CEREMONIES DE L EGLISE
restait le même, et les formes n'éprouvaient que de légers changemens. Saint-Paul de Londres ne diffère de Saint-Pierre de Rome que par le degré; et rarchevèquedeCantorbery dans son palais , l'évèquede Durham sur son trône, n'étaient que des modifications despontifes du Vatican ondes patriarches de Saint-Pétersbourg. L'Église a toujours été la même, soit grecque, soit romaine, soit anglaise; fastueuse dans ses formes, exclusive dans ses principes, arrogante dans ses prétentions, ayant d'abord visé au pouvoir universel , et s'étant contentée ensuite de partager la domination qu'elle ne pouvait pas posséder tout entière. Dans toutes ses phases elle a été ennemie de la liberté, surtout de cette liberté contre laquelle ses ministres s'élevèrent publiquement dans les jours les plus éclairés de la nation la plus éclairée, la liberté de conscience, (i)
(i) Voyez la pétition contre l'ordonnance pour la liberté de conscience , présentée à Jacques ii par les sept évêques , qui déclaraient que leur sainte vibre l'Eglise d'Angleterre était incontestablement loyale , etc. etc.
Les persécutions de l'Eglise romaine sont parfaitement conséquentes à son système d'infaillibilité , tandis que les Eglises réformées, en s'élevant contre la liberté de conscience, militent contre le principe fondamental de leur doctrine. La solution de cette contradiction est aisée à faire. Les doctrines des deux Églises diffèrent, mais les
Les cérémonies de TEglise de Rome, ravivées à l'époque actuelle, dans toute leur splendeur primitive, étonnent les spectateurs protestans par leur ressemblance avec les rites plus modestes de leur religion. Ils peuvent se rappeler, sous le dôme de Saint-Pierre, le service de la nef de Westminster, et la chapelle de Saint- James au milieu de l'élégance royale de celle du Quirinal: l'anniversaire de l'Epiphanie, célébré (i) dans l'une et dans l'autre, avec une
intérêts temporels de la hiérarchie sont les mêmes dans l'une et dans l'autre.
(i) Pendant que nous étions à Rome, un Anglais nous envoya le Courrier qui venait d'arriver , et le premier paragraphe sur lequel nous jetâmes les yeux , était si exactement semblable aux nouvelles du Diariu di Fxoma que nous avions laissé pour lire le papier anglais, qne nous nous trouvâmes réduits à l'alternative offerte par Je montreur de niarionnetleo , qui , lorsque deux écoliers lui deiiiaudèrent laquelle de ses deux marionnettes était le pa])e ou l'empereur, leur répondi; : Celle qu'il vous plaira , messieurs , celle qu'il vous plaira. Voici le paragraphe : « L'anniversaire de l'Epiphanie était hier; et on l'a célébré à la manière accoutumée , dans la chapelle royale de Saint-James. La cérémonie de présenter vme boîte d'or avec de l'encens et de la myrrhe , en imitation de l'offrande des sages de l'Orient, a été remplie; deux huissiers de la chambre du roi l'accompagnaient (c'étaient les sages). Apres quoi une hymne appropriée à la circonstance a clé chantée , etc. etc. »
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égale pompe, rappelle les temps des Grégoires et des Wolseys. Les soldats de Cromwell appelaient le service de l'Eglise anglicane la messe en anglais. C'est une vérité qu'il est impossible de nier quand on lit les trois offices de l'Eglise romaine réunis dans le rituel du matin de l'Eglise protestante. Elisabeth disait en plaisantant à son concile de Trente : « Les « Anglais aiment les prières; il faut leur en « donner suffisamment; » et on leur en a donné suffisamment. Si dans les temples romains la musique est plus belle, les décorations plus brillantes , les habits plus magnifiques, les formes plus multipliées; si, au lieu d'anges de bois d'acajou, avec des ailes colées derrière leurs oreilles , au lieu de la psalmodie nazale des clercs et des enfans de la paroisse, les séraphins de Raphaël et la musique de Pergolese sont vus et entendus partout, on doit se rappeler que l'Italie est le pays des arts , et que l'Angleterre ne l'a jamais été. Cependant ses ecclésiastiques font aussi tout ce qu'ils peuvent pour arriver à l'âme par les sens. Chaque église de campagne a le dossier de son grand autel peint avec un soleil jaune ou un œil brillant; et toutes les chaires , drapées en velours et en or, sont pourvues sur le rebord d'un coussin d'édredon pour recevoir la main orthodoxe dont
les argumens frappans contre les pompes et les vanités de ce monde pervers , sont ainsi trèscurieusement commentés, (i)
(i) Les presbytériens du temps de Croniwell ont ouvertement accusé l'Église anglicane d'iJolàtrie. Leur observation solennelle des fêtes de Noël était (disaientils ) du papisme tout pur , et contraire à une ordonnance par laquelle il était défendu d'observer plus long-temps les rites superstitieux de la Nativité. La prière pour le roi fqui était alors papiste) ou pour tout autre souverain , était, suivant eux, une invention humaine qui n'était nullement fondée sur les Écritures. Tous les mémoires particuliers de cette époque, et ceux d'Lvelyn , plus plaisamment que tous les autres , montrent combien les protestans orthodoxes d'Angleterre étaient alors catholiaues et romains , et dans les forjTies , et dans les discours. On les entendait perpétuellement parler de leur sainte mère l'Église , de l'Église persécutée , etc. Évelyn lui-même est saisi d'horreur , parce que, dans une occasion , le Benedicite ne fut pas prononcé comme il l'est maintenant dans toutes les églises catholiques du continent; et il regarde comme un sacrilège que Crom- ■\vell ait dîné avec le lord-maire le mercredi des Cendres. Cependant toute son orthodoxie dans l'Église anglicane est mêlée d'une manière très-divertissante avec sa fidélité notoire pour les papistes Stuarts et sa joie du retour de son parti. « J'ai dîné à la cour , et J'ai remercié Dieu des grâces qu'il avait faites à moi, à l'Église et à la nalion. Ce soir, S. M. m'a promis de placer ma femme comme dame d'atours auprès de la reine. » Cela est impayable ! 1 1
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Si Ton ïidmet moins tle formes et de céréiTionies, si l'on observe moins de jours de fêtes en Angleterre, on ne doit pas en faire un mérite à l'Église, mais à la nation dont les habitudes laborieuses et le bon sens se sont opposés aux désirs des ministres et de la hiérarchie du temps. Travaillant pour soutenir leur famille ou défendre leur patrie dans l'intérieur ou à l'extérieur, ils laissèrent, comme ils le font encore, l'observance des fêtes et des jeûnes, et les offrandes d'encens et de myrrhe dans des boîtes d'or à ceux qui fréquentaient les chapelles royales, aux évéques de Londres, aux huissiers qui jouent le rôle des sages de VOcciclent. A Rome, au contraire, le peuple, absolument dénué d'intérêt dans les affaires publiques , et condamné à la pauvreté et à l'inertie par ses institutions politiques, chercha des ressources, et trouva presque sa seule distraction dans la célébration des cérémonies prescrites dans un rituel conforme aux vœux des dernières classes, et qui augmentait l'influence ecclésiastique en perpétuant les erreurs qui en étaient la base. Ce diclum de l'Église paraît vrai dans les deux exemples : le relâchement dans les pratiques extérieures dépend du plus ou moins d'instruction du peuple.
Les superbes et splendides cérémonies de
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r.Église romaiiie, que nous avons vues les premières, sont celles des fêtes de Noël en 1819. Elles ont été annoncées dix jours avant par les mêmes symptômes qui précèdent la même époque d'observance religieuse et de réjouissance mondaine en Angleterre. L'arrivée des ménestrels Calabrois ou Pijferaii , avec leurs instrumens champêtres ( zampogne ), fut le premier signal de la fête. Le costume et l'apparence de ces mont;ignards offrent la ressemblance parfaite de quelques groupes de la villa Albani; et leur instrument est sans doute de la plus haute antiquité : il ressemble à la cornemuse d'Irlande ou d'Ecosse, mais il est moins dur que cette dernière. Leur musique est sauvage et plaintive, et se rapproche beaucoup du caractère de notre mélodie nationale, ce qui tient probablement à la capacité limitée de l'instrument. Nous étions très-désireuxde nous procurer quelques -uns de ces airs; mais il nous fut impossible d'en obtenir une copie. Les antiquaires pourrraient rechercher si la cornemuse indigène en Italie a été importée en Angleterre à la conquête des Romains, ou si l'invention est commune aux deux pays , et dérive de l'application du même esprit ingénieux à la même fin.
On rencontre ces ménestrels dans toutes les
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rues de Rome, où ils arrivent les derniers jours des Avens, pour jouer devant les châsses de la Vierge, et la saluer avec leur musique sanvaire, suivant Tidée traditionnelle de charmer les douleurs de son enfantement. Nous remarquâmes qu'ils s'arrêtaient fréquemment devant la boutique d'un charpentier en face de nos fenêtres. Comme nous demandâmes aux ouvriers, qui se tenaient sur la porte , la raison de cette station, ils nous répondirent que c'était per politezza al inesser san Giuseppe ( par politesse pour monsieia- saint Joseph ).
Cependant le bruit et le mouvement s'accroissent à mesure que les jours sacrés approchent. Les décorateurs sont tout alfairés à draper les églises et les autels, à poser des guirlandes sur les façades des maisons. Les dames dévotes, les vierges sacrées préparent des robes, des couronnes, des colliers, des berceaux pour la madone et l'enfant de leurs églises respectives.
Les Chericii^ sorte de surnuméraires dans le service de l'Église qui, de même que le carattere du théâtre Italien et Viitilité du théâtre Français, se chargent de toutes sortes d'emplois) s'occupent de la toilette de la Vierge; et sous leurs mains , elle devient éclatante de diamans ou brillante d'étain , suivant les ri-
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chesses de la paroisse à qui elle appartient. Dans l'église du Panthéon , elle était couronnée de papier doré, et parée de perles de verre ; et nous la vîmes le même jour à Santa- Maria - JSo^'ella ^ avec sa face noire comme du charbon , ornée de rubis et de saphirs.
Pendant que les châsses et les églises se décorent, l'extérieur des boutiques offre les préparatifs les plus tentateurs et les mieux appropriés à la fête. Long-temps avant la fin du jeûne des Avens, les boutiques des marchands de volailles, des bouchers et surtout celles des pizzicaj'oli ( magasins contenant les comestibles qui conviennent le mieux au palais et à la bourse des Romains) prennent l'aspect le plus engageant; elles viennent aiguiser par la vue un appétit qui n'est déjà que trop bien disposé à ces excès que l'Église permet alors au zèle de la dévotion et à la chaleur de l'estomac dans tous les pays chrétiens.
Les boutiques de ces pizzicaroli sont à la tête de tous les autels à la gloutonnerie établis par l'Eglise, sans en excepter les boutiques des gâteaux des rois à Londres. Là, l'immortel pudding de Bologne rivalise avec le sanmou mariné , et le thon savoureux de (i«^rse; et TimaginalioM suit en riant les dessins raphaëlesques formés p;u' des guirlandes de saucissons
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arrangées avec goût autour des saints et des madones qui servent à deux fins, et sont en même temps l'enseigne et l'objet de Tadoration de leurs pieux propriétaires.
Les bazzolari ou confiseurs montrent leur goût et leur piété en offrant des moyens de salut plus doux encore. On peut voir à travers leurs brillantes fenêtres toute l'armée des martyrs miraculeusement sauvée dans du sucre; et les onze mille vierges conservées à l'eau-de-vie. Là le rigide saint Thomas d'Aquin fond dans la bouche; les tentations de saint Antoine sont de facile digestion, et saint Athanase avec son credo pourrait être avalé sans aucune difficulté dans une gimblette dorée, par le disputeur le plus sceptique. Tous les genres de commerce contribuent à la solennité de la semaine de Noël ; et le barbier même, si souvent obligé de fermer sa boutique dans d'autres saisons, prépare sa chaise et son bassin dans l'attente d'une récolte annuelle.
Enfin, l'heure de l'attaque arrive, annoncée comme toutes les autres attaques par le bruit des tambours et de l'artillerie. Les canons de Saint- Ange, que des papes belliqueux ont si souvent dirigés contre leur troupeau rebelle , annoncent le soir qui précède Noël le commencement de la fêle. Les échos du Capitole
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et du Pahitiu répètent les sons iinposans; les boutiques se ferment, on déserte les salons, et chacun se retire pour prendre le repos dont il a besoin pour avoir la force de supporter les fatigues de la nuit. La messe de minuit et les hymnes commencent les saintes réjouissances, et les augustes cérémonies, accomplies dans les églises du Quirinal , de Saint- Louis et de l'Ara-Cœli, sont suivies d'un banquet auquel le plus indigent cherche à participer.
Avec tous leurs péchés pardonnes et leur appétit satisfait, la conscience pure et l'estomac plein, lès dévots tournent leurs pas vers l'église de Sainte- Marie -Majeure pour suivre la procession de la Culla ou Berceau de Jésus qu'on tire de sa châsse, et ([u'on expose pendant les fêtes de Noél à l'adoration des fidèles. Nous y arrivâmes à minuit, un peu [)lus tôt que la mode ne l'ordonnait, et nous vîmes une scène au-dessus de toute description.
En sortant de l'obscurité des rues, ce temple surpassant probablement en beauté l'ancien temple de Junon-Lucine sur l'emplacement duquel on dit qu'il est construit, ses trois vastes net>i, illuminées brillamment et son tenues p;u- des colonnes ioniennes de mar-