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sur le grand autel(i), les spectateurs, ennuyés et harassés , sortirent à l'instant où le dôme de Saint-Pierre se dorait des premiers rayons du matin , où les coupoles et les clochers des sept collines se dessinaient au-dessus des brouillards de la nuit qui couvraient encore la cité et ses ruines. La fraîcheur et le calme du matin ne m'avaient jamais semblé si agréables que je les trouvai alors en quittant le bourdonnement, les lumières, l'atmosphère empestée et la chaleur étouffante de cette cérémonie tant vantée. C'était le moment de la religion du cœur, dont le pur encens s'élève jusqu'au ciel.
La festa di Cattedra ou commémoration de l'installation du siège de S. Pierre , le i8 janvier, la bénédiction des cierges et celle des animaux, sont les cérémonies les plus frappantes qui succèdent à celles de Noël, et précèdent la semaine sainte. A l'extrémité de la grande nef de Saint-Pierre, derrière l'autel,
(i) La châsse où le véritable berceau était renfenué a été emportée par les Fratiçais , qui ne se montrèrent point du tout profanes en cette occasion ; car ils respectèrent cette relique (vieux morceau de bois vermoulu), et se contentèrent de son enveloppe. Elle est mamfenant contenue dans une châsse de cris'al et d'argent qui a été offerte à l'Église par un grand d'Espagne.
élevé sur une tribune dessinée et ornée par Michel-Ange , est une sorte de trône formé de matériaux précieux, et soutenu par quatre figures gigantesques. Une gloire de séraphins, avec des groupes d'anges, jettent une brillante lumière sur toutes ces beautés (i). Ce trône sert de châsse au véritable siège de bois du prince des apôtres, simple, grossier et vermoulu , sur lequel on prétend quil a officié pontificalement. Cette relique, plus précieuse que l'or, le bronze, les pierres qui la couvrent, n'a été profanée qu'une seule fois par des regards humains, pendant le cours des âges (2). La fes'la di Cattedra est une des cé-
(i) C'est un effet très-singulier , produit par un cristal transparent avec des rayons dorés , placé dans une ouverture au-dessus du trône.
(2) La curiosilé sacrilège des Français a passé pardessus tous les obstacles pour voir le siège de saint Pierre. Ils enlevèrent sa sujierbe couverture, et découvrirent la relique. On apercevait à travers la poussière et les marques de vétusté , des ligures creusées dans le bois qui ressemblaient à des lettres. Le siège fut promptement exposé à un jour plus favorable; et après avoir ôté les toiles d'araignée et la poussière, on copia exactement l'inscription (car c'en était une), ({ui était en caractères arabes, et renfermait la profession bien connue de la foi mahométane : Il nj a de dieu que Dieu , et Mahojnet est son prophète. On suppose que ce siège était au
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rémonies en très-petit nombre , ou âes/unzio/ii comme on les nppelle , célébrées dans Saint- Pierre. Les troupes magnifiquement vêtues, qui bordent la nef, la variété et la richesse des habits des dignitaires ecclésiastiques et laïques, des abbés, prêtres, chanoines, prélats, cardinaux, docteurs, dragons, sénateurs et grenadiers qui marchent tous en procession à travers ce temple merveilleux, forment un spectacle qui n'a pas son égal dans toute l'Europe. Au milieu des épées et des crosses, des hallebardes et des crucifix, entouré de bannières et courbé sous le poids de la tiare, marque d'un triple pouvoir, le pape affaibli par l'âge et les infirmités, est porté dans un fauteuil cramoisi, ou sur les épaules de plusieurs, hommes ; tandis que d'autres esclaves ( car ils paraissent tels) rafraîchissent avec des éventails de plumes, montés sur des bâtons d'ivoire, son corps épuisé de fatigues, trop frêle pour supporter de tels honneurs. Tout
)ionibre des dépouilles offertes par les croisés à l'Église , dans un temps oii il n'y avait encore ni savans antiquaires , ni académies des inscriptioiis. Cette histoire a é['é étoulfée depuis, et le siège replacé. Actuellement il n'y a que les impies qui se rappellent ce fait, et les audacieux qui le répèlent; cependant il s'en trouve encore quelques-uns, même à Rome.
le monde se prosterne à mesure qu'il traverse l'église pour aller se placer sur un trône élevé pour le moment de la cérémonie , au-dessous du siège de S. Pierre ou de Mahomet. On fait alors un service solennel; et les dévots royaux i^i) et diplomatiques (i) paraissent dans le temple avec des gardes d'honneur et des laquais : tandis que les dames et les gentilshommes anglais se foulent, se pressent, et répandent de l'argent pour se procurer des places commodes.
La bénédiction des cierges (la Chandeleur d'Angleterre) se fait dans la belle chapelle du Quirinal où sa sainteté elle-même officie, bénit et distribue de sa propre main un cierge
(i) Parmi ceux-ci élaienl. la ci-devant reine d'Étrurie (duchesse légitinio de Parme, et de fado duchesse de Lucques ) et son fils , le prince de Saxe-Golha , le prince de Mecklenbourg , le prince et la princesse royale de Daneniarck, etc. etc. etc.
(2) M. de B.... était dans les cérémonies de 1820 à Rome ce qu'avait été M. de Chat.... dans celles de Paris en 1816. Le jour de Xaffsta di Calledra il marc-a processionellement dans l'Eglise en grande tenue, précédé de laquais en vestes écarlates , avec des bonnets d'argent. Je demandai à une dame française qni se trouvait près de moi ce que cela signifiait; elle me répondit : Ça représente la majesté de France; cette réponse avait l'air d'une épigramme , cependant elle parlait tout de bon.
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à chaque personne présente qui appartient au corps de l 'église, chacun allant à son tour le recevoir à genoux au pied du trône. Les cardinaux commencèrent, puis les évéques, prélats, chanoines, prieurs, abbés, etc. , jusqu'aux sacristains et aux plus bas officiers de l'église. Quand les derniers de ceux-ci ont reçu leur cierge, les pauvres consen>atori ^ les représentans du sénat et du peuple romain, viennent recevoir les leurs. Cette cérémonie terminée, les cierges sont allumés, le pape est replacé sur son fauteuil, et porté en procession, en chantant des hymnes tout autour de la chapelle; le trône est dépouillé de ses splendides draperies; le pape et les cardinaux quittent leurs habits dorés , prennent leurs robes ordinaires , et l'on chante la messe du matin. La bénédiction des cierges a lieu dans toutes les paroisses pour le bénéfice du peuple à qui il est dit que cette cérémonie est un emblème de la lumière de la révélation (i), et une commémoration des offrandes de la Vierge dans le temple,
La bénédiction des animaux , le jour de
(i) Dans les antiquités populaires de Brand , la prière usitée en cette occasion est conservée ; en voici une partie : « 0 Seigneur Jésus, jeté supplie de bénir cette créature do
Saint-Antoine, est une clemi-fète , et ce saint ami des bêtes paraît ainsi placé dans le rang des bienheureux à demi-solde. La cérémonie
cire et de lui accoi-der ta céleste bénédiction par le pouvoir de la croix sacrée , pour que, de même qu'elle a été donnée à l'homme pour chasser l'obscurité, elle puisse inairitenant être douée d'une telle vertu par le mérite de la sainte croix , que partout oii elle sera allumée et placée le mauvais esprit tremble , et soit ainsi que ses serviteurs dans une frayeur et une confusion qui les obligent à s'enfuir de cette habitation et à ne plus troubler tes serviteurs.» (Domine Jesu bencdicas , ohsecro , hanc crealuram ceream , etc. etc. )
Becon , dans ses Reliques de Rome , attribue cette cérémonie à un rite observé dans Rome païenne en l'honneur de Februa , mère de Mars. Pendant un temps ( dit-il dans son vieux anglais ) , quand les Romains , par grande puissance et pouvoir royal, eurent conquis le monde entier, ils devinrent si liers qu'ils oublièrent Dieu, et créèrent divers dieux d'après leurs penchans. Parmi tous les autres ils en avaient un qu'ils appelaient Mars, qui
avait été avant im notable chevalier dans les batailles
et pour cela ils invoquaient ce chevalier , et le peuple le priait et rendait de grands honneurs à sa mère , qu'on nommait Februa.... Les Romains, cette nuit, couraient la ville avec des torches allumées en l'honneur de cette femme , etc. etc. Alors il y avait un pape nommé Sergius, etc. etc. Il voulut abolir cette vilaine coutume , et la faire tourner en dévotion à Dieu et à Noire-Dame , et il ordonna que tout chrétien se rendît à l'église avec uu cierge allumé, comme on le faisait pour cette femme
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a lieu dans son propre temple, près de Sainte- Marie-Majeure : elle dure plusieurs jours ; car non - seulement chaque Romain, depuis le pape jusqu'au dernier paysan qui a un cheval, une mule ou un âne, envoie ses animaux pour être bénits à la chasse de Saint-Antoine; mais tous les Anglais y viennent avec leurs chevaux et leurs chiens favoris; et pour la légère offrande de quelques paoli , ils les font asperger d'eau bénite , sanctifier et placer sous la protection de ce digne personnage, qui aimait tant à s'eutendre prêcher, que, quand il avait lassé tous ses autres auditeurs, il prêchait aux poissons (i). Les voitures se suivent, les files de mules arrivent pêle-mêle avec des
Februa , et de l'offrir à Notre-Dame et à son divin fils , notre seigneur Jésus-Christ , etc. etc.
Un usage ancien qui existe encore dans quelques parties de l'Irlande , c'est que les chandeliers font à cette époque un présent de chandelles à leurs pratiques.
(i ) Saint Antoine prêchant les poissons, est un sujet qui a été traité par des peintres éniinens. On voit un beau tableau représentant ce miracle dans le palais Borghèse, oii le saumon regarde le prédicateur de l'air le plus édifié, et un autre poisson , les yeux tournés vers le ciel , semble aspirer à la nouvelle lumière 5 on peut acheter ce sermon mémorable dans toutes les boutiques de Rome. Saint Antoine s'adresse ainsi aux poissons : cari ed amati pesci { chers et bien-aimés poissons ) , et la légende ajoute , que
charrettes et des barouches; les chevaux ruent, les mulets sont rétifs, les chiens hurlent pendant que le prêtre sort de sa petite chapelle , plonge un goupillon dans le bénitier, en asperge les animaux , prie pour eux , empoche la simonie , et se retire. Cette cérémonie est répétée aussi souvent qu'il se présente de nouveaux candidats.
quand le discours fut achevé , les poissons saluèrent avec une profonde humilité et une contenance grave et religieuse (con gesti di profonda nmiltà e con reverenle semblante di religione). Le saint donna alors la bénédiction aux poissons qui se glissèrent dans l'eau , et qui allèrent sans doute comme missionnaires aquatiques faire de nouvelles conversions. Cette aventure n'est cependant pas unique ; car les poissons tinrent la même conduite à l'égard de saint François , quand il prêchait sur les rives de Gaëte. L'église de Saint-Antoine , à Rome , est peinte en fresques anciennes et très-curieuses , qui représentent les tentations du saint. Dans l'une on le voit bénissant le diable déguisé en vache; et dans la suivante il est vu dans son cercueil oii il s'était placé pour méditer plus sûrement de vanitate mundi etfuga seculi ; mais une troupe de malins petits diables s'avancent autour de lui en faisant les grimaces les plus étranges et les plus effroyables , et font la parodie du musicien enragé d'ITogarth. Un abominable démon souffle d'un cor de postillon dans l'oreille du saint , et paraît aussi satisfait de sa musique qu'un enfant avec sa crécelle ou un virtuose à sou premier ad libilum.