‹ L'Italie (volume 5)Chapitre 14 sur 15 · I* SS VIS · texte numérisé non relu

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tinua ses imitations, A’cco g/t Inglesi cosi dntlo dritto (i), et il marchait dans ma chambre comme un squelette qu’une opération galvanique aurait mis en mouvement.

Après les princes, les cardinaux et les prélats , venaient autrefois les laquais , ordre trèspuissant il y a un demi-siècle , et qui n’est maintenant remarquable que par la plus grotesque apparence que la saleté, unie à la magnificence, puisse jamais offrir. Le laquais des grandes maisons romaines tient le milieu entre le Gille et le Scapin; sa snperbe livrée ( car elle est encore telle, quoique fanée ) plisse ou tire sur ses épaules suivant que ses dimensions varient de celles de son prédécesseur du dernier siècle, et elle fait l’effet d’une veste courte ou d’un long cafetan, suivant la grandeur de sa taille et son plus ou moins d’embonpoint, laissant paraître ou cachant dans ces différens cas les vieilles bottes à hauts talons achetées d’un jockey anglais; ajoutez à cela un grand chapeau galonné et retroussé, jeté assez galamment en arrière d’un visage crasseux , parfaitement assorti par la couleur et la

on n’avait jamais accordé à aucune dame de tels honneurs pontificaux.

(i) « Voici les Anglais; ils marchent ainsi droits et yoides, »

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rudesse de la contexture au grossier calicot noir et jaune dans lequel un menton rasé trèsrarement se dérobe à la vue. N’ayant presque rien à faire, excepté de s enfumer sur le brasier de l’antichambre, et de monter derrière la voiture de leur maître ou de leur maîtresse, la livrée de Rome , autrefois la classe la plus insolente, est à présent la plus misérable après celle des mendians de profession.

Nous étions à Rome depuis peu de jours, nous avions donné nos lettres de recommandation et laissé nos cartes, quand, en entrant par hasard dans mon antichambre , je la trouvai pleine de domestiques étrangers. Le nôtre me suivit dans le salon , et me dit que c’étaient les capi difamiglia de plusieurs des personnes que nous avions visitées , et qu’ils venaient me souhaiter le bonjour, et présenter leurs complimens. J’envoyai mes remercîmens, accompagnés du même souhait, en retou*’ de celui qu on avait bien voulu faire en ma faveur, supposant que c’était une politesse romaine. Notre domestique sourit, et me dit que cela ne suffisait pas, et que tous ces gens étaient venus pour la manda (i)-, il me présenta alors

(i) Un ministre étranger à Florence nous disait qu’il redoutait un voyage à Rome, à cause de la dépense des

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le montant de la somme que je devais distribuer ( et c’était au moins la valeur d’un mois de gage tels que les domestiques romains les reçoivent) (1). Même les gens du cardinal-ministre, le jour d’après ses levers , vont chez tous ceux qui sont présentés demander ce qui leur est dû; et la noblesse romaine, loin de voir de la bassesse dans ces exactions , s’offenserait d’un refus fait à des demandes qui sont considérées comme des preuves de respect pour eux ( et j’ajouterais même de quelque chose de plus ). Cependant , si une semblable habitude , qui prédominait également en Angleterre autrefois, est conservée à Rome, cela tient à l’opposition que son gouvernement apporte à tout ce qui est changement ou réforme; et si, dans cette esquisse légère des manières des Romains, la vérité historique a

visites de cérémonies que sa position l’obligeait de faire. Je n’oserais pas répéter la somme qu’il avait distribuée , écu par écu,k ces domestiques affamés, qui répètent leur visite à six francs la veille du départ de l’étranger.

(1) Un voyageur qui avait visité Rome et 1 Angleterre, disait que malgré les extorsions des domestiques romains , ceux de Londres étaient encore plus avides. Avec tout cela , il en coûte bien moins c/u en Angleterre . Lalande.

Le pauvre Goldsmith et le docteur Jonhson se plaignaient de n’être pas assez riches pour payer leur dîner chez un grand seigneur.

obligé de tracer quelques traits dégradans pour l’humanité, on ne doit pas oublier que Home a été la patrie des Caton et des Scipion , de Brutus et de Cicéron , de Cornélie et de Porcie; que cette même Rome, à présent la dernière dans l’échelle des nations, a produit une race dont l’énergie et la valeur n’a jamais eu d’égale.

Sa chute est l’ouvrage du despotisme et de la corruption ; et les efforts et les espérances des souverains alliés, de leurs cabinets et de leurs dépendans, tendent à l’empêcher, comme le reste de l’Italie, de se relever de son abaissement. Qu’on voie briller une seule étincelle de son antique valeur à travers les ténèbres où elle est plongée , et des milliers d’épées sortiront du fourreau pour punir cette innovation hardie : en ce moment même où l’échafaud est dressé à Turin, et les tribunaux ouverts à Naples, pendant que des nations exaspérées par l’oppression sont appelées à se justifier du crime de défense personnelle , l’Angleterre, à l’abri des commotions continentales dans sa retraite insulaire, entend l’organe de son gouvernement., de son gouvernement constitutionnel, applaudir aux vengeances des despotes delTtalie, leur intimer de se garder d’ une clémence imprudente , et leur rappeler ( dans

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îa crainte que la hache 11e tombe trop lentement et que les cachots ne soient pas assez promptement remplis), que pour réparer les maux passés et pour éviter les maux à venir, il faut du sang, (i) '

O terre des Russels et des Hampdens, faut-il que cela vienne de toi! ! !

Dans un pays où la presse n’est point libre, le cercle de l’intelligence est nécessairement circonscrit, et la sphère du génie resserrée dans une mesure donnée. Rome a cependant des savans et meme des savantes. L’érudition classique craint peu la censure pontificale et les foudres de l’index. Il est même permis de cultiver les sciences qui n’ont pas trait à l’ordre social , quoiqu’au moment de notre départ de Rome le docte et ingénieux abbé Settele n’eût pas encore obtenu la permission de publier son petit livre pour apprendre aux enfans romains que la terre tourne autour du soleil (2); et le pauvre abbé di Rossi (ex-jésuite) , à qui ses ouvrages ont acquis tant de célébrité pendant les trente dernières années , languit,

(1) Copié du Courrier, au moment où cette feuille allait être mise sous presse.

(2) Les raisons assignées par les censeurs pour le delai de permission de publier l’ouvrage de Settele , étaient des

oublié et négligé dans un âge très -avancé. Marini, cependant, écrit sur les fortifications sans être censuré. L’habile médecin et chimiste Morichini , le seul médecin de Rome dont la réputation soit européenne, peut discuter, sans encourir aucun blâme, les propriétés magnétiques des rayons violets ; et Amati et Lanzi (i) peuvent posséder assez de légendes grecques et orientales pour tourner toute autre tête que la leur. Les censeurs pontificaux (2) , les douaniers de ï esprit appuient

conséquences les unes des autres : on prétendait que , comme Josué avait arrêté le soleil dans sa course, le soleil avait dû originairement se mouvoir - et que n’ayant eu depuis aucun avis officiel d’un changement qui aurait eu lieu dans ces hautes régions, parler d’un mouvement de la terre devait toujours être considéré comme une hérésie. Ap rès plus ample délibération , on a cependant accordé en dernier lieu la permission désirée, sans doute sur la conviction que le commandement de Josué a été l’époque d’un nouvel ordre social dans les cieux.

(1) A ces doctes noms, on peut ajouter ceux de l’abbé Colandralli ; de Conli, de l’Observatoire du collège romain ; de Scarpellini , secrétaire perpétuel de l’académie des Lynx ; le savant mathématicien Reichback , et l’antiquaire Cancelliari. Le chevalier Gherardo di Rossi est avantageusement connu par des ouvrages sur les anquités, la poésie, le drame, e!c. etc. etc.

(2) Les noms de ces clignes personnages méritent d’être

légèrement sur ces sortes d’ouvrages s’il ne leur a pas été ordonné de les examiner; et quand

consignés. Le sbire en chef du département littéraire est le reverendissimo et illustrissimo padre Filippo Anfossi , moine dominicain ; le second en commandement , qui porte le titre de réviseur, est un signore Petrosettini, libraire du gouvernement. La haine du dominicain pour tous les livres, et le désir qu’a le réviseur-libraire d’en vendre quelques-uns , les met dans un état de guerre perpétuel ; et ( comme nous le rapportait la personne qui s’était chargée de l’envoi de nos livres) ce sont alors des tracasseries capables de faire devenir fou ( cosa e d’ammatarsi ). Comme nous avions acheté et envoyé des livres de toutes les autres villes d’Italie , nous pensions qu’il n’y avait aucune difficulté à faire la même chose à Rome ; mais quand nous les eûmes envoyés à un commissionnaire pour les dépêcher à Civita-Veccliia , il nous prévint qu’aucuns livres ne pouvaient sortir de Rome sans avoir été examinés par le révérendissime et le revisore ; et que s’il se trouvait parmi eux quelque livre prohibé , comme un Boccace ou un Guichardin , etc. etc., ils seraient saisis et confisqués. Nous consultâmes notre banquier, qui dressa pour nous un Mémoire pour demander au dominicain la permission d’emporter notre propriété. Il le renvoya avec mépris. Il voulait voir les livres, et s’il y avait un Locke ou un Beccaria , ils étaient confisqués au profit de l’état. Sa grâce , la duchesse de Devonshire, entreprit de plaider notre cause auprès du ministre , qui nous assura que c’était une jjure matière de forme. Le dominicain répliqua que ce n’était point du tout une matière de forme ; et que s’il se trouvait un

on les laisse à eux-mëmes , leurs étourderies sont si nombreuses et si plaisantes, que le car-

mauvais livre dans le nombre, il était à l’Église de droit; et que l’Église devait avoir ce qui lui appartenait. Le résultat fut que nous renonçâmes à l’idée que nous avions eue d’abord d’envoyer tous nos livres par mer j nous en envoyâmes une partie , et nous fîmes passer le reste en contrebande dans notre voiture ; car les douaniers des grands chemins sont accessibles à l’influence de quelques paoli. Pendant que nous étions à Rome, ces singuliers censeurs saisirent ladjr Montague , et laissèrent passer V Origine des cultes de Dupuis, les Essais de Hume et Gibbon. Leur inimitié pour Locke est aussi déclarée que celle du dernier prévôt de Dublin , qui avait rayé l’ouvrage de cet auteur sur le gouvernement, de la liste des livres pour les études des élèves. Au reste, le dominicain paraît encore plus conséquent que le prévôt dans ses principes. Il n’existe à Rome qu’un seul journal j c est le Diario di Roma ; il est impayable. Son seul emploi est d’annoncer les cérémonies de l’Église , et d’en rendre compte j et il ajoute quelquefois à cela la traduction de certains passages politiques du Courrier. La plus plaisante partie de ces articles est l’effort du traducteur pour rendre en italien les expressions méprisantes du Courrier pour le peuple. Ils traduisent un terme de lord Castlereagh , the base people , par popolaccio, le grand vilain peuple. Ils nomment le tumulte qui a eu lieu à la porte de l’ambassadeur d’Espagne, la bestemmia e la sedizione d’ Inghilterra. Le Courrier appelle le peuple anglais , promiscuous crew , countless rabble , etc. etc., et le traducteur, embarrassé de tous ces mots pour les-

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clinal - ministre lui - même s’écrie souvent , quand on porte des plaintes devant lui sur les trente e tre disgrazie de ces menichini du saint office : O che bestie! o che sciocchi ! ( quelles bêtes ! quels étourdis! )

Le très-peu docte auteur de ces pages n’a jamais été en grande faveur auprès des dames savantes ; elle a passé son humble vie d’écrivain loin du cercle sacré , où l’on n’admet que celles dont le bleu foncé ne reçoit aucune

teinte moins pure (i). Il est donc très-naturel qu’elle s’empresse de se vanter de la réception aimable que lui ont faite quelques dames

quels tous les académiciens de la Crusca ne pourraient lui fournir des équivalons , a recouru , pour trancher le. mot, à son épithète de popolaccio. Ainsi les Anglais n auront bientôt plus d’autre rfom en Italie que celui de grand vilain peuple, ou les radicaux du siècle. Nous avons joint à 1 appendix une feuille du Diario romain , et un extrait de 1 Index du pape, ou liste des livres prohibés.

(i) On appelle en Angleterre les femmes qui affectent un savoir pédantesque, ou qui affichent des prétentions littéraires, blue slockmgs ( bas bleus), d’après une plaisais tciie d u Spectateur sur une société de femmes savantes qui se distinguaient par cette partie de leur habillement. Les auteurs modernes ont répété souvent cette plaisanterie^ et maintenant le mot seul de bleu ou bleu foncé, appliqué à une femme, signifie pédanterie, affectation.

romaines, à qui l’on donne le nom de savantes. Ce titre peut être appliqué, sans y ajouter la moindre nuance d’ironie , à l’excellente et spirituelle signora Dionigia, auteur d’un ouvrage plein d’érudition sur les antiquités romaines , expliquées par des vues qu’elle a dessinées; car elle est encore plus distinguée comme artiste que comme écrivain. Ses assemblées sont fréquentées par les étrangers; et les talensde sa fille , improvisatrice accomplie, contribuent beaucoup à leur agrément.

La marquise Sacrati est, dit -on, une personne d’un grand savoir; mais ce savoir ne parait nullement dans sa conversation aussi facile qu’agréable. Elle a écrit quelques romans dans le goût des romans anglais du dernier siècle; mais comme la presse romaine n’est pas libre maintenant pour des ouvrages de ce genre, je pense qu’elle a renoncé à la vocation qui l’entraînait à augmenter les moyens d’amusemens innocens.

Mais il en est une que je crains de nommer, et que je désire ardemment de placer sur une liste où elle a tous droits de paraître au premier rang. La jeuneetbellecomtessePerticari pardonnerat-elle à la main qui écrit à côté de son nom celui de savante ? Avec des titres si bien fondés à l'admiration que les talens littéraires peu-

vent obtenir, me pardonnera- t-elle de citer sa Canzone à la Rosa comme digne de ia plume de son père ; quand j’avouerai en même temps que si j’avais à choisir, je préférerais ses yeux à toute la science que sa belle tète peut renfermer ? Elle est elle-même tellement féminine, qu’elle comprendra bien la vanité de femme qui déciderait une aussi peu docte préférence.

J’aime à prendre congé de Rome avec l’idée d’un de ses plus beaux ornemens , quoique l’un des moins appareils , est en retraçant le souvenir aimable des soirées où nous avons joui de la société d’esprits aussi bienveillans et aussi éclairés que ceux du comte et de la comtesse Perticari. (i)

(i) La comtesse Coustanzia Perticari est Tunique enfant du poète Monti , et elle a hérité d’une grande partie des talens de son père : c’est la seule dame romaine qui ait réalisé les idées que je m’étais faites de la beauté antique des femmes de cette ville. Le comte Perticari est un noble de Pesaro , que ses recherches savantes et philosophiques engagent à passer les hivers à Rome. Ses ouvrages ont été cités plusieurs fois dans ces pages.

FUS" nu TOME TROISIÈME.

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