science; mais d'autre part on doit se rappeler que les Français sont les seuls conquérans qui aient donné quelque attention aux intérêts des peuples conquis, et qui ont trouvé le temps , au milieu de la rapacité fiscale et d'un espionnage jaloux , de répandre les lumières du savoir dans les provinces subjuguées.

La collection anatomique est remarquable par ses beaux ouvrages en cire, inférieurs peut-être à ceux de Florence , quoique la partie obstétrique y soit plus considérable. Benoît XIV commença cette partie de la collection en achetant les exemples que le professeur Galli avait fait faire pour son cours. Madame Manzolinî y a fait une addition considérable par les modèles qu'elle a faits depuis 1760 jusqu'en 1768; mais les exemples les plus exacts et les plus parfaits sont ceux qui ont été plus récemment modelés sous la direction de Mondini. L'Institut contient, de plus, des cabinets de chimie et de physique, un observatoire, des collections d'objets d'arts, etc.^ et c'est sans contredit un des plus beaux établissement scientifiques du monde.

En traversant les Apennins , chaque pas éloigne de la lumière de la science. L'état de Florence a deux universités : Pise, à présent illustrée par le professeur Vacca^ et Sienne. Le doctorat est accordé dans l'une et dans l'autre au bout de quatre ans; mais deux années additionnelles sont exigées pour les études cliniques , après quoi le candidat est examiné pour obtenir la permission de pratiquer, par un comité de douze médecins, douze chirurgiens et autant d'apothicaires élus parmi les praticiens de Florence les plus renommés, et qui ont résidé pendant douze ans en cette ville. Cependant les étrangers qui s'établissent à Florence ne sont assujettis à aucun inconvénient en pratiquant sans licence. En point de fait, les deux branches de la médecine et de la chirurgie se conservent assez distinctes dans la pratique.

11 y a aussi à Florence une école de médecine et de chirurgie régulière, attachée à l'hôpital de Sainte-Marie- Majeure; mais comme les appointemens sont très-médiocres , les professeurs ne sont pas de la première classe.

II existe à Florence une singulière institution de police médicale , qui consiste en un médecin et un chirurgien fiscaux , chargés de l'examen des cas de suicide , empoisonnement et autres questions médico-légales, (i)

Autant que j'ai pu m'en instruire , il paraît qve Florence ne possède pas actuellement de médecin décidément remarquable. La mort de Mascagni (dont les ou-

(i) <( Qui et décima qaâque die meretrices , quaî in civitate « quœslum corpore faciuiit , de soluté interrogant. Iluicce a inquisitioni interesse nolentes c.'irccre coercent : aigres in M nosodochium , aère proprio curandos, relogant. »

ÂPPENDIX. 4^^

vrages aualouiiques vont être publiés-) a laissé une place qu'on prétend ((ue son successeur ne remplit pasenficrenieut. La chaleur des disputes sur le système de conîrastimulans n'est que faiblement sentie en cette ville; les praticiens y sont principalement humoristes el brownisles. En général , les médecins florentins désirent passer poursceptiquesen médecine; mais il est probable que leurg opinions indécises résultent plutôt d'indifférence ou dé manque d'occasion pour se former des idées définies , que d'un scepticisme rationnel et bien fondé : autant qu'il m'est possible d'en juger d'après les informations bornées que j'ai pu obtenir, cette même langueur qu'un despotisme doux et soporifique étend sur les autres branches de la science, règne aussi sur l'art médical. C'est en vain qu'on voudrait lutter contre de telles causes; elles répandent leur maligne influence sur les esprits de la plus forte trempe comme sur ceux dont les facultés sont les plus faibles. L'oppression des dernières classes rend le sort des premières moins heureux , leur ôte la sûreté de leur santé, de leurs propriétés et de leur personne , et les prive des jouissances de la vie qu'un système plus libéral et plus équitable pourrait seul leur assurer.

Les écoles d'anatomie qui ont été le théâtre des travaux de Mascagni sont attachées à l'hôpital de Santa- Maria de Florence; la collection n'est nullement proportionnée à la célébrité du nom de Mascagni (i) , et elle avait été fort négligée. Elle est maintenant sous la direction du docteur Lippi , qui a rangé les sujets avec beaucoup d'ordre et de méthode. La partie la plus

(i) Une bc41e cditinn in-Iblio des OEuvres de Masciigni va se publier à Florence.

4o6 APPENDrX.

remarquable cle la collection consiste en injections d'une petitesse extrême , et en riches séries d'ostéologie pathologique. Parmi ces dernières , j'ai remarqué le squelette d'un homme que la vieillesse avait courbé en deux, et dont les vertèbres étaient exostosées^ plusieurs courbures de l'épine, et un exemple de inollities ossium , dans lequel les os étaient courbés en angles si aigus , que cela paraissait presque incompatible avec l'intégrité des viscères. On y voit aussi le squelette d'un homme de sept pieds de haut^ les os proportionnellement forts , mais l'omoplate amincie et perforée par les 'muscles; ce qui indique un développement du [système musculaire peu commun chez les hommes dont la taille dépasse la mesure ordinaire. La plus belle préparation est celle d'une peau entière ; avec les vaisseaux superficiels lymphatiques et sanguins injectés. II est impossible de concevoir rien de plus effrayant que ces monstrueuses figures, et la peine que donne leur préparation ne répond à aucun motif d'utilité réelle.

La collection des modèles d'anatomie en cire est une des choses les plus curieuses qu'on puisse voir à Florence. L'art des représentations en cire a commencé par ces ex-voto qu'il est d'usage en Italie de suspendre aux châsses des saints dont les miracles avaient rendu la santé à leurs dévots. Elles ont d'abord été appliquées à l'anatomie par Lodovico Gigoli , ensuite par Tumnio , médecin Sicilien , attaché à Cosme in. La grande collection de Florence , comme elle existe maintenant , a été conçue par Fontana, qui vint en cette ville sur l'invitation de Léopold. Elle est distribuée en quinze chambres, qui contiennent toutes les variétés de pré-

APPENBIX. 457

parations possibles , coloriées avec une délicatesse et une vivacité qui ressemblent parfaitement à la nature. Quatre chambres sont consacrées au système musculaire; la cinquième est remplie de préparations des vaisseaux sanguins; la sixième, des organes des sensj la septième, des ligamens ; la huitième renferme une figure de femme , avec les viscères in situ, mais disposés de manière à se détacher pièce par pièce; il y a , de plus, des dé- •raonstra lions du gravid utérus, et des fœtus de tous les âges. Le n° g contient les viscères du thorax et de l'abdomen , et quelques préparations du cerveau. On voit là un modèle des poumons z« situ, vus par-derrière, (comme la partie la plus haute de la septième planche des Tabulœ anatomicœde Sandifort). Le n** 10 contient une immense collection de dissections du système nerveux , plus grandes que nature. Dans le centre de la pièce est une figure de grandeur naturelle , sur laquelle on voit les veines superficielles, les artères et les absorbans : cette chambre est peut-être la plus précieuse de toutes , les modèles offrant des pa.rties plus difficiles à préparer et à conserver; et les couleurs étant celles de la nature avant que la mort les ait changées, sont plus tranchantes , et les formes conséquerament plus distinctes. Le n° 11 contient les vaisseaux profonds avec des préparations qui montrent l'origine des nerfs et les connexions des systèmes sympathiques. Le n° 12 a une figure de grandeur naturelle qui représente les vaisseaux lymphatiques profonds , des préparations des nerfs et de la medulla spinalis. Le n° i3 contient une figure de grandeur naturelle des veines, avec des préparations de différens nerfs. Le n" 14, "ï*système artériel, aussi de toute grandeur, avec neul

modèles de difFérens nerfs. Le n° i5 contient le commencement d'une collection d'anatomie comparative. Les modèles les plus remarquables de cette chambre sont une dissection de la sangsue , une autre du homard , une troisième qui démontre les progrès du poulet dans l'œuf, le système femelle de reproduction dans les oiseaux , avec les progrès de l'œuf dans les ovaires, démontrés sur une poule; une belle dissection delà sepia, et une démonstration des différentes époques de l'existence du ver à soie (par Sussini).

Les dépenses de cette sujoerbe collection doivent être immenses. Les préparations sont copiées en général aA'ec une grande fidélité; mais dans celles des vaisseaux sanguins et des nerfs , il est à craindre que la vanité de l'injection minutieuse n'ait induit ceux qui ont fait les modèles, à copier sur divers sujets, en formant ainsi vme sorte de beau idéal, jîlutôt qu'une imitation de la nat|ire. Dans une collection aussi étendue , la valeur des'iBxemples individuels doit varier beaucoup. La nayologie et l'anatomie du cerveau m'ont paru les meilleures, et les préparations vasculaires de grandeur naturelle et celles des nerfs , me sembleraient celles sur l'exactitude desquelles on pourrait le moins se fier. Les préparalions sont rangées dans des cases de glaces autour des murs , et les grandes sont établies au milieu des pièce?. Autour des murailles on voit au-dessus de chaque case des dessins qui correspondent aux modèles , avec les différentes parties qui se rapportent à chaque démonstration.

La collection d'ouvrages en cire ne forme qu'une petite pallie des contenus du Musée, que les grandsducs ont commencée , par l'achat des collections de

Al'PENDIX. 4^9

Sieno cl Rnniphiiis ; il a été (iepuis refondu par Léopold , r[ui , pour réunir tous les objets sous un même toit , acheta la casa Torrigiani. Il établit en niènie temps la collection de préparations analoniiques on cire , le j^rand cabinet d'iiisloire naturelle , un jardin botani- ([ue, un cabinet d'instrumcus , un laboratoire, un observatoire et une bibliothèque scicntiliquo. La collection d'instrumens de physique tient huit chambres, et l'on y voit le télescope avec lequel Galilée découvrit les taches sur le soleil ; et la lentille dont V Académie del Cimento lit usage pour brûler des diarnans , expérience deruibrement vérifiée sur la place par sir H. Davy.

L'histoire naturelle est distribuée dans plusieurs apparleinens , et elle embrasse la plus brillante collection dans toutes les branches de la science , comprenant le cabinet de coquilles de Rumphius , et les collections plus récentes de Ginsoppe Raddi , qui, à Tocrasion C\u mariage d'une archiduchesse d'Autriche ave<: le prince héréditaire de Portugal, a été envoyé au Brésil exprès pour enrichir le Musée. Aprèsune très-courte absence, il est revenu chargé d'un nombre considérable de plantes qui manquaient à l'herbier très-étendu du lycée , d'une superbe collection d'insectes, et quelques quadrupèdes et oiseaux rares, des poissons en plus grand nombre , et beaucoup de reptiles , avec des séries très-complètes de graines et de fruits, et un choix des minéraux les plus importans qui se trouvent dans les environs de Rio-Janeiro. Le tout a été déposé dans un bel ordre au Musée ; et , en considérant la brièveté du voyage, la difficulté de la différence de langue , et de l'aspect naturel du pays , la quantité d'objets rapportés fait honneur au zèle, à l'industrie et à l'activité de l'ingénieux voyageur.

46o APPEWDJX.

II y a de plus trois chambres de préparations botaniques , contenant des modèles de plantes difficiles à conserver , exécutés en cire , qui sont extrêmement beaux ; et une immense collection de minéraux; de plus, une collection assez futile d'outils en usage dans les îles de la mer du Sud , et les modèles extraordinaires et dégoùlans de la pulridité , noraméele Jlénii de Florence.

Ce graiid Musée a été consacré à l'instruction publique, par Marie-Louise, reine régente d'Etrurie, en 1807, sous la dénomination de Lycée. Elle institua pour cet effet les chaires suivantes :

Astronomie , professeur, L'abbé di Vecchi.

Physique expérimentale , L'abbé Babbini.

Anatomie comparée , Filippo Vecelli.

Chimfe , Gazzeri.

Botanique , Otton Targioni.

Zoologie et Minéralogie , Filippo Nesti.

Et un inspecteur des ouvrages en cire, qui préparc les exemples que les artistes doivent copier , Regalo Lippi.

Un très-haut degré d'activité a été donné à cet établissement , et les cours étaient suivis très-régulièrement , et par de nombreux auditeurs , quand , à la restauration du grand-duc , avant son arrivée à Florence , le ministre Rospigliosi imposa silence aux professeurs, au milieu de leurs leçons. Cette mesure absurde et impopulaire a été depuis abandonnée en partielles appointemens ayant été rendus aux professeurs, en les attachant à l'Université de Sienne ou à l'établissement de Santa-Maria. Pour compléter ce tableau , il suffit de dire que Sussini , l'habile niodoleur des préparations en cire, avait reçu du gouvernement français une augmentation de salaire,

APPKNDIX. 4^1

montant à soixante et dix francisconi (environ 4^0 fr. ), en considération de ses longs services. Cette addition ayant été supprimée à la restauration, l'imagination de ce malheureux homme en fut tellement frappée , qu'une fièvre violente le saisit, et dans un accès de délire, il sortit de son lit, détruisit tous ses pajjiers , et mourut victime de l'ultra fanatisme et de l'ignorance aristocratique.

On a peu de choses à ajouter concernant l'état de la médecine dans les domaines du pape, à ce qu'on a déjà dit sur Bologne. La Sapienza, ou université de Rome, donne les degrés médicaux ; et il y a , de plus , une école de médecine subordonnée à celle-ci , à l'hôpital du Saint- Esprit. Dans ce dernier établissement il existe une fondation pour soixante étudians en médecine, qui y sont logés et nourris pendant le cours de leurs études qu'ils font gratuitement. On a aussi des professeurs cliniques de médecine et de chirurgie. Après avoir suivi deux ans les leçons à la Sapienza , les candidats au doctorat sont examinés. Il faut, après cela , qu'ils suivent pendant un certain temps la j^ratique de l'hôpital ; alors ils subissent un second examen sur les points de pratique , et font une thèse écrite en latin , en français ou en italien. Si l'élève est approuvé, il reçoit la malriculalion ou licence pour pi-atiquer. L'hôpital du Saint-Esprit a un établissement anatomique , consistant en une salle de dissection , bien aérée et bien disposée , une petite collection de préparations , et un muséum d'histoire naturelle encore plus petit; il y a de plus une série de modèles en cire, qui montrent toutes les présentations possibles du fœtus. On conserve dans cet hôpital la fameuse bibliothèque du célèbre Laacisi, qu'il a laissée à l'établissement, avec des

lxC>2 AI»PEKD1X.

l'omis pour nclioler de.> livres. Je n'y a» cependant pas remaiijuc beaucoup de bons ouvrages de notre Iciups.

r«(aples possède une université oii l'on prend le grade de docteur après qnalie ou ciii{jau> d'études et d'examen, et ce grade suliit, sans autre licence, pour pratiquer, line école de médecine, liée à cette université, est élablif' dans l'hôpital pour les maladies aiguës : on y suit un cours d'instruction modelé sur celui des écoles françaises. ]l y a de plus une école d'accouchement. I^es provinces ont aussi des écoles de médecine; mais celle de Naples est la plus considérable. On m'a assuré que les médecins napolitains étaient extrêmement divisés sur les points de théorie; mais je ne me suis pas aperçu (ju'il existai à Naples ni à Koino un grand zèle scientifique ; et, en exceptant les docteurs Moricliini et Matlhapis de Rome , je n'ai pas enton<lu nonmier \u\ "«eul médecin dans ces deux états , don! la rt-putalion s'étendît au-delà de Inir .sphère. A l'égard du savoir en général , Naples est bien au-dessus de Rotno. Plusieurs circonstances s'unissent pour activer la culture de l'esprit dans la première de ces villes. Les Napolitains sont naturellement pénétrans etptirtés aux recherches intellectuelles. L'hostilité contre la cour de Rome a ébranlé l'aveugle crédulité des classes supérieures, et le>. a disposées à encourager les sciences «omme des niovens de diminuer la bigoterie. De plus, les circonstances locales (jui les plarent au milieu des trésors eiilf'rr<'s de l.t civilisation roMi.iiiie et i\\\ pli<-riomène toujours v.nrié de leur montagne lirùlante, dirigent forc('mcnt leur alfenlion sur les anti(|uités et l'histoire naturelle. Si l'on ajoiite à toutes ces causes l'in- Jlnenre de la domination française, et la facilité (ju'ils ont eu alori de se j)rr>curer de bons livres , on imaginera

APPENDIX. 4^j3

aisément que Naples doit être un foyer rcél tlo lumières pour le reste de l'Italie. Sous ce deriiu-r aspect , quoique la censure soit très-sévère pour les livres imprimés à Naples , elle est très-indulgente à l'égard des imjwrtalions, et les boutiques des libraires sont remplies des meilleurs ouvrages européens, et même des dernières productions scientifiques et littéraires de la presse française.

J'ai assisté aux séances de l'Académie des sciences dans les magnifiques salles du Studio ; elles étaient conduites comme celles de l'Institut de Paris. Les discussions y étaient animées , et il se trouvait fort peu de membres qui ne me fussent point désignés par quelque titre à l'estime publique. C'est là que j'ai eu le plaisir d'être présenté au chevalier Melchior Delfico , qui a été quelque temps ministre de l'intérieur , et dont les écrits , s'ils avaient été composés dans une langue plus généralement répandue que l'italien , l'auraient placé parmi les esprits les plus éclairés et les plus indépendans du siècle. Il a acquis des connaissances assez approfondies sur les principaux faits phvsiologiques, comme un moyen d'étudier la nature morale et sociale de l'espèce avec plus de certitude , et d'établir la base physique de ces idées abstraites qui ont été les plus grands sujets de division entre les philosophes. Ses Ricerche su la scnsibilità iiyiilaliva (in-4*' de cent pages), abondent en vues philosophiques sur les lois et la société ; et son livre sur la Jurisprudence romaine , dans lequel il montre l'imperfection , les vices et la barbarie de ce système , si anciennement renommé, véritable source d'obscurité et d'injustice légale, est peutl'tre l'ouvrage le plus original qu'on ait écrit «ur ce sujet. M. Delfico a fait, déplus, l'Histoire de la république de

Saint-Marin , dont il est citoyen ; et , par une singulière coïncidence, il a publié un ouvrage sur l'inutililé de l'histoire , dans lequel , parmi quelques paradoxes apparens ou peut-être réels, on trouve plusieurs vérités importantes et nouvelles. Delfico est très-avancé en âge, mais il possède éminemment cette sérénité d'àme, cette sociabilité qui distinguent les philosophes simples et sans prétentions dans tous les pays. Son zèle pour la science et son amour pour la liberté ne sont nullement affaiblis. Nous avons dû à sa bonté persévérante beaucoup d'avantages pendant notre résidence à Naples , et l'expression de son amitié et de ses regrets à notre départ , restera gravée dans notre mémoire parmi les plus doux souvenirs de ce délicieux séjour.

Les hôpitaux d'Italie sont justement estimés pour la richesse de leurs dotations et la beauté de leur architecture, qui surpassent de beaucoup celles des établissemens semblables dans les autres pays. Le penchant national pour l'érection des édifices imposans a dû s'étendre du cloître aux hospices ; et la chaleur du climat , qui exige la libre circulation de l'air et un petit nombre d'habitans dans le même local , ont amené nécessairement le même résultat. On peut ajouter à cela que les Italiens se sont toujours montrés disposés à ce mode de charité, et que les premières familles du pays se sont occupées des détails de ces institutions , tandis que difFérens ordres religieux consacraient leurs travaux à la même fin bienfaisante. Les écoles médicales fréquemment attachées aux grands hôpitaux ont dû. favoriser aussi la propreté, le bon ordre et les soins intelligens ; et res2)rit d'exactitude militaire que les Français ont introduit dans toutes les branches de l'administration civile , partout oii ils ont

clotniné pendant un certain temps , a donné une activité encore plus grande à ces élablissemcns. L'état général des hôpitaux italiens fait bonueur aux médecins et aux surintendans , quoiqu'il se trouve peut-être un peu audessous de celte perfection qu'on pourrait attendre de la réunion de tant de circonstances avantageuses. A cette assertion générale , il faut faire une exception vraiment déplorable à l'égard des hospices pour les insensés. Eu exceptant seulement la nouvelle institution située près deNaples, je n'ai jamais vu ni entendu parler d'un de ces établisseinens , dans lequel on ne trouvât pas quelque défaut essentiel dans le traitement^ et la plupart étaient vraiment révoltans par le manque total de propreté , de soins et d'attentions pour le soulagement des malades. Le docteur Clarke de Rome (i) a fait un tableau tellement horrible de la Casa de pazzi à Turin , qu'on a peine à le croire entièrement vrai; mais je dois ajouter que l'impression que cette maison a faite sur moi a été absolument semblable à celle qu'il en a reçue. Les chaînes, la malpropreté , la nudité , des hurlemens affreux et continus, la rage et le désespoir, en font un assemblage de toutes les misères humaines, trop terrible à contempler. Un médecin qui connaissait bien l'institution m'a assuré que tous les moyens curatifs se bornaient à une saignée générale et sans distinction, faite toutes les années au printemps.

L'hôpital de Saint-Jean , à Turin , est, en revanche , spacieux et bien disposé. C'est le grand réceptacle de tous les malades de la ville. Il a la forme d'une croix grecque,

(i) « Médical notes on ihc climate, etc. of France, Italy •« and Switzerland. »

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