‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 8 sur 25 · ROUTE DE ROME A NAPLES · texte numérisé non relu

ROUTE DE ROME A NAPLES

Route de Rome à Naples. - — Vue des portes de Rome.—Albano. — VelletrL—r Torre di Tre Ponti. — Terracina. — Banditti. — FondL — ■ Fra Diavalo. — ItrL — Mola di Gaeta, — Çapua. — A versa. — Entrée et aspect général de Naples.

-Ceux qui prennent la grande route de Rome à Naples , en sortant de l'ancienne porte Saint- Jean , doivent s'arrêter pour contempler une des plus belles vues de désolation pittoresque que l'Italie elle-même puisse présenter. Dans le fond, le puissant édifice de Latran, la pierre fondamentale de FÉglise , élève ses dômes de marbre au-dessus des ruines du temps et de la dévastation de la peste; sur le devant, la voie Appiennë s*'étend vers la tombe desCuriaces : dans toutes les directions les interminables arcades des aqueducs romains ruinées et couvertes des teintes verdâtres de la caducité, dirigent leurs coubures vei*s la capitale, et laissent voir à travers les arches, empilées les unes

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sur les autres, un ciel d'un bleu foncé et pur. Des masses informes de terre et de marbre marquent de chaque côté de la routç lçs sites des tombeaux, ces trophées posthumes de la vanité, produits de l'orgueil et de l'opulence patricienne, qui décorent et attristent les grandes routes romaines les plus fréquentées. On voit ensuite le désert sans bornes de la Campagne , ce tombeau des tombeaux. Ni champs, ni jardins, ni maisons n'interrompent cette effrayante solitude jusqu'à la tour ruinés de Mezza Via , la première maison de poste- On peut rencontrer par hasard un malheureux qui demande une aumône dont il n'aura pas long-temps besoin; vn voyageur revenant de Naples, un pèlerin ou un paysan s'acheminant vers une châsse ou un marché ; mais ce sol autrefois si fertile , cette terre si peuplée est maintenant inhabitée. Des ruines et des villas se montrent dans le lointain; mais pas un seul arbre, pas un seul épi de blé, ne paraissent dans ces campagnes où les hommes les, plus voluptueux avaient érigé leurs fastueux pavillons.

Après la poste de Tprre di Mezza Fia , les

montagnes bleues d'Albano se dessinent sur

l'horizon d'une manière plus marquée, et la

ville à demi peuplée dont elles tirent leur nom,

iv. 7

s'étend à leur pied, couvrant de ses édï^ fices dilapidés , les sites autrefois occupés par les somptueuses villas de Pompée et de Domitien. A gauche , les hauteurs de Castel- Gandolfo , seuls lieux où Ton retrouve la beauté et la salubrité de ce paradis des an* ciens, se soulèvent au-dessus de la plaine infectée. La puissance et TEglise se sont emparées de cette situation, et la villa du pape (vaste palais) et un rassemblement d'édifices religieux couronnent les sommets des montagnes et commandent le lac : sur ses belles rives les franciscains ont un couvent précisément sur le sol où l'antique village d'Alba- Longa était placé, avant sa destruction par les Romains, sous Tullius Hostilius.

Les paysans d'Albano avec leur singulier costume animent un peu cette ville, où Ton a déjà rouvert cinq couvens : notre hôte nous dit qu'ils n'étaient remplis que par des étrangers. Toutes les horreurs du moderne Latium se déploient vers la droite , les marais , le pont et la prison d'Ostia , les galériens , la mal-aria ; eJ,Fon y voyait déplus, il y a peu d'années, les asiles pour les meurtriers sous la protection du cardinal Albano.

Après Albano on monte la triste montagne de la Riccia, couronnée par sa tour ruinée, mo-

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Hument plus triste encore des grandes causes qui ont produit ces terribles effets. La Riccia (Aricia) est noire, dégradée et horrible, comme ses habitans dont les traits sont féroces et les visages hâves : les seuls édifices qui offrent, un aspect moins sombre , sont le palais des Chigi et la vaste église élevée en face.; cependant l'un et l'autre sont dilapidés. D'anciens noms ont consacré les sites qui se présentent en quittant la ville; Lavinium, Ardea, Laurentum! mais la villa de Pline et le voyage d'Horace sont rappelés en vain. D'autres objets s'emparent des sens et obscurcissent les visions de l'imagination : le présent est plus puissant que le passé : la route à travers une campagne désolée, les huttes de paille humide et de ronces, qui paraissent de distance en distance avec des armes empilées devant elles, et .les farouches visages des soldats qui se montrent à travers leurs ouvertures, et accroissent les craintes qu'ils sont destinés à calmer; toutes ces images bannissent de l'esprit les idées des antiques légions romaines , en y reportant les images des bandits modernes, et substituent aux souvenirs glorieux des temps héroïques le sentiment pénible des dangers et de la dégradation actuelle.

La ville de Velletri convient bien à cette

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région de désolation et de pillage; et les voya~ geurs se rassemblent devant la porte de sa misérable auberge pour continuer plus. sûrement la route, en se protégeant mutuellement dans le périlleux passage qu'ils ont à traverser en allant de Rome àNaples. En arrivant aux marais Pontins, la voie Appiennesuit les bords d'un canal profond , dont les eaux' pestilentielles ajoutent au poison de l'atmosphère. Ce canal , creusé par les anciens, et rouvert dans les temps modernes , est la source principale des desséchemens partiels des pays environnans. L'aspect des huttes de&patroles devient toujours plus misérable, et la condition de leurs habitans parait de plus en plus triste. Plusieurs de ces soldats de Saint-Pierrç étaient sans souliers , et ne se firent point scrupule de nous demander un paolo. Ceux à qui nous avons parlé à la maison de poste , nous firent un récit terrible de leurs souffrances, attestées par leurs visages jaunes et gonflés. Ils disaient qu'on les envoyait là pour y mourir de la mort la plus affreuse, d'un poison lent; qu'ils étaient obligés de rester deux ans dans la même station {temps plus que suffisant pour devenir les victimes de la mal-aria); que leur paie pouvait à peine leur procurer du pain sec , et qu'ils étaient à une grande distance de l'eau

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fraîche, exposés également aux chaleurs de Fêté et à l'humidité de l'hiver, (i)

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(i) Les marjais Pontins, même en employant le système de dessèchement le pins perfectionné , n'auraient jamais pu être tout-à-fait assainis. Pline établit , il est vrai, surFautorité d'un ancien auteur, que vingt-trois villes avaient occupé autrefois leur site ; mais comme il fait aussi mention d'une grande île près de cette côte , il n'est pas improbable que la rétrocession de la mer qui a rejoint cette île au continent, en accroissant les difficultés de faire écouler les eaux de la contrée , ait augmenté la quantité de marais et porté le mauvais air plus près des montagnes. D'après la présente condition géographique du pays, il est évident qu'un système de canaux artificiels , combinés avec beaucoup de soins , et exécutés avec beaucoup de dépenses , pouvait seul le rendre tolérable-» ment sain ; et les tribus grossières éparses sur ces cotes avant l'époque de la grandeur romaine , n'étaient guère capables de semblables efforts. Ce qu'il est plus important d'examiner, ce sont les moyens qu'on pourrait employer pour obvier aux inconvéniens actuels. Quand, la voie Àppienne a été tracée on a creusé un canal, et Ton en a fait un autre sous Auguste , qui existe le long d'un des côtés de la route. La contrée a dû être grandement améliorée par ces ouvrages et d'autres semblables , puisque c'était alors la coutume d'aller par ce canal en bateau à Baies, etc. et de s'y embarquer le soir comme le* moment le plus favorable pour voyager; tandis qu'à présent dormir pendant l'été sur ces eaux , serait une cause de mort certaine pour un étranger. A la destruc-

Les soldats sont très-peu utiles quand les brigands descendent des montagnes en grande

tion du Bas-Empire , les ouvrages des marais Pontins • tombèrent en ruine; et quoiqu'on ait tâché de les rétablir en différens temps , le dessèchement n'a jamais été suivi d'une manière efficace. De là est venue l'opinion des difficultés insurmontables qui s'y opposent. Il est pro* bable que quelques-uns de ces cantons se trouvent plus bas que le niveau de la mer , ce qui s'opposera toujours aux efforts de l'art ; mais la plus grande partie de ce ter* ritoire pourrait sans aucun doute être assainie , .au moins suffisamment pour la rendre à la culture, ce qui dirais nuerait matériellement le danger du mauvais aîr et engagerait à rebâtir des villes dans les districts élevés. Un des grands obstacles qui s'opposent à ces améliorations , c'est le profit qu'on tire de la vente des anguilles dont ces marais abondent, profits qui engagent les grands propriétaires à résister à tous projets d'assèchement. Pie vi a donné une grande partie des marais à la famille Braschi , au Heu de profiter de cette possession pour éta*> blir un système de dessèchement , et des petites propriétés indépendantes qui auraient été tenues à condition de cultiver la terre et de contribuer au dessèchement des marais. Deux états de la société pourraient offrir les moyens d'achever ces grandes opérations : la liberté civile et la domination d'un despote sage et actif. Le* papes ont eu entre les mains a6S%z de pouvoir et de richesses pour effectuer les plus grandes entreprises ; mais ces ri-» chesses ont été employées à satisfaire les vices ou I'égoïsme, et la puissance a été dirigée plutôt à l'extension de la do-

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force; et l'on suppose qu'ils sont le- plus souvent de connivence dans leurs opérations, (i) Les seules habitations humaines que je me rappelle d'avoir vues le long du chemin étroit et interminable qui traverse les marais jusqu'à Terracina (dernière ville pontificale) étaient les ruines dans lesquelles les chevaux

mi nation à l'extérieur, qu'à la consolidation par des perfectionne mens bien entendus dans l'intérieur. D'ailleurs , le règne de chaque pape est trop court , et son pouvoir et les intrigues des princes et des cardinaux s'opposent trop à son autorité pour qu'un pontife , patriote , s'il s'en trouvait un , eut les moyens d'accompfcr une opération telle que celle d'assainir les marais Pontins ; et il existe certaines fausses applications des deniers publics qui ôteront toujours les possibilités de l'entreprendre.

(i) Deux gentilshommes anglais avaient été volés entre Terracina et Velletri , deux jours avant notre passage sur cette route. Les soldats nous rendaient un compte très-confus et très-vague de cette affaire , quoiqu'elle se fût passée h une portée de fusil de leur poste. La crainte seule sans la corruption est un motif suffisant pour faire rester les troupes à une distance respectueuse des brigands; mais si l'on considère l'exiguité de leur paye , et le désespoir où doit les jeter leur position , il est impossible de douter qu'ils ne consentent à recevoir de l'argent pour faciliter le pillage des bandits. On les accuse en effet de voler quelquefois pour leur propre compte.

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de poste sont ternis, dont chacune porte un nom digne d'un pèlerinage, et qui toutes offrent un aspect propre à faire l'épisode d'un roman du genre terrible. Cisterna , qu'on croit le Très Tabernae de saint Paul; Torre dei Treponti, le Forum Àppii d'Horace, sont maintenant des masses de ruines plus tristes encore que les marais qu'elles bordent, que les montagnes stériles qui les dominent, et fétides comme les eaux stagnantes qui s'étendent devant elles. Quand les voitures passent devant ces maisons , quelques faces blêmes paraissent à travers des fenêtres sans châssis, et quelques chevaux sauvages étaient enferfriés dans les ruines d'un couvent, fondé pat Pie vi. Cette entreprise parait mal calculée. Les gardiens de ces animaux sont des hommes plus sauvages qu'eux , et qui ont l'air d'avoir été bandits dans leur bon temps. Dans ces stations les postillons eux-mêmes ont quelque chose de féroce et d'indiscipliné dans le regard ; leur existence se borne à parcourir une distance de quelques milles dans ce désert; ils sont hors des limites de la civilisation humaine, et ils semblent reconnaître qu'ils n'y appartiennent pas.

L'approche de Terracina , dernière ville des états du pape (l'Anxur de l'antiquité), est

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aussi magnifique de paysage qu'intéressante par les souvenirs historiques et classiques. A droite on voit la mer; les montagnes de Terraeina semblent sortir de la baie ; la vieille cité élève ses noires habitations sur le sommet d'un rocher isolé, très-écarpé et très-rude; cependant, les orangers et les citronniers croissent dans toutes ses crevasses, et montrent leurs fruits dorés à travers les figuiers indiens et les palmiers. Là façade d'un beau palais qui n'est pas terminé borne une des pentes les plus basses; à gauche de la ville, sur des collines plus hautes , est le couvent de Saint-François, dont les jardins de myrtes et de palmiers s'étendent sur un des côtés de la route. Les ruines sombres du palais de Théodoric se montrent au-dessus de tout; leurs arcades brisées laissent paraître les rayons pourprés du soleil couchant, et la vue est bornée par un rocher blanc et perpendiculaire, qui se sépare de la masse, et parait la tour de sentinelle de la contrée. De ce point , les roches blanches d'Anxur (i) se joignent presque à la mer , et forment un défilé étroit qui conduit jusqu'à la frontière napolitaine/ et que le moindre effort de courage pourrait défendre

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(i) S axis laie cûndemibus Anxur. Horat.

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contre une armée. Toute cette ligne est gardée ou censée gardée par -des sentinelles qyi sont à portée de la voix les unes des autres, et qui doivent protéger les voyageurs contre les banditti, les véritables seigneurs de cette terre , que les sbires romains ni les carbonari napolitains ne seraient pas capables d'épouvanter. De Terracina à Fondi, de Fondi à Itri, çn un mot , des marais Pontins aux. rochers de Scylla , on est sur la terre classique du brigandage; terre qui a vu naître le plus distingué des voleurs de grands chemins des temps modernes (i). Là, les jeunes mains de ce famei^x chef de brigands Giuseppe Mastrillo , ont appris à se servir d'un fusil,

Neila bella città di Terracina ,

Nacque Mastrillo pieno di sottile ingegno ,

Ricco di bene et pieno di dottrina :

Fit stupore a Roma e pregiudizio al regno. (2)

Mais Mastrillo, ainsi que d'autres héros (conime nous l'apprend le poème dont il est

(1) Plusieurs inscriptions ont été trouvées sur ,1a Via Appia , entre ^Rome et Brundisi , les unes à Mercure protecteur , les autres à Jupiter sauveur; ainsi il est probable que ce pays a toujours été infesté de voleurs.

(2) « Dans la belle cité de Terracine naquit le spirituel Mastrillo, riche de biens et plein de savoir j il devint la terreur de Rome et le fléau de Naples. »

l'Énée), a été la victime d'un crudel destino e sfortunato fato , et pour le léger crime d'avoir coupé une tête (et la tète d'un rival), il fut obligé de se cacher, ou, comme le dit son Virgile ,

Fatto questf omicidio s' è partito ,

E in campagnadi Roma s' e retirato. (1)

N'ayant aucun espoir de pardon , il devint le famoso banditto Peppo Mastrillo ; et quoique sa tête décore maintenant les portes de Terracina, sa mémoire est révérée, et ses faits sont chantés, depuis la porte San Giovanni à Rome, jusqu'au Borgo Santo-Antonio deNaples; car en Italie les légendes des saints et celles des voleurs obtiennent également la permission des censeurs , et sont également livrées à l'étude du peuple. La bonne fortune de Peppo Mastrillo , avant que son crudel destino l'eût conduit à l'échafaud , lui a procuré beaucoup de successeurs , et la route entre Naples et Rome est infestée, depuis un siècle, des plus atroces bandits qui campaientdans les montagnes, sans crainte des gouvernemens paternels de ces pays, qui ne les punissaient point, et qui sem-

(1) « Après cet homicide , il partit et se retira dans la Campagne de Rome.»

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blaient se contenter de partager avec eux les dépouilles des peuples.

Des chefs successifs prirent le commandement de ces bandes ; et à l'époque de la révolution française, l'un d'eux, dont la renommée surpassait même celle de Peppo Mastrillo, entra dans la carrière du pillage. Toute l'Italie tremblait au seul nom de Fra Diavolo, le brigand d'Itri. Un fait singulier, c'est que les bandits de ce défilé périlleux ont été, ainsi que les lazzaroni de Naples , les gondoliers de Venise et la populace de Florence, les plus fermes opposans aux changemens effectués par les Français en Italie, et que les souverains sur leur trône n'avaient pas un éloignement plus invétéré pour les innovations révolutionnaires que le voleur italien dans sa caverne (i). En 1806, Fra Diavolo s'était rendu redoutable même à ceux auxquels les gardes pontificales et les troupes napolitaines n'osaient pas résister. Les meurtriers étaient

presque aussi nombreux que les voyageurs sur

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(1) Les riches de toutes les classes étaient accusés de jacobinisme par les bandits , et leurs propriétés et leur yie leur étaient enlevées sous ce prétexte de la plus audacieuse manière ; car les voleurs ne bornaient plus leurs déprédations aux grands chemins , mais ils pillaient des maisons de campagne et saccageaient des villages.-

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Je grand chemin de Rome à Naples. Les hommes les plus braves de l'armée française périrent assassinés, et Ton croit que le vaillant colonel Brugnières et plusieurs de ses officiers sont tombés sous les coups de Fra Diavolo luimême» Les Français, quand ils furent maîtres de Rome et de Naples, commencèrent immédiatement une réforme dans cette ancienne branche de la législation du siège et du royaume ( ilregno). Le jeune général Lamarque marcha contre les brigands, prit plusieurs villages où ils maintenaient des forces considérables : tous ayant fait les plus horribles serroens d'exterminer les jacobins. Dans la seule ville de Marathe a on, trouva vingt -deux chefs qui s'y étaient enfermés avec une bande de mille hommes, et ils furent tous pris et les principaux exécutés. Tous les défilés furent battus et éclaircis, la police française distribuée dans tout le pays, des corps-de-garde établis dans les postes les plus dangereux; et en 1810, on voyageait aussi sûrement de Rome à Naples, et de Naples partout ailleurs , que dans toutes les autres parties de l'Italie (1). Les lois (ma-

( 1 ) Une chose étrange , c'est que rien ne pourrait persuader aux Napolitains que les brigands des Abruzzes et de la Calabre n'étaient pas 4 la solde de l'Angleterre.

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chines inconnues dans le Midi) étaient deve* nues si formidables , que ceux qui n'avaient pas craint la roue, tremblaient à l'idée du chef de police Spinelli ; son nom seul faisait tomber le poignard de l'assassin , et se non fosse Spinelli (si ce n'était la crainte de Spinelli), est une expression qu'on a entendue échapper aux lèvres d'un meurtrier, en rengainant son stylet, convaincu que la mort qu'il méditait de donner (i) serait expiée par la sienne. « La révolution finie (dit le baron Bonstetten dans son admirable Latium }, les assassinats recommencèrent, et les lois les plus barbares repris rent leur ancienne vigueur ». Le renversement de la domination française en Italie a été dans le fait la restauration des brigands ; les lois furent relâchées ou annulées; la justice détournée en faveur des privilèges, la police salutaire remplacée par les anciens sbirri (pires que les bandits avec lesquels ils sont

généralement d'intelligence), et cette partie

(t) Pendant dix-huit mois de gouvernement révolutionnaire il n'y eut après les premiers châtimens pas un seul assassinat à Rome , et cette colère si terrible de* Romains devint même dans le vin et dans la licence révolutionnaire , si douce et si prudente , que les bras armé* du couteau restaient suspendus au souvenir de Spinelliy maître de police. Latium , p. 66. ♦

A ffÀVLES. III

delà péninsùlesè trouva encore ravagée par des bandes armées , dont les chefs font leur trafic meurtrier jusqu'aux portes, de Rome et de Napies. Si quelque traîneur est saisi et emprisonné j ce n'est que pour encourager les autres ; car la meilleure chambre de la prison lui est assignée; des niains inconnues lui font passer de l'argent ; et des étrangers le mettant au nombre des curiosités à voir, le visitent dans sa cellule , en allant au Colisée ou à la grotte du Chien , et le payent comme le gardien d'un palais ou d'une collection, (i)

(i) Les bandits vinrent en grande force attaquer là maison de Lucien Bonaparte à Frascati , dans le dessein de l'enlever et de lui faire payer une rançon y mais ils prirent son secrétaire par méprise. Je n'ai pas entendu dire qu'ils aient emmené aucun voyageur anglais dans leurs montagnes , mais ils sont sans miséricorde pour les Français et les Italiens. Notre manière de voyager de Terracina à Mola di Gaeta en 1820, était telle: les postes militaires placés à chaque mille envoyaient un détachement quand ils entendaient approcher la voiture , et le chef nous avertissait que nous devions avoir deux gafdes et que nous avions le choix, soit de les prendre dans notre voiture , soit d'aller assez doucement pour qu'ils pussent nous suivre. Nous choisissions toujours le premier parti, et l'un d'eux montait sur le siège à côté de notre domestique, et l'autre se plaçait derrière la chaise sur un coffre ; mais avant de partir ils ôtaient leurs baïonnettes qu'ils remettaient à leurs officiers, et nous

L'auberge de Terracine est au bas de la cote; c'est un bâtiment neuf et spacieux; et Ton

voit de chaque c.ôté de la route quelques petites maisons blanches. La montée de l'ancienne ville est passablement rude pour des voyageurs fatigués; mais nous ne pouvions pas négliger un lieu ou Mécène se rencontra avec Horace après le fatigant voyage de celuici à Brunçhisium. Si telle était l'Anxur (f Horace, si l'ancienne ville rassemblait à celle qu'on voit maintenant ( et à en juger d'après Pompei, on peut le croire ), quels misérables taudis doivent avoir été ces an tiques cités! le rues obscures et roides étaient d'étroits passages , dans le centre desquels la population semble vivre en commun. Les uns soupaient, les autres travaillaient; mais la plupart musaient assis sur le pavé, qui , quoique sale, était parsemé de branches de myrte en l'honneur de quelque fête (i). Pendant que nous

nous sommes aperçus que leurs fusils étaient chargés de papier. Tout cela est , je crois, pure formalité , £ar si les bandits savent qu'une voiture vaut la peine d'être attaquée (et ils ont des intelligences qui les en informent), les gardes ne serviraient à rien. Depuis Terracine la route est gardée par les troupes napolitaines qui paraissent presque aussi misérables que celles du pape.

(i) M. Eustace dit : «Cette ville de Terracina parait

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montions avec difficulté, et suffoqués par la mauvaise odeur, pour arriver au couvent de Saint-François ( maintenant un collège ) , une aimable créature qui paraissait prête à atteindre le commencement de la jeunesse , et en même temps le terme de sa vie, sortit d'un groupe depauvres petits rachi tiques; ses yeux de feu y ses dents blanches, et sa peau brune, profondément teintée des nuances de la malaria y formaient un contraste frappant : elle toucha mon bras avec une branche de myrte, et demanda , avec le sourire? d'une jeune sibylle, à nous accompagner, en disant qu'elle était un hon cicefione per gli antiquità; mais " ■ ■ ' >■■<•■ ■ .1 ■ * ' ■ ■ ■ ,■ ii ii «

avoir pris rapidement de la consistance par l'accroissement de son commerce qui a été arrêté à rinyasion des Français, ce qui l'a rejetée dans l'insignifiance !!! » À l'égard de la vérité de cette assertion , il suffira de citer celle qu'il fait ensuite. « Peu de places semblent plus propres que Terracina pour'y établir des bains publics et un lieu de rassemblement. » Terracina , infectée par la ma/aria, et infestée par tes bandits, qu'on n'approche et qu'on ne quitte en tout temps qu'avec une escorte militaire, qui ne suffit pas toujours pour 'la sûreté!!! Une nécessité très-urgente peut seule induire les natifs à traverser la route en été ; il serait mortel de s'y endormir, et la difficulté de. surmonter l'espèce d'assoupissement qu'on éprouvé est bien décrite dans Corinne , qui tremble pour la vie d'Oswald sans songer à la sienne.

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I l4 ROUTE DE ROME

malheureusement nous avions déjà notre cicérone f pauvre créature , boiteuse et contrefaite , marchaut à graad'peine , et qui nous disait que la mal-aria (■ ce sont ses propres termes ) avait déjà fait son devoir.

En arrivant au couvent cfui couronne une colline fertile au-dessus de l'ancienne ville, et en entrant dans une cour entourée d'un clôt tre, et parfumée par un oranger couvert de fleurs et de fruits , le premier objet sur lequel mes yeux se fixèrent fut une inscription qui portait : Le donne non entrano qui ( les femmes n'entrent point ici ) ; et je me reculais à la vue de cette prohibition , quand une troupe d'écoliers (i), dans leurs habits de clercs, passa squs les cloîtres deux à deux* saluant tous fort civilement 9 et le moine qui les conduisait dit, après quelques mots de conversation ; Quand

(i) Nous avons lu avec chagrin dan* le*, papiers publia % que ce séminaire a été attaqué parle» bandits , et plusieurs des jeunes gens emmené* dans les montagnes. L'on nous a dît depuis que ceux qui n'avaient pas été rançonnés, avaient été tués. Ces pauvre* jeunes garçons étaient de toutes les parties des états romains et napolitains, et plusieurs n'avaient pas plus de dix ou douze ans, La situation élevée du collège Us mettait à l'alm de la mal-aria, et on paraissait prendre grand sein de leur santé , de leurs, mœurs et de leurs manières.

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les daines viennent de si loin pour voir notre c&uvent y la défense perd sa force. Nous trouvâmes l'intérieur du monastère sitople et propre. On préparait dans la cuisine un soupe* de végétaux pour les jeunes gens. Sur ehaque petit dortoir était écrit viva ùesu, viva Maria.

Les antiquités de Terrscine sont plutôt dès sites que des ruines; et l'atmosphère renfermée nous en fit sortir avant d'avoir pu examiner quelques colonnes brisées qu'ort dit être les restes du tempk d'Apollon, qui était bâti sur remplacement de la cathédrale.

La Torre dei confini, masse en forme de château, gardant le passage de la frontière entre la mer et les montagnes , et séparant les états romains du royaume de Naptes , est une des stations où la patience et la modération du voyageur sont mises à la plus rude épreuve par toute» les fraudes, les extorsions qui ob~ *tru£&t la marche des visiteurs étrangers en Italie. C'est la première douane napolitaine* et nous y fumes retenus très -long «-temps, parce que le chef de police ne pouvait pas venir à bout d'achever de lire k passeport d'un gentilhomme dont la voiture précédait la nôtre , et il ne voulut jamais aous permettre de pasaer avant lui. À notre arrivée à Fondi , ribus fûmes encore arrêté» une heure & la do-

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gana, et Ton nous extorqua encore de l'argent Là, le délai venait encore du passeport difficile du voyageur qui nous précédait ; l'officier municipal ayant déclaré qu'il pensait que c'était un faux, parce qu'un lieu y était mentionné dont il n'avait jamais entendu parler , et qu'il ne croyait pas qui existât Ce lieu était Utrecht. Cet officier ne parlait que napolitain ; il pouvait à peine lire l'italien , et bien moins encore le français ou l'allemand.

Pendant que nous étions ainsi retenus, nous eûmes le temps d'observer la population demisauvage et entièrement dégradée. C'est un des chefs-lieux des bandits, et nous vîmes plus d'une figure hagarde, enveloppée jusqu'aux yeux dans son long manteau , faire de6 signes d'intelligence aux gardes napolitains à mesure qu'ils passaient près de lui : ils retournaient probablement dans leurs stations des montagnes. C'est là que nous vîmes aussi les mendians napolitains, classe très-curieuse pour l'extrême malpropreté et la multiplicité de leurs gestes. Même lès petits enfans imitent déjà toutes les grimaces et les contorsions de leurs aînés, pour obtenir la charité que personne n'a honte de demander en ce lieu , pas même un individu qui nous parut un officier subalterne de la garde, et qui demandait un. carlino. *

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En laissant la saleté., la misère et la démoralisation de Fondi (1) , qu'Horace quitta aussi sans regrets, nous continuâmes notre route jusqu'à Itri, à travers des paysages dignes d'un paradis. Le chemin longe la côte dans des bois d'orangers. A côté d'un d^ ces beaux arbres riches de fruits et de fleurs , on voit un gibet avec les membres d'un criminel récemment exécuté , qui contaminent un air chargé de tous les parfums de l'Arabie.

Devant les huttes des patroles brillaient leurs armes rangées en faisceaux. Des mendians, ou des créatures qui paraissent telles, se levaient de terre à la vue de la voiture, et j proféraient leur cri retentissant de carità cristiani, en courant tant qu'ils avaient d'halei à côté des roues. Quand on passe les h&Ue escarpées et romantiques de Mante Santo- Andréa , on voit les stations militaires doublées ; mais les soldats dorment étendus sous leurs

abris de paille. On rencontre de loin en loin

(1) L'air de Fondi est particulièrement insalubre à cause du grand lac qui sépare la ville de la mer , et qui abonde en belles anguilles. La voie Appienne traverse la, ville, et le pavé de la rue est tel que les Romains l'ont construit; on peut supposer facilement que le temps et l'usure ne l'ont pas rendu meilleur , et il est de quelques degrés pis que s'il n'y en avait point du lout.

U§ ROPXE |>B ROME

un bçsger, vêtu d'une pçau de ipou ton, gardant son troupeau dans les vallées; et l'on découvre eijifin Itri, la patrie de Fra DiavalQ> \e palladium du brigandage, reposant $ous im ciel pur et brillant, au milieu de collines coi>vertes de vignes, d'ojiviers et d'orangers f joêl^s au riche feuillage des figuiers, à des myrtes et à des lauriers,

Itri, qu'où traverse avec peine et danger à cause de sa montée droite et escarpée , laissa dans Fâme une impression ineffaçable» Que cçu* qui se réjouissent du mauvais succès de l'entreprise des Napolitains, aillent visiter Itri ; ils verront là les effets du gouvernement, dans la restauration duquel ils triomphent; ils verront lçs sources du bouh^ur humain e«PK poi&ontyéee par le despotisme qui a rendu inutiles les don* les plus précieux de la natmre.

Qu'ils voient seulement une fois ce nid de, crimes et de maladie?, qu'ils y contemplent le bandit bien connu peu? tel , se glissant vers la porte de .la maison noire et démantelée où il retrouve , quand il descend de ta montagne , la nichée gémissante de petits misérables affamés que sa part des dépouilles suffit à peine pour n ourrir, et pour lesquels il conserve le dernier sentiment humain qui existe encore dans son cœur endurci] Qu'ils voient cette race mi-

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sérable destinée à. mendier ou à iuivife ta profession de leur père f défigurée par le* haillons et la malpropreté, sortant an brait des roue» d'une voîtare , et se jetant sou* les pieds de» chevaux pour exciter la compas sien, en faisant des hnrleroens qui inspirent plutôt la terreur que la pitié. Qu'ils voient cette mère indifférente sur sa dégradation , aVet son regard fin que le besoin rerfd encore plus pénétrant , belle , malgré sa malpropreté , et d'autant plus effrayante qu'elle est plus .belle, couchée à sa porte dans» une complète ito action , ou peut-être nettoyant le couteau dont son mari s'est servi avec trop de sucoes , à côté du .gibet des bois d'orangers dé Fondi , ou près de l'image de la madone. C'est Làt que se vttient en somme les résultats1 4e la tyrannie napoiU taine qui exista depuis tant de siècles, et dont les lumières et l'indépendance *vaiçn* *o»hi délivrer ce pays* Tette est la ville dltri * la tetreui? de l'étranger , la honte des natifc, l'asile de& bandits. Le roi a passé dernièrement pair cette cité dans son voyage somptueux à Rome: Son passage a du être très-dilÉkiile, et tous ses sens étaient sans doute révoltés k chaque pas. Cependant ou n'a rien feît pour cette misérable pflrce, quoique les sujets de la bonne ville (Tftri aient lavé leurs mains teintes de

rao aoutk de rome

sang pour jeter des fleurs sur les pas de leur souverain. Ils ont bien senti que le mauvais gouvernement était la cause du refus qu'on avait fait à leurs demandes ; mais ils ne savent pas que c'est le même mauvais gouvernement qui les a faits ce qu'ils sont : des esclaves, ltri a cependant été anciennement une des plus belles cités de la voie Àppienne ; c'était \eUrbs Mamurrarum (i) d'Horace, dont le pavé a été foulé par. Varuset Virgile ,

.... Àhne piu candide • -

La terra unqua non die. (2)

dans le voisinage de laquelle se trouvait la villa de Cicéron , et dans le voisinage de laquelle existe encore son tombeau.

Dltri à Mo la di Gaeta, un paradis s'ouvre dans le désert. Les montagnes à gauche se retirent graduellement, élevant leurs sommets escarpés et grisâtres jusqu'aux cieux , tandis que leurs bollines , couvertes d'orangers et de citronniers, et bordées par des haies de myrtes naturelles , viennent se terminer sur le rivage

•taMta

(t) Dans l'itin«raire d'Italie, on appelle ltri Ma* murra. Près de cette ville on voit un ancien temple ou mausolée;, les antiquaires n'ont pas encore décidé lequel

des deux. , * ft

(2) Horace , satire 5. Traduction italienne, édition Devonshire.

de la mer, et que la voie Appienne suit leurs détours romantiques. La beauté de la scène augmente à mesure qu'on approche de Mola di Gaeta. Une villa (maintenant une auberge) à demi cachée par des [bosquets d'orangers, marque (du moins on le dit) le site de la mai* son de campagne de Cicéron (i). Près d'elle , on voit cette tour pittoresque et ruinée que son affranchi éleva pour marquer la place où le dernier des Romains fut assassiné : même le petit chemin mentionné par Plutarque , quw conduisait de la voie Appienne à la côte , où||r ftit rencontré dans sa litière par les centurions, Ô|^fePe il se hâtait d'aller s'embarquer, est indiqlVparles gens du peuple ; et les excavations et les fragmens de marbre qu'on trouve sous les bosquets dé la villa-aaberge sont appelés bains de Cicéron ou villa inferiore, et cela peut avoir été ainsi.' À une petite distance de la baie , on aperçoit les tours , les dômes , les* clochers de l'ancienne ville de Gaëte, se dessinant visiblement sur l'horizon et parais-

(i) Son formianum. Je cite les traditions locales ', et je laisse les antiquaires décider du fait. Sur la porte de cette auberge classique , dont la situation est la plus belle du inonde, Cicéron figure en enseigne, avec un manteau. Jf pourpre et une paire de pantalons jaune citron , entouré d'inscriptions convenables au sujet.

sa&t sortir de la mer : la petite langue de terre qui unit à la rive le rocher sur lequel la cité est bâtie, est imperceptible , et son apparence d'isolement ajoute à la beauté de sa position. Les maisons blanches de Moladi Gneiu, à un demimille de la villa de Cicéron , bordent la cet* Une flotte de barques de pécheurs es* à l'ancre sur la rive. Lés paysages les plus aimable* se succèdent: c'est le pays de Circé; c'est vérita^ b le ment une terre enchantée : Homère y a olacé r entrevue de l'indifférent Ulysse avec ta fyle du roi des Leslrigons, Sur ces déïieieux rivages > Horace buvait et chantait le falerne si bien célébré. L* satire nlli imjJBfcl" "1 [l{ son aiguillon au milieu des seèue&VK*tes de Gaëte; et Martial , si atare d'éloges, les prodiguait en ces lieux. Les femmes réalisent 1» fable de Circé ; et leur beauté et leur cwtome ont été pendant long-temps cités avec admiration. La nature est toujours la même, mais le monde moral est entièrement changé. La partie la ph*s jeune de la population de Mola di Gaeta était, au moment oix nous y avons passé, étendue sous les rayons d'un soleil d*hiver , ou se vautrant dans les sables. Ifs étaient pâles , malpropres et importuns ; ils se vèrent tous pour se joindre aux clameurs des mendia ns, et ils retournaient ça&uite vers- la

^et ^ïe

& NAPLBS. . )?3

baie , sait qu'il* eussent réussi ou non -dans leurs demandes. Les femmes, malgré leurs traits réguliers, leurs longues tresses mêlées 4e bandea.de soie, et tournées autour de leurs belles têtes , malgré les vases de forme étrusque quelles remplissaient à la fontaine , et qu'elles portaient avec une grâce antique , in-* spiraient plus de pitié que d'admiration, par les haillons malpropres dont elles étaient vêtues et l'immodestie de leur physionomie, Les ru* dimens d'une nature supérieure se retrouvent cependant encore là.

A Garigliano, on traverse l'ancien Liris, mais non sans un délai considérable , qui donne le temps de jeter un coup>-cVœil sur les ruines qui bordent ses rives , et sur les inscrip* tions des portes du passage de cette rivière. On quitte en ce lieu la voie Appienne, l'on prend la voie Domitienne, et Ton aperçoit le mont de Faleçne ( la Mecque des buveurs ), rougi par les rayons du soleil couchant quand on arrive à Santa- Agata. Sainte-Agathe est une auberge solitaire , véritable locanda du moyen âge; peu de ses fenêtres sont pourvues de châssis , et ses corridors ouverts tournent au* tour d'une cour , et contiennent un petit nombre de chambres aussi nues et aussi petites que des cellules d'ermites. C'est cependant une

station où Ton s'arrête fréquemment; pour coucher ; elle est située au milieu d'un paysage enchanté, non loin des ruines de Minturne.

Capoue succède à Sainte- Agathe ; mais Annibal n'aurait rien à y redouter maintenant, que la constante et dégoûtante occupation des habitai! s, dont les efforts pour s'approprier sont extrêmement choquans,et ne sont pas toujours sans danger pour les spectateurs. La moderne Capoue n'est pas très-éloignée des ruines de l'ancienne (i). Dans la cathédrale, qui est la seule église digne d'être visitée, nous trouvâmes les chanoines non point chantant, mais hurlant l'office. La raine d'un jeune prêtre assis dans son confessionnal nous parut trèsdivertissante ; une moitié de son visage, qui exprimait une curiosité frivole , était exposée à nos regards ; l'autre était caché^f par la grille du confessionnal, en dehors duquel une vieille femme de la campagne était agenouillée, les yeux fixés sur ceux de son confesseur , et la bouche collée à son oreille. Quelles combinaisons d'idées doivent remplir l'esprit de ces hommes qui passent la plus grande partie de leur vie à écouter le commérage trivial de ces

(i) A environ un mille, quelques restes d'un amphithéâtre et d'urt arc de triomphe sont visibles.

A NÀPÏ/ES. 12 5

bonnes femmes, qui se présentent fréquemment à leur tribunal , faute d'avoir rien de mieux à faire ! Que de détails sans fin ils doiveut avoir recueilli» sur des" œufs dérobés , des poules détournées, et l'envie excitée par la prospérité non méritée de quelque voisine I

La petite ville normande d'Àversa, bâtie dans le douzième siècle , par ces aventuriers qui subjugèrent Naples et Capoue, est à l'entrée de la noble avenue qui conduit à la ville du Vésuve. Les vagues de la noire fumée qui marque le site de ce trait principal de la scène, sont vues de très-loin , ternissant l'azur brillant du ciel. En approchant de Naples, tout devient lumière, vie, éclat, abondance. En descendant la hauteur qui domine cette ville, elle parut à nos regards dans toute la splendeur du soleil couchant, copime une cité orientale, le rêve d'un poète arabe* Les tours et les tourelles qui ressemblent à des minarets, les coupoles couvertes de tuiles de plusieurs couleurs, les églises qu'on pourrait prendre pour des mosquées, et les clochers brillans, sur lesquels le croissant pourrait être placé aussi bien que la croix; une immense population, sortant des portes, offrant des visages tels qu'on en peut rencontrer dans l'Arabie Heureuse, et portant des

126 ROUTE DK ROME

habits qui ont l'air du pillage de la garderobe d'un sultan, tout coitàpirfait à compléter l'illusioh.

Quand ou a passé la douane et le Bourg po« ptiteux de Santo-Antonia, an entre dans la rue de Tolède eu haut du cours; mais ce n'est plus le cours de Rome, la procession filiiéraire de voitures de cette ville engourdie. Là, les voitures volent à travers des phalanges de piétons dont les groupes serrés et impénétrables bravent le danger. Les fenêtres et les balcons ombragés , des maisons hautes et bien bâties > étaient pleins de gens qtii riaient et causaient , et faisaient l'effet d'une suite de pavillons préparée pour une fête. Sous les tentes, de nombreux cafés, une multitude d'hommes vêtus à l'anglaise, mais avec des visages vraiment méridionaux, causaient vivement en faisant beaucoup de gestes, lisaient les gazettes, ou parlaient bas en prenant leurs glaces. Le cours était abandonné aux dames; et dans ce moment la fermentation politique et l'énergie étaient à l'ordre du jour. >

Le guide qui nous était envoyé par des amis ' anglais pour nous conduire à un logement arrêté d'avance (précaution faute de laquelle quelques voyageurs* distingués se sont trouvés

. Ai NAPI1KS. 127

presquerédui ta à coucher dans la rue ), dirigea notre postilfon vers le largo di Gastello (1) , et une nouvelle aoène s'offrit à nos yeux. Cette grande place, théâtre des divertissement pop a* laires qui a été aussi celui de plusieurs atro* cités populaires , donne sur la baie; elle a la vue du Vésuve, çt se termine par Je môle avec sou phare pittoresque» Sur l'un des coté s'élè* yent les massives murailles flanquées de tours du Cas telle uuovo. Le dotojon est du treizième siècle* et les tours et bastions ont été ajoutés par Frédéric d'Aragon et Gon&atve de Cordoue, dans le seizième siècle. Les fortifications descendent jusque sur les rives qu'elles étaient destinées à garder, et Tare triomphal de Frédéric* er mine le tout. De l'autre côté sont defc petits théâtres 7 des petites églises et de* cabâ> rets, avec une châsse d'ut* côté et une échoppe de marionnettes de l'autre. Ici, un moine prêchait, le crucifix à la main; là, un paillasse

I I I I I !■ I ■ t * I ■ ■ ■ I <l H«— «— ^-m+*jUt

( 1 ) Lés places qui sent nommées Piatzê à Rome , Rappellent à Naptet Larghi t ces termes tie doiteltt ni l'un ni l'autre suggérer l'idée d'une pktee régulière, puisqu'on les applique à tous les espacés #ttvert*, quels que soient leurs dimensions et leurs circtonetancea* Le Largo di Castello est un espacé vaste ef irrégulier t cen*lM«*»t les images d'une ville maritime avec d'autres qui rappellent les boulevards de Paris.

mangeait de la filasse enflammée. De toutes parts on voyait les boutiques fantastiques de la fruitière et de l'aquajolo, remplies de fleurs et de feuillage , soutenues par des cupidons et des anges , surmontées par une madone dans le ciel , ou par des pécheurs en purgatoire, et entourées de drapeaux de papier doré ou d'étoffe rouge. Des mendians demi-nus s'arrêtent là pour ber fresco (boire frais), ou manger une glace qui leur çst confiée avec une cuiller d'argent , par le marchand dont ils sont les habitués. Près de là se tient le libraire , amplement fourni de la Santa-Bibbia (i), et de la nuova Istoria délia vita et morte di unofamoso banditto. Les groupes les plus grotesques et les plus caractéristiques entourent les théâtres des bateleurs; le pavé est couvert d'écorces d'oranges, et l'air retentit de ce bruit aigre et confus qui appartient exclusivement à Naples, mi les esprits du peuple sont tous en dehors, où les voix humaines sont excitées et non surmontées par l'éclat des trompettes, le son des cors, et le tintement des guitares qui appel»

(i) Quoique d'après le titre ou puisse prendre ce livre pour la Bible , ce n'est qu'une paraphrase abrégée , et quelques passages choisis, qui ne forment pas la quatrième partie de l'original. C'e^t là cependant tout ce qui en est confié aux gens du peuple.

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lent les dévots au plaisir dans ces différons temples.

En tournant le coin du Largo di Castello et en arrivant à notre habitation (ancien et formidable palais près du Môle), nous laissâmes notre domestique et notre conducteur entre les mains des farouches lazzaroni, qui, s'emparant de notre voiture, ne voulurent pas souffrir que la moindre partie de nos effets fût touchée par d'autres que par eux, et se hâtèrent de les porter sur le balcon ouvert de notre grand et triste appartement. On découvrait de là, la baie , le port, les vaisseaux à l'ancre ,.la colline circulaire de Portici, avec ses villas et ses palais , et le mont Vésuve couronné de la lumière pourprée du soleil du soir. Mais ces riches teintes se fondirent graduellement en nuances aériennes; un léger crépuscule suivit; ce qui paraissait fumée l'instant d'avant audessus du Vésuve, devint une flamme brillante; des feux d'un rouge obscur perçaient dç temps à autre l'atmosphère noire, et un ruisseau de lave ardente coulait comme un torreni sur la pente de la montagne, et paraissait de loin venir éteindre ses vagues vivantes dans la mer. Une pâle luçur brilla sur le phare ; de distance en distance la tente transparente d'un vaisseau paraissait éclairée en dedans, et les iv. 9

l3û BOUTE DE KOME A NAPLES.

lumières de la ville, ou les lanternes des barques, glissant le long de la côte, dansaient sur les eaux. La lune se leva comme un soleil septentrional ! les noires ombres et la lumière rouge s'adoucirent et prirent un ton grisâtre squs l'influence de son disque argenté ; de hauts mâts, des tours, des forts se peignirent de ses rayons ; et quand elle parvint toute resplendissante à son midi, rien ne contrastait avec ses rayons purs et brilkms, hors les feux de ce Vésuve, comme elle , un splendide mystère de la création ! une partie de quelque loi éternelle, de quelque nécessité incompréhensible, que l'homme, cet atome, croit dans ses rêveries avoir été faite pour lui !

NAPLES. J 3 l

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