ES. S A I S
dans l’âge suivant un de ses rejetons, le plus vigoureux, sinon le plus permanent, dans le dernier et le plus hardi défenseur de sa liberté, Nicolas di Rienzi Gabrini (i). Ce champion du peuple était sorti du peuple, et il devint le sujet de plus d’un conte populaire dans les siècles suivans, quand l’histoire était for-
(i) L’histoire de Rienzi a été primitivement écrite en langue romance et napolitaine ; et Pignotti observe qu’il est singulier que le nom de l’auteur soit celui de Tomrnasso Fiortijiocca , qui est mentionné daps l’histoire comme ayant été puni par le tribun pour un faux. Les tolies attribuées à ses derniers momens ne doivent être crues qu’avec réserve. La vie de ce tribun républicain a été publiée sous les papes et les empereurs , dont il avait tâché de détruire la domination en Italie. L’abbé de Sades, ce véritable abbé français, et quelques autres critiques modernes , ont écrit beaucoup d’extravagances pour prouver que Rienzi n’était pas le spîrito gentile de Pétrarque, auquel il adressa la canzone, Jlalia mia ; parce qu’iJ paraît que le dernier vers de ce beau poëme ne s’appliquait pas à Rienzi. Pignotti réfute tout ce qui a été dit à ce sujet, et démontre que la critique de l’abbé de Sades est ridicule et mal fondée ( vol. 5 , p. 23 ) ; mais il pense que Pétrarque avait changé la fin de sa canzone, quand la conduite du tribun , pendant ses derniers jours, le désappointa dans ses espérances patriotiques. Pétrarque l’avait connu à Avignon; et il paraît, d’après les lettres qu’il lui adressa, qu’il l’avait encouragé à faire la révolution qu’il fut sur le point d’achever.
cée de garder le silence sur ses actions. Ce conquérant plébéien des patriciens Colonna, Orsini et Frangipani (dont les querelles privées avaient rendu le peuple féroce), cet homme qui punissait les vices des petits et les crimes des grands (i), cet homme invoqué par Pétrarque, ce contrôleur des pontifes, vit même, au milieu de la grossièreté et des ténèbres du quatorzième siècle, la possibilité de délivrer pour toujours Fltalie du joug des empereurs d’Allemagne, en unissant ses états en une république fédérative, et il en conçut le dessein. Pour cette seule idée, fruit de son esprit supérieur, avant que la gloire l’eût ébloui, que le pouvoir eût altéré ses facultés, toutes ses erreurs suivantes doivent lui être pardonnées.
(1) Un de ses premiers actes fut de débarrasser la ville et la campagne des bandits : de même que Brancaleone avait abattu cent quarante tours qui servaient de nids à des bandes de brigands nobles et plébéiens. Il fit arrêter un Colonna pour dettes , et juger et condamner un Orsini pour avoir pillé un vaisseau naufragé. Il trouva Rome dans un état d’anarchie , et il lui donna des lois. Il rappela les papes et les cardinaux à Rome , et cita les deux empereurs contendans au tribunal du Capitole. Les cliai:gemens qu’il effectua en si peu de temps sont incroyables (dit Pignotti); et non -seulement il n’abusait point de son pouvoir, mais il veillait jour et nuit à l’observation
des lois qu’il avait promulguées pour la sûreté de la ville.
Fag. 20 , vol. y.
4oo
Ah ! si quelque Cola Rienzi v-enait maintenant aider les Italiens dans leurs efforts, et donner à leurs esprits dispersés un point de concentration ! Quel sera celui qui, ainsi que ce dernier de leurs tribuns, sonnera la trompette de la réforme sur les tours du château Saint-Ange (1); et, déployant la bannière de la liberté sur les hauteurs du Capitole , verra encore une fois le peuple romain rassemblé autour de son ancien étendard, et réveillera les échos du Forum par des applaudissemens tels que ceux qui ont été extorqués par Cicéron, et reçus par Rienzi ? (2)
(1) « Dal balcone del campidoglio arringô il public© « colla solita eloquenza : tutti lo applaudirono et lo ri— « guardorouo corne il riformatore di Roma. » Ibid.
(2) Un des premiers objets que nous visitâmes à Rome fut la maison de Rienzi : elle est dans un site consacré par de grands souvenirs , et marqué par la désolation et la ruine, les bords du Tibre, une arche brisée du pont Palatin (ponte-rotto) , ouvrage de Scipion l’Africain , les masses élevées par Tarquin pour clore cette belle rive (* *), maintenant si triste et si malsaine ; les restes de ce grand ouvrage public , la Cloaca maxima ; le temple de Vesta,
(*) Les beautés du pulchrum litlus du Tibre, ainsi que les roses qui fleurissent, dit-on, dans les plaines de'sertes de Pestum, n’existent que dans les pages des vieux livres de voyages. Les bords du I ibre sont en géne'ral inaccessibles , par des niasses de ruines et d’immondices, interrompues çà et là par les jardins et les orangeries des cardinaux.
Vers la fin du seizième siècle cette énergie des Romains, qui s’était souvent tournée vers la liberté, mais qui, plus souvent, avait produit des violences et des crimes sous un gouvernement superstitieux et despotique , déclina visiblement. Les nobles factieux étaient devenus des chefs de brigands : ils dévastaient leur ville natale et portaient la ruine et la désolation dans le sein des familles. Le peuple, tantôt esclave et tantôt insurgé, était le
celui de la Fortune virile; telles étaient les images qui entouraient la demeure de Rienzi, et qui justifient ses historiens , quand ils disent que ces monumens imposans de l’ancienne grandeur romaine lui donnèrent des sentimens au-dessus du siècle où il vivait, et lui inspirèrent le projet gigantesque de relever la liberté de son pays sur les ruines de la tyrannie. Cette maison est très-curieuse comme exemple de l’architecture domestique de Rome dans le quatorzième siècle ; ses murs épais, irrégulièrement parsemés de petites fenêtres gothiques, sont incrustés de fragme’ns d’anciennes sculptures qui méritent d’être examinés, mais dont il est très-difficile «l'approcher ; car la casa Rienzi est située à côté d’une de ces misérables petites rues dont Rome abonde , et qui sont encombrées de tant d’immondices, que l’air en est inlecté au loin. Qn lit sur la porte qui ouvre du côté de cette ruelle , une inscription qui dit que la fabrique a été élevée par le fils de Crescenzio et de Teodora, et qu’elle a été habitée dans le quatorzième siècle par Nicolas di Rienzi, tribun, du peuple romain.
ESSAIS
plus corrompu d’Italie; et, quoique la sombre et cruelle tyrannie du spirituel despote Sixte-Quint (i) ( de ce pape sanguinaire qui enviait à Elisabeth le meurtre de Marie Stuart) arrêta pour un instant le torrent des iniquités, et abaissa pour toujours la fierté des barons romains; cependant, après sa mort, le peuple, qui avait perdu sa férocité, se montra encore plus avili. La démoralisation domestique des nobles, la pompe , le luxe , les extorsions de la cour et du conclave ne diminuèrent nullement. Pendant les siècles suivans, l’état religieux et civil de Rome a été une anomalie dans la société humaine (2). La cour du Quiri-
(1) La terrible sévérité de Sixte-Quint était presque justifiée par l’état de Rome dans son temps. Ses efforts pour provoquer la réforme , bien plus que sa cruauté, le rendirent l’objet de la haine des Romains, qui, malgré tout ce qu’il avait fait pour l’embellissement de leur ville , et pour les tirer de l’esclavage des nobles , brisèrent ses statues après sa mort.
(2) Alexandre vu (Chigi), quoiqu’il affectât de vivre de châtaignes avant son exaltation, devint ensuite un Apicius. Un voyageur français a dit au sujet du règne de la famille Chigi : « Je pourrais faire une longue histoire des fraudes, des vols , des extorsions , des débauches, des tracasseries, des assassinats et des guerres que les Romains ont supportés pendant douze ans que les Chigi gouvernèrent. » T^oj'oge historique d’Jtolie. Voyez aussi Lalande.
nal , comme celle de Louis xm et de Louis xiv, était dirigée par les intrigues des prêtres et des courtisans. Les cardinaux gouvernaient par cabales, et toutes les places étaient obtenues parleurs maîtresses ou leurs laquais, classe qui venait immédiatement après celle des cardinaux dans l’ordre de la puissance. Les princes ou patriciens (il y en avait des deux(i) espèces) riches, livrés à l’oisiveté, ignorans et avares, étaient entourés de misérables suivans de l’opulence et de la grandeur (2) , dont le nombre est toujours très-grand dans les pays mal gouvernés. Le peuple, dénué d’habitudes domestiques, menait presque la vie des sauvages, et se trouvait satisfait avec du pain pour
(1) Il existait, et il existe encore quelques familles, telles que les Colonna , les Orsini , les Conti et les SaveJli , qui se vantent de descendre des anciens patriciens. La famille Santa-Croce se dit descendue de Valérius Publicola. Les autres princes doivent leur rang aux pontifes de leur maison. La sœur de Sixte-Quint était une blanchisseuse; il la fit princesse; et Pasquin fit une épigramme sur cette élévation . Le pape promit à l’auteur sa vie et une bourse d’or s’il se découvrait : il le fit et reçut la bourse; mais il eut les poings coupés et la langue percée. Voyez la vie de ce pape.
(2) Le cardinal de Retz décrit les cardinaux allant à la cour , suivis chacun par cent à deux cents gentilshommes suivans.
1SSAIS
aliment, et l’Eglise pour amusement. La dépendance était encouragée par l’orgueil , la pauvreté était prëcliée comme une vertu, et l’on en faisait un état. Le parasite suivait le prince, et le mendiant suivait le prêtre. Les femmes de tous les rangs se divisaient en deux classes : les vestales et les concubines; elles étaient enfermées dans des couvens , ou lancées dans la société, libres de tous les devoirs maternels et des liens du mariage, maîtresses d’amans mariés , épouses des amans des autres femmes. Les passions dans toutes les classes n’étaient ni contenues par les lois , ni dirigées par l’éducation; et tous' les crimes pouvaient être rachetés par la puissance. Le meurtre était taxé (i) depuis un panier de figues jusqu’à une bourse d’or , et le meurtrier trouvait
(1) Plusieurs lettres du cardinal Jean de Médicis à d’autres cardinaux, ou au duc son frère, sont en faveur de meurtriers. « Un pauvre homme ( dit-il ) qui avait été exilé pour avoir tué sa femme , avait appuyé ses réclamations auprès de lui par un panier de belles figues : quant au meurtre de sa femme , il trouva qu’il en était justifié par sa conduite déshonnête. » Sous le pontificat de Clément ix , le cardinal Francesco Barberini donna asile au fameux bandit Scarpalega dans ses terres de Palestrina pour une certaine somme. Le pape envoya vainement ses sbires à la recherche de 1 assassin le plus notoire de ses états. Le cardinal avertit son protégé des
un asile depuis le grand autel de leglise jusqu’au cabinet du palais. Des assassinats étaient commis toutes les nuits, et la main qui se chargeait de frapper pour de l’argent, indifférente sur sa victime, se trompait souvent, et s’excusait en assurant que c était une méprise. ( i )
Les seuls liens qui unissaient la société étaient ceux du vice; c’était l’intérêt qu’inspirait une table de jeu, ou les intrigues d’un amour illicite : tous étaient dévoués au premier, et les maris eux-mêmes aidaient quelquefois leurs femmes à se débarrasser d’un sigisbé importun , dont la présence s’opposait à une liaison plus profitable au ménage, (a)
Les rites de l’hospitalité étaient rarement célébrés, hors à l’occasion d’un mariage, ou
intentions du saint père , et il échappa pour cette fois. Ces Barberini seuls (disait Pasquin) suffiraient pour nous faire devenir athées!
(1) « S cuse padron mio e un sbaglio , était la froide et ordinaire excuse en pareil cas. Si l’homme mourait, la justice faisait enlever le corps, et tout était dit. J’ai ouï dire a un prélat de la consulte , qu’il y avait souvent dans le cours d’une année deux mille assassinats dans l’étendue de l’état ecclésiastique. » (Lalande, tom.6p. i5i.)
(2) « Ou parle encore souvent en France de la jalousie italienne ; mais c’est sans doute par une ancienne tradition. >» Lalande, tom. 6. p. i5i.
ESSAIS
4oG
d'un dîner diplomatique chez ’u cardinal. La maison du cardinal d’York a été pendant longtemps la seule à Rome où un étranger pût espérer de trouver un couvert, même avec les plus fortes recommandations. Le grand luxe consistait dans une suite nombreuse de domestiques, un équipage brillant (i) et un vaste palais. Les collèges et les couvens contenaient quelques pédans, savans en théologie et en littérature classique : tout le reste était condamné à la plus profonde ignorance, et l’inquisition avec ses sbires, s’opposait bien vite à tout développement de l’esprit. Les peines capitales étaient extrêmement barbares, mais très-rarement infligées; et si le peuple souffrait quelquefois la torture ou l’estrapade, il se donnait aussi à son tour la satisfaction de pendre un cardinal (2) , ou de ridiculiser les vices du conclave et du pontife par le moyen de Pasquin.
(1) La voiture d’un cardinal se distingue particulièrement par un parasol placé sur l’impériale , pour garantir son éminence quand elle descend ; et cet usage a fini par devenir une étiquette.
(2) En 1786 le cardinal Tortona exaspéra tellement le peuple par ses cruautés dans son emploi de grand-inquisiteur, qu’on l’arracha de sa voiture, et on le pendit à un gibet dans la rue.
historique^. 4o7
Comme il n’existait aucune police intérieure, le public devait encore aux Tarquins et aux Césars le peu de commodités dont il jouissait. De splendides fontaines, lançant leurs eaux du sein des nymphes et des conques des tritons, avaient été érigées par les papes comme un monument de leur magnificence; mais les conduits pour les eaux , si merveilleusement construits dans les temps où l’on ignorait totalement la science hydraulique, étaient après vingt siècles, et sont encore les principaux moyens pour le nettoiement d’une ville qui a profité si peu des avantages que lui avait laissés 1 antiquité (i). La Cloaca maxima présente en vain ses canaux négligés; et des rues bordées de palais, et de palais de marbre, ont même à présent très-peu d égouts pour emporter les boues accumulées pendant des siècles.
Il est peu nécessaire de calculer combien de temps un tel état de désorganisation sociale aurait pu subsister; mais il paraissait presque avoir atteint son terme quand la révolution
(1) Un des traits qui honoraient le plus les Romains, était leur soin pour la commodité et le bien-êlre public. Leurs routes, leurs égouts, leurs aqueducs, valaient bien leur Panthéon et leur Colisée.
ESSAIS
française éclata; et avant que l’Italie fût conquise, des idées révolutionnaires avaient déjà circulé dans Rome.
Hugues de Basseville (i), homme de lettres et de talent, fut choisi par la convention nationale pour sonder les dispositions de ce peuple qui n’était plus celui que l’éloquence d’Arnauld ou de Rienzi avait ému. Pie vr, qui avait refusé de reconnaître la république française, surveillait avec soin les actions de l’émissaire du républicanisme ; et Basseville affectait de s’occuper des intérêts de l’académie de peinture de France, alors remplie dejeunes gens qui pensaient plus àBrutus qu’à Raphaël.
Deux classes puissantes étaient adverses à tout changement dans l’ordre ou plutôt le désordre social de Rome ; c’étaient la pre-
(i) Il avait été l’ami de Mirabeau et de Brissot, et il était auteur des Élémens de Mythologie et de plusieurs autres ouvrages. É1 evé d’une humble situation par ses seuls talens , choisi par le général Dumouriez comme secrétaire de légation près de la cour de Naples , il fut de là envoyé à Rome. Mais la réforme était alors aussi odieuse au peuple romain qu’à son maître , et l’agent de la république française fut assassiné.
La mort de Basseville est le sujet d’un des poèmes les plus célèbres de Monti • mais on voudrait pouvoir oublier que l’auteur d’Aristodème a écrit la Basyiliade.
HISTORIQUES. zfog
mière et la dernière : l’aristocratie ( comprenant l’Église), et la populace conduite par les hardis et fanatiques Trasteverini (i). La dévo-
(0 Les Trasteverins forment une grande partie de Ja population romaine, et ils naissent et vivent de l’autre côté du Tibre , ou comme disent les Romains , di là del Tevero. Le Trastevere a été uni à Rome et fortifié par Ancus Martius; c’était une colonie du Latinum. Dans le temps d’Auguste, des corps appartenant à l’armée navale en station à Ravenne , résidaient là; et dans le moment actuel, le Trastevere , et par ses localités , et par ses habilans , offre plus de traces de l’ancienne Rome que toute autre partie de la ville. Ses églises sont des temples anciens , ses ponts sont encore où des consuls romains les avaient bâtis. Là , Horatius Codes défendit le passage du Tibre , et les vestiges du pont sont encore visibles. De là , Mutius Scevola se glissa dans le camp de Porsenna. On y voit aussi la vénérable église de Santa-Maria del Trastevere , le Parthenon des Trasteverins : ce temple de la Vierge occupe , dit-on , le site de la Taberna Meriloria (hôpital entretenu parle sénat romain pour les soldats invalides) , et l’étranger qui ne l’a pas visité un jour de grande fete , a été privé de voir un des spectacles les plus singuliers que Rome puisse offrir, une assemblée des descendans véritables des anciens Romains , conservant dans leurs nobles figures et leurs traits marqués , des preuves de leur illustre origine. Si l’on veut voir la forme d’Agrippine réalisée, telle que la sculpture nous la représente, ou celle de Porcia , comme on se la figure quand elle assure son époux de sa foi , ce n’est pas dans les palais qu il faut les chercher , on les trouvera plutôt parmi les
4lO ESSAIS
lion à la M adonna était la religion de ceux-ci, et le gouvernement papal autorisait et soute-
femmes du Trastevere : quoique la grossièreté de leurs habitudes et un rude travail aient terni leur beauté, elles conservent toujours l’apparence générale d’une race supérieure. Les hommes de cet ancien district ressemblent beaucoup aux charbonniers de Paris. L’habit des Trasteverins les distingue du reste des Romains , autant que leur physionomie. Les hommes portent sur leur tête un filet de soie à l’espagnole , ils ont une veste de velours noir jetée sur leurs épaules , une large ceinture rouge , et d’énormes boucles d’argent attachent leurs souliers. Les femmes renferment aussi leurs cheveux dans des filets de soie , et les ornent de poinçons d’argent : les joursde fête elles sont vêtues en corsets de velours galonnés en or, jupes de soie blanches ou de couleur, qui découvrent leurs pieds sur lesquels brillent des boucles d’argent , et tablier écarlate. Ils parlent un patois qui leur est particulier ; ils sont très-dévoués au gouvernement papal, très-dévots à la Vierge, et très-gascons dans leurs manières. Autrefois c’était un corps formidable; mais depuis l’occupation française ils ont beaucoup perdu de leur férocité , en partie parce qu’ils ont été privés de leurs stylets, en partie à cause de la fermeture des asiles pour les meurtriers à Ostie. Peu de temps après l’arrivée des Français les Trasteverins commirent quelques atrocités épouvantables; on fit fusiller vingt- deux de ces hommes, sur lesquels on trouva des stylets au milieu de leur clan .* c’était la première fois qu’on essayait de mettre un frein à leurs crimes, et il paraît que les effets de cet exemple ont été' décisifs.
nait les vices et les privilèges des autres. La révolution française étant considérée par tous comme un ennemi commun, l’agent français devint un objet de haine et de suspicion , excepté pour quelques individus de la jeunesse des classes moyennes. Une imprudence de Basseville donna à l’opinion publique l’occasion de se manifester par des symptômes non équivoques. Après un dîner que lui donnaient les jeunes artistes de l’académie de France, où l’on but plus de vin qu’il ne l’aurait fallu pour remplir les vues d’une mission secrète, Basseville alla en voiture au cours avec sa femme et son fils, et permit à ses laquais de prendre la cocarde tricolore. Ce fut le signal du tumulte. La rue était remplie ( soit accidentellement, soit à dessein ) de Trasteverins. Une terrible émeute éclata; Basseville chercha en vain un refuge dans le palais de son banquier, la populace le suivit et le massacra avec des circonstances atroces : un soldat de la garde pontificale lui donna le premier coup. L’académie de France fut attaquée , les élèves se sauvèrent par la fuite. Les maisons des étrangers furent pillées; et pendant le tumulte, la Vierge, dont le nom était le mot d’ordre , a été vue dans plusieurs églises ouvrant les yeux (de peur que le peuple n’ouvrît les siens),
afin de donner un témoignage de la part qu’elle prenait à l’horrible croisade entreprise en son honneur. Le cardinal Ruffo ( conducteur de l’affreuse réaction de Naples) excitait le peuple à défendre son Eglise; et le pape institua une messe nouvelle en l’honneur de la Vierge, qui fut célébrée, sur tous les autels de Rome , sous le titre de De apertione oris et oculorum Beatœ M. V irginis.
Mais si en i 793 un émissaire de la convention nationale avait été assassiné à Rome, en 1797 les Gaulois du dix-huitième siècle passèrent le Rubicon , prirent la Romagne , le duché d’Urbin, et la Marche d’Ancône. Le meurtre du brave général Duphot, sous les yeux de l’ambassadeur accrédité de France, décida le sort de la Niobédes nations. L’occupation militaire de Rome s’ensuivit (1), et la
(1) Pendant que Joseph Bonaparte était ambassadeur de France à Rome , il s’ëlait déjà déclaré parmi les jeunes gens une tendance au républicanisme; et à l’occasion d’un dîner public donné par l’ambassadeur au palais Corsini où il logeait , une grande troupe de jeunes hommes parut devant les fenêtres de l’ambassadeur et cria viva la repubhca ! Les Iroupes du pape furent mises à l’instant sous les armes , et le parti qui portait alors le nom de papiste , se joignit à elle. La cour du palais Corsini se remplit d’une multitude armée. Le général Du-
HISTORIQUES. /j]3
fière capitale du monde devint line province française désignée par le nom de chef-lieu du département du Tibre ! Des préfets gouvernèrent où des pontifes avaient régné; et les Leoni in. Faticano contemplèrent la tremenda 'vamtà di Francia , portant ses réformes jusqu’aux portes de Saint-Pierre , chassant le meurtrier de l’asile de l’autel (i) , arrachant le poignard des mains de l’assassin, mettant au jour les iniquités les plus secrètes, réglant le
phot vint sur le balcon demander raison de cet outrage contre le ministère sacré d’ambassadeur : une balle bien ajustée l’atteignit et le tua dans l’instant où il parlait. L occupation militaire de Rome vengea sa mort. Le parti républicain sauva la vie de Joseph Bonaparte en le faisant passer par-dessus le mur du jardin , d’où on le conduisit en lieu de sûreté.
(0 Le privilège d’asile pour les meurtriers que possédait depuis tant de siècles les cardinaux , l’inquisition et les ambassadeurs, fui aboli à l’instant. On ôta les stylets au peuple ; une police régulière fut établie ; les sbires furent remplacés par des gendarmes, et l’assassinat devint au bout de quatre ou cinq ans aussi rare que dans tous les autres pays. Au retour du pape les gens du commun voulurent revenir à leur ancienne méthode de poignarder , mais l’application immédiate du cavaleto , ou bastinado , établi depuis la restauration, réussit à empecher ces querelles et ces vengeances sommaires» Chaque quartier de la ville a un commissaire de police f et le gouverneur de Rome est le chef suprême de tous.
ESSA.FS
temps d’après les calculs européens , détachant les liens de la superstition, forçant l’indolence à entrer dans les rangs de l’industrie r et purgeant l’état de cette dangereuse engeance qui s’était si long-temps opposée à la prospérité des Romains et corrompait leursmœurs. (i) La véritable société romaine est presque inaccessible aux étrangers; mais, aux yeux de ceux à qui de favorables circonstances ont procuré les moyens d’y pénétrer, elle paraît avoir éprouvé moins de changemens par la révolution que dans toutes les autres villes
(i) Le pape céda par le traité de Tolentino presque toutes les statues qui sont venues à Paris. II fit plus , pour consoler les Romains de leur perte, il employa l’éloquent et célèbre prédicateur monsignor Tenai , de la congrégation des missions , qui leur prêcha la résignation , dans des stations qu’il avait fait ériger exprès ; et tandis qu’on emballait l’Apollon , il occupa leur attention eri prêchant lui-même , déclarant que saint Paul avait commandé de briser les statues , et que Constantin en avait ordonné la vente publique comme une marque de son mépris ; que c’était la croix et la Vierge qui devaient attirer les yeux des vrais chrétiens, et que ce n’était point les châsses de leurs saints , mais ces dieux et déesses qui amenaient les hérétiques dans leur sainte cité, et leurs mauvais exemples parmi les élus de saint Pierre. Le pape prêchait; le peuple écoutait ; les statues furent emportées, et leur départ fit aussi peu de sensation que leur retour.
d’Italie. Elle n’a jamais senti l'influence de la présence du maître qui se complaisait à s’entendre nommer Charlemagne et César, mais qui ne vint pas au Capitole pour se faire couronner. Bonaparte, qui avait conquis deux lois l’Italie, n'a jamais vu Rome: ce fait appartient à la série d’incongruités qui composent son caractère et sa destinée. Le peu d’apparence de réforme qu’on trouve dans les cercles de la société romaine est exclusivement borné à la haute bourgeoisie , qui comprend les professions libérales, quelques employés, et les mercanti di campagna ou agriculteurs , dont les propriétés dérivent de la vente des biens de l’Eglise pendant la révolution, et qui résident presque toujours à Rome, quoiqu’ils vivent du revenu de leurs domaines dans les diverses provinces des états romains. Si l’on voit quelques traces d’ordre ou de propreté dans un ménage romain, si l’on trouve un escalier éclairé la nuit (i), des chambres parais-
(i) Hors les palais des ambassadeurs , et ceux qui sont habités par les étrangers , je ne me rappelle pas d’avoir vu la cour ou l’escalier d’un palais romain éclairés ; même les laquais des cardinaux portent des lanternes pour éclairer leurs éminences jusque dans l’appartement, et cet usage est universel. Les personnes qui n’ont point de domestiques portent elles-mêmes leurs lanter-
ESSAIS
sant propres le jour, cette innovation ne peut se rencontrer que dans les demeures de cette classe respectable (i); c’est également chez elle que le peu de communications sociales qui existent à Rome sont les plus fréquentes; et j’ai su des personnes qui ont eu plus d’occasions d’en juger que moi, que les principes libéraux, les lumières, qui sont dispersées entre tous les rangs dans les autres villes italiennes, ne se trouvent à Rome que dans cet état mitoyen. Ce sont en* effet les classes moyennes qui ont gagné le plus aux changemens récens, et elles regardent en arrière avec un regret sur lequel l’amour-propre et l’intérêt personnel .influent sans doute à un trèshaut degré. Je me rappelle qu’une bonne dame romaine, chez laquelle nous étions descendus, aimait beaucoup à nous parler de sa familiarité avec les grands pendant les jours de l’égalité républicaine, et qu’elle appelait toujours dans ses récits le prince B... Camillo, et la duchesse de L . la Margarita, ajoutant : C'est
nés, qu’elles éteignent et laissent dans l’antichambre dans leurs visites de prima sera.
(i) Les maisons particulières de Rome, qui sont petites et mal construites , sont appelées maisons de Sixte- Quint, parce qu’elles ont été en grande partie bâties par lui.
ainsi que nous nous appellions les uns les autres du temps de notre république .
Le boutiquier romain (qui muse et dort dans son échoppe (i) toute la journée, et demande un prix à capnccio pour ses marchandises françaises et anglaises) cherche sa récréation à la palicorda ou à l’opéra-comique, et le marchand inférieur ne connaît pas d’autre plaisir que celui de s’entasser, lui vingtième, dans une voiture louée le dimanche après midi , et de parcourir ainsi les rues malpropres et échauffées per fare il pizzicarolo. Les cittadini ont des divertissemens plus raffinés : ils tiennent tour a tour des académies de musique, où ils se rassemblent pour assister à une tragedia alla tavola (la lecture d’une tragédie favorite de Monti ou d’Alfieri); et s’ils sont du premier ordre de la bourgeoisie, ils vont à la conversazione de quelque mezza dama , demidame. Ces demi-dames appartiennent à une sorte de noblesse de province, qui vient des villes de la Marche ou des Légations, passer
(x) La véritable boutique romaine est une sorte de stalle ouverte, précisément semblable à celles de Pompei. Les boutiques du Corso, le Bond-street de Rome, sont un peu modernes j et depuis l’occupation française elles sont remplies de marchandises de ce pays qui fournit toute l’Italie.
4l8 ESSAIS
l’hiver à Rome, et s’il leur est permis par politesse de visiter une signora principessa , elles n’auraient jamais la présomption d’être de son cercle, ou d’être admise dans la maison d’un ambassadeur étranger bien versé dans les étiquettes de la dignité romaine. Deux des plus aimables femmes d’Italie et des plus remarquables par les dons de l’esprit, n’ont pas été invitées aux soirées de M. de B...., parce qu’elles n’étaient, par leur naissance, que mezza nobile , ce que nous appelons en Angleterre gentlewomen.
Les patriciens romains, les princes de l’empire , séparés de la grande masse de la société par des distinctions établies depuis des siècles, malpropres et superstitieux comme des faquirs indiens, végètent dans des niches de leurs fastueux palais. Les héritiers des Grégoires et des Théodores passent leur matinée entre le sommeil et l’oisiveté, enveloppés dans une grande redingote couverte de poussière (la toge romaine moderne), qu’ils changent rarement à aucune heure du jour pour un vêtement plus soigné. Un dîner servi de bonne heure, mais qui n’est point un dîner de prince, termine cette matinée; Yàsiesta vient ensuite, puis la promenade au Cours, véritable marche funéraire dans un^rue longue et
étroite , quelquefois variée en été par une course aquatique sur la place Navone (1). La prima sera est passée dans quelque noble palais, où l’on trouve à la fin d’une longue suite de pièces non éclairées la signora principes sa , dont les yeux brillent à côté d’une lampe solitaire, ou d’une paire de bougies donnant une clarté qui interrompt à peine l’obscurité d’une chambre qui n’est jamais égayée par un foyer. Cependant le caldanino , dont les charbons sont à moitié éteints, est présenté au visiteur le plus distingué; et il s’établit une conversation telle, que des esprits sans activité et sans ressource peuvent la soutenir : un serin on du prédicateur à la mode, 1 epadrepacifico, si c’est en carême; un cicisbeo volage ou trahi , si c’est en carnaval, occupent jusqu’à l’heure de l’opéra, ou jusqu’à l’instant où les deux seules maisons romaines qui sont ouvertes à la société, allument les bougies autour de leurs tables rouges et noires, seul objet pour lequel
(1) Avant que la noblesse de Rome, chassée par la mal-aria , ait abandonné pour un temps fort court cette ville, une de leurs récréations favorites était d’aller en voiture sur la place Navone (qui est couverte d’eau exprès pour ces promenades), et d’y manger des figues et du pudding à la bolonaise , rempli d’ail.
420 ESSAIS
la compagnie vient, et pour lequel on la reçoit. (i)
Le palais de la princesse Pauline Borghèse, quoiqu’elle soit princesse romaine par son mariage, ne peut guère compter pour une maison romaine; c’est cependant la plus hospitalière de Rome (2) ; ses dîners sont fréquens
(1) Le cercle du signor Torlonia le banquier (duc de Bracciano) est tellement européen , et même universel, étant composé de personnes de tous les coins du globe, que ce serait un libelle de l’appeler romain. L’hospitalité de ce gentilhomme est sans bornes , et ses attentions pour les Anglais méritent leur plus vive gratitude. La duchesse de Bracciano a des assemblées toutes les semaines qui ressemblent à nos rout. Le signor Torlonia est le seul homme riche à Rome qui achète les ouvrages des artistes modernes. Les murs et le plafond de son beau palais sur la place de Venise, sont couverts d’excellens dessins de Palaggi de Milan, et de Cammucci; et le grand salon contient un des chefs-d’œuvre de Canova , qui réfute l’éloge insidieux qu’on lui donne, en disant qu’il ne travaille que pour les Grâces. C’est son Hercule et Lycas.
Le signor Torlonia est le fondateur de sa fortune , et il a acheté son titre.
(2) La duchesse de Devonshire , quoique résidant habituellement à Rome , ne peut être comptée comme appartenant à cette ville. Sa maison est le centre de la meilleure société étrangère et italienne ; et l’on y trouve tous les agrémens que peuvent réunir la fortune, le rang, le goût et les lumières.
et somptueux, et ses concerts et ses soirées ont lieu toutes les semaines. On trouve toujours dans ses cercles une grande partie du conclave; car depuis le temps de la papesse Jeanne, aucune dame n’a été aussi entourée de cardinaux que la belle Pauline. Lucien et Louis Bonaparte ont de superbes palais; où ils vivent retirés dans le sein de leur famille. Mais la personne la plus distinguée et la plus intéressante de cette famille est bien certainement la vénérable mère de Napoléon. Avec une beauté éclatante, que l’âge n’a pas encore toutà-fait effacée, digne dans l’adversité, comme elle a été modeste dans la prospérité, toutes ses pensées , tous ses sentimens n’ont qu’un seul objet, le prisonnier de Sainte-Hélène, dont elle Uvait improuvé l’orgueil dans les jours de sa gloire (1), et dont elle pleure mâin-
(1) Bonaparte, peu de temps après son élévation au trône impérial , rencontrant sa mère dans le parc de Saint-Cloud, moitié sérieusement, moitié en plaisantant, lui tendit sa main pour la baiser : elle la repoussa avec indignation , et lui présentant la sienne devant toute sa suite , lui dit : C’est à vous de baiser la main de celle qui vous a donné la vie. Nous avons vu dans la chambre qu’elle occupait ordinairement (ou nous la trouvions presque toujours filant, avec son livre de prières à côté d’elle ) , les portraits de tous ses enfans , dont cinq III. 08
ESSAIS
tenant la destinée, plutôt comme l'enfant de son affection que comme celui qui a régné sur un puissantempire. Nous avons vu très-souvent cette respectable dame, quoiqu’elle reçoive en général fort peu de monde, et nous avons cru voir dans l’énergie et la force de son esprit la source des talens extraordinaires de son fils.
Dans le véritable palais patricien, l’économie la plus rigide règne partout, unie à une malpropreté qui accompagne rarement la frugalité. Souvent le cuisinier est une sorte de domestique traiteur, qui sert à la famille un dîner grossier à tant par tête (1), et le mémoire hebdomadaire de la blanchisseuse n’est jamais chargé d'item extraVagans. La douillette sale et le bonnet du matin (a), sont changés le soir
étaient souverains .dans le temps où ils ont posé pour les lui offrir. Vous voyez, dit-elle un jour que nous considérions celui de Napoléon , quand mon fils Bonaparte s’est fait peindre pour moi , je lui ai fait quitter sa couronne .
(1) On nous a assurés que plusieurs nobles soupaient tous les soirs chez le restaurateur , pour éviter la dépense d’une table.
(2) La toilette française ayant été introduite pendant le régime français , sert toujours de modèle à celle des Romains. La derniere est cependant moins minu-
pour la robe de velours et le diadème de diamans ; mais tout le reste demeure dans le même état, et les manchettes de point de l’antique cavalier servant ont une teinte rousse qui atteste leur ancien service. Dans ce cercle d’aristocratie, sinon pure, du moins sans mélange, les cardinaux occupent les premières places. Avec des revenus bornés, un train considérable ( i ) , et peu de ressources , leur grand objet
tieuse que son original. Quand Lalande visita l’Italie au commencement du dernier siècle , il observe qu’on ne trouvait pas plus de quatre belles personnes dans les cercles de la haute société de Rome ; on en peut compter le meme nombre actuellement. Les femmes nobles sont petites et grasses; elles ont ce qu’on appelle en France l’air empesé ; c’est le résultat de leur vie indolente: elles sont en général très pâles. Une des quatre beautés que nous avons remarquées, est la blonde la plus parfaite que j'aie jamais vue. Les idées que les étrangers se sont formées par avance sur la beauté des Romaines, ne sont réalisées que dans quelques exemples et parmi le peuple.
fi) J ai été obligée de décimer l’honneur de la visite d une ou deux éminences , uniquement parce que ma petite antichambre n’était pas capable de contenir leur suite. La vérité oblige de dire que parmi les membres du conclave, il se trouve plusieurs hommes extrêmement aimables. Us sont généralement ultras en politique , mais pas plus que la hiérarchie protestante d’Angleterre. Tandis que le banc des éveques anglicans, à la honte du
424 ESSAIS
est de chercher les moyens d’épargner leur argent et de passer leur temps : ce sont encore les beaux de la société romaine ; on les voit partout développer la légèreté innocente d’une sémillante caducité , mettant leurs jambes rouges et leur toupet poudré en évidence dans les salons des princesses et des duchesses, jusqu’à ce qu’il plaise au Saint-Esprit de les désigner comme l’objet de sa grâce spéciale pour remplir le siège de saint Pierre , et punir et absoudre dans les autres, les péchés qu’ils auront abjurés en quittant les conversazioni et la calotte.
Mais malgré tout ce qu’on peut dire sur la vivacité des gaillards du conclave , malgré tout ce qui a été dit sur celle des chevreaux, des petits chats, des veuves, rien n’égala jamais la pétulance fringante des monsignori ou prélats romains, sorte de laïco-ecclésiastiques ,
nom chrétien , si ce nom pouvait être compromis par la conduite de ceux qui le portent , vote contre leurs frères les catholiques d’Irlande dans le sénat britannique , les cardinaux romains, et le pape à leur tête , mettent de côté les anciens préjugés de leur Église en faveur de la religion protestante. Dans la capitale du catholicisme , il a été permis à une procession de huguenots , conduite par le respectable M. Necker, de Genève , de se rendre publiquement à leur communion.
annonçant leur destination sacrée par des bas violets et un collet de même couleur, et prouvant leurs inclinations mondaines par une sorte de présence universelle qui multiplie leur existence, au point de lasser, par leurs apparitions réitérées, la faveur que leur gaîté obtient ordinairement dans une ville où tous, excepté eux , semblent traîner des chaînes à chaque pas. Je crois voir encore en ce moment un de ces monsignori qui, pendant que je travaillais dans mon appartement à Rome, m’amusait et s’amusait lui-même en cherchant à saisir la manière guindée et formaliste de V abord anglais. J’avais commencé la conversation en parlant des catholiques irlandais , et en déplorant leurs longues souffrances. Il répondit brièvement et froidement à toutes mes observations par un povera gente(i), et il con-
(i) Pauvres gens! J1 est de fait qu’un mot de lord ou même de lady Castlereagh aurait plus d’influence à Rome que les cinq millions de catholiques irlandais , avec leur primat et leurs évêques à leur tête. Pendant la semaine sainte , tandis qu’on refusait à la reine d’Angleterre une garde d’honneur , et qu’elle se trouva ainsi exclue des cérémonies de ce temps, on avait assigné à une dame anglaise ministérielle une sorte de garde d'honneur qui l’accompagnait dans toutes les cérémonies. Depuis les jours de la reine des Goths et des Vandales, Christine,