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2^2 fcAPLliS. "*
lés habitudes et les principes , et grecque par la subtilité et les talens : ils sont dévoués à une
et leur espèce de point d'honneur. Un parti de ces bandits, à peu près un an avant qu'on nous fît ce récit > s'était emparé d'un jeune Napolitain , héritier d'une famille opulente , et ils envoyèrent dire à son père qu'ils voulaient dix mille ducats pour sa rançon. Le père leur en envoya quatre , avec une lettre par laquelle il s'excusait de ne pouvoir donner le tout : ils renvoyèrent l'argent , et ne firent aucune réponse. Le père , terrifié , envoya la somme demandée après quelques délais; mais elle lui fut renvoyée intacte avec l'horrible nouvelle que son fils n'existait plus. Un Napolitain de talens éminens , qui avait eu pendant long-temps un commandement militaire en Calabre sous le régime français, nous a assuré que les Galabrois étaient, non-seulement la plus belle race d'Italie , mais la plus susceptible de civilisation ef de perfectionnement intellectuel. Les premières classes sont entièrement grecques par leurs goûts et leurs talens , et sont remarquables pour leurs affections domestiques et leur hospitalité sans bornes. Un Galabrois ne trahit jamais la confiance qu'on a placée en lui. Des routes ouvertes , des manufactures et des écoles établies , pourraient en peu de temps arracher ce peuple à son existence sauvage; mais le gouvernement, après avoir vé de lourdes taxes sur eux, ne fait rien de plus; et l'on dit que quelques-uns ées bandits sont à sa solde , et sont même regardés comme des alliés utiles , dans certains cas où on pourrait les lâcher contre les sujets qui désireraient une constitution. On n'a pas oublié les services qu'ils ont rendus sous le cardinal Ruffo.
* JtfÀPLES. 243
religion qui leur assure leurs feste popolari ; et ils sont attachés à un gouvernement qui permet leurs violences et leur indolence, et qui non-seulement autorise leurs bandes déprédatrices , mais s'allie avec elles (1), Telles sont les causes qui ont mis la révolution en défaveur auprès des derniers ordres de la société, et qui , lorsqu'ils ont été forcés à prendre parti dans la contestation entre l'indépendance et le despotisme, les ont fait incliner vers le dernier. Tous les gouvernemens sont, abstractivement parlant, égaux pour lés hommes qui vivent hors de la loi ; mais celui qui favorise le mieux le désordre moral et politique est celui qui conviendra le mieux au bandit des Àbruzzes ou au brutal lazzarone de Naples* Telle était la machine avec laquelle le patriotisme et l'intelligence devaient travailler, et qui paraît, d'après des événemens récens, avoir été au-dessous du noble but auquel on voulait l'appliquer. Mais on ne peut former aucunes conjectures sur ce sujet, jusqu'à ce que les diverses circonstances soient mieux connues.
(1) Les bandes de brigands de laPouille, conduites par les Vardarelli (deux frères, célèbres chefs de voleurs), ont traité avec le gouvernement, et ont été quelque temps à sa solde.
2^4 WAPLES.
•Il est notoire que les mêmes hommes qui ont déserté l'étendard de la liberté sous un P^pe et* un Filangieri, se sont révoltés dans d'autres occasions contre un impôt exorbitant, qu'ils ont défendu leurs foyers, leurs maisons, avec un courage de tigre , et résisté à l'invasion française avec une énergie et une ténacité dont le Piémont et Naples ont seuls laissé des exemples.
Les motifs présentés aux dernières classes du peuple de Naples depuis si long-temps avilies et enchaînées, pour les sacrifices qu'on exigeait d'elles, n'étaient pas assez puissans à leurs yeux. L'indépendance politique ne pouvait être pour eux qu'un être de raison. Ils n'en connaissaient ni la théorie , ni la pratique, ni les résultats bienfaisans. Accoutumés depuis des siècles à être mal gouvernés, ils ne sentirent la force du principe qui produisait la révolution que dans ses causes immédiates , et ne saisirent point la chaîne qui unissait ]p mouvement révolutionnaire à leurs intérêts personnels. Si on leur eût donné une Madone à défendre , quelque objet sensible autour duquel ils pussent se rallier, on les aurait trouvés plus fermes à l'heure du danger; mais ils n'étaient pas préparés à combattre pour la liberté, ce mot que le despotisme espagnol,
autrichien, et les rois de la maison de Bourbon, leur avaient faitoublier.Une population pauvre et ignorante peut être fanatisée, mais elle ne peut être activée par la raison ; caria propriété , ce grand objet de toutes les institutions civiles, qui eh détermine le caractère d'une manière si précise , est en même temps le motif qui engage les hommerf à s'élever au-dessus de leurs impressions sensitives, et qui les oblige à sacrifier le présent à l'avenir. Les connaissances , la liberté et le bien - être général forment un cercle de causes et d'effets, dans lequel aucun n'est parfait tant que les autres sont matériellement défectueux.
Le mauvais succès du dernier effort, loin de fournir un argument favorable aux vues du despotisme envahisseur, est une preuve de plus de l'égoïsme inhumain d'un gouvernement qui réduit la grande majorité d'un peuple à une insensibilité d'esclaves pour les souffrances de leurs concitoyens et la dégradation nationale , qui rend les sujets trop ignorans pour comprendre la cause de \euts maux, et trop insoucians pour chercher à les diminuer. Cependant, l'objet avoué par la dernière croisade, était la restauration d'un pareil gouvernement. En prenant la population napolitaine dans son ensemble , elle possédait assez
246 * tfÀPLES.
de vertus et de.talens pour soutenir un régime, constitutionnel, si l'injuste intervention des étrangers ne s'y était pas opposée ; et soit que les carbonari fussent en grand ou en petit nombre , soit qu'ils fussent des conspirateurs ou les organes dé la volonté générale, leurs intentions étaient favorables aux intérêts de l'humanité; et leur hut avait été atteint sans violence et sans effusion de sang : le danger était passé, et les biens étaient presque sauvés quand le spoliateur est tombé sur eux, et que l'ennemi commun de l'indépendance dans tous les psys les a fait reculer de plusieurs siècles dans la barbarie et l'ignorance.
La langue, la religion, le costume de ce peuple plein d'imagination et demi^civilisé (en comprenant toujours les dernières classes par ce terme) sont en harmonie. Leur dialecte est une sorte de texte poétique, commenté par des gestes expressifs ; le premier est tout en figures, les seconds sont remplis de grâces. Leurs salutations ont quelque chose de coquet , et la fa-' cUité avec laquelle ils causent ensemble à une grande distance , par certains mouvemens télégraphiques des bras et des mains, a une apparence magique.
La mobilité de leurs visages pointus et de leurs traits proéminanç, toujours remarqua-
NAPLES. a4T
Me, ^ est encore plus frappante quand leur corps est en repos et que leur attention est fixée par un de leurs improvisateurs on narrateurs. Pendant notre séjour à Naples nous demeurions si près du Môle, que nous étions souvent tentés, par la proximité, de nous y promener, surtout les dimanches où le bas peuple se partage presque entièrement entre cet endroit et les marais de Ponte délia Maddelena, quand ils ne s'entassent pas dans un calessino pour aller à Résina ou à Pozzuoli (i). Le Môle présente alors généralement plusieurs cercles, chacun de deux ou trois rangs de personnes , composés des derniers des lazzaroni > quelquefois assis sur des bancs de bois, d'autres fois sur la terre, suivant le prix payé à quelque philosophe péripatétique , ou à quelque lecteur qui occupe le. centre et qui lit très-haut le Tasse (a), ou Mastrillo, les histoires de la
(i) La calèche najfblitaiue est un petit cabriolet peint, décoré avec un luxe de mauvais goût et des étoffes de clinquant fané. Le cocher est souvent assis sur la flèche de la voiture , qui est chargée en dedans et en dehors d'hommes , de femmes et d'en fans, tous en habit de •gala, en bonnets écarlates, et en vestes couvertes de galons d'or avec une profusion de corail.
(2) Les gens du peuple appellent le Tasse ,' il Rinaldoy d'après le héros de son poëme. Ils s'intéressent si pro-
^48 NÀPLES.
Bible, ou des légendes d'un caractère moins édifiant. L'image d'un de ces académiciens restera long-temps gravée dans ma mémoire, car • elle ne manqua jamais d'attirer mes regards pendant plusieurs dimanches successifs : c'était une figure large, courte et grotesque, avec un visage calqué sur celui du polichinelle français , tout en sourcils, en nez et en menton ; il portait une immense perruque , un grand chapeau retroussé , une veste ou les fragmens d'une veste de courrier italien , et des culottes de peau d'un jaune brillant, débris de la garderobe d'un postillon anglais; avec cela il n'avait ni bas, ni souliers; il portait des lunettes énormes, et il tenait d'une main un Tasse tout sale et tout déchiré , et de l'autre une baguette avec laquelle il gesticulait (Tune manière tijèsimposante et très-variée. A chaque vers qu'il récitait il joignait un commentaire de son crû
fondement aux divers personnages 4e la Jérusalem , que leur préférence pour certaine» dames et certains chevaliers donne lieu à des combats tels que ceux qui étaient anciennement soutenus pour prouver le mérite -ou la beauté de quelque Dulcinée. Ces êtres, dont les habitudes sont le moins civilisées , et*qui savent rarement lire , apprécient , dit-on , les beautés de leur poète national avec un tact qui ferait honneur au goût épuré du plus profond critique de journal.
qui aurait pu remplir une page /tantôt pathétique, tantôt plaisant, mais même dans ce dernier cas , toujours prononcé d'un air si gravement sentencieux, qu'il excitait irrésistiblement le rire. Cependant ce n'était point là l'effet qu'il produisait sur ses auditeurs. Je n'ai jamais observé des physionomies exprimant plus fortement une attention marquée et un intérêt profond. Leurs sourcils étaient contractés, leurs lèvres distendues, leurs têtes s'agitaient, en écoutant les faits et les aventures du Goffredo et du Rinaldo , contre lequel en vâiii
S'armo d'Àsia e di Libia il popol misto.
Les uns se levaient à demi , dans leur émotion , 'd'autres proféraient une sourde exclamation; et les bravo, murmurés doucement, circulaient avec l'émotion retenue de gens qui craignaient d^interrompre , par leurs applaudissemens, les chants qui excitaient leur enthousiasme! , Quand la séance était levée, ce qui arrivait au bout d'une heure , pour le bénéfice d'une nouvelle audience (1) etd'urç nouveau profit, les auditeurs congédiés se rassemblaient autour d'un marchand d'oranges qui leur vendait de
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(1) Le cercle extérieur entend ordinairement ces lectures pour rien , et l'on donne rarement plus d'un liard par personne.
25o ffÀPUES.
ces fruits qui baignaient dans leur jus sur son comptoir, et dont ils étanchaient leur soif brûlante, pour la- valeur d'un liard. D'autres prenaient des glaces à l'acquaiuolo, et trois ou quatre sols de plus employés en pain et en macaroni complétaient probablement la dé* pense de leur journée.
Ijtsfestepopolarii ou fêtes religieuses, sont tellement nombreuses qu'il se passe à peine un jour qui ne soit consacré pat* quelque cérémonie qui sert d'excuse à la paresse et à la dissipation , et que le gouvernement autorise fréquemment en y prenant part. Pour le temps de Noël , outre les rites déjà décrits dans les fêtes romaines, les Napolitains ont leurs représentations du presepio (i) dans presque toutes les maisons, les couvens et les églises. Ne point visiter ipresipi sent le jacobinisme et l'athéisme dont les ordres supérieurs sont accusés par le peuple et le gouvernement. La /esta di Santo Antonio est chômée par tout ce qui a vie dans Naples, brutes et gens, et les écuries du roi fournissent la plus grande partie de la pompe (a).
(i) Le Presepio , ou scène de la nativité de Jésus , consiste en une é table , des vaches, etc. etc. Le berceau e\ toutes les figures sont de grandeur naturelle.
(2) Ceux qui observent le cours des choses en Angle-
NÀPLES. a5r
Cette fête est un reste des cérémonies que les Gentils remplissaient autour du fameux cheval de bronze, dont la superbe tète colossale, conservée dans le musée Bourbon , est une des merveilles antiques deNaples, et la constante étude des artistes.
Le dimanche de Pâque est distingué par une procession composée de toute la populace d'Antiguano, qui se rend de là au Poggio reale, où l'on se livre à tous les plaisirs avec excès. Des cérémonies appropriées aux fêtes successives, sont réitérées au point de faire négliger toute occupation utile; enfin le jour de l'Ascension le roi etsa cour célèbrent la fête de la saison en se joignant au peuple au Carditello. La Pentecôte a ses /este qui suivent celle-ci; et le plus curieux de tout cela, c'est que ces rites sont. célébrés avec des formes si exactement semblables à celles de l'idolâtrie des anciens Grecs; les groupes sont si parfaitement ressemblans par le costume et les traits à ceux qui nous ont été conservés dans les sculptures antiques, que même les couronnes de lierre de Bacchus n'y sont pas oubliées. Le pipeau rus-
terre, doivent; apercevoir les efforts violens par lesquels le gouvernement cherche à ramener des formes qui faisaient partie du système continental*
25a NAPLES.
tique et la danse avec des mouvemens gracieux, des gestes pantomimes, rappellent les bacchantes célébrant des rites qui n'ont aucune affinité avec les époques sacrées de cette religion, de longues souffrances et de sacrifices, dont on veut retracer les événemens. Il est cependant certain que si d'autres sectes ont pris des routes plus sûres pour aller au ciel , aucune n'en a choisi une plus agréable que celle qui est suivie par les membres de l'Église napolitaine. La religion des dernières classes à Naples , est à peine du catholicisme. Ce n'est point une croyance, c'est une tradition qui leur vient plutôt de leurs ancêtres grecs que de l'Église romaine à laquelle ils se sont toujours opposas. De toutes les Églises chrétiennes , celle de Naples est peut-être la plus idolâtre, et en même temps la moins intolérante. Elle ne cherche pas à scruter trop minutieusement les principes religieux de ceux qui se conduisent extérieurement avec décence. Trop sûrs dans leur foi pour admettre aucun doute , et trop enclins au plaisir pour suivre l'étude des dogmes , ils ne voudraient pas entendre à la persécution (i); et même leurs ^vêques ensei-
(1) On dit que le feu roi et le roi actuel de Naples ont tenté vainement d'introduire l'inquisition.
WAPLES. 2 53
gnent que les premiers chrétiens n'étaient que des réformateurs édairés qui tâchaient, dans les temps les plus pervers , de purifier la société corrompue (i). Les esprits grossiers et les imaginations ardenles du peuple négligé et impétueux ne comprendraient rien aux doctrines religieuses abstraites; il leur faut et ils possèdent en effet une croyance tangible , quelque chose qui se voit, qui se touche, qu'où peut adorer et maugréer tour à tour. Le sauvage Calabrois traite son saint tutélaire selon ses mérites, et il lui prodigue les louanges et les honneurs, ou le jette en bas de sa montagne , suivant qu'il le trouve propice ou contraire à ses vœux. On nous a assuré que saint Gologaro (patron de la Caîabre) n'avait le complément de ses membres et de ses traits que quand de bonnes récoltes l'avaient mis en faveur auprès du peuple. Alors on lui demande pardon de l'avoir maltraité, on rétablit son nez cassé,
(i) « £ probable che i primi cristiani nella loro « origine non fossero che persone le (juali volçvano in « tempi corottossimi r^lurre la più superstiziosa idola- « tria alla simplicità délia pur a ed eterna ragione : ed il « piu orribile despotismo che mai abbia oppresso il »« genero umano (tal era «juello di Roma ) aile norme a délia giustizia. » Telle est l'opinion d'un archevêque napolitain.
a5;4 NAï'LËS.
on repeint à neuf son visage, et on le fait rentrer dans tous ses honneurs (i). La religion
(i) Dans la partie la plus ancienne de Naples, oh toutes choses restent comme les Angevins et les Arago-. nais les ont laissées il y a des siècles , les rues obscures et étroites abondent en boutiques d'idoles ; là, se trouvent des offrandes qui ont l'air d'être préparées pour les autels de Flore et de Poinone , comme dans le temps où Naples était une colonie grecque j de gros bouquets de fleurs en papier , en étain , en plume , des fruits en cire, des chapelets de nez , d'oreilles et d'yeux , des salvaiori de toute grandeur et de tout âge, depuis le berceau jusqu'au sépnlcre. Nous vîmes dans une de ces échoppes , un vilain petit garçon qui sculptait une Madone dans un bloc de bois avec son couteau , et un vieil homme qui mettait des yeux dé verre à un saint Janvier , tandis que la maîtresse, assistée d'une vieille femme, se disputait sur les prix de ses saints , comme une marchande de jouets d'enfans. Une des dévotes acheteuses balança longtemps entre un crucifix et un saint Sébastien percé de flèches; enfin elle choisit le premier , et l'emporta enveloppé dans le coin de son mouchoir , pour l'accrocher au chevet de son lit et lui adresser toutes ses prières , qui remplissent le temps et satisfont les désir? continuels des dévots ; car, de même que les courtisans, ils ont toujours quelque chose à demander.
Si le lecteur était tenté d'attribuer tout cela au naturel des Napolitains, plutôt qu'aux institutions que soutient la politique moderne, nous le renverrions à un Mémoire' que sir Horace Walpole avait tiré d'un livre conservé à Sainte-Marie Radcliffe de Bristol , dans lequel on fait
SAPLES. a55
d'Angleterre, il y a trois siècles, était presque aussi matérielle. Dès l'instant où ta religion prend des formes palpables, on ne peut savoir jusqu'à quel point la folie et le fanatisme peuvent aller.
Naples, qu'on dit être la ville d'Europe où la population est le plus entassée, contenait avant la révolution cinq cent mille âmes, parmi lesquelles on comptait dix mille moines ou religieuses (1), et quarante mille (a)lazzar ou gens dont l'existence dans la société o siste en une misère extrême, et qui n'on demeure, ni propriétés quelconques. Ce est le commentaire de toute l'histoire de iiaples pendant les trois derniers siècles ; car les Jazzaroni ne semblent pas exister comme corps, avant l'assujettissement de l'Italie par Charles-Quint. Citoyens de la nature, vivant . dans le sein de la société, et condamnés par leur pauvreté à ne jouir d'aucun)fde ses avantages , l'intérêt commun de leur situation précaire les réunit bientôt en un corps qui de-
mention d'articles semblables fournis, à cette église en 1470.
(i) Voyez St, No, Voyage Pilt.
(2) Montesquieu dit 60,000 ; Lalande , 40,000. Le même nombre maintenant spécifié dans le Guide royal.
vint formidable par le nombre et la position désespérée de ceux qui le composaient. En limitant leurs besoins à leurs moyens , ils devinrent cyniques sans le savoir , et leurs habitudes d'indolence et de frugalité mirent en pratique la philosophie de Diogène, sans y ajouter l'ostentation de son tonneau. Ceux qui n'avaient rien ne pouvaient pas être taxés ; ceux qui étaient placés au-dessous de l'opinion rje ' pouvaient pas la craindre. Les deux grani, qui servaient à leur procurer leur ration journalière de macaroni; les deux autres, qu'ils employaient à des eaux glacées et à des marionnettes ? étaient sûrement et aisément gagnés; et quelque peu de travail de plus leur donnait le moyen de se pourvoir d'un morceau de toile à voile avec lequel Us forment toute leur garde -robe ( une chemise et des chausses ), en y ajoutant même leur ceinture et leur bonnet écarlate. Ces besoins satisfaits , • il ne leur- restait plus qu'à se livrer au délicieux far mente (i), à s'étendre au soleil
(i) Plusieurs Napolitains nous ont assuré que le reproche de paresse qu'on fait aux lazzaroni et au bas peuple est tout-à-fait mal fondé : ils sont toujours disposés à travailler ; ils sont patiens et industrieux ; mais sous le système actuel , la. population est disproportionnée à la quantité de travaux à faire. La bonne volonté-
. WÀPtES. 257
ou à l'ombre suivant la saison , à rire indistinctement des amis ou des ennemis , à prier devant une châsse, ou à maudire lo scrivano qui a trouvé en eux quelque offense , dont la pauvreté ne leur permet pas de se tacheter. Les misérables enfans des latzarotïi sont les victimes de la paresse etdes vices de leurs parens ; car leurs malheureuses mères, dans leurs abris ou plutôt dans leurs tepaires, aigries par les privations et la détresse, s'en vengent sur les pauvres créatures qu'elles ont mises au monde , et leur font endurer les effets d'une perpétuelle irritation.
Le gouvernement ne fait aucun effort pour une classe nombreuse et forminable, qui dévore l'état comme un cancer placé dans son #ein. On n'a ouvert aucune source d'industrie; on a arrêté les manufactures par des restrictions , et l'on se contente de sourire aux lazzaroni et de parler leur langage.
^ Pçndant l'occupation des Français sous Murât, des ouvrages publics étaient exécutés dans l'intérieujf et des guerres extérieures
employaient une grande partie de la popu-
qu'ils ont de s'occuper, quand ils en trouvent l'occasion, ne les empêche cependant pas de goûler les plaisirs de Fîndolence , dont leur climat fait une jouissance. IV. t 17
253 ITÀPLES.
lation. Des routes ont été ouvertes dans toutes les directions; Pompeii presque entièrement découverte ; les travaux de la Solfatara poussés avec activité ; des églises, des couvris , de vieux bâthnens ont été abattus et remplacés par de nouveaux édifices; les manufactures de soie et dç porcelaine étaient encouragées par le gouvernement ; et ( plus que tout le reste) la conscription, ce moyen expéditif de nettoyer l'accumulation de corruption physique et mprale qui pouvait foire comparer Naples aux écuries d'Augias, contribuait à diminuer la population , et tombait avec un poids inattendu et inconnu sur les lazzaroni comme sur les autres classes* Chassés de leurs trous, tirés de leur inertie, envoyés dans des climats opposés au leur , le mécon** tentement qu'ils éprouvaient était partagé par les classes du peuple qui leur ressemblaient par les habitudes et la dégradation. Pendant la fatale réaction de 1799, cet ordre s'était montré un allié puissant du parti royaliste. Accoutumé pendaifc les vicissitudes de la révolution à se soulever à la moindre commotion , et à commettre les actes les plus atroces sur leurs concitoyens, ils témoignèrent leur joie du retour de leur roi légitime avec des marques non équivoques de leurs
bî apues» a5g
espérances et de leurs intentions, qui glace* rent d'effroi les habitans plus civilisé» de la plus malheureuse des villes. Les services qu'ils avaieat rendus à l'état sous l'a*chi~laz« zaroni cardinal Ruffo , les avaient relevés dan# leur propre estime. Ils se considéraient comme un des corps du royaume, tellement mêlé dans ses intérêts, qu'ils n'attendirent pas à leur ordinaire l'arrivée du roi pour le recevoir sur le rivage avec des vivats; ils envoyèrent une députation avec leur chef en ancien costume pour rester prè& de Sa Majesté sur le vaisseau anglais qui la ramenait dans sa capitale ( car il est remarquable que les Anglais sont les portantini royaux de l'Europe ). Dans cette occasion, les lazzaroni affectèrent une solennité qui montrait l'importance qu'ils croyaient avoir; et, dans leur* adresse au roi, ils ne laissèrent échapper aucun de ces lazzi avec lesquels ils amusaient autrefois leur sou* verain. Cette adresse. fut reçue par Sa Majesté cdittme toufes les adresses royales sont reçues par les Majestés , avec de gracieux sourires ; mais quand les lazzaroni découvrirent que ces marques de bienveillance ne signifiaient rien de plus que ce qu'elles ont coutume desi*gnifier en pareil cas, et que les scènes de 1 799 ' ne recommenceraient point; qu'on ne brûle-
2ÔO NAPLES.
rait point les jacobins , que les muratistes ne seraient point pillés, et que le ministre prenait de sages précautions pour prévenir une insurrection populaire; alors Ferdinand iv devint aussi impopulaire que Joachim ier, et il» déclarèrent que le roi n'était bon à rien qu'à m a n ger des macaroni.
Cependant ces ultras de Naples , ainsi que ceux de France auxquels ils ressemblent à plusieurs égards ( les premiers étant la lie comme les derniers sout 1 écume du peuple ), ont eu récemment des raisons d'être plus satisfaits de leurs gouvernement , et une tendance à la réaction s'est déclarée par des signes assez marqués; mais il est impossible de se fier aux rapports qui se font actuellement sur la situation de Naples , et très-inutile de raisonner d'après eux. L'Italie est enveloppée d'an épais nuage que le temps seul pourra soulever. Le sera-t-il plus ou moins promptement ? c'est la seule question qui reste à décider.
Entre le peuple du royaume deïfaples et les classes supérieures ( comprenant la noblesse , les propriétaires , les membres des professions libérales , et une grande partie des ecclésiastiques), la distance est immense; un gouffre incommensurable répare ces deux ordres, et c'est dans cette disparité que gisait le mal
* . NAPLES. ^6l
inhérent dont on a récemment senti les funestes effets.
Le royaume de Naples et l'île de Sicile ont été habités dans les temps les plus reculés par une race purement ionienne , par les formes et le caractère. Leut* esprit fin, subtil , rapide dans ses perceptions , était philosophique ou sophistique, suivant là tendance du siècle. Py thagore , réformateur hardi , et sage à quelques égards , choisit ce peuple comme l'instrument le plus propre à faire réussir son plan de régénération universelle ; et il trouva , même dans les femmes , des admirateurs enthousiastes de sa doctrine, et des disciples actifs et habiles pour en disséminer les principes qui visaient à renverser les superstitions sanguinaires, les corruptions morales, et lé despotisme politique de son temps, (i)
( i) Le dogme fondamental de la religion de Pythagore, était que Dieu ne voulant pas qu'on répandît le sang , les sacrifices sanglans offensaient la divinité , pour laquelle la vertu et la vérité étaient les meilleures offrandes. Une de ses maximes était que celui qui niait l'existence de Dieu , ou celui qui cherchait à le séduire par des sacrifices, étaient également coupables. C'était là attaquer les tromperies de l'Église cte ce temps. À son arrivée en Italie, il prêcha la tempérance et la justice, et tout ce qui a été ajouté depuis à ses doctrines n'en était que l'exa*
262 jVAPLES.
C'est un fait incontestable que les Italiens du sud, les Napolitains et les Siciliens, ont encore le même caractère que dans le temps de Pythagore; c'est la même intelligence, la même finesse 'd'instinct, la- même tendance aux disputes métaphysiques, le même zèle pour les recherches philosophiques , et la mêmpe résistance à l'imposture et aux prétentions mal fondées (1). Ceux qui jouissent des
gération. Le silence qu'il recommandait se rapportait k la bavardise notable des Tarentins. Pythagore a été réellement un réformateur d'anciens abus; et quand il visita l'Italie, le luxe et la corruption étaient parvenus à leur apogée , sous le despotisme des tyrans sybarites et d'Anstodème de Cumes.
(1) Les prétentions et le charlatanisme ne trouvent aucun refuge à Naples , même parmi le peuple. Un faineux escamoteur arriva de Paris à Naples : deux jours après sa première représentation, tous ses tours étaient imités par les lazzaroni sur le Largo di Castello. Après que l'homme incombustible eut déployé ses propriétés non inflammables y la moitié dé Naples se trouva composée d'iucombustibles , et chaque rue eut son salamandre. La fille invisible n'a montré, dit-on, qu'une seule fois son invisibilité ; car le second jour, la marchese *** invita toutes les personnes du grand monde à voir sa fille invisible, qui, jouant gratis , eut bientôt la préférence sur son prototype. Le bon évêque de Tarente donnait <:Uez lui une ^orte de divertissement particulier au talent
naples. a63
avantages de l'éducation, les jeunes nobles, les personnes qui exercent les professions libérales, et les ecclésiastiques distingués, comptent parmi eux les hommes les plus éclairés d'Italie. Philosophes exempts de préjugés , ils sont versés dans les théories de la science politique , et très-dévoués à la liberté. Leur ardeur a , en effet , dépassé leurs moyens, et leur ignorance des habitudes d'un gouvernement libre a contribué, avec la timidité et la corruption de la populace ( sans laquelle ils ne pouvaient rien opérer), à empêcher Je succès des diverses tentatives qu'ils ont faites pour arriver à un gouvernement constitutionnel.
La presse, sévèrement restreinte en Italie comme en France sous les Bonaparte , à l'égard de tous les sujets politiques liés avec les intérêts personnels ou l'ambition de l'empereur, était libre sur tous les autres. La philosophie et la science *n'ont jamais eu un champ plus vaste ouvert devant elles , que pendant les vingt dernières années. Les classes éclairées se retrouvèrent encore une fois dans leur élé-
ment. Les jours de Pythagore semblaient re-
napolitain ; on appelait cela V Oracle* Des questions étaient proposées à un magicien y qui. y répondait avec beaucoup d'esprit et de promptitude. Cet improvisateur dépensées était , dit-on , le signor B***.
264 NAPLKS.
naître, et leur esprit fin et subtil était remis en activité.
Lescarbonari(i)ont été d'abord une association particulière formée pour la culture de la
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(1) Après la terrible réaction qui suivit la première rentrée du roi , une association secrète fut organisée par le cardinal Ruffo , sous le nom de Société de la Santa- Fede ; son objet était de maintenir l'ascendant d'une» secte , de veiller sur tous les anciens systèmes de domination , et de s'opposer à toute» les réformés. Elle était composée de vieux ultras courtisans , de la populace et des anciens employés déplacés, Cette association, q4*i florissait au commencement du règne de Murât , entretenait une division perpétuelle , et l'anarchie dans le peuple. Les libéraux, qui n'étaient ni muratistes, ni bourboniens , mais qui penchaient pour le premier * comme le moindre de deux maux , se réunirent sous le nom de Çarbonari pour s'opposer à la Santà-Fede eu particulier , et à tous ceux qui étaient favorables au > despotisme en général. Murât les soutenait, ^t l'on prétend qu'il était au fond un bon carbonaro. À la restauration du roi, le marquis Canosa ressuscita la Santa- Fede sous le nom de Calderoni (ou chaudronniers) , en opposition aux çarbonari (ou charbonniers). Aussitôt que cette association fut découverte , le gouvernement la désapprouva. On ne voulut pas permettre £ 'un parti de s'arroger exclusivement la loyauté , et d'établir des principes d'intolérance religieuse. Les calderoni furent dissous, et l'agitateur qui avait cherché à diviser le peuple et a propager des élémens de discorde religieuse fut exilé.
HAPLES. û65
science politique d'après les principes de la liberté constitutionnelle, et leur résistance à un parti contre-révolutionnaire fut encouragée par leur chef étranger Murât ; de même que la feue reine de Naples affecta d'autoriser les francs- maçons en devenant grande-maîtresse d'une loge. Le nom de carbonari devint bientôt lenom-génériqye de tout ce qui était éclairé au libéral dans le royaume; mais il représenta pendant long-temps une opinion plutôt qu'une société organisée. Dans la formation originelle il n'y avait ni mystères à cacher r ni rites à célébrer, ni dogme, ni secret (i). Leur ligue était celle de l'esprit, du zèle dans la cause de la liberté et de la vérité; et, comme celle de Lombardie, elle embrassa bientôt tout ce qui désirait ou méritait d'être libre.
La tendance apparente du gouvernement de Ferdinand iv vers les anciennes formes et les anciennes institutions, donna une nouvelle impulsion aux principes des carbonari ; ils