‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 13 sur 25 · N A PLIS · texte numérisé non relu

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et l'église de saint-Dominique élevée en 1284. D'autres ont un caractère moresque comme celle de San GiaeomadeiSpagnuoli(de Saint-Jacques des Espagnols), où l'on voit les beaux mausolées de Pierre de Tolède et d e sa femme. L'église de San Giovanni a Carbonara (nom qui, je suppose, sera bientôt changé , comme de mauvais augure, même pour une église) est le Westminster de Naples; elle abonde en superbes tombeaux anciens dédiés aux dominateurs de Naplesde toutes lesnations. Là, les princes d'Anjou et d'Aragon reposent enfin en paix, et mêlent ensemble leurs poussières.

L'église de Sainte-Claire (Santa-Clarâ) est la plus intéressante de Naples par son antiquité * et sa magnificence ; elle a été commencée en i3i8 , par Robert, roi de Napie^, et la reine Sancia d'Aragon , sa femme. Le beau monument de son royal fondateur est son principal ornement ; la grande antiquité et le beau travail en font un des plus singuliers mausolées d'Italie. On trouve encore là une inscription à l'infortunée Jeanne 1", quoique sescendresreposent dans l'église de Saint-François. Elle priait dans l'oratoire de sa prison de Mont-Saint- Ange, lorsque quatre spadassins hongrois^ sujets de son cruel beau-frère, et agens de son protégé Charles de Duras, forcèrent son asile îv. 12

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sacré , et l'étranglèrent. Naples offre quantité de monumens et de souvenirs de cette reine qui était la protectrice des sa vans de son temps et l'amie de Boccace. (i )

LecouventdeSainte*Claire,attachéàl église, est un des plus riches et des plus distingués de toute l'Italie. Il était fondé exclusivement pour des dames nobles, et il était destiné à absorber le superflude la population aristocratique fémimue de Naples, où les filles aînées des nobles sont les seulesqui trouVent à former des alliances convenables. Ce vaste monastère , peu de temps avant la révolution, contenait quatre centsreligieuses, quoique son ordre soit le plus rigide de Naples. A cette époque le couvent fut détruit, toutes les dames, riches et notules de naissance, furent pensionnées à dix écus par mois, etles propriétés de cet opulent établissement servirentàracquittementdeladetteiiatio-. nale et à d'autres objets. Depuis la restauration, ce couven t est rétabli, sinon dans tous sesbiens, au moins dans tous ses honneurs, etle nombre de jeunes et aimables filles de rang et de fa-

(i) Voltaire et Mignot ont tous deux pris la défense de cette belle et spirituelle princesse 7 accusée d'avoir autorisé le meurtre de son mari (un autre Darnley), quand elle n'était âgée que de dix-neuf ans. Elle a fourni à La Harpe le sujet d'une tragédie très-médiocre.

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mille qu'on a déjà incarcérées dans ces sombres cellules, montait déjà, pendant que nous étions à Naples , à cent quarante. Pour elles il n'existe plus de monde, plus de liens, plus d'affections humaines; les noires et hautes murailles une fois passées , les pesantes portes une fois fermées , le sort de la victime est décidé pour toujours ; et Ton nous a conté des anecdotes sur des sacrifices faits dans l'intérieur du monastère, qui ont glacé le cœur de celle qui les écoutait. Plus d'un vieux noble Napolitain, pauvre, orgueilleux et bigot, renforcé dans ses anciens préjugés par l'ordre de choses actuel, a profité du rétablissement des couvens pour se défaire d'enfans dont l'établissement l'embarrassait; et plus d'une jeune et belle personne élevée élégamment et libéralement pendant les dix dernières années , a été obligée de se soumettre à un sort que l'ignorance et la crédulité seules peuvent rendre supportable. Nous entrâmes dans Téglise de Sainte-Claire par un des longs cloîtres qui mènent au couvent , et dans cet instant on y faisait quelques préparatifs pour la suivante semaine de la Passion. Ce cloître ressemblait alors au magasin de décorations d'un théâtre. On voyait des changemens de scène, des coulisses, des ornera èns, un ciel, des chaumières, des é tables, des vaches,

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les sages de l'Orient, des offrandes en peintures, des madones fanées, et des Madeleines vraiment indignes de l'asile qui leur était offert. Deux ouvriers faisaient bouillir de la colle, et posaient des feuilles d'or sur une machine qu'on préparait pour, la prochaine représentation, qui devait être la scène du Calvaire, exécutée à Sainte-Claire comme celle que nous avions vue à Rome. Comme nous adressâmes quelques mots sur ce spectacle à l'un des ouvriers, il souleva son pinceau du canevas qu'il était occupé à dorer , en disant : Sarà una scena stupenda ! Ce sera une scène étonnante.

Derrière le grand autel de cette très-magnifique église règne une longue grille, dont chaque barreau est pourvu de pointes dirigées contre les yeux du spectateur profane, dont la curiosité cherche à voir ce qui se passe dans V intérieur; c'est le. chœur, spectacle qui fait une impression profonde. Les sièges distingués et les prie-Dieu de l'abbesse et des dignitaires de Tordre , et toute la paraphernalia de la piété, qui décorent cette tombe vivante, sont de tristes objets à contempler. Ce choeur , où les religieuses assistent au service public , est en lui-même une belle église qui porte toutesles marques de la splendeur monastique La cage dorée des captives, galerie ou cloître

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formé par des grillages de laiton doré , tourne autour de l'église extérieure et communique avec le couvent. De là , il est permis aux nonnes de jeter quelques regards (sans être ellesmêmes aperçues) sur ce monde qu'elles ont abandonné pour toujours. De là, elles voient des amis , des parens , peut-être celui qui était plus pour elles que les uns ou les autres; elles les voient dans la nef au-dessous, remplissant leurs devoirs pieux après lesquels ils retournent à ces scènes animées qu'elles ne pourront plus contempler. Cette galerie grillée et sa destination rappellent celles des sérails turcs où des prisonnières d'une autre espèce sont retenues par la tyrannie et la folie de l'homme ; les lois de la nature également violées par les disciples de Mahomet > et ceux qui professent le christianisme.

Il y a peu de choses à dire sur le palais royal de Naples et sur les villas royales : le premier est spacieux, mais lourd; il est uni par un pont à l'ancienne forteresse de Castel nuovo , avec toutes ses dépendances , les arsenaux , les magasins et les repaires des galériens (i). Les

(i) On dit que le roi avait peine à reconnaître son palais à son retour à Naples , Murât ayant débarrassé les avenues environnantes, abattu deux couvens et leurs

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villas du Poggia Reale9 Capo ciel Monte, Car serta , etc. etc. sont très-remarquables par leur position. Quelques- unes servent de repos de chasse pour le roi , mais hors ces occasions , elles «ont rarement habitées.

Les anciens palais des nobles 9 dans lès ruelles obscures de la vieille ville, bâtis autour de cours claustrales , sont des fabriques sombres et tristes, mal meublées, et portant tou^ tes (es marques du temps et de la négligence. Ceux qui ont été bâtis à des époques plus récentes dans la rue de Tolède et les autres avenues comparativement spacieuses sont grands, mais peu remarquables par leur architecture ; et les élégantes maisons modernes de ce site, sans égal dans l'univers, la chiaia, la vaghissïma piaggia des Napolitains, présentent un contraste frappant par la fraîcheur, la commodité et l'agrément de leur distribution, avec les édifices des Angevins, des Aragonnais et ceux des vice-rois espagnols ou des se-

cimetières qui se trouvaient directement en face, et érigé à leur place ces élégans édifices et ces colonnades qui sont encore à finir. Ce changement causa, dit-on , à Ferdinand iv une surprise agréable ; le bel ameublement, les chambres soignées , les parterres arrangés par madame Murât lui plurent également , et il a plus d'une fois exprimé ce sentiment en bon Napolitain.

ditieux barons napolitains. Ces résidences sont toutes de nouvelle date ; et les murailles blanches, les jalousies vertes , les balcons légers?, s'accordent bien avec les beaux jardins de La villa Reale qui s'étendent devant elles sans leur ôter la vue de la baie sur laquelle domine cette promenade (i). La Chiaia est prin-

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(i) Parmi les maisons napolitaines que nous avons fréquentées, lés palais delà princesse Belmônte, du marquis Bei io , et de l'archevêque de Tarante ( raonseignewr Capecelatro ; , étaient de beaux exemples dès diverses époques- d'architecture que nous avons citées. Le trèsancien palazzoàe la princesse Betmonie est dans une rue si étroite , que si Ton y entre en voiture il est impossible de s'en tirer autrement qu'en la traversant toute entière, puisqu'il n'y a pas la place suffisante pour tourner. Le palais Berio dans la rue de Tolède , avec une architecture très-ordinaire , est devenu par le goût de son maître une des plus élégantes résidences de l'Italie. Les salons abondent en riches tapisseries , en tapis anglais. La spacieuse galerie contient quelques bons tableaux originaux ; et le jardin délicieux et bien cultivé , vrai paradis de fleurs dans le cœur de la ville,, renferme un temple grec où l'on voit le groupe de Vénus et Adonis, par Canova. C'est une scèue de départ ; Vénus retient encore Adonis, qui paraît si impatient de partir qu'on est tenté de tourner la clef sur lui. Le palais de l'archevêque de Tarente est un bâtiment très-irregulier , placé sur une éminence qui commande la vue de la baie : les appariemens privés sont riches , commodes , élegans et propres j

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cipalement habitée par le corps diplomatique *

et les visiteurs de tous les pays qui louent des appartenons dans. les maisons des princes !

ou des nobles italiens , ou dans les hôtels dont -

ce quartier abonde : dans l'un ou l'autre cas , le prix est énorme ; et , sous tous les rapports , Naples est peut-être après Londres le séjour le plus dispendieux pour un étranger.

les pièces d'honneur sont vastes et nobles. La galerie est enrichie de quelques tableaux de Salvator Rosa , dit Titien , du Georgion , du Gorrège , du Garayage, de Luca Giordano et de Morillo ; mais ses médailles et ses pierres gravées sont encore plus rares que ses tableaux , et l'on peut dire du maître de tous ces objets précieux :

Né pour tous les arts , il a tous les talens.

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