‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 12 sur 25 · TTAPLE · texte numérisé non relu

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salles des vice-rois espagnols sont aussi éparses sur ces rives. C'est là que plus d'un somptueux festin a été donné aux dépens des privations d'un peuple. Les débris moins remarquables des villas qui bordent le roeher de Virgile , unissent le moderne et élégant casino d'une dame anglaise (i), aux sites de Marechiano où se trouvaient la villa de Pollion et la retraite maritime de Lucullus, à l'extrémité du promontoire de Posilipo , rocher agreste où l'on voit le figuier des Indes s'élever pkrmi des buissons épais et sauvages, (a)

Au-dessus de ce coteau enchanté, d'où la vue s'étend sur des îles et des îlots d'un intérêt classique et d une beauté pittoresque , s'élève

(i) S. À. S. la margrave d'Ànspach , dont le beau petit jardin et l'élégant pavilon ont l'air d'avoir été transportés dans un éfui, des bords de la Tamise aux rives de la Méditerranée.

(2) Le site couvert de ruinés appelé Scoglio di Virgilio contient , dit- on , les débris de la villa de Lucullus, une de celles que cet élégant voluptueux possédait le long de cette cote. On suppose aussi que le cap de Pausilippe était le lieu où se trouvaient les pêcheries de Vidius Pollion; mais tout cela est devenu un territoire contesté par les savans, depuis que la nouvelle lumière des antiquaires est venue dissiper toutes les illusions , et prouver que nothing is but what is not ( rien n'existe que ce qui n'existe pas ).

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cette montagne dont le nom grec exprimait f dit-on, sa situation aimable, et qui restera toujours gravée dans la mémoire de ceux qui l'ont visitée, comme l'un des aspects les plus délicieux que Fart et la nature se soient plu à former, la montagne et le promontoire de Pausilippe. Ses ondulations entourent une grande partie de la ville, et déploient leur paradis à trois milles le long de la côte méridionale. Le plaisir et la piété l'ont choisi pour asile dans tous les siècles. Autrefois Tibère et Lucullus y donnaient leurs fêtes; maintenant le noir dominicain (1) et la rigide carmélite y tiennent leur tribunal, y conservent leurs châsses. La pieuse muse de Sannazar (a) chantait ses hymnes dans

(1) L'église et le couvent des dominicains à Santa- Brigida , et le couvent des carmélites à Santa-Maria-del- Paradiso , sont sur le Pausi lippe.

(2) Sur le revers oriental du promontoire est la fameuse Mergellina , donnée à Giacopo Sannazaro , secrétaire de Frédéric, roi de Naples, comme la récompense de ses services , récompense que ce poète trouvait assez grande. Sa beauté , sinon sa valeur , la rendait précieuse à ses yeux ; et ses palais et ses jardins rivalisaient ceux d'Àrmide : quand, hélas ! un des généraux de Pempereur Charles-Quint ( un prince d'Orange ) conduisit ses barbares Germains à travers l'élysée de la Mergellina , dévasta les jardins et pilla le palais du poète. Dans Iè dépit que lui causa ce désastre, Sannazar abandonna le monde,

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ces bois et ces jardins qui rivalisaient avec ceux de Paphos. Là 9 Virgile dort sous son bosquet, objet du pèlerinage de Boccace; et Minerve et Apollon reçoivent l'hommage des dévots, sous les noms vénérables de Judith et de David. De toutes parts les clochers des églises et des couvens se mêlent aux belvédères et aux villas , au milieu de paysages gracieux qui rappellent et justifient les éloges de leur possesseur inspiré , dont la tombe ajoute un nouvel intérêt au site qu'il a célébré :

0 lieta piaggia ! o solitaria valle !

O accolto monticel ! che mi difencte D'ardente sol , con le tue ombrose spalle. O fresco ! o chiaro rivo ! chi descendi Nel verde prato , tra fiorite sponde , £ dolce ad ascoltar mormorio rendi , etc. etc.

Sànnazaro.

Il- Mll t I I ■ ,. -

et fonda une église sur les ruines de sa villa , qu'il dédia, par une assez étrange fantaisie, al sanlissimo parlo délia grande madré del Dio, i5io , après avoir composé quatre livres sur le même sujet. Sa tombe est dans cette église , et l'on y voit aussi deux antiques statues.de Minerve et d'Apollon > qui ont été baptisées David et Judith. Dans le seizième siècle , le général de l'empereur d'Allemagne a rasé la demeure d'un des plus grands poètes du temps, et dans le dix-neuvième, un autre empereur d'Allemagne , natif et seigneur de l'Italie , se vante de n'avoir jamais lu le plus grand poète que l'Italie ait jamais produit , l'Arioste.

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Une des collines du Pausilippe est particulièrement romantique et solitaire. C'est un défilé étroit et richement boisé , bordé par des buissons et des arbustes , tapissé de clématis et de chèvrefeuille , et ombragé par de grands ormes et des chênes majestueux : il se termine tout à coup au bord d'un précipice , dans une petite prairie devant la cah^ne d'un ermite, ou du moins une cellule qu'un ermite aurait pu élever de ses propres mains. Des myrtes et des lauriers sortent de ses crevasses, et le lierre qui la couvre descend jusque sur l'entrée en festons fantastiques. L'intérieur répond à l'apparence agreste et romantique de l'extérieur; les murs humides sont faiblement éclairés par une petite fenêtre cintrée, à demi cachée par des plantes. De cette ouverture on découvre au-dessous une scène magique : c'est la caverne d'un enchanteur, la grotte d'une sibylle, merveilleuse à contempler, impossible à décrire. La longue perspective échapperait à l'œil, sans le rayon de lumière d'un bleu brillant, admis aux deux extrémités et réduit par la distance à un point; tandis que le centre sur lequel plonge le spectateur , estB éclairé par des lampes suspendues à la voûte des rochers, jetant une lueur dorée sur les massives murailles, et tombant avec un effet encore

1*]* NÀPLEé.

plus frappant sur les groupes roouvans <Jui passent dans une hâte silencieuse à travers cette galerie souterraine. Quelquefois les rayons tombent sur une procession de moines qui accompagne avec des torches et un crucifix un corps porté à découvert sur une bière; d'autres fois sur le paysan de Pozzuoli dans ses habits de fêtes , portant des paniers de marché, ou conduisant des mules chargées; d'autres fois sur la barouche anglaise ou la calèche napolitaine, avec leurs nombreuses et grotesques charges. L'œil se trouble en s'arrêtant sur ce panorama mouvant et magique de la hauteur qui le domine, et Ton se détourne de sa vue pour examiner la cellule d'où cette caverne se découvre le mieux : la cellule est la tombe de Virgile ; la caverne est la grotte de Pausilippe! (r)

(i) Les gens du pays l'appellent Grolta di Pozzuoli. Pour éviter de passer dans cette grotte , le seul chemin qui conduisît de Naples à Pozzuoli , Murât imagina sa belle route sur le revers de la montagne. On ne peut rien dire de neuf sur ce singulier monument : on est encore en doute si c'est l'ouvrage des habitans de Gumes ou des Romains. Strabon etSerièque, qui y avaient passé, l'ont décrite ; mais des changemens matériels y ont été faits par Pierre ier d'Aragon et le vice-roi don Pedro de Tolède. Cette grotte est maintenant bien tenue et bien

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La campagne de ce côté de Naples , Poz- 2Uoli, Baies, Misène, etc. etc. occuperait plusieurs jours l'antiquaire le moins minutieux. La côte , pendant plusieurs milles, abonde en restes de temples, de villas, d'amphithéâtres, et l'on y retrouve partout les sites des anciens chants. Chaque route offre un point à examiner, ou une dispute à décider. Mais dans toute cette multiplicité d'objets, il en est cependant fort peu qui soient assez parfaits pour intéresser l'observateur philosophe , en rappe* lant l'économie intérieure des anciens, comme ceux de Pompeii. Mais c'est la richesse admirable des paysages qui dédommage amplement de la fatigue de descendre dans des trous nommés par dérision, grottes des sibylles, ou de se plonger dans l'atmosphère humide et froide des amphithéâtres enterrés, qui ressemblent assez à des celliers, ou bien d'errer à travers des murailles dégradées, à qui l'on veut bien donner des noms historiques. Toute cette ligne est de plus le site d'un volcan éteint, dont l'activité cessa probablement quand celle

éclairée ; l'entrée et la sortie sont d'un effet impossible à décrire. La tombe de Virgile est toujours disputée par les antiquaires; mais ce serait une folie de douter de ce qu'on a du plaisir à croire ; et l'on est tenté de prendre le laurier qui croît en ce lieu pour une couronne.

du Vésuve commença ; quoique la formation du monte Nuovo soit d'une date bien plus récente. Le lac d'Agnano forme un cratère, le lac d' A Verne ( car c'était un lac du temps de Virgile) en est un autre, et l'œil de la science en retracerait beaucoup plus dans un espace de peu de milles. Le mont Pausilippe est de tuf, et la même substance mêlée de fréquentes veines de lave forme lé sol de toute la contrée* Le lac Agnano conserve cependant deux traits de sa formation originale, dans la grotte du Chien, qui renvoie depuis des siècles un torrent d'acide carbonique continuel; et à cent pieds de distance, les bains de vapeurs de Sân-Gerraano, qui sont produits en grattant simple* ment la terre , ce qui en fait sortir des vapeurs chaudes, épaisses etminérales qui s'exhalent et forment une atmosphère qu'on estime trèspuissante dans la cure des rhumatismes. La Soif a tara, cratère qu'on peut à peine regarder comme éteint, émet en tout temps une fumée dense ; et l'abîme sur lequel on marche , dont la voûte résonne comme le tonnerre quand on frappe sur le sol , renvoie assez de soufre sublimé pour que, lorsque la Sicile s'est trouvée séparée de Naples, la Solfatara ait fourni à la consommation du royaume continental. Il se trouve dans ce lieu une assez grande manu-

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facture d'alun, et des bains plus efficaces que ceùxdeSan-Germano, qu'on a, dit-on, employés avec succès dans les affections pulmonaires. Mais les objets de recherches scientifiques et antiquaires sont également étrangers au plan de cet ouvrage et aux connaissances de son auteur. Ils sont amplement détaillés dans les écrits des sa vans, et même dans des compilateurs itinéraires , qui sont extrêmement répandus : ainsi donc la répétition de ces détails serait aussi présomptueuse que superflue.

Sur la plus haute des montagnes qui entourent Naples , est le superbe monastère des Camaldules. Il vaut, bien la fatigue qu'on éprouve en y montant, quoique le chemin soit à peine %rotabile , comme les Italiens appellent les routes où Ton peut aller en voitures. On voit de là le Vésuve, la Solfatara, Pozzuoli, Baies, Misène, et même les rives de Cumes et de Gaè'te. C'est le plus beau panorama naturel qu'on puisse imaginer ; cependant il est presque égalé par d'autres montagnes couronnées de forts et de couvens qui représentent réellement le gouvernement et ses institutions , la force et Terreur.

Il est de mode de dénigrer l'architecture de Naples et de faire écho à cette observation la* conique d'un moderne voyageur français : Ici

(i) Pendant la première occupation des Français le miracle manqua , et la chose était faite à dessein pour agiter le peuple et produire une réaction ; mais le général français envoya au saint un ordre péremptoire de se conduire convenablement, sous peine de faire un exemple sur les prêtres qui le desservaient; cet ordre fut promptement exécuté. Quand le miracle manque , le peuple vomit contre le saint toutes Jes injures et toutes les imprécations imaginables , et malheur à l'étranger qui resterait dans l'église dans cette conjoncture : on attribuerait le manquement du prodige à sa présence hérétique , et il serait indubitablement outragé et maltraité.

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pas un bon morceau cT architecture! Mais si l'architecture n'est pas bonne, elle est originale, quelquefois pittoresque, quelquefois groteô- 1

que, mais jamais totalement dépourvue des qualités qui agissent sur l'imagination , hors quand ses lourdes imitations visent au style grec. Parmi les trois cent trente églises de Napies, plusieurs sont très-dignes d'être vutfs, quoique leur examen ne soit pas un devoir imposé par le code ciceronique. Quelques-unes , bâties par les princes de la maison d'Anjou, sont gothiques et massives : tplle est la cathédrale où le miracle de saint Janvier se fait encore, au grand amusement de la populace, et au grand dégoût des personnes plus éclairées ( 1 ) ;

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