‹ L'Italie (volume 4)Chapitre 7 sur 25 · ROWE · texte numérisé non relu

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pour la course des chevaux. Tous bruits cesseut Les voitures s'écoulent par les avenues les plus voisin^ $. leurs propriétaires vont se pjaoer sur leurs balcons, leurs fenêtres, leurs chaises ou leurs échafauds ; et les piétons, qui n'ont aucune rfe ces ressources > chassés par les$oldat$, du' milieu de la rue, sont foulés à étouffer Auff.le* eptés. -Mais , ni la peur, ni la discipline la, plus sévère, ne peuvent retenir leur ardsUr pour voir le départ des chevaux; et l'on risquç pou^tamment , et Ton perd souvent la vife par cette puérile passion, pour Un puéril amusement.

. Une barrière- élevée momentanément près de La porte du Peuple est le point de départ 4e la course /qui se termine à une autre barrière sur la place de Venise. Les cbevau* sont petits et de peu de valeur; il» n'ouït poist de cavalier^; et ils sont placé** chacun dans une stalle derrière une corde (Ju'mi baisse quand le signal est donné, et il e&t rarement nécessaire d'employer la forcé pour faire partir ctfsanimuuXvUncerUifc nombre d'aiguiliattes d'étain ^t de papier tombent autour de leurs flancs, et des pointes sèht placées de manière à les piquer comme des éperons ,t à "mesure qu'ils courent; le •bjujlt '<ÏÇ.,W ^éçopations e)t la douleur quelles c^sppt,^^ JWJHke le

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galop au cheval, que les cris de la populace continuent à exciter. Au son de la trompette ( sigrtal du départ ) , même à l'approche de l'officier qui donne l'ordre, l'animal montre son impatience d'entrer dans la carrière, et il continue sa course, ou plutôt sa fuite, parmi les exclamations , les cris et les applaudissement des spectateurs de tous les rangs.

Cette scène est le dernier acte des plaisirs du jour, et chacun est obligé alors de quitter son habit de masque ; car le bal masqué au théâtre tPAlibert h'a lieti cju'Utie fois ou deux pendant le cafnaVàl, qui se terrtiiaë lé mardi gras , par la plus singulière illumination, immédiatement après la course de chevaux. Nonseulement toutes les maisons sont illuminées , mais chaque personne à pied ou en voiture, porté xi» flaittbeaU alluifté, et se tient assise btt flebbdt dans le froid dû l'humidité , avec les doigts dégoût taris de cire du de chandelle, suivant ses moyens. Au bout d'une heure de marche progressive le long du Cours , les lumières s'éteignent successivement parmi des éclats dé rire et des lamentations; enfin le bruit dti pas dés chevaux s'éloigne; bientôt il cesse de se faire entendre ; la foûlë se disperse, et la solitude et l'obscurité la plus complète succèdent au vacarme et à la clarté. Tous les pas

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sont dirigés rers le logis, ou le traiteur chez lequel un souper termine cette période de péchés et de jouissances. Les rhumes et les affections bilieuses suivent comme préparations aux pénitences qu'on a méritées, et à ce temps de privation dans lequel le pécheur expie par le jeûne et les flagellations (i) les plaisirs pris et les fautes commises pendant l'intervalle de gaîté insouciante du carnaval, (a)

(ij Voyez Hobhouse's Illustrations , p, 220. A l'occasion d'une de ces pénitences, les chandelles étant éteintes suivant l'usage , un mauvais plaisant profita de l'obscurité pour prendre le nom d'une autre personne ; et comme par esprit de contrition , il s'accusa des actions les plus viles et les plus ridicules , exécutant en même temps une rude flagellation sur un pilier près duquel il se tenait. Le propriétaire du nom qu'il avait pris était présent, et demeura confondu d'une telle malice et d'une telle impiété , au point que la colère l'empêcha quelques instans de parler; enfin, quand il eut recouvré la voix, il s'écria : Carifratelli, cari signori, cristiani miei, non e vero, c'è un birbante (messieurs , mes chers frères , cela n'est pas vrai , c'est un coquin ). Ces mots causèrent une .frayeur et un trouble inconcevables dans l'assemblée; la flagellation cessa ; on courut chercher de la lumière; niais avant qu'elle arrivât, le faux frère s'était déjà évadé. Cette aventure a l'air d'un conte fait à plaisir; cependant elle s'est passée récemment, comme plusieurs habitans de Rome nous l'ont assuré.

(2) Un spectacle de carnaval très-curicùx a été in-

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Le carnaval est un reste d'une de ces vieilles institutions qui ne peuvent exister que dans les temps de barbarie et de profonde igno-

venté et exécuté par Pietro Cosimo, peintre florentin qui florissait peu de temps après Léonari de Vinci. C'étaient des processions de trois ou quatre cents personnes habillées de manière à représenter différens sujets. Une fois il prépara en grand secret le triomphe de la Mort, qui fut exécuté aux flambeaux. Un char noir était tiré par des buffles noirs, et peints avec des têtes de morts et des os croisés; la Mort y était assise sur un trône entouré de sépulcres ouverts, d'où les. morts sortaient h chaque station en chantant des airs plaintifs et douloureux. « Con trombe sorde e con suon roco i morti usci- « vano mezzo di quei sepolcri, e sedendovi sopra canta- « vano in musica piena di malinçonia , quella oggi nobi- « lissima canzone , dolce pianto e penitenza* » Plusieurs hommes à cheval peints en squelettes représentaient l'escorte , avec des staffieri vêtus comme les suivans des funérailles , portant des flambeaux noirs ; l'étendard noir de la Mort, avec des têtes et des os croisés, était porté par des hommes en deuil , qui chantaient de toutes leurs forces le Miserere. Le peuple épouvanté recula d'horreur ; mais frappé, de la nouveauté du spectacle , on revint bientôt; et Pietro, comme le dit Vasari, fut grandement loué. André del Sarto, son élève, avait aidé à l'exécution de ce triomphe , qui faisait , dit-on , allusion au retour des Médicis à Florence. Le mauvais goût de ce temps induisait toujours à mêler le sacré et le profane ; et ils chantaient des psaumes au milieu des fêtes du carnaval»

rance. A mesure que les connaissances deviennent plus étendues , ces excitations périodiques au plaisir et au relâchement perdent de leur influence, et leurs derniers efforts ne se montrent encore en Italie que sous la protection de l'Eglise et du Gouvernement. Sous le régime français le carnaval était presque tombé en désuétude; et quoiqu'il se trouve tqujours dans chaque société assez de personnes dissipées et frivoles pour répondre à Fappel du plaisir, cependant la différence marquée qui existe entre le carnaval que nous avon$ vu à Rome en 1820, et les récits qui ont été faits sur les mêmes réjouissances jusqu'à la fia du d£* - hu'^ièrpe siècle , prouve combien le peuple romain a devancé soa gouvernement , et le peu d'intérêt comparatif qu'excitent maintenant ces institutions. Jusqu'à une époque très-rapprochée de la révolution française, le carnaval de Rome était caractérisé par nne grande magnificence; des m octanes compliquées étaient mises en action , et Ton jouait des drames dans les rues. Tous les dieux et toutes les déesses du paganisme étaient représentés par les personnes les plus distinguées. La mode permettait aux gens les plus considérables de se joindre à la fête, • et des princes et des princesses jouaient les

• rôles qui sont maintenant remplis par les bouchers et leurs fera mes, et d'autres individus au-dessous de ta seconde classe. Il serait à présent du suprême mauvais ton de prendre un déguisement à caractère* Les nobles se promènent tous les jours au Cours une heure ou deux dans leurs voitures bien fermées ; les mezzé dame avec leurs raatfis ou leurs cavaliers prennent quelquefois un domino, ef se mêlent dans la fouie pour intriguer un ami ou un parent; mats le principal soutien du carnaval est la rnul titude» d'étrangers qui viennent à Rome pouwr jouir d'un spectacle auquel ils contribuent pour une très-» grande part La nouveauté de la scène a un attrait pour eur qu'elle n'a point pour les Italiens; et le carnaval, ainsi que tes autres têtes de l'Église, leur doit sa plus grande splendeur.

Cependant, après les deux premiers jours, l'ardeur des étrangers se ralentit ; et quand les, premières sensations deviennent moins vives, le caractère de barbarie de l'institution paraît dans ses symptômes de puérilité , de joie forcée et d'insipidité réeUe^L'horame n'est pas fai t pour avoir des temps die gaké établis:; il ne peut pas quitter ou reprendre les soucis par un acte du parlement, À en juger d'après des sensations individuelles ,

4o ROME.

rien n'est plus fatigant, plus solennellement ennuyeux que les derniers jours du carnaval $ quand l'épuisement des esprits animaux re* froidit le peu de saillies enjouées que l'occasion avait excitées, quand tout 1 amusement se réduit à jeter de la chaux le matin, et à entendre le soir des plaintes sur les yeux enflammés, les habits gâtés, la lassitude, le désappointement , et des . félicitations sur l'approche de la fin de la semaine et des plaisirs*

Le beau, le très -beau côté du carnaval, c'est la douceur, l'urbanité, la bonne humeur dii peuple : ni la sécurité du déguisement, ni les facilité» que donne le masque, ne peuvent engager ces bienveillans Italiens à blesser même un ennemi dans ses sentimens, ou à railler un ami sur ses faiblesses. L'absence de toute animosité personnelle, de toute inconvenance, dans cçs occasions qui semblent faites pour les favoriser, prouve la supériorité d'une race que plusieurs siècles de mauvais gouvernemens n'ont pu dégrader complètement.

La semaine sainte. Quand l'Église d'Angleterre a été obligée, par les lumières de la na-> tion et la force de l'opinion publique, à l'abandon de plusieurs formes de l'Église romaine , elle parait avoir quitté chaque rite avec regreL En parcourant attentivement le livre des

prières ordinaires , on voit combien peu a été» changé : là , le saint a son jour, et le martyr sa fête; la confession est enjointe, l'absolution donnée , les anatbèmes fulminés ; et si des pénitences ne sont point commandées , si Ton n'inflige aucune punition temporelle, si les indulgences ne sont pas vendues, c'est le peuple que l'on doit remercier de cette modération.

Les sentimens du clergé paraissent à la surface. Dans le chapitre de commination, ili disent à leur troupeau que dans la primitive Eglise, il existait Une discipline divine au com~ rnencement du carême , et que les personnes qui étaient convaincues de péchés notoires étaient soumises à une pénitence publique , et punies dans ce monde , afin qu&lekr âme pût être sauvée au jour du Seigneur, etc. Au lieu de cela, jusques au temps où ladite discipline sera restaurée , ce qui est très-désirable , il sera bon de lire à cette époque en présence de tous, les sentences générales de la malédiction de Dieu, etc. Les ministres de l'Église réformée, après avoir ainsi exprimé franchement leurs regrets d'avoir perdu le pouvoir de convaincre , d'exposer , de punir dans ce monde, sous cette discipline divine qui conservait le despotisme de la hiérarchie juive, et après avoir

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émis leurs vœux pour sou rétablissement» donnent les sentences générales des malédictions de Dieu, et à chaque malédiction , ils ordonnent à leur troupeau de répondre amen, (i )

Ainsi commence le carême de l'Église anglicane. Le carême de Rome et de toute l'Italie commence et continue non dans la colère, mais dans la tristesse. Les théâtres, sont fermés, tout amusement cesse, un jeûne public est ordonné , mais personne n y e$t astreint d\me manière très-r igcroreuse , et les seuls qui l'observent exactement sont ceux que la nécessité obHge à ae priver de viande presque toute l'année, le» gens du peuple; et tant qu'Us ont leur patente et leur macaroni, lewr vin léger et leurs fruit» abondans, ils ne connaissent aucune privation. Parmi ks çl^s^es élevées et

(i) Ce rite , comme plusieurs autres conservés dans les deux Églises, est purement juif. En dépit des avertissemens du fondateur du christianisme et de ses apôtres , ceux qui ont établi les formes se sont attaché? fortement au code de cette race , dont le législateur arrosa de sang , et le peuple , et ïè livre de la- loi x en déclarant que rien ne serait remis sans répandre le sang. « Saint Paul , s'aperçevant de cette tendance au judaïsme à laquelle les premiers chrétiens revenaient toujours, recommande à Tite de les improuver vivement , afin qu'ils demeurassent sains dans la foi , sans donner crédit aux fables des Juifs. «»

CÉRÉMONIES BF LÉGLISli. 4^

éclairées en Italie le jeûne est observé seulement comme une forme imposée par la Sainte- Alliance, par les papes de Rome , d'Angleterre et d'Au triche. Ceux qui mangent gras le vendredi sont regardés maintenant comme jacobins et en Italie et en France. Et ceux qui font maigre ce jour -là en Irlande sont regardés comme des sujets non-affectîonnés. Un roast keef servi sur la table d'un Irlandais le mercredi des Cendi^s qualifie son propriétaire pour une place dans le gouvernement ; tandis qu'à Paris ce serait un turbot qui prouverait à pareil jour un attachement à l'Église et à l'Etat qu'aucun principe révolutionnaire n'aurait contaminé. A Rome, la censure de la table est moins sévère, et celui qui s y conforme avec le plus d'exactitude est celui dont le cuisinier peut apprêter le mieux l'omelette à la chartreuse, ou dresser une soupe maigre qui rivalise celles de Robert dont le nom appartient à l'histoire, ou de Véry dont la vie a été consacrée aux arts utiles (i). Depuis trente ans, les catholiques du continent se sont beaucouprelâchés dans l'observance de ces jeûnes, et ceux qui les pratiquent le font en général

(0 Voyez son monument au cimetière du père La Chaise.

par le désir aimable de ne point choquer les principes et les préjugés de parens âgés.

La fin du carême est cependant impatiemment attendue à Rome où le peuple est dévoué aux amusemens , et où la semaine de la Passion remplit leur bourse en satisfaisant leur goût pour les plaisirs. Il n'y a rien de moins saint que là manière dont la semaine sainte est célébrée dans la plus sainte ville de la chrétienté. Les cérémonies de ce temps ont toujours attiré beaucoup d'étrangers et prodigieusement augmenté la puissance et les richesses de l'Eglise dans les anciens temps, par les pèlerins de tous rangs qu'elles amenaient à Rome, et récemment par le grand nombr.e d'hérétiques dont elles piquent la curiosité.

La restauration du pontife sur le trône de saint Pierre a ramené toutes les magnificences de la semaine sainte; et si le zèle du troupeau n'est pas proportionné aux efforts qu'on fait pour donner de l'éclat aux formes extérieures, s'il a refusé d'écouter la voix de l'enchanteur, les hérétiques anglais se sont du moins rendus à l'appel du berger, et ils ne contribuaient pas peu à donner du mouvement et de la splçnneur aux cérémonies de ce temps, en 1820.

Rome , pendant le carême , est littéralement une ville morte, et il est impossible de voir

un contraste plus frappant que Home le vendredi, et Rome le samedi cfui précèdent le dimanche des Rameau*. Naples et Florence cèdent leurs résidens d'hiver pour ses réjouis» sances sacrées. Ceux qui ont émigré les derniers jours du carnaval reviennent' avec les premiers jours de la semaine sainte. La porte du Peuple et la région déserte de Saint-Jeande-Latran sont alors également remplies d'une population animée. Le roulement des chaises de poste , *le claquement des fouets des courriers , la lecture des passeports , les hôtels comblés d'étrangers, donnent un nouvel aspect à des rues peu d'mstans avant solitaires et silencieuses. Les Whigs et les Torys vont ensemble postuler defc places au Vatican; et Ton voit, pour la première fois, les *chefr de l'opposition et les ministériels assis du même côté de la salle.

En même temps , la véritable bande de pèle- ' rins, tous ceux que ïa foi ou l'amour d* gain a ' pu rassembler dans les montagnes des Àbruzzi ou les villages environnans, arrivent d'Un- pas pesant, soutenus par leur bâton dé Ipèheriil , enveloppés dans leur habit de peau? huilée , la coquille sur le chapeau , et une Vierge d'étain pendue à leur cou. Ce sont les visiteurs! . ks moins lu cr frti& que Rome . reçoive :• comme

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elle a perdu depuis long-temps l'habitude de voir de tels hôtes, ils y sont accueillis avec une froideur, dont eux seuls ont l'air de ne pas s apercevoir ; mais c'est l'Église elle-même qui les Invite à la fête, et qui pourvoit à leur logement et à leur subsistance : peu envoient des excuses, et tous servent à l'ornement, sinon à l'utilité; car ces surnuméraires complètent aussi bien une procession et font chorus avec une aussi bonne voix que des hommes meilleurs. A cette époque toute affaire cesse. Le signer V&si peut fermer sa chalcographie ; les ingénieux Mosaici, qui mettent le Çapitole en bouôks d'oreilles, suspendent le Cotisée au cou de. la beauté , et serrent les plus beaux bras avec saint Pierre in vinculis , peuvent laisser leurs jouets coûteux* et fermer leurs fenêtres tentatrices, au grand Soulagement des maris et des pères; le magasin de curiosités n'étalé plus sèà appas aux yeux de l'amateur ; là roue du Scarpellino est silencieuse ; le cicerône d'antiquités s'arrêta dans son giro répété; MM, Fea et Nebbi n'ont plus rien à faire, et le gladiateur mourant peut être un roi de Perse ou un boxeur du coin de la rue f ou tout ce qu'il lui plaira , car lès antiquaires polémiques ont fait trêve à leurs disputés ; et Ton ne fait aucune* recherche» f si ce n'est

C&USBfOHlES DE L EGLISE, 4l

pour s'informer où le pape dgit officier , à quelle heure on chantera le Miserere, et quel jour la bénédiction sera donnée. Les galeries du Vatican et du CapitoJe sont aussi désertes que la campagne, et les antichambres des cardinaux et des ministres sont remplies de demandeurs de billets pour le Quîrinal et Saint-Pierre. C'est ainsi que les candidats aux honneurs de lalnaanaeb attendent en tremblant les hautefc décisions de ses conseijs dans la banlieue de Kihg-street, ce Troppau de la mode anglaise , ce congrès des grands protecteur» du bon ion légitime , du bon ton de droit divin,

Enfin le moment important arrive. Les dames prennent le solennel vêtement noir; mais elles négligent trop souvent le voile d'ordonnance (i); et, accompagnées par leurs amis ou pajrens dont elles, se séparent à la porte: de l'église (a), elles s'avancent vers le

. (i) Une ordonnàttee àé£ettd à toute feitettke de paraître s*ua voiie devant le paj>e. Le? dmes anglaises oublient toujours cela, et les cherici sont trèsraffaires à leur attacher avec des épingles, des mouchoirs de poche qui cachent leur visage , et à les conduire ainsi à leurs places dans la chapelle, comme si elles allaient jouer à colin-maillard.

(2) Cette coutume est encore observée «hrar plusieurs cathédrales d'Angleterre. 1 1 , ., \ ^ .,

Quirinal le dimanche des Rameaux, premier jour de la sainte semaine. Le pape officie et distribue les Tameaux consacrés avec des mains qui ont rarement un autre emploi que celui de bénir. Les cardinaux paraissent en grande toilette, et ils se placent dans leurs stalles avec une pompe plus qu'ordinaire: leurs porte-queues, ces doux et apostoliques enfans de l'Église , s'asseyent à leurs pieds. Quandla funzione commence, leurs emmenées se lèvent, et leurs robes violettes se déployant tout à j coup, ils paraissent dans toute la magnificence de leurs vêtemens dorés ^ comme le héros d'un mélodrame de la Porte Saint-Martin qui; frappe ses ennemis d'étonnement et de confusion, en jetant ses habits de paysan et en décriant : Reconnaissez-moi à ma veste brodée J^x) ; H

• Dans ce costume irrésistible 4 les cardinaux vont recevoir la palme des mains du papeYet ils la remettent à leurs porte-queues. Les autres, di^ni tairas, de l'Église suivent; le&càudatoiii eux-mêmes ont aussi le<nr petite branche'; enfin , rédifide représente lé miracle de la forêt de Birnham marchant siir fiunsiriahe. Après cela vient la procession : on chante une messe ;

(i) PeriGhiahipinchi , d*M le 'Fjrrari peu délicat . ■

Jes cardinaux sont presque suffoqués par l'encens administré pari un ecclésiastique officiant ; et Je baiser de paix est donné à la ronde : un cardinal* le recevant ff abord du pape , le transmet à un autre cardinal , et ainsi de suite d'homme en homme > jusqu'au plus humble individu de la hiérarchie sa£rée< j

Des cérémonies moins importantes occupent le lundi et le mardi; mais c'est le mercredi que, commencent les rites les plu* magnifiques et les plus imposans, qui laissent bien loin en arrière toutes les solennités religieuses de la chrétienté , même l'offrande des sages dans la chapelle royale de Saint-James* -

Malgré les sommes immenses que Saint- Pierre a coûté à l'Europe, peu de cécémonies de l'Église sont accomplies dans sa vaste enceinte : même quelques-uns des spectacles les plus frappaps.de la semaine sainte ont lieu dans les chapelles Sixtine et Pauline. Quoique la multitude de ceux que la grâce ou la curiosité a touchés, mette un frein à son impatience spirituelle ou temporelle, afin de con* server des forces physiques et morale» pou* le jeudi saint, la chapelle Sixtine est encore trop petite pour le nombre des spectateurs qui y affluent le mercredi, pour entendre chanter le Miserere* L'office de, ce jour , que le&Franîv. 4

5o ROME.

çais appellent ténèbres , a toujours été fameux pour la beauté de la musique, -qui a le caractère le plfis solennel et le plus touchant , et que tous les choristes du pape chantent accompagnés par des instrumente. On dit qtie le plus grand effet de 4a musique vocale a été atteint dans la composition et l'exécution de cet office. Dans certaines parties, les sons étaient adoucis et couverts comme celui de la sourdine de l'orgue, et ils arrivaient à l'oreille et s'évanouissaient comme les soupirs des vents sur la harpe éolienne. A mesure que la musique devient plus triste 'et plus solennelle, les lumières disparaissent l'une après l'autre , et le service finit presque dans l'obscurité au moment où le dernier cierge s'éteint. La combinaison de toutes ces circonstances avec le mystère redoutable qu'elles rappellent , est très-propre à captiver l'imagination et à éblouir la raison ; mais il faut que l'exécution de la musique soit bien tombée , ou que les auteurs aient beaucoup exagéré son effet. Une grande partie de ces chants est effectivement sublime par son extrême simplicité, mais plusieurs morceaux sont assez grossiers; et quand les voix appuient sut les longues et demi- longues sans être soutenues par aucun accompagnement instrumental , elles baissent par une nécessité

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physique , et peij de passages finissent bien N exactement dans le ton. Quelques- unes des veix sont aussi d'une qualité désagréable et rauque. H y a peu de bons ténors, et. les jeunes garçons crient les notes hautes de la- manière la plus glapissante. L'effet général e^t aussi trop artificiel, trop théâtral; et 1$ sensation produite par la nouveauté une fois passée, l'esprit rejette la tromperie qu'on veut exejrcer sur lui par cp$ moyens étudiés. Cependant, s'ils ne peuvent plus édifier, ils attirent; et les occasions d entendre la musique de Jomelli, de Pergolèse et des anciens maîtres d'Italie, se présentent si rarement, que la chapelle Sixtine est visitée avec empressement et persévéirance pendant les trois spiréçs où l'on y représente.

Le jeudi saipt toute la population de Rome se porte en processions infinies du coté du Vatican, JLe portique; , lçs colonnades ? les " vestibules de l'église et du palais, OAt Papparence delà cour d'un despote militaire. Toutes * les époques du costume militaire sont brillamment exposées aux regards. Les hallebardiers en cottes de mailles et en pantalons couleur d'ardoise, qui passent auprès des gens crédules pour upe armure d'acier poli ; les Suisses dans leur ancien hçbit de buffle etd'écarlate;

5a romê.

les troupes régulières dans leur uniforme moderne; laLguardia nobile, les voltigeurs du pape, efféminés, couverts de plumes et brillans de dorure ; les généraux anglais , les colonels et officiers inférieurs de toutes les yeomanry, avec les capitaines de vaisseaux et une armée de laïques sans titres et d'ecclésiastiques protestans qui ont pris un habit ressemblant en quelque chose à un habit d'ordonnance, pour leur servir de passeport dans un lieu où l'on ne reçoit avec courtoisie que ceux qui portent la livrée de VÉglise ou de la politique militante ; tous se pressent vers le portail de la chapelle Sixtine, qui ressemble, avec sa double garde, à l'entrée d'un passage militaire aussi dangereux à défendre qu'à attaquer. Les dames (et les dames anglaises plus que toutes les autres ) poussent les gardes avec une imprudente vivacité; et ceux-ci avec leurs baïonnettes au bout des fusils et leurs bras croisés en carré, leur opposent une résistance que des assaillaiis femelles sont seuls capables d'affronter une seconde fois. Mille billets sont montrés pat des mains élevées, secondées par des voix hautes; cependant l'officier de garde, qui ne peut lire et déchirer qu'un billet à la fois, confie aux Suisses la tâche de repousser les impatiens ; et ils secondent leur alhzfèus-èny avec une*force

CÉRÉMONIES HE l'église. 53

physique qui, dans un ou deux exemples, mit le candidat trop pressé hors d'état de recommencer ses efforts. Quelques Anglais favorisés par le ministère et tous les princes et ambassadeurs résidant à Rome,, précédés de ieuçs gardes d'honneur, et suivis d'une troupe de dépendans, écrasent de malheureuses créatures qui , dans leurs longues robes noires et leurs courts rochets blancs, ont l'air du rebut des deux sexes ; et les privilégiés poursuivent leur route sans obstacle et sans peine. Un. côté

L d'un espace séparé du choeur [par une grille,

est destiné pour eux; l'autre est pour les

| femmes qui y sont entassées sans pitié comme

, des moutons dans un parc. Les hommes , s'ils sont en uniforme ou en habit de cour, sont admis dans la tribuile du chœur, et la foule inférieure, abandonnée à elle-même, se pré* cipite dans la nef avec une impétuosité que rien ne peut retenir ; car , bien qu'on n'admette personne sans billet, le nombre de celles qui en obtiennent ( presque toutes étran* gères) est beaucoup trop grand pour la place* Une scène de confusion impossible à décrire s'ensuit; les gardes se mêlent avec la multitude; le pair anglais est renversé par le chanoine romain ; des moines irlandais frappent sur la vieille armure des hallebardiers , avçc

des poings plus formidables que le fer qu'ils attaquent; des prêtres italiens tombent sur des dandies en corsets lacés; et le via, via des gardes romaines r et le /bus ne restez pas ici des Suisses, mêlés avec les cris, les supplications , les injures, les plaintes et le god-dam anglais, se font entendre long-temps après que le service divin est commencé. Le vicaire de Dieu sur la terre paraît en vain; la croix de paix brille en vain sur le grand autel; la tranquillité ne se rétablit que quand on commence à étouffer.

Les cérémonies que tout le monde vient voir , et que personne ne suit , se terminent enfin. La procession du Saint-Sacrement à là chapelle Pauline se met en marche, et c'est alors que la guerre est rallumée ; les uns courent en avant pour arriver à temps dans la chapelle adjacente, les aiitïes restent pour voir la procession (semblable en tout à celle du Quirinal, déjà décrite). Les Suisses balaient tout devant eux pour faire place à la cérémonie , sans consulter la commodité de personne. Une longue file de prêtres portant des torches allumées se met alors en mouvement; elle est suivie des cardinaux, les mains bénignement croisées sur leur poitrine resplendissante d'or; et leurs yeux scrutateurs sem-

CéREBfOaiES be l'ïglise. 55

blent demander à l'auditoire qu'ils contemplent avec étonnement : Est-ce seulement pour nous voir que vous êtes tous ici? Le pape, soutenu par des prélats, son visage doux et bienveillant ombragé d'un dais impérial, sa robe superbe portée avec pompe, avance lentement après eux, chantant de teipps à autre quelques notes faibles et tremblantes, auxquelles tous les autres répondent par un chorus bas et fortement «articulé, jusqu'à ce qu'enfin la procession entière ait passé k travers le vestibule qui sert d'antichambre aux deux chapelles. Les portes de la chapelle Pauline s'ouvrent tout à coup, et ses murailles ternies paraissent illuminées par mille flambeaux qui brillent malgré les rayons du soleil de midi * à travers une atmosphère de fumée. Peu de personnes ont l'avantage d'entrer dans la chapelle et d'y voir déposer le Saint-Sacrement ; et plusieurs de celles qui connaissent le programme du jour, en essayant d'assister à toutes les cérémonies, parviennent à peine à en voir une seule.

Le désir de voir le pape laver les pieds des pèlerins, et les eardinaux leur servir à dîner, et celui de contempler la bénédiction donnée par le pontife sur son balcon, partagent l'attention et les efforts des curieux. Un prélat en

habits pontificaux monté un escalier gardé par des soldats; le flux des assis tans le suit; ils sont repousses par les sentinelles ; et à mesure qu'on les fait reculer, la foule' devient jSlus serrée au bas de l'escalier. Quelques-uns insi» puent qu'une porte opposée conduit au bain de pieds des pèlerin? t ou à l'échafaud érigé pour voir la bénédiction; aussitôt le torrent prend son cours de ce côté, et il Se rencontre avec une autre foulé qui revient désappointée delà même direction où des portes ont été fermées sur eux, et ou ils ont été chassés également par des gardes. Alors les efforts pour descendre ou monter, pour entrer ou sortir , produisent les 'conséquences les plus fâcheuses et' les moins convenables à la solennité' du moment etdulieu. Des souliers sont perdus, des toiles sont arrachés, dés hanches sont démises , des épaules disloquées, des côtes enfoncées; et ceux qui échappent sains et saufs vont se réfugier dans la nef solitaire et silencieuse de S. -Pierre?, et quoiqu'ils ne voient ni les cardinaux servant des macaronis à des mendians affamés, ni le pape leur lavant les pieds , ils peuvent encore s'estimer les plus heureux. C'est là que se rasr semblent graduellement pour attendre avec beaucoup d'ennui l'arrivée des voitures ,' ou avec une grande anxiété celles de leurs amis

CEREMONIES DE l'jSGLISE. 57

plus aventureux, les? ti*ois quarts de cette multitude ventie de si loin pour voir tant de choses, et qui retourne après avoir vu.... presque rien, se consolant par l'idée que si le jeudi saint est perdu, on pourra se dédommager le vendredi saint ou le jour de Pâques. On éprouve d'abord de grandes inquiétudes pou* entrer , ensuite on n'est pas moins embarrassé pour trouver le moyen de sortir ; la journée entière se passe à se garantir des dangers, et le salut du corps occupe tellement l'attention, qu'on n'a pas une minute à donner à celui de Mme, en dépit des messes et des processions.

Le vendredi saint le tumulte est moins grand, parce qu'il y a moins de choses à voir. Ce jour de deuil et de sacrifice , de jeûne et dé mortification, commence au Vatican par un dînef somptueux donné au conclave et au corps diplomatique, (i)

(i) Ce dîner est donné à Saint-Pierre , dans l'idée que les fonctionnaires ecclésiastiques n'ont pas le temps de retourner chez eux. Ce repas devait être, dans l'origine, une légère réfection ; mais c'est réellement un festin splendide , auquel des étrangers de distinction sont invités. Le cardinal-ministre donne des dîners tous les jours de la semaine; et dans une autre partie' du Vatican, Tarchi^prétre ou cardinal-doyen traite les chanoines et

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Ainsi préparés pour la célébration du Miserere qtii suit le dessert ,. comme une sorte de chasse^café, les hôtes vont prendre leurs, places dans la chapelle Sixtine. Les cardinaux marchent processionnellement de la table à l'autel, pour écouter, s'instruire et digérer intérieurement; et, les lèvres encore humides de la* chrima-christi , ils chantent les répons des sept psaumes de la pénitence. Quand le dernier cierge est éteint, et que les derniers versets du Miserere se perdent dans les airs , chaque société cherche son chemin et gagne , comme elle peut > Saint-Pierre.- La brillante illumination des colonnades, des portiques, des escaliers , les gardes , la foule de jolies femmes et d'hommes élégans , donnent à ses splendides avenues, l'air dun théâtre de cour, tt imitent sur une plus grande échelle le palais des Tuileries.

■ • .il. i i i i n ) m i i • i i % I

«aires officiers de l'Église. Ces dîners, quoiqu'ils consistent en poissons (dont les saucés sont parmi les mystères de l'Église), pourraient satisfaire un Lucullus», et seraient envias par un Amphitryon parisien. C'est , dans le véritable sens du mot, une fête pour les cardinaux à qui des revenus bornés ne permettent pas des excès journaliers. Le cardinal J*** À*** disait à un de nos amis , son parent : Je vous invite à un pauvre dîner; mais je ne puis pas traiter aussi magnifiquement que lorsque fêtais moine barnabite.

CÉRÉMONIES DE l'ÉGLISE. 5g

La croix illuminée et l'adoration du pape et des cardinaux sont les motifs d'attraction de cette soirée. Des milliers de personnes de tous rangs et de tous pays pénètrent dans l'église, où des billets ne sont pas nécessaires pour être admis ; cependant ce temple colossal qui semble fait pour être celui de l'univers, parait encore à moitié vide. Les ailes obscures et solitaires fournissent des asiles à la piété modeste ou à l'amour clandestin; et la grandeur de l'en* semble , vu dans une obscurité habilement ménagée, semble s'étendre au-delà de ses limites ordinaires , et se perdre dans une distance in* conamensurable. Les cent lampes d'un airain brillant qui brûlent jour et nuit autour du tombeau de saint Pierre 9 sont éteintes ce jonr> là. Une croix de flamme suspendue de la cou* pole devant le baldaquin du grand autel, n'é#claire que l'espace, au-dessus duquel elle est placée, et laisse tout le reste dans la majesté des ténèbres, interrompues faiblementen quelques endroits par une lampe étincelante (i).

(i) L'effet de cette illumination est loin d'être parfait. La croix descend trop bas , trop près des yeux du spectateur ; elle est trop visiblement formée par de l'huile et du feu matériel ; et la petitesse de ses dimensions devient par là trop évidente. Si on Pavait élevée dans l'immense espace du dôme , et qu'on lui eût donné la proportion

Cette place éclairée est comme un cercle magique* 11 est hermétiquement fermé par trois rangs de soldats, et les rayons qui émanent de la croix ne tombent que sur des lances et des baïonnettes. Cette place , dont aucun pied profane ne doit approcher, est réservée pour que le pape, les cardinaux -et les princes puissent offrir le sacrifice de leur cœur contrit sans être troublé par la pénitence plébéienne. À la fin ces pouvoirs et èes principautés paraissent accompagnés d'une garde qui éclaircit le pas* sage devant eux, en repoussant la multitude qui se presse sous leurs pas. Les troupes qui les attendaient ouvrent leurs rangs, et les renferment aussitôt sur leur précieux .dépôt. Le pape tombe à genoux devant la croix, sur des coussins d'édredon et de velours. Les princes et les princesses avec leurs petites cours de petits courtisans ( et l'on n'en a jamais vu de plus petits ramper sur les pas de la royauté) fie placent à droite du pontife , et les cardinaux à gauche.

Pendant cette singulière prosternation il

nécessaire pour éclairer le temple entier , elle aurait produit un ,ej(fer idéal , et , rappelant la croix de Constantin, elle eût été l'image, du miracle auquel l'Église doit son existence. ''•<*;*

CÉRÉMONIES DS L ÉGLISE. 6f

règne un profond silence. Le pape semblait réellement absorbé dans une sainte méditation ; et comme la lumière tombait sur sa tête vénérable , sur son visage flétri par l'âge, et se réfléchissait sur ses robes flottantes , son aspect avait quelque cfyosc de mystique et d'idéal; et pour une foi que l'imagination aurait rendue plus ardente ou que le fanatisme : aurait égarée, sa translation hors de ce monde . aurait paru possible en cet instant.

Les adorateurs de sa droite paraissent au contraire de véritables mixtions de notre terre mortelle, at des princes à figures lisibles , de puissantes princesses , accroupis sur leurs tapis comme des pagodes indiennes , se frappent la poitrine, font des signes de croix et poussent en vain des gém issemens sans que leur dévots exercices excitent aucune édification, même parmi les soldats à cotte de mailks qui les gardent 11 en est de même des cardinaux; ce sont les gais, les galans Lotharios au pied de la croix comme dans les salons : ils font circuler la tabatière, déploient le mouchoir , chuehottent leurs remarques , clignent leurs yeux endormis devant les lampes, et bâillent ou se bénissent eux-mêmes , n'ayant rien à faire de mieux.

Cependant la multitude moins distinguée

6* RpME. « \

était diversement occupée suivant l'opération de la grâce , l'influence de l'exemple ou Fûpportunité. Ici le grand-pénitencier , assis sur son trône de droit divin, étend sa baguette, et accorde d'un coté dès indulgences par son attouchement , tandis qu'il reçoit de l'autre la confession du pêcheur et impose des pénitences pour le péché. Là, montés sur de haute balcons, les chanoines de Saint-Pierre, vêtus comme des vestales, exposent les reliques dans leurs châsses brillantes, à la foule Rangée audessous, <jui les vénère d'autant plu> qu'elle n aperçoit presque que de l'or.et du cristal. Lies processions des confréries sont vues dans Certains instans où la lumière donne accidentellement sur elles, marchant lentement autour des ailes latérales , et se perdent dans des masses d'ombres : les membres de ces confréries «ont couverts de la tête aux pieds d un vêtement qui ressemble à un linceul, et qui ne laisse paraître que leurs yeux : ils portent des torches dans leurs maina croisées , et se rangent en cercle dans une triste et silencieuse solennité autour du sépulcre de saint Pierre * où ils restent long-temps dans leur attirail lugubre , et produisent l'effet le plus dramatique.

Le centre est occupé par le beau mande de

CÉRÉMONIES DE L^GLISfc. 63

Paris, de Vienne et de Saint-Pétersbourg, riant, causaiit , coquetant dans toutes les variétés philologiques qui pourraient avoir été entendues dans une conversazione de la tour de BabeL Là, sont reçus des vœux qui ne sont point adressés au ciel, et des serraens sont prononcés devant la statue de saint Pierre, auquel Jupiter peut sourire , si l'apôtre n'ose le faire.

La beaijté romaine qui dédaigne les cérémonies brillantes de midi, s'avance vers la châsse où elle espère rencontrer quelque dévot de sa connaissance ; et dans toute la sincérité de son coeur , agenouillée en vue de cette croix sur laquelle seule ses yeux sont dirigés , elle, oublie le monde qui V oublie. J>es familles d*e classes moyennes sont assises sur les marches des autels ou des tombeaux , en contemplation du spectacle varié ; et des bandes de villageois envoyant des bouffées d'ail avec leur Ave Maria , vont et viennent de tous côtés, pieusement amusés de tout ce qu'ils contemplent , et ajoutant beaucoup à la singularité de la scène dont ils forment les groupes les plus grotesques.

Quand la nuit devient obscure et que la foule commence à s'écouler, la multitude qui revient lentement de Saint-Pierre, et surtout

les bandes de pèlerins et les confréries , fournissent le coup d'oeil le plus pittoresque , bien digne de terminer les spectacles du vendredi saint. Les pèlerins sont des misérables tout déguenillés , conduits par quelque grande dame romaine, qui, portant la croix d'une main et son ridicule à la française de l'autre 9 corn* m en ce le chant delà pénitence, auquel la troupe répond en braillant Quand ces noires processions passent le long du Tibre, et que la lueur rougeâtre de leurs torches donne sur les murailles du château Saint-Ange,. elles font entendre une psalmodie .qui paraît quelquefois mélodieuse quand les sons se trouvent adoucis par la distance., et qu'ils les laissent mourir avec une extrême habileté le long de ces eaux sur lesquelles les prêtres païens ont chanté leur io Pœan ou les obsèques d'Adonis*

Le samedi, qui n'offre aucune cérémonie imposante , se passe dans le silence et la tristesse. C'est une image de la descente de Jésus aux enfers. Mais le soir qui précède Pâques annonce par diverses marques de joie, le jour de triomphe qui doit le suivre, et la fin de la longue pénitence qu'il termine. Les boutiques de Rome sont éclairées avec profusion , et les pizzicaroli , ces fidèles alliés de l'Église , offrent des aliment à la méditation dçs dévots

CÉRÉMONIES DE LÉGLISE. 65

affamés, qui sont prêts à se dédommager de leurs privations par la réplétiou. Dans une de ces boutiques nous avons vu saint Paul entouré d'une gloire de saucisses ; dans une autre, l'oiseau de mauvais augure de saint Pierre est suspendu avec l'apôtre qu'il a vainement averti; des madones curieusement moulées en bei^rre, et des EnfwusJésus en lard sont préparés pour réchauffer la dévotion de J'homme intérieur; et tous les comestibles de consistance plastique ou de forme malléable sont employés en décorations architecturales ou en symboles de piété.

Le jour de Pâques l'office est célébré dans Saint-Pierre, et c'est alors que l'Église montre toute sa splendeur, et déploie sa puissance dans un site digne d'elle. La spacieuse place de Saint-Pierre, ses portiques, ses colonnades, ses belles fontaines et son étonnante façade , le tout brillant sous les rayons du soleil de midi , devient le théâtre de l'action. Des tentes et des draperies fantastiques s'élèvent au-dessus des murs de marbre, pour la commodité des spectateurs qui viennent en foule de très-bonne heure se placer sur leurs sièges élevés ; l'espace au-dessous est rempli par de l'infanterie. Les chevau-légers , avec leur brillant habit, forment une ligne en dedans ; les iv. 5

drapeaux romains, autrefois les bannières de la conquête universelle, ne servent maintenant qu'à décorer des pempes, et flottent à coté des couleurs éclatantes du régiment suisse. Le centre et les marches de l'église sont remplis par une multitude de personnes de la dernière classe du peuple. Les loggie, sur le portique, sont occupées par les cardinaux; et dans le milieu , soulevé au-dessus de tous sur les épaules des hommes, comme ime déité à peine visible , réduite à un point par l'extrême élévation , paraît le pontife. On dit qu'il prie, mais ses prières ne sont pas entendues, et quand il se lève pour donner la bénédiction, cet acte impossible à discerner est annoncé d'tine manière imposante par la grande cloche de Saint- Pierre et le canon du château Saint-Ange. Les militaires posent leurs armes et se mettent à genoux; les cardinaux lancent les indulgences de l'Église sur le peuple qui s'arrête à peine pour les recevoir, quoique chacune apporte la rém ission de plusieurs années de péchés ( i ).

* (i) Ce fait très-curieux a été généralement remarqué. Le peuple faisait autrefois les plus grands efforts pour obtenir ces indulgences ; on se battait , on se les arrachait. Maintenant on les prend en riant, on les laisse tomber à terre. A la bénédiction , qui était anciennement reçue dans une prosternation universelle , quel-

CÉRÉMONIES M L EGUSE. 67

£,es tambours battent, les trompettes sonnent, la musique militaire joue, les troupes défilent, et la cérémonie fiait aœep le jour par l'illumination du Vatican.

De tous les spectacles offerts par la ville de Rome à l'admiration des nations , c'est le plus beau , le plus splendide et le plus étonnant. L'effet de plusieurs milliers de fusées , lancées dans les airs au même moment, peut aisément se concevoir par ceux qui auraient vu lancer tine seule fusée ; et Ton a pu voir en d'autres occasions des profusions de temples, de chandelles romaines, de roues de Sainte- Catherine également briljantes, coûteuses et extravagantes; mais l'effet de cette masse énorme illuminée

ques femmes et quelques vieillards furent les seuls qui s'agenouillèrent. La cérémonie est si peu suivie par les nobles italiens , que cette circonstance a éveillé la muse «atirique de Pasquin : il répond à Marforio , qui lui demande ou il va dans son habit de cour : Au Vatican.

— Mais (dit Marforio) vous rijr serez pas admis. — ■ Pardonne z,-rnoi (réplique Pasquin ) , je, suis devenu depuis peu hérétique. Cela veut dire que toutes les civilités sont réservées pour les étrangers , et que les cérémonies sont plutôt destinées à amuser les hérétiques qu'à édifier les orthodoxes. Pie va a dit , comme le pape Ganganelli , à propos du rétablissement d'une cérémonie : C'est fort bien y mais réservez cela pourAes* Anglais.

par des myriades de lampes , les détails de son architecture suivis par les guirlandes de lampions à la première époque de son illumination, sa transformation subite, quand la seconde partie des lampions est allumée , appartiennent plutôt à la magnificence imaginaire des contes arabes qu'aux froides réalités de la vie : L'ensemble , vit de la distance de deux milles , comme nous le vîmes du mont Pincio , a quelque chosç de si magique , de si aérien , de si délicat, qu'il offre peut-être le plus bel effet d'optique qui ait jamais été inventé.

Le lundi de Pâques une fuite générale suc» cède à toutes ces fêtes : Donnez-moi un cheval , mon royaume pour un cheval, est le cri qui se fait entendre. La poste et les établissemens de vetturini sont ce jour-là ce que le Vatican et Saint-Pierre étaient la veille. Les uns volent chercher le plaisir sur le cratère du Vésuve ; les autres dans les abîmes d'Herculanum ; des rendez-vous sont donnés aus ruines de Palmire, et des parties sont arrangées pour les cèdres du mont Liban. Quelques-uns sont ramenés par leur cœur à Florence et à Gênes; et d'autres ( à travers toute Faffectation de X amateur d'antiquité, majgré leur admiration prétendue pour un climat qui est bien loin de tenir tout ce qu'il promet ) tournent les yeux

CÉRÉMONIES DE LEGLISE. 6g

vers leur commode babitattoà anglaise , et, charmés d'avoir vu l'Italie, sont encore plu» charmés de la quitter. On laisse les matrones romaines préparer leurs pizza di pasqua (i), sans être dérangées par leurs hôtes turbulens; et l'existence des Romains reprend cette monotonie, cette indolence, ce câline que rien ne peut troubler que la mal-aria* jusqu'au moment où te passage des hirondelles ramènera une nouvelle voléd de vi&iteur$ étrangers à la porta del Popolo.

Notice sur la statistique romaine.

Il est extrêmement difficile pour un voyageur qui ne fait que passer , d'obtenir des renseignemens positifs sur l'économie intérieure des états du midi de l'Italie. Les documens publies sont en très -petit nombre, et manquent absolument sûr plusieurs points. Il faut gagner la confiance de quelque personne éclairée et spirituelle, qui vous aide à vaincre la réserve habituelle, l'insouciance et la timidité des Romains, avant que les questions les plus communes puissent être écoutées avec intérêt, ou qu'on y réponde avec candeur. Les arrangement financiers de Rome ,

(i) n Gâteaux dé Pâques*» ?

comme toutes les autres branches de son gouvernement, sont très-arbitrairement établis: Le principal impôt direct est celui qui porte sur les terres, et son taux varie en différens lieux , autant par le manque d'un cadastre que par le manque de lois sur ce sujet. ( Il n'y a point de code de finance ). La formation d'un cadastre est une des opérations dont s'occupe maintenant le cardinal Gonjsalvi. Les impôts indirects sont les mêmes qui existent dans les autres états italiens; car les taxes sont des branches de la civilisation qui prennent tout le développement dpnt elles sont susceptibles ■par l'exemple : une innovation, tentée dans ce sens , est rarement perdue pour les souverains voisins.

Tous les impôts directs ou indirects sont mis entre les mains tles fermiers -généraux, qui les afferment à leur tour à des spéculateurs subalternes; et les uns et les autres ramassent des sommes immenses aux dépens 'du trésor et du peuple.

Parmi diverses institutions léguées par les Français, le gouvernement papal a conservé les droits sur l'enregistrement, ceux sur le timbre, le système des hypothèques et celui des poids et mesures. J'ai déjà eu l'occasion de parler des avantages de la loi des hypothèques ;

sa continuation a donné beaucoup de confiance, dans l'administration du cardinal-ministre qui l'a sauvée oe la liste des proscrits révolutionnaires. Le système décimal des poids? et mesures est aussi très-favorable sous les rapports de l'uniformité et de la subdivision. *

On a levé une taxe personnelle depuis ïa restauration sous le nom de focativo ( impôt sur les cheminées ) ; mais il n'y en a aucune sur les portes et fenêtres. L'air ( tel qu'il est ) n'est point taxé même à Rome : cette sourcexle revenus, si bienveillante, si philosophique, la mère du typhus et de la saleté, était sans doute un bienfait réservé aux gouvernemens représentatifs. Dans le motu proprïo, publié depuis le retour du pape , on annonce une diminution des impôts directs ; le montant total des taxes est cependant considéré comme excédant celui qui était levé sous le régime français, au moins d'un cinquième, et d'un quart dans quelques provinces. Comme il n'y a point de budget publié, il est impossible de parler sur ce sujet avec beaucoup de précision (i).

■' . lui

(1) Une de mes notes porte l'accroissement des taxes à soixante pour cent $ mais il est presque certain qu'il y a de l'exagération dans ce calcul,

Les revenus de l'état montaient, avant dévolution, à environ vingt millions de francs ; à présent ils montent à près de soixante millions.

La dette publique, qui a été considérable-* ment accrue par la magnificence ruineuse de Pie vi , a été acquittée à la révolution par la vente des biens nationaux qui ont été échangés contre le papier-monnaie /suivant son cours : ainsi le pape à son retour s'est trouvé un des plus riches souverains de l'Europe. A l'époque de notre visite à Rome, l'état se trouvait encore chargé d'une dette de huit millions sans aucune cause ostensible, excepté la mauvaise administration; et le déficit annuel était alors établi sur un million de piastres, qui font cinq millions trois cent cinquante mille francs.

Rome n'avait point autrefois d'armée permanente, excepté celle de l'Église militante; mais à présent le pape ne dédaigne pas d'y ajouter cette maîtresse roue de l'ordre social. Les forces militaires papales consistent en un régiment d'artillerie, deux de carabiniers , ou gendarmes pour la police, un régiment de dragons et trois régimens d'infanterie ; le tout au complet monte à sept mille hommes actuellement sous les armes. Les officiers supérieurs sont tous, ou très- vieux ou très -jeunes; car

parmi ceux qui ont servi sous Napoléon, un très-petit nombre a été admis dans l'armée , et la majeure partie a été mise à une sorte de demi-solde* Ceux qui ont été remis en activité , Tout été dans des grades inférieurs (sage précaution pour s'assurer du dévouement des personnes qu'on emploie de cette manière ). Pour compléter ce tableau, il faudrait ajouter que le ministre de la guerre est un révérend ecclésiastique qui préside le conseil ou la congregazione militare. Il y a quelque chose de fort plaisant dans cet assemblage de mots congrégation et militaire ; mais les choses sont d'accord avec les systèmes actuels, car tandis que la cour de Rome tâche de faire des soldats de ses ecclésiastiques, les sociétés bibliques d'Angleterre travaillent à consolider l'ordre social, en faisant des vainqueurs de Waterloo.... des moines. ~* JCcùa Lui u \, .', < > • ii

Pour le commandement de cette formidable .armée , il ne faudrait qu'Ain général e» activité; niais conformément à l'esprit véritable de l'administration moderne, le trésor épuisé maintient plusieurs brigadiers et maréchaux de camp honoraires qui sont payés par l'état pour ne rien faire, (i)

11 I ■ I ■ ; ni i l m mi i m — »—■— — i l*T*

(1) C'est par les dépenses inutiles que l'établissement

Dans les provinces , on entretient un certain nombre de tpoupes nommées gardes provinciales, qjt*ek|ues régimens de milice qui ne reçoivent aucune paye, et la garde nationale.

Il y a peu de choses à dire sûr l'économie rurale. Le voisinage immédiat de Rome est un désert II n'y a jamais plus d'un sixième des terres cultivées dans, la campagna, en partie peut-être à cause du mauvais air qui rend les opérations de l'agriculture difficiles et dange— reuses (i); nifiis ce mçd lui-même est encore

militaire de Rome est devenu si onéreux. Le nombre des officiers généraux est tout-à-fait disproportionné avec celui des troupes; et l'uniforme et lès accoixtremens dé la ffuardia no bile n'auraient pas été déplacés à un des levers de -Napoléon , et pourraient même rivaliser en galons et en ornemens avec les régimens anglais les plus pimpans. ,

(i) Des villages entiers viennent de la Marca et de la Romagna à la Campagne pendant l'Hiver et une partie de, l'été. Chaque colonie a une branche différente de travail : les unes travaillent aux vignes , les autres pour les blés , etc. etc. L'homme qui peut réaliser par ses travaux une vingtaine de piastres à la fin d'une saison, est estimé très-heureux. Ils se rassemblent au point du jour sur les places publiques de Rome pour louer leur travail ; et leur prix varie suivant les demandes plus ou moins considérables qu'on fait dans le moment. Ces gens ont l'apparence la plus misérable; ils ressemblent aux pauvres

augmenté par là manière dont les propriétés sont divisées. Presque tout le district appaf^ tient À un fort petit nombre d'individus ; ce sont les princes indolens et ignorans de la capitale : ils trouvent un revenu suffisant dans les bestiaux qu'on nourrit dans leurs domaines , et ne cherchent à faire aucune amélioration qui demanderait quelques avances d'argent , du travail et de Irréflexion.

C'est une idée généralement reçue que cette classe de personnes a été très - appauvrie par la révolution ; mais le fait a été extrêmement exagéré. Les principales pertes souffertes par la noblesse , ont précédé les changemens révolutionnaires, et ont été occasionnées par la baisse des fonds publics produite par les opérations dé pie vi, qui équivalait à une banqueroute absolue. Les commissaires français, dans la

moissonneurs irlandais , et des bandes d'enfans malpropres , qu'on appelle monelli ( petits vagabonds) , les ao compagnent. Une personne qui occupe une place trèsimportante à Rome , bous disait qu'il y avait toujours un sur dix de ces malheureux qui mourait de la fièvre ; et ceux qui échappent portent sur leur visage enflé et jaune les marques du poison , dont fort peu se débarrassent complètement. Après des attaques réitérées de ce mal pendant des saisons successives, ils finissent par y succomber; en sorte qu'à la fin l'émigration entière périt.

première occupation , établirent aussi du papier-monnaie, mais en petite quantité. Vendant l'ère républicaine 1 les nobles se trouvé* Ktnt endettés eûvers la France, par des lettres de change qui étaient acceptées comme payement des contributions forcées; mais 'quand Napoléon eut le pouvoir en main, il rendît une partie de ces lettres de change à ceux qui les avaient sigttées. Ainsi donc, la principale perte éprouvée par les nobles dans le cours de ces événemens, consistait dans l'entretien des troupes qu'ils étaient obligés déloger pendant l'occupation.

Les grands feudataii*es ont éprouvé une diminution considérable dans leur fortune , par Ja suppression des droits féodaux. L'abus de ces droits avait éxé porté à Rome au plus haut degré : les Doria seuls tenaieto t à cette époque plus de quatre-vingt-dix fiefs, et le prince Borghèse presque autant (1). Par la supression de ces droits, les Doria ont perdu , diton, environ vingt mille piastres de revenus.

Cependant les grands propriétaires tiennent encore d'immenses districts : presque toutes ïes terres qui bordent la route de Rome à

I 1 I 1 I !■■ I . Il ■

(1) Dam la plupart de ces fiefs , le chef de la barotinie

avait droit de vie et de mort sur ses sujets» *

STATISTIQUE. *fj

Frascati, des deux^cô tés , appartiennent à un seul individu. L'on ne voit pas dans tout cet espace une seule vigne , un seul épi de blé , et même la vqjaille consommée à Rome est apportée vivante , de soixante ou soixante et dix milles; et le peu de misérables habitans qu'on trouve dans la Campagne , la proie de la fièvre et de l'extrême misère, vole , mendie ou meurt, suivant les change* que la destinée leur envoie, (i)

Dans les provinces plus éloignées , la terre plus fertile et mieux cultivée , est divisée en petites fermes, et du coté des frontières de Toscane» la campagne présente, par sa culture et les marques extérieures de bien-être, un aspect qui se rapproche de celui des états florentins. Dan* les trais Légations , et partout où les Français ont maintenu une juridiction permanente , les apparences de prospérité rurale , la propreté, l'aisance qui paraissent dans les habitations et les vètemens des paysans, sont plus satisfaisais pour l'œil dû phi* la&thropè* Mais en général , à mesure que l'on avance vers le sud, la civilisation rétrograde

(i) Voyes l'excellent ouvrage du baron Bonstetten sur Je Laiium, ouvrage qu'il *$t impossible de lire sans répandre des larmes.

visiblement; et depuis Otricoli jusqu'à Terracina, la nature et la société se combinent pour démontrer jusqu'à quel point la constitution physique de l'homme peut résister à descauses contraires à son existence.

Notice sur les lois romaines.

Le cours de la justice en Angleterre est tellement régulier , l'effet de* la procédure par jury et celui de l'impression et de la publicités des procédures, sont si efficaces pour produire des jugemens impartiaux, que même avec un code civil et criminel encore surchargé de formes barbares , les iniquités matérielles dans l'administration de la justice sont très -rares, très - difficiles à passer, et causent toujours un grand scandale. Quand les mots tyrannie et despotisme frappent l'oreille d'un Anglais, son imagination, ne va ' pas au-delà d'un jury corrompu, d'un juge prévenu, d'un procureur- général arbitraire, certaines petites vexations dans le cours des plaidoiries, une déclaration des jurés fondée sur des preuves pas tout-à-fait suffisantes , et une sentence un peu trop sévère en proportion de l'offense. A ces notions familières , un peu de lecture peut ajouter l'idée vague d'une lettre de cachet ou d'un mandat de l'inquisition,

lois. 79

horribles en effet par leur nature , mais par leur violence même devant être infligés rarement, (i).

Pour connaître le despotisme jusqu'à la moelle, pour bien comprendre comment il peut corrompre toutes les institutions sociales partout où il a pris racine, la lecture seule ne suffit point : il faut étudier sur la place ses monstrueuses combinaisons, voir le jeu de la machine quand elle est en mouvement, et suivre par des observations pratiques les différentes nuances de maladie, les difformités innombrables, les mutilations qu'il a infligées sur la belle et excellente forme du corps social. Celui qui désire faire cette étude aussi utile que répugnante, peut aller à Rome contempler cet abîme dans lequel toutes les richesses de l'Europe se sont englouties, offrant maintenant l'image de la plus abjecte pauvreté: qu'il remarque la désolation silencieuse des rues,

(i) Les lettres de cachet, sous Louis xv, ont été, il estvrai , multipliées à un degré effrayant (ayant été confiées k des autorités subalternes) ; mais comme elles participent de la nature de la force ouverte , elles ne peuvent jamais affecter la population entière au même point que ces indignités qui se pratiquent sous le manteau de la justice , quand les lois sont obscures et administrées arbitrairement.

la solitude pestiférée des environs ; qu'il examine la splendeur dégradée des palais, les ruines accumulées des édifices inférieurs, l'abseAce totale du commerce, les efforts désespérés des restes de l'industrie, l'abattement des dernières classes, l'air satisfait des prélats, la politesse hypocrite des prêtres, les manières encore plus humbles et plus servîtes des laïques , le dénuement de la multitude de mendians , et la pénurie des nobles ruinés par la mauvaise administration de leurs immenses propriétés; enfin, qu'il tourne les yeux sur tous les rangs, depuis le pape jusqu'au moine mendiant , depuis le sénateur jusqu'au mendiant laïque , et qu'il se demande à lui-même à quelle classe des citoyens romains il voudrait appartenir de préférence aux autres.

Dans aucune partie de l'Europe la tyrannie n'est parvenue à régner d'une manière plus durable et plus entière que dans la ville éternelle; et la longévité dont elle se vante en accumulant sur sa tête tous les maux physiques d'une existence trop prolongée, a concentré dans sa constitution toutes les imperfections sociales , les abus , les erreurs , les absurdités de l'autorité et de la prescription. Son misérable code ( tiré de chaque période depuis les temps les plus grossiers de la république, jusqu'aux

derniers siècles de corruption de la fin de l'empire ; depuis la rudesse des envahisseurs du Nord, jusqu'à la nullité du conclave existant), ce code surchargé de décisions et d'expositions , et administré par faveur ou par corruption, pré- . sente en théorie et en pratique le plus mauvais système de jurisprudence qui puisse être mis en usage dans un pays chrétien. Si une omhre de police civile se voit encore dans les murs de Rome; si quelque probité règle les transactions d'homme à homme, on doit l'attribuer aux penchans inhérens , à la constitution animale des Romains, ou à la nullité absolue de leur existence, qui amortit également les vices et les vertus individuels.

L'une des qualités les plus essentielles d'un système de jurisprudence, est la flexibilité qui le met à même de recevoir les modifications successives qu'exigent les différentes phases de la société, et de s'accommoder aux divers degrés de civilisation des peuples : cette qualité est nécessairement celle qui devait manquer le plus au cçkle romain; car si la nature générale des institutions politiques tend au maintien de ce qui est établi, cette tendance à révérer le passé et à redouter les innovations , est encorq^. pkié éminente dans le gouvernement romain que dans tout autre. On doit mettre en ligne iv. 6

de compte très-au-dessus de cette particularité religieuse et politique du gouvernement papal , l'existence isolée des dignitaires ecclésiastiques , lesquels n'ayant aucuns liens numains, ne prenaient aucun intérêt au perfectionnement de la société et au progrès des lumières. Sans familles, sans héritiers reconnus sur le bonheur desquels leur patriptisme aurait pu influer, ils ne regardaient les abus que comme des instrumens de bien-être actuel; et même quand un naturel heureux et bon ou le sentiment du devoir l'emportaient sur le pur égoïsme, l'indolence et l'ignorance de la prêtrise s'opposaient à tout effort persévérant vers les améliorations philosophiques. En addition .à ces causes qui ont agi uniformément dans l'administration papale, il existe encore un autre motif qui a été mis en activité depuis la restauration; c'est la terreur de la révolution, et toutes les espérances se fixant d'après cela sur le9 rétablissement des anciennes institutions. Le cardinal Gonsalvi est le seul membre du conclave qui paraisse sentir la nécessité d'accorder quelque chose aux lumières et à l'énergie croissantes du peuple ; mais quand il serait livré à ses propres impulsions , il est encore trop imbu d'anciens piéjugés, et comme ecclésiastique et comme

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ministre, pour donner à ces vues l'étendue que les circonstances actuelles demanderaient. Il n'est donc point extraordinaire que malgré ses absurdités, ses inconvenances, se* injustices, l'afhcien code ait été rétabli, et celui de Napoléon rejeté avec horreur. Le motuproprio du pape, par lequel cette révolution a été effectuée a remédié il est vrai, dans quelques cas particuliers , aùn ancien abus et corrigé une imperfection^ établie. L'abolition de la torture honore spécialement lé cardinal Gonsalvi dans son caractère personnel et politique; mais ou ses intentions ont été traversées et paralysées, ou son penchant à faire le bien n'est pas égal aux besoins de la contrée qu'il est appelé à gouverner.

Dans \e motùproprio du 6 Juillet 1816, on fait la promesse de nouveaux codes, dont la compilation était confiée à trois ou quatre commissaires. Mais les Romains eux-mêmes n'ont aucun espoir d'amélioration par un système quelconque basé sur l'ancienne jurisprudence ; et comme les commissaires ne travaillent pas avec une grande activité , il est probable que la mort du pape et le changement de ministère qui en serait la suite, ren-' verseraient tout ce qui aurait été fait, puisque Gonsalvi est le seul dans tout le conclave qui

ait des vues approchantes, non pas du siècle dans lequel il vit, mais de la politique ordinaire d'un homme d'état.

La nécessité d'un nouveau co<je est cependant impérieuse. La confusion inextricable des lois romaines, que les commentaires et les décisions des jurisconsultes , pendant une si longue suite de siècles, ont^rendues encore plus obscuçes, est une source d'abus sans nombre; ainsi, ce que Gravina a remarqué, dès le temps où il vivait , devient toujours plus vrai à mesure que les années augmentent cette masse informe \Aspera quidem Ma tenebriœsa et tristis non tarn in œquitate quant in verfrorum supers titionefundata(\). Mais comme si les violences et les équivoques auxquelles cette jurisprudence donne lieu n'étaient pas suffisantes, le citoyen des états romains est exposé à de nouveaux dangers par les privilèges du clergé, et la facilité avec laquelle ses membres trouvent un refuge contre la justice civile par un appel aux lois canoniques. Par ces moyens , ils peuvent suspendre les effets de toutes les sentences civiles, et évoquer la cause à Rome : ainsi (dans les provinces éloignées particulièrement ) ? une perte de temps, d argent, et un surcroît

( i ) De ortu Juris civilis , cap, 46

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d'embarras, sont ajoutés aux dépenses et aux soins d'un procès , et cela équivaut souvent à un déni de justice. C'était peut-être une con- ' science intime des imperfections du système de jurisprudence qui induisait les rédacteurs du proprio motu en question à faire allusion aux caluttnie colle quale è statu attaùcata, (les calomnies qu'on a répandues contre lui ), et à le vanter comme l'un des moyens par lesquels l'Europe avait été tirée de la barbarie où l'avaient plongée les envahisseurs du Nord. Mais quand le fait serait vrai ( et il peut être positivement nié ) (i) , il ne s'ensuit nullement, parce qu'un code de lois pouvait être

(i) La Seule introduction des jurisconsultes pour interpréter les lois obscures, et sous ce prétexte devenir les législateurs du peuple', suffirait pour compenser tous les avantages que l'Europe moderne a pu gagner par le code romain. Les coups les plus rudes qui aient été portés à la liberté en Angleterre > Font été par des juges fabriquant des lois avec des sentences telles, quel? parlement le plus trorrompu. a refusé de les sanctionner. Une loi obscdre n'existe pas, c'est celui qui l'interprète qui .lui donne l'être , et non le législateur qui n'a pas su faire entendre sa pensée.

<« La giurisprudenza cbe in effetti esiste e la seienza di « mezzi proprii per abusare délie cattive leggi nell' am- « ministrazione délia giustizia : l'arte di trasformare e « volgerne il senso secondo le circostànze faccendole pie-

estimé excellent pour le douzième siècle, qu'il soit parfaitement approprié aux besoins et aux lumières du dix-neuvième. L'idée dune perfection abstraite, existant dans un système de lois quelconque, est vaine et fausse : les lois , étant les régulateurs des relations sociales, doÎTent suivre les diverses phases de la société. Ainsi donc, quand la sagesse de l'antiquité serait aussi parfaite qu'elle est en apparence grossière , erronée et incomplète , ses résultats deviendraient chaque jour moins applicables aux besoins actuels de l'existence humaine, Ces changemens de relations sont plus particulièrement une source de dangers dans les systèmes de j urisprudence fondés sur les précédens et les interprétations, Dans les interprétations et les jugamens des cas destinés à servir de précédens, la règle qu'on suit est celle de l'analogie; dans

* gare al privato interesse ed aile particolari intenzioni.* u Tal è stata la giurisprudenza romana in tutti i secoli. » (Delfico,. Ricerohe sulvero car altère délia Giun. Rom.) « La jurisprudence , comme elle existe dans la pratique , est l'art d'abuser des mauvaises lois dans l'administration de la justice : l'art de transformer ej de .torturer le sens selon les circonstances , l'intérêt ou les intentions particulières. Telle a été la jurisprudence romaine dans tous les siècles. » (Delh<x> Recherches sur le vrai carao tire 4e la Jurisprudence romaine.)

ce sens* on trouve deux sources abondantes d'erreurs : la première est le manque de ressemblance complète dans les faits sur lesquels l'analogie *est établie; et la seconde est rétablissement de l'analogie sur des principes tirés des lois et non de la connexion naturelle des choses elles-mêmes. Maintenant, quand les règlemens, adoptés par une société, existant dardes temps très-reculés, avec une autre religion , une autre condition de propriété, un autre système militaire et fiscal , et qui souffrait en outre l'abus de l'esclavage domestique ; quand ces mêmes règlemens sont appliqués à une société chrétienne de nos jours , non-seulément les principales analogies, sur lesquelles on pourrait établir une décision , manquent absolument, mais les bases de plusieurs actes de législation doivent être obscures, sinon tout- à -fait inintelligibles. 11 est vrai qu'un certain degré de durée peut rendre Itlet lois plus respectables; mais abstractivement parlant , le préjugé le plus légitime qu'on puisse avoir contre de tels actes est fondé sur leur antique origine.

Les principales cours judiciaires de Rome sont la sacra Rota, la Segnatura et la A. C. ou les auditeurs de la chambre. La Rota est composée de douze juges , nommés auditeurs, qui

rassemblent les lundis et les vendredis au Quirinal , et siègent quatre par session. .Lès plaidoyers publics ne sont pas permis devant ce tribunal; mais trois jours avant 1 appel do la cause, des documens imprimés sont délivrés aux auditeurs à leur domicile ; et le jour précédent, les défenseurs vont chez les juges pour les instruire des détails de l'affaire. Les auditeurs votent en secret; et s'ils sont diyjsés d'opinions , deux et encore deux autres auditeurs sont ajoutés : si la même égalité se trouve dans les votes, l'affaire est portée devant les douze; et pour éviter le même inconvénient, le ponente ou le juge qui a conduit le procès est privé de sa voix. Mais, même darfs ce cas , la sentence n'était pas regardée comme définitive avant la révolution. Si la partie perdante n'était pas satisfaite, elle pouvait demander un nouveau procès devant 1.? même tribunal, et encore, et encore aussi long -temps que la bourse et la patience des contendans n'étaient pas épuisées. Il est arrivé qu'une même affaire a été ainsi jugée plus de vingt fois, et que le plaignant et le défendeur ont été plaider leur grande cause dans l'autre monde , avant d'avoir obtenu dans celui-ci une sentence définitive. L'une des réformes introduites par le propre motu consiste à établir que deux sen-

tences coïncidentes doivent être considérées, comme définitives : un cas ne peut plus alors être jugé au-delà de trois fois.

Les auditeurs de la Rota sont prélats exofficie; mais il n'y a ni âge ni qualité particulièrement exigés pour remplir cet emploi. Il n'y a pas très-Ion g- temps qu un individu de vingt ans siégeait dans ce tribunal. C'est un fait trèsrextraordinaire que l'élection de ces auditeurs n'appartienne pas exclusivement au pape ou à son gouvernement, maïs aux gouvernemens 3e plusieurs états étrangers. L'Allemagne en nomme deux; le Portugal, l'Espagne, la France et Florence en élisent chacun un. Quelques autres états Italiens en nom* ment un également, et Rome n'en a que trois de son choix. Le pape retient cependant le droit de; confirmer ces élections; mais il est rare qu'il risque de s'oppo6er directement à la volonté de ses enfans spirituels. Le but de cette institution dans l'origine se rapportait à la juridiction suprême que les papes exerçaient autrefois sur les trônes de l'Europe , et l'appel qui se faisait en cour de Rome , en cas de débats avec des nations étrangères. Des élections semblables devaient nécessairement dépendre de la faveur plutôt que du mérite ; les auditeurs sont donc rarement des légistes

très-profonds : ils se déchargent ordinairement des affaires sur certains jurisconsultes qu'ils appellent leurs auditeurs , et qui vendent , diton, leur opinion au plus offrant Quand une sentence définitive a été obtenue, elle devient précédent , et on l'ajoute aux soixante volumes in-folio qui font partie de la législation actuelle.

La Segnaturà remplit les fonctions de cour d'appel supérieure. Cette cour consiste égatê^ ment en douze juges, qui siègent tous les jeudis dans le palais de Monte Cavatto. Ifc jugent par six, et le plus âgé les préside. L'appelant a le droit de choisir la session par laquelle il veut être jugé. L'objet de cette division des juges est l'expédition du travail ; car comme ils ne doivent pas entendre plus de vingt causes par audience, leur faculté de procéder est ainsi doublée. Les douze s'assemblent chus la même salle , et ils sont présens aux procédures les uns des autres. La Segna* tum a juridiction sur tous les tribunaux inférieurs , et peut annuler leurs décisions , quand il y a eu quelque défaut datais les citations, une erreur de juridiction ou de mandat; mais les moyens de cassation doivent être exprimés dans l'appel. Le procès est alors renvoyé au premier tribunal ou à la Rota, ou à la A. C.

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Comme cette cour est inférieure à la Rota en dignité y elle lest aussi en savoir; mais ne jugeant que des appels, et n'entrant point dans le fond des procès, l'ignorance des juges entraîne moins d'inconvéniens. Les débats de la Segnatura sont privés.

La cour A. C. ( atchè ) est composée de trois juges qui sont prélats. Ils sont , en quelque manière, présidés par une quatrième personne qui porte le titre de A. C. Met. ( atchémet ou , auditeur camerœ metipse ). C'est un prélat placé sur la ligne dirééte du cardinalat, et il est censé représenter le cardinal camerlingo , originairement le seul juge des matières con-* tentieuses à Rome. Ce tribunal juge en première instance toutes les causes dont les sujets sont au-dessus de huit cent vingt-cinq écus ; et par appel., celles qui sont au-dessous. Les audiences sopt publiques , et sont tenues sur le mont Citorio ; les procureurs peuvent défendre leurs parties.

Le mode de procédure de cette cour est embrouillé au-delà de toute idée , et il offre aux débiteurs de grands moyens d'échapper aux poursuites de leurs créanciers. La multiplicité d'actes , de citations , *de papiers nécessaires à produire, fait qu'il est presque impossible de ne pas oublier quelque forme dont là

négligence invalidé tout le procès.Il faut ajouter encore à l'inconvenance des lois, à l'ignorance des juges, et aux défauts de la procédure, l'opération des bulles pontificales , des privilèges , des droits des églises , et plusieurs autres exceptions qui sont moins nombreuses qu'elles ne l'étaient avant l'abolition des % droits féodanx, mais qui le sont encore assez pour entraver la marche de la justice, et former un » labyrinthe inextricable à tout ,. excepté à l'or et à l'autorité.

On tië peut rien savoir des procédures criminelles, puisqu'elles sont toujours conduites dans le plus grand secret. Le gouverneur de Rome préside les audiences qui sont tenues dans le palazzo di buon governo (1). Pendant qu'on s'occupe de compléter le nouveau code criminel, les* prévenus sont jjugés d'après celui qu'on appelle Ban do Serbelloni, cosàposé par le cardinale ce nom , système horriblement sanguinaire. Par ce code, un vol montant à la valeur d'un écu , une insulte publique feite --à'iin prêtre, des ordures placées devant une église, entraînent la peine capitale. Le gou-

(i) Le jour de notre départ de Rome le gouverneur avait pris la fuite , parce qu'il était accusé de faux et de pcculat.

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veraeur a cependant le pouvoir de changer là sentence à sa volonté; et comme il ne peut la rendre plus sévère, il ne fait jamais que la mitîger. Le gouverneur a aussi le pouvoir d'infliger arbitrairement certaines punitions corporelles, telles que le fouet ou le cavaletto, la prison, les travaux forcés pendant un an , et tout cela sans qu'il y ait une ombre de procès. Il peut faire arrêter sans donner aucune raison de cet acte d'autorité.

Sous le gouvernement français on avait remédié à la plus grande partie de ces abus , mais les anciens maux sont revenus avec l'ancien gouvernement. Cependant quelques chan- • gemens favorables ont été faits par le proprio motu dans l'arrangement des tribunaux, entre autres l'établissement d'un défenseur public pour les accusés. Les prévenus ne sont pas obligés d'accepter cet avocat ex officio , mais ils peuvent en choisir un parmi ceux qui sont sur le tableau des avocats plaidans xlevant la cour. Le cardinal Gonsalvi a aboli avec les autres tortures celle dé la corde , horrible manière de disloquer les bras , en leur faisant soutenir tous le poids du cgrps dans une descente arrêtée tout à coup. Il a également amélioré le système de police, eu licenciant les sgherri et en établissant un corps de carabi-

gj ROME.

niers; ceux-ci cependant ont encore, comme leur prédécesseurs, le pouvoir d'arrêter qui il leur plaît.

L'on assure cjue l'inquisition n'est plus aussi formidable qu'elle la été, et que sa juridiction se borne aux psêtres réfractaires ou à ceux qui ayant avancé des doctrines hérétiques ou suspectes, ont besoin d'être rétablis dans la pureté de leur foi par des admonitions paternelles : on ajoute de plus , que la discipfine de m ses prisons est maintenant si adoucie, que la nourriture et le logement y sont beaucoup meilleurs qu'un prêtre de paroisse ne peut or-

* dinairemeht se les procurer. En effet, une chose fort remarquable dans l'état romain 7 c'est que la douceur de l'administration est en proportion de la perversité des lois : cela tient d'abord à ce que l'Église a unjcaractère de bénignité à soutenir, ce qui n'existe point dans les autres gouvernemens ; ensuite il y a une certaine indolence , une certaine mollesse dans ses mouvemens qui ne permettraient aucunes

, mesures décisives; de plus, la crainte de l'opinion publique donne à toutes les opérations de l'état une apparence de timidité et de prudence plus qu'ordinaires, rien n'étant plus redoutable pour lui que le scandale. On peut dire encore que les dispositions tranquilles et

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insouciantes des citoyens rendent la sévérité politique moins nécessaire que dans tous les autres despotismes.

A l'égard des honoraires des officiers judiciaires , par le dernier proprio motu , Us juges doivent recevoir un salaire fixe ; mais les frais de justice qui n'ont pas été supprimés doivent être versés dans le trésor public. Il est difficile de connaître le montant de ces appointemens. A Bologne, les juges ont environ mille écus par an.

Tous les cas concernant le revenu public, la contrebande, sont décidés parles tribunaux criminels du cardinal camerlingo et du trésorier, qui sont en même temps juges et parties. Les restrictions sur le commerce sont nombreuses et oppressives, principalement à Tégard des livres; et les mêmes mesures fiscales qui isolent les autres états d'Italie et bornent l'industrie de leurs habitans à la sphère de leurs propres territoires, subsistent également à Rome.

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