I I H II L I ■ ■ < ! I ! , M
(i) L'on nous a assurés que les carbonari ont subsiste pendant long-temps sans loges;* un membre en enrôlait un autre sans qu'il existât de point de réunion. Il était fort difficile d'obtenir des rensejgnemens sur les faits concernant cette association politique; ses membres , ayant été calomniés et surveillés , étaient extrêmement dénans et craintifs»
avaient. commencé à s'opposer; bientôt ils eurent à défendre, et ils finirent par réformer, bu du moins tenter de réformer. Le malheureux résultat de leurs efforts patriotiques est maintenant connu; mais on doit toujours des éloges à ces hommes braves et désintéressés qui ont entrepris de défendre leur indépendance, et qui n'ont pas désespéré du succès quand les rois de l'Europe ont opposé à leurs miHiers de soldats inexpérimentés les raillions de guerriers disciplinés des armées impériales et royales. La vile poltronnerie de la spldatesque napolitaine (quoique en face d'une force supérieure ) ne peut être ni excusée ni palliée ; mais l'intrépidité, l'intelligence, le dévouement que les nobles , les personnes fortunées et les gens éclairés de Nàpies ont apportés dans la cause de leur patrie et de leurs droits, méritent une gloire immortelle. L'histoire et lès générations futures la leur accorderont malgré les préjugés et l'indolence de leurs contemporains, qui confondent leurs efforts héroïques avec la faiblesse des instrumens qu ils ont élé forcés d'employer.
Quand nous avons visité Napies, à la fin de l'hiver de 1820, aucun syipptôme d'nne commotion prochaine ne paraissait à la surface de la société. Les murmures de mécontentement
qui se faisaient quelquefois entendre sourdement comme le bruit des vagues dans les mers du pôle, semblaient up moyen d'évaporation qui devait empêcher une^xpiosion précipitée* L'irritation se répandait en ironies araères, en philippiques générales contre le despotisme , que la tolérance de la société et du gouvernement permettait, et qui s'accordent si bien avec l'esprit satirique des Italiens, et surtout des Napolitains. Les librairies étaient pleines d'ouvrages libéraux français , anglais et italiens. Avoir écrit un ouvrage anti-ulîrà sur la France (quelque léger et insignifiant qu'il pût être) était un motif suffisant d'introduction dans la société napolitaine de tous les rangs. L'auteur de ces pages a dû à un écrit qui lui a attiré les persécutions de la littérature ultra eu France et en Angleterre, son admission au milieu de cercles, dont les lumières et l'urbanité seront. long-temps conservées dans son souvenir comme les impressions les plus douces qu'elle ait reçues dans son voyage d'Italie. C'est en vain que les critiques périodiques calomnient, que les journaux dénoncent, que les Quarterly et les Quotidiennes fulminent des bulles et lancent des anathèmes : leurs brefs de condamnation (ainsi que tous les autres brefs) sont maintenant du papier perdu; et
268 NAPIJES.
les journées et les soirées passées dans les sociétés de Genève , de Milan , de Florence, d« Bologne et de Naples , resteront gravées dans le cœur, et sont en qpême temps une récompense et un encouragement pour des travaux qui, quoique faibles, n'ont jamais été faits que dans la pleine conviction qu'ils tendaient k servir la cause de la vérité et de la vertu.
L'approche du pHnflemps, quand nous ar-* rivâmes à Naples , amenait le départ de la première volée des hirondelles. La multitude d'Anglais qui avaient littéralement occupé Naples pendani l'hiver , était alors préparée à prendre son vol: plusieurs étaient déjà partis, d'autres partaient ; les uns allaient se nicher à Rome, s'ils pouvaient y trouver encore un colombier pour les recevoir ; les autres s'embarquaient pour la Grèce, pour la Turquie ou les îles Ioniennes : un petit nombre retournait en Angleterre sur une frégate anglaise, et beaucoup regagnaient les bords de la Tweed et du Shannon par la voie lente, mais sûre, des vet~ turini napolitains. Cependant, le peu qui restait, et qui était stationnaire , continuait l'hospitalité de rhiver par des dîners et des soirées (i),
(1) Parmi les principaux agrémens de la société de Naples , on peut citer le théâtre de la margravina d'Ans-
TCAPLES. 269
suivant l'exemple donné par leur ambassadeur^). La maison de l'ambassadeur de Russie, uae des plus splendides et des plus élégantes parmi les cercles diplomatiques d'Italie , était toujours ouverte; et malgré les brillans divertissemens qu'elle offrait * son principal motif d'attraction était les grâces et l'aménité de ses maîtres, le comte et la comtesse Stakelberg.
ANaples comme dans toute l'Italie, le car* naval est la saison de la joie, et c'est dans ce temps que se déploie toute l'hospitalité que les Italiens sont disposés à offrir. Nous trouvâmes la ville plongée dans la retraite du carême. Il n'y avait point de cour ; le toi > pour montrer sa piété, avait abandonné les salons et les levers, pour se livrer au seul amusement de la
pâch , où nous avons vu les meilleurs acteurs dé société que nous ayons jamais rencontrés. -
(1) Les assemblées de sir William et de lady À' Court étaient brillantes et nombreuses , et nous devons expri*mer notre reconnaissance pour les attentions polies dont ils nous ont comblés. Les négocians anglais ne se mêlent point avec la haute société : plusieurs d'entre eux se sont plaints amèrement à nous de leur position* et de la gêne à laquelle ils étaient assujettis par le gouvernement de Naples , et la négligence du leur. Des vaisseaux anglais étaient astreints à faire quarantaine : un seul en fut exempté , parce qu'il portait un perroquet envoyé par un ministre anglais au duc de ***«
iv. 17*
chasse, et il passait ses jours à chasser des sangliers au lieu de recevoir tels gens qui ' leur ressemblent sous plus d'un rapport. (1)
\2 Academia nobile était encore ouverte, et la première impression agréable que nous avons reçue de la société napolitaine , nous a été donnée dans ses cercles élégans et nombreux, YlAcademia nobile de Naples , ainsi que le Casino des autres villes italiennes, est la cour où la classe étendue de l'aristocratie fait les honneurs de la jcapitale aux étrangers , et nulle part ils ne sorft faits avec plus de grâce et d'amabilité. Cet établissement est infiniment supérieur à tous ceux du même genre sur ïe continent. Le local est un palais, beau et
(1) Le roi ne va jamais à la chasse sans s'armer d'une pâte de héron , pour se préserver du monacello (le loupgarou des Italiens), ©u du mauvais sort que la rencontre d'un moine ou d'une vieille femme, en passant le seuil de sa porte, pourrait présager, l'un et l'autre étant de tristes présages pour le reste du jour. Quand lord *** vint prendre congé de S. M. avant de retourner en Angleterre , le roi lui dit qu'il avait un bouquet d'adieu pour lui; et dans le moment ou ce seigneur rêvait sans doute à quelque botte d'or avec le visage royal entouré de diamans , on lui présenta une pâte de héron , comme un charme pour le garantir de tous les accidens de la chasse aux renards en Angleterre , et un souvenir de l'amitié du souverain , et des exercices pris avec lui dans les champs napolitains.
• MAPLES. 27 1
Vaste, brillamment éclairé et bien entretenu. Toutes les pièces sont richement meublées. Le grand salon où se trouve l'orchestre est trèsnoble; et Tordre, le bon goût qui régnent partout, et l'extrême attention des directeurs pour leurs hôtes, unissent la liberté d'un lieu de divertissement public , avec les soins et les con venances d'une société privée. L'académie n'admet ni demi-illumination ni demi-toilette dictées par l'économie ou l'indolence italienne : tout y est splendide et complet comme dans un rout anglais , et toutes sortes d'amusemens sont présentés suivant la saison; les cartes, le billard, les bals, les concerts (1). Quand nous
(1) Une académie littéraire donna une séance en l'honneur du Tasse dans ce même local pendant que nous étions à Naples , et nous y fûmes invités. On couronna le buste du Tasse avec des lauriers , et le nombre de sonnets, de canzoni et d'odes, ordinairement produits dans de telles occasions , fut adressé à Fauteur de la Je* rusaient. 11 était curieux de remarquer que presque toutes ces pièces étaient des philippiques contre la protection avilissante des princes , et la conduite des Esti envers le plus grand poète d'Italie. En face de nous était placé le prince héréditaire de Danemarck et sa suite; et quand il se trouvait quelque passage particulièrement sévère contre le despotisme, le lecteur se tournait souvent du coté de S. A. R. L'un des poètes lui adressa personnellement quelques vers, où il lui disait qu'il avait
272 m N'APLKS. *
avons fréquenté Ges soirées; elles étaient bornées à la musique, à cause du carême; et plusieurs des premiers sujets des meilleurs opéras de l'Europe , pour le chant ou les instruroens, contribuaient, par leurs talens, à ces beaux concerts. La musique est suivie d'une promenade animée par des symphonies d'instrumens militaires. Cet établissement trèslibéral est soutenu par les souscriptions des nobles, parmi lesquels plusieurs n'y assistent jamais, mais qui n'en sont pas moins désireux de le maintenir convenablement : toutes les attentions possibles y sont prodiguées aux hôtes, et les étrangers y trouvent une ressource délicieuse contre l'ennui des longues' soirées dont ils se plaignent si souvent en Italie. Les divertissemens ont lieu toutes les semaines, et chaque personne présentée à son ambassadeur, y est invitée. Parmi les maisons particulières ouvertes à Napies, pendant cette saison, celles qui nous ont le plus intéressés et que nous avons le plus fréquentées , sont les palais
l'occasion d'observer les hommes , les lois et les gouvernernens dans le cours de ses voyages, occasion que les princes trouvent si rarement ; et qu'on espérait qu'à son retour dans son royaume , il mettrait à profit l'expérience qu'il aurait acquise.
MË
WAPLES. ^^S
de monsignor Capecelatro, ex-archevêque de Tarente, des marquis Berio, de la princesse Belmonte et quelques autres.
Le vénérable ex-archevêque de Tarente est un des caractères les plus distingués que l'Italie moderne ait produits, et que les circonstances extraordinaires des dernières années aient développés. Dès sa première jeunesse il obtint une grande célébrité par la hardiesse et le talent déployés dans un ouvrage très-ingé- . xiieux où il prouvait l'illégalité du tribut de la haquenée que la couronne deNaples payait au saint-siége par la bassesse d'un de ses cou-* quérans étrangers* Il publia un autre écrit encore plus étonnant pour un auteur qui était parvenu rapidement aux premières dignités de l'Église ; c'était un ouvrage plein d'éloquence et d'érudition, où il cherchait à prou-» ver que le célibat , du clergé était un crime contre la nature et la morale, qui n'était nullement autorisé par les saintes Écritures, et que la plus grande partie de l'odieux jeté sur le catholicisme, qui avait enfin produit la réforme, était due à cette institution^ favorable à toute espèce de dépravation. Les premiers ordres de l'Église s'armèrent promptement contre une telle doctrine; mais le clergé inférieur iv. 18
anl\ waples.
(toujours le meilleur) la lut avec avidité, et l'adopta avec franchise.
Quoiqu'il eût été pendant un certain temps l'ami personnel de la reine de Naples (et souvent son mentor peu écouté), l'archevêque eut le courage, à l'approche de la révolution, de déclarer que si elle avait lieu à Naples, on devait l'attçibuer à la mauvaise administration des affaires , aux crimes des ministres et à la misère du peuple. Pendant cette époque, sa popularité l'obligea d'accepter un emploi public très-important, auquel il fut nommé à son insu. Au retour de la famille royale, Ruffole marqua parmi les victimes les plus distinguées* 11 fut jeté dans un cachot /sans aucune forme de procès, sans la moindre accusation pour colorer cet acte ; et il devait expier sur l?échafaud le crime de n'avoir pas abandonné son pays dans le moment où il avait le plus besoin du soutien des hommes tels' que lui. Cependant, comme on sut que le peuple dé tous les partis se réunirait pouï sauver un des prélats les plus révérés , on lui annonça sa délivrance comme une grâce de son souverain. Il était déjà sur le seuil de son cachot , quand cette formule de pardon lui fut répétée : il rentra dans la prison et refusa d'en sortir si son innocence
1VAPLES. 2 75
n'était pas reconnue, et ce qui lui avait été offert comme indulgence lui fut donné comme justice. Pour satisfaire le peuple ou sa propre conscience, le roi acquitta l'archevêque, et lui fit généreusement des excuses de ce qu'il voulut bien appeler son injuste arrestation.
Les talens, l'expérience, l'activité et l'estime universelle que l'archevêque de Tarente avait acquis attirèrent l'attention du gouvernement français, et on le fit ministre de Fintérieur, place pour laquelle son esprit et ses connaissances le rendaient éminemment convenable. La plupart des nombreux et grands ouvrages publics entrepris par Murât, l'ont été par la suggestion ou sous le ministère de l'archevêque. Mais le meilleur et le plus utile de tous, est une maison d'éducation pour les jeunes filles, établie par les ordres , et même par les soins personnels de madame Murât , dont les dernières paroles aux Napolitains qu'elle a vus avant son embarcation, ont été, Con-* servez mon école , veillez sur les MiracolL (1)
(1) Le pensionnat des Miracoli, par son importance, son étendue et sa magnificence , ressemble si parfaitement à ceux de Milan et de Lodi , qu'il serait superflu d'en répéter les détails. Ce sont les mêmes soins pour la santé des enfans, et les mêmes connaissances élégantes
ajG KAPLES.
Le palais de ce noble ecclésiastique a été déjà cité par rapport à sa galerie et à ses collections; mais parmi ses chefs-d'œuvre de peinture, parmi ses pierres précieuses et ses médailles empreintes de portraits de héros grecs et d'empereurs romains , on ne trouve pas une tête plus digne d'être adm irée que la sienne. C'est une de ces physionomies où la'
et utiles données aux élèves , depuis l'art de faire une robe jusqu'à l'étude de la harpe ou de l'anglais.
Le couvent des Miracles a été un des plus importans d'Italie , à en juger par son local. Il semble plus grand que le Palais-Royal, et ses murailles formidables ont l'air de celles d'une ville forte. Nous découvrîmes, des fenêtres de l'appartement de madame la directrice , situé au cinquième étage , une vue magnifique sur le Vésuve , la baie , etc. etc., ce qu'on ne voit point delà partie infé* rieure du bâtiment , autrefois la prison perpétuelle où de malheureuses victimes languissaient dans le bon vieux temps. Depuis la restauration 9 les enfàns ne quittent jamais ces murs jusqu'à leur sortie de l'école , excepté deux fois l'année , où on les mène en paradé promener par la ville, dans des voitures de louage. On nous a assurés que le roi avait refusé de voir ce bel établissement, parce qu'il était l'ouvrage des Murats , et purement révolutionnaire. De grands changemensy ont eu lieu depuis son retour ; les enfans ne peuvent plus voir leurs amis qu'à travers la grille , comme avant la révolution ; mais les parens sont encore admis au-delà de cette triste, bar* rière , jusqu'à présent.
IfAPLES. 277
nature a imprimé l'expression de la bonté sous la forme la plus heureuse, pour réconcilier l'homme avec son espèce ; une de ces tête$ que la Grèce et /l'Italie ont seules produites à des époques reculées, pour l'inspiration d'un Phidias ou d'un Raphaël.
Depuis la restauration, un autre archevêque a été nommé au siège de Tarente; mais le titre reste et restera toujours à celui qui l'a rendu illustre dans les annales de l'Église. L'archevêque, à cette époque, a dit un éternel ac^eu aux affaires publiques , et il achève sa vie active et pénible dans la douce retraite du repos domestique. Encore attaché aux lettres et aux sciences avec toute l'ardeur de la jeunesse, ses matinées sont consacrées à ses livres et à ses médailles ; il est rare qu'un hôte aimable ou instruit ne partage pas son dîner, et ses soirées sont remplies par les visites, successives des amis qu'un long et respectueux attachement rassemble autour de lui, et celles des étrangers qui, désirant connaître un des hommes les plus distingués d'Italie, sont assez bien recommandés pour être admis à sa prima sera. À ce temps de réception vraiment agréable, qui commence et finit de très-bonne heure dans le palais Capecelatro, succède le crocchio ristretto d^ ses amis intimes des deux sexes y qiû com-
prend les personnes les plus marquantes par le rang et les talens; alors une ou deux tables de jeu, où Ton ne joue presque rien, varient les ressources de la soirée.
Nous avons eu le bonheur d'être admis à différentes heures chez ce prélat ; nous avons passé des matinées dans son cabinet de mé-* dailles; il noys a reçus à sa table élégante; nous l'avons vu tantôt au milieu de son cercle de Faprès-dîner, d'autres fois faisant sa partie aveg sa petite société du soir; et dans tous ces instans sa bçlle et douce physionomie exprimait constamment cette bienveillance qui s'étend a tout ce qui vit et souffre, et ses manières avaient toujours cette sérénité, résultat nécessaire de la douce paix que donne la bonté parfaite.
Les salons du marquis Berio présentent un autre aspect également favorable aux idées qu'on peut se former de l'intelligence et de l'instruction napolitaines. A Rome , une conversazione est une assemblée où personne ne converse, comme un boudoir à Paris est un endroit où Von ne boude pas. La conversazione du palaisBerio, au contraire, est une réunion de gens aimables et spirituels, où tout le monde cause, et cause bien, où celui qui cause le mieux (sinon le plus) est le maître du logis.
Le marquis Berio est un seigneur d'an rang et d'une fortune considérables , et ses connaissances, littéraires comprennent la philosophie et les belles-lettres d'Angleterre , de France , d'Allemagne et de son pays natal ; il a tout lu et continue à tout lire; et j'ai vu son cabinet rempli d'une nouvelle importation de romans et de poésies anglaises , pendant qu'il s'occupait à écrire à Vimproviso une belle ode à lord Byron dans les premiers transports que lui avait causés la lecture de ùe chant de ChildeHarold si admiré par toute l'Italie (1). Le temps et
( 1 ) C'est le quatrième chant. Cette ode élégante est , en même temps, poétique et patriotique, et les dernières stances , où il invite le noble poète anglais à célébrer Naples comme il a chanté Rome, décrivent si bien la topographie de Naples, que j'espère le parcron de l'auteur si je me permets de citer ici des vers qui , je crois , n'ont jamais été au-delà de son cercle :
Ma poiche sparso tu t'avrai su quella Urna, deh! lascia la città di Marte, Qui vieni in questa delF ltalia bella Più bella parte.
Ove sepolta per tant1 anni, e tanti, Pompei risorge nuovamente al giorno , Odi. . . . ancor suona d' ululati , et pianti
L'Eco d'intorno.
Ove di Stabia sol col" nome resta Sconvolto avanzo che la valle ingombra, E ancor ne cet ca la cagion funeste
DiPliniol' ombra»
î8o ÏTAPLES.
une longue infirmité patiemment endurée n'ont eu aucune influence sur l'imagination vive , les sentimens ardens , le zèle pour l'étude, qui distinguent cet homme accompli; son esprit et ses manières feraient envie .aux <çi- devant jeunes gens de tous les pays, qui achèteraient son secret à tout prix, si un tel secret (que la nature seule communique) pouvait être acheté.
Pour donner l'idée des assemblées du palais Berio , il suffit de dire que son cercle comprenait Canova(j); Rossetti, poète et improvisa**
Vieni 07e s' erge la magione Augusta De7 Ré, cui sempre prjmavera arridc, Sotto cui giace la città combusta Sacra ad Alçide.
Vieni ove Maro spesso a Mergeltina Che in mar si specchia Hall' oppqsto Jido, D' lljo cantava F ultima rovina , GU amor di Dido.
O' di Sincero la silvestre ayena Concorde a quella del cantor d'Enea D' Arcadi accenti risuonar V amena.
Spiaggia facea.
Qui ancor di Baja l'incantato seno, Caro aile Muse , earo a Rom a intera , Del piacer t'offre, sotto un ciel sereno, LMmmagin vera.
(1) Canova était alors à Naples pour finir sa fameuse ftatue équestre dans le portique de la strada Médina. Le
NAPL1ÎS. 28 1
teur célèbre (1); le duc de Ventignano, le poète tragique de Naples (a) ; Delfico l'iiisto-
cheval est superbe; le cavalier doit être maintenant Charles m. On dit que ce beau morceau de sculpture avait été d'abord commandé par Joseph pour y placer la statue colossale de son frère , puis par Murât dans la même intention , et à présent par le roi Ferdinand pour y mettre l'effigie de son père.
(1) Rossetti est un des meilleurs, et certainement l'un des plus amusans improvisateurs d'Italie. Il nous a assurés que ses inspirations une fois proférées, il lui serait impossible de les écrire , ou même de s'en rappeler un seul mot : il est également bon poète. Après Rossetti , l'im provisa te\ir le plus divertissant que nous ayons entendu était le signor Giacomo Ferre tti de Rome. Dan» une soirée chez la baronne de B....S, dame hanevrienne distinguée par son esprit, quelqu'un me fit la guerre sur ma passion pour Polichinelle et les marionnettes, que je suivais assidûment j Ferretti improvisa sur ce sujet , et il le traita non-seulement avec beaucoup de gaîté, mais il donna un précis rapide et savant sur le* sept masques italiens. Il ne s'arrêta pas un seul instant , ^ et chantait en s'accompagnant sur le piano.
(2) César e délia Valle, dut de Ventignano, auteur à'Jppolito et à'Jfigenia, l'une et l'autre dédiées à son ami l'archevêque de Tarente. Ces tragédies ont été pu-* bliées à Naples (depuis le retour du roi) par Trani ; mais la correspondance, à la fin du volume, entre l'éditeur, le chancelier, le secrétaire-général de la chancellerie, et le regÎQ-revisQre , est curieuse à parcourir; et la lecture en doit être recommandée aux journalistes ministé-
282 NÀPLES.
rieiij le philosophe , le patriote; Lampredi et Salvaggi (1), écrivains élégans, et tous deux, hommes très-aimables. Le signor Blanc, un des esprits dé conversation les plus brillans, avec lesquels l'auteur se soit jamais trouvé ; le chevalier Micheroux, membre distingué des premiers cercles de Naples ; et des princesses ,,des duchesses avec des titres aussi romantiques que celui qui a fait écrire à Walpole sa délicieuse nouvelle du Château d'Otrahte , remplissaient les rangs de la littérature et des talens. Rossini tenait, le piano, accompa-
riels anglais. Si les principes qu'ils préconisent étaient établis , cela diminuerait un peu leurs bénéfices comme marchands de livres ; et au lieu de faire fortune avec les Œuvres de Byron , de Moore et de Scott, ils seraient réduits à vendre pour deux sous les ballades de Robin Hood (le Mastrillo anglais), et à demander la permission de réimprimer le sacrifice dlphigénie , ou les amours infortunés de Phèdre etd'Hippolyte, comme le pauvre Angelo Trani. . . , , {'< , / 1 c' 1 /** '*'
(1) Le signor Lampredi, né toscan, a déjà été mentionné dans le cours de cet Ouvrage. M. de Stend'hal dit à propos de son journal il Poligrafo , qu'il a publié en 1811 : C'est l'auteur du seul bon journal littéraire depuis Barre tti. Le signor Salvaggi a fait un ouvrage très-savant sur la musique , et quelques excellentes canzonetti , etc. etc. Sa collection d'ancienne musique est estimée Tune des plus précieuses d'Italie.
ffAPLES. 283
gnant alternativement les improvisations de Rossetti, et madame Colbrun, prima donna de Saint-Charles , dans quelques airs favoris de son Moïse. Rossini est presque aussi bon exécutant sut» le piano qu'il est excellent compositeur. Tout cela était vraiment délicieux et rare; mais ce qui était encore plus rare et plus délicieux, c'était l'image du plus parfait bonheur domestique au milieu de cette réunion brillante; un grand-père et une gvand'mère sortant à peine de leur automne , deux jeunes demoiselles charmantes et bien élevées comme des Anglaises du même âge et du même rang , et une fille mariée , la bonne et aimable duchesse d'Ascoli, toujours accompagnée de ses filles, dont l'âge tendre les exclurait de la «ociété, même en Angleterre où l'on est si enthousiaste de l'enfance, (i)
(i)La part que le patriotisme du duc d'Ascoli lui a fait prendre dans les derniers événemens de Naples , a été fréquemment citée dans les journaux. En parlant des talens et du patriotisme qui se joignent à une haute naissance à Naples , il serait impardonnable de ne pas rappeler les princes Pignatelli Strongoli. Il y a des circonstances dans l'histoire récente de cette illustre et excellente famille qui fourniraient des sujets tragiques du plus profond intérêt. Quand la première révolution éclata à Naples , il s'y trouvait quatre frères du nom de Pignatelli , tous jeunes , ardens et patriotes. Ils prirent
284 ÎTAPLES.
Telles sont les scènes de vertu privée qu'on trouve à Naples , résultant (on ne saurait trop le répéter) de ces institutions qui ont aboli les ordres monastiques, et fermé les cellules où la jeunesse était emprisonnée pour obéir à un système politique et religieux, qui obligeait les parens à briser les liens les plus sacrés de la nature , à sacrifier leurs enfans à l'ambition ou à l'avarice. Puissent des cercles tels que ceux de la maison Berio se former souvent dans les palais des nobles napolitains ! et puisse la dernière calamité tombée dernièrement sur ce malheureux pays d'une manière si terrible, épargner des groupes tels que ceuxci , et se contentée d'empêcher que d'autres
tous un vif intérêt aux changemens politiques du royaume ; et au retour du roi , la reine ordonna à ses sbires ministériels de prendre deux des Pignatelli et de les faire pendre ; elle fut obéie à la lettre. Le plus jeune des deux , quand le moment de l'exécution arriva , fut trouvé jouant et chantant une belle canzone de sa composition où il décrivait son sort et ses sentimens. Cette composition est bien connue en Italie, et je ne l'ai jamais entendu chanter sans arracher des larmes à ceux qui Técoutaient. Nous avons eu l'honneur de connaître le prince Pignatelli actuel qui a survécu à ses frères. Il unit leurs belles qualités à des talens politiques et littéraires très-remarquables; et ses vertus domestiques sont à l'unisson de ses principes patriotiques.
1TAPLES. a85
ne suivent leur exemple! Puissent les horreurs de la réaction de ce moment, s'arrêter aux portes qui renferment des sentimens si nobles et si doux; que les Acton et les Van ni du jour, Ruffo ou Carosa, ne traînent point au tribunal et à l'échafaud 2 es membres de ces illustres familles qui se sont encore placées dans les rangs du patriotisme pour conserver à leur pays les biens qu'il avait nouvellement acquis, et le sauver des anciens maux en dépit de la ligue de ceux pour lesquels la vertu n'est qu'un nom !
k Les soirées de la princesse Belmonte nous
ont paru tout-à-fait françaises. La princesse , célèbre par son esprit et sa beauté, qui ont fait long -temps l'ornement de la cour de Naples, est maintenant avancée en âge, et naturellement entourée d'amis dont la conversation et les souvenirs se rapportent aux jour* brillans de la. favorita. Cette princesse a passé une partie de sa vie en France, et ses manières et sa conversation rappellent les dames de la cour de France dans le temps de la belle et, infortunée Marie-Antoinette , bien plus que les dames italiennes de nos jours. Outre la bonté avec laquelle nous avons été reçus chez cette dame, nous lui avons encore l'obligation de nous avoir fait connaître une famille de la
seconde classe à Naples, classe d'un accès plus difficile que les autres, là comme dans le reste de l'Italie. Le terme de seconde classe ne s'applique cependant qu'à l'égard des distinctions respectées dans les almanachs de cour, et la
famille de Yavyocato était de la première
classe , et par le goût et par l'éducation. Nous vîmes à une assemblée, à laquelle nous avons été invités chez cet éminent légiste , tout ce ce que Naples avait de plus distingué par le rang et les talens. Un très-beau concert auquel les voix exquises de ses charmantes filles contribuèrent pour beaucoup, fut suivi d'un bal où les quadrilles français étaient exécutés avec une précision qui aurait pu être admirée même à Paris. Parmi les amusemens de la soirée, celui qui donna le plus de plaisir aux hôtes étrangers, fut l'examen d'une belle collection de vases étrusques et d'antiquités, à laquelle il signor avvocato avait dépensé des sommes immenses , péniblement recueillies par des brefs , dans des causes que le barreau napolitain a tant de peine à terminer.
Quand des cercles semblables abondent dans une capitale (et nous avons choisi ceuxci pour les citer comme de beaux , et non de rares exemples), on doit supposer qu'il y existe beaucoup de mérite et de vertus pri-
KAPLES. 287
vées, et la conscience de ce fait fait naître un sentiment de sympathie, chez les personnes capables de penser et de sentir , pour une nation qui, après avoir traversé le passage difficile d'une civilisation désorganisée , était enfin presque parvenue à s'en tirer; et se trouve encore rejetée en arrière pour languir et gémir sans espérance dans une dégradation permanente.
Cours, vole à Naples (dit Rousseau dans siwi ravissement de la musique napolitaine); écoute les chefs -cT œuvre de Léo , de Durante, . de Jomelli et de Pergolese ! Et un auteur dont les agréables rapsodies ressemblent quelquefois à celles de Rousseau, observe à propos du génie musical de Naples , que l'opéra est décidément une affaire de parti pour les Napolitains ; V orgueil blessé s'est réfugié là. L'orgueil blessé des Napolitains avait cependant trouvé une voie plus dangereuse pour s'exhaler; et dans le temps où nous avons visité la ville des sciences, la musique n'était pas V affaire de parti dont on s'oc- .^ cupait le plus. Les compositions de Léo et de Pergolese étaient moins étudiées par les amateurs les plus ardens, que la Minerve et le Morning Chronicle (1). Le pays qui a vu naître
(1) Deux papiers reçus par toutes les personnes distin-
5*88 ITAPLES.
Saccjiini, Piccini , Guglielmi, Jomelli, Cimarosa, Paesillo, et les meilleures cantatrices et chanteurs , doit cependant produire une race dont les organes sont heureusement disposés pour le plus délicieux et le plus puissant des arts ; et même en ce moment où l'intérêt public est dirigé sur des objets plus importans , Naples est /toujours le grand marché pour les productions musicales italiennes. L'opéra national de Saint-Charles, par la beauté de son architecture et de ses ornemens , sa construction bien adaptée pour l'effet des sons , ses excellens acteurs, ses chœurs bien composés, et l'illusion scénique, est assurément supérieur à tous les théâtres du monde. Comme salle de spectacle il est peut-être moins imposant que la Scala de Milan ; mais il est infiniment plus brillant, et les jours de grande illumination, sa splendeur magique n'a rien d'égal; au prix de ce temple de l'harmonie, si pur, si frais , si brillant , si élégant , l'Opéra de Paris n'est qu'un vilain taudis.
guées qui pouvaient se les procurer. On nous prêtait Y Examiner pendant notre séjour à Naples , et parmi les Napolitains qui nous visitaient il en était peu qui ne le lussent ayec avidité , l'anglais étant maintenant presque aussi généralement étudié que le français.
Dans le temps de carême àNaples, quoique les rois puissent passer leurs journées à chasser des sangliers ou à enfiler des petits oiseaux comme les enfans enfilent dés marguerites , on ne permet aucuns spectacles , excepté Ceux qui sont ordonnés par V Église 9 et pris dans les saintes Écritures. Alors, les patriarches et les prophètes composent le corps dramatique : Pharaon est puni pour avoir manqué à la répétition ; on transporte Élie dans les airs à tant par soirée, le peuple acquiert le peu de connaissances qu'il possède de l'histoire de sa religion, et il est édifié par les chants de David ou les grâces de la belle Dardinella.
Mais soit que le sacré ou le profane , le sérieux ou le bouffon, dominent à l'Opéra de Naples , le seul compositeur reçu avec des applaudissemens sans fin, est Rossini, Son Moïse a été joué pendant tout le temps de notre séjour; et quoique nous l'ayons entendu presque aussi souvent qu'on l'a donné, nous avons toujours vu ses belles scènes avec un plaisir nouveau.
L'opéra de Moïse offre les événemens les
plus marquans de la mission de ce prophète
guerrier, tels qu'il les a racontés lui-même;
mais on y a ajouté tout ce qui peut augmenter
iv. 19
29Q JTAPLÏS.
l'effet dramatique des divers caractères. Quand la toile se lève, le divin mandat, devant lequel le cœur de Pharaon devait s'en durcir , venait d'être reçu; mais dans un théâtre royal, on conçoit que tdute la délicatesse et toute Findulgefice 'possibles sont déployées à l'égard du roi d'Egypte, comme s'il était plutôt la victime t[tie l'ennemi du pouvoir qui le dépouillait du droit divin de Suivre sa volonté. Cependant, tandisque le ctieur de Pharaon s 'en* durcit dans un beau «solo , celui de son fils s'àt* tendrit dans un duo exquis avec une jolie Israélite, introduite pour faire l'intrigue de La pièce , et qui y donne beaucoup d'intérêt par les com&ats éprouvés par le prince et cette jeune fille, qui est une protégée de Moïse. Les grandes scènes sotit toutes entre le roi et le prophète. Moïse est toujours sévère , impérieux et plein d'audace ; il menace avec sa voix de basse profonde, l'obstiné Pharaon detous les fléaux qu'on montre de temps en temps sur la scène. Enfin l'on permet aux Israélites de partir ; et quand ils se rangent aux portas de La ville pour commencer leur marche miraculeuse , ils offrent un spectacle vraiment touchant. Leur aspect misérable , leur mine hagarde, les haillons dont ils sont couverts, rappelaient à mon esprit irlandais les spal-
peens émigrans de mon pauvre pays ; et la sympathie qu'ils excitaient eût été peut-être trop profonde pour une sensation d'opéra >, si les petits havresacs qu'ils portaient derrière eux n'avaient pas rappelé aux spectateurs le pillage des confians Égyptiens. La scèfre et les chœurs en ce moment étaient d'une magnificence et d'une mélodie inexprimables. Les harpes de Skm dans les champs de Babylone n'ont jamais pu égaler de tels accens. Au moment où Aaron s'apprête à donner le mot d'ordre, quand Moïse s'est assuré de la présence de sa belle pupille -qu'il force à suivre ses malheureux compatriotes , le jeune prince d'Egypte arrive , saisit sa maîtresse , et par les ordres de son père , il arrête la fuite des Juifs. Moïse qui n'a jamais connu l'amour (comme le lui dit fort bien le prince ) perd toute .patience à ce nouvel acte de tyrannie; et, furieux, il tombe à genoux, invoque la colère du Très-Haut, et appelle le feu du ciel, qui consume à l'instant le prince sous les yeux de son amante ; celleci devient folle et chante un requiem frénétique sur le corps de son amant. Moïse l'écoute avec l'air composé d'un amateur; puis il donne le mot, l'on se met en marche; il remue sa baguette , la mer s'ouvre , et il conduit ses suivans sur ses sables mis à sec, au milieu des
29S NÀPLES.
applaudissemens de l'assemblée, qui se retire en vociférant dans les rues mi manca la voce (1). Le quatuor le plus à la mode de cette pièce et l'un des chefs-d'œuvre de Ross i ni.
Il ne nous a pas semblé surprenant que le théâtre royal de l'état , visité par le souverain et présidé par un duc , fût astreint à l'observation rigide du carême ; mais que les interdictions aient été jusqu'au théâtre de Polichinelle ( qui après le roi et la Madone est le plus puissant personnage de Naples ) , c'est ce qui nous étonna et nous désappointa fortement, surtout quand nous étions assis dans notre loge, préparés à voir les grimaces accoutumées, et ne sachant point que Pulchinello (2), se soumettant à la puissance à laquelle les rois eux-mêmes n'ont pu résister, avait cédé
(1) « La voit me manque. »
(2) Il est peut-être peu nécessaire de rappeler que le Pulchinello d'Italie n'est pas une marionnette comme le Polichinelle français et le punch anglais ; mais que c'est le caractère napolitain de la basse comédie , comme le Pantalon de Venise, et le Docteur de Bologne. Le nom de rnaschere dérive des masques qu'ils portent sur la partie supérieure du visage. Ce sont les restes des masques des théâtres grecs et latins; et ils sont maintenant destinés k représenter les vices et les sottises particuliers à certaines provinces.
NAPLES. agî
sa place au prophète Élie. La pièce était la commediasagra d'Achat), qui commence par un dialogue entre le prophète et la veuve dont il guérit l'enfant , et de laquelle le fils de Jésabel est amoureux. La scène d'Élie, dans la cour du roi, esttrès-curteuse. Le roi l'accuse d'hérésie et de sédition ; en un mot, d'être uu réformateur radical , qui trouble les anciennes lois et la religion établie dans l'état , et Confirmée par des siècles , religion qui avait couvert la terre d'une constante prospérité. A tout cela , Élie répond que sa mission, vient du ciel , qu'il est envoyé pour détruire la religion régnante , et qu'il fera des miracles pour prouver la yé* rite de ses assertions qui ne laisseront aucuns doutes dans l'esprit du roi. Là-dessus , le grandprêtre de l'idolâtre Achab est appelé pour soutenir son maître : à sa vue, Élie ne peut con-> tenir sa colère ; et un dialogue , qui excite les transports de l'assemblée , a lieu entre ces personnages. Élie , dans une attitude menaçante, appelle son antagoniste scellerato Unpio. Le grand -prêtre le traite à son tour de scellerato ingannatore (1) ; et il ne leur reste plus
( 1) Scélérat impie, scélérat imposteur : phrases qui , je le suppose , ont été prises par la moitié des spectateurs pour des phrases de l'Écriture. Chacun de cesperson-
9g4 NAPLES.
qu'à se gourmer , quand le roi , pour sauver un scandale à l'Église , les sépare avec peine r et l'on convient qu ils se trouveront l'un et l'autre dans une certaine caverne où leur supériorité respective sera décidée par de» miracles. Cette scène découvre les tromperies du faux prophète, qui reste tutto confuso , quand on trouve dans la grotte tous les matériaux de ses miracles, consistant en bâtons , allumettes , poix, etc. etc. etc. Cependant une longue prière du vrai prophète, non-seulement fait tomber le feu du ciel qui consume le roi , la reine et l'héritier présomptif de la couronne, mais qui fait paraître en même temps un bel ange de toute grandeur, se balançant dans l'air entre quatre poulies. Le prophète s'assied alors dans un fauteuil pour sa translation; cependant avant de partir, il s'avance sur le bord du théâtre pour annoncer le spectacle du jour suivant; puis se plaçant sur son siège > il jette une vieille redingote sur la tête de son successeur, qui, par sa mine et son costume, ressemble parfaitement aux fripiers qui parcourent les rues .de Lopdres. * -
1 nages accuse Fautre de ruse ecclésiastique , et ils laissent échapper dans la dispute des secrets du métier , qui ne sont pas tout-à-fait propres à édifier le public qui te* applaudit vivement.
XTAÇLES. 2û5
Le théâtre était rempli de femmes avec leurs enfans, de familles entières de la dernière classe de la bourgeoisie r sans excepter lé petit laquais et la bonne ; car on se fait une espèce de devoir religieux d'^ss&teç aux drames sacrés en carême , et ce que les étrangers trouvent singulier et même profane dans ces représentations , est écouté avec respect et intérêt par les gens du pays. Quand le faux prophète prie ses faux dieux, et qu'ÉIie lui dit d'un toa moquera : Pm forte, non t'ascoltano ( crie plus haut, ils ne t'entendent pas ), les spectateurs claquèrent dés mains , et s'écrièrent, bravo, Éliel brava! Notre domestique toscan , qui avait assisté au spectacle derrière notre loge, persuadé qu'il voyait le Pulchinelèo napolitain qu'on lui avait dit qu'il verrait là , ne fut désabusé de son erreur qu'à la longue prière d'Élie; et quand il vint annoncer la voiture, il me dit : Credo , signora , che ce una commedia pia tosto sagra. «Je crois, madame, que cette pièce est plutôt une comédie sacrée. %
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