LIVRE I
plus durables. L'homme n'est plus atteint dans un principe abstrait, l'État ou la royauté, il est atteint dans son sang et dans sa race : les passions qui n'agitaient autrefois que quelques individus gagnent la masse du peuple, et elles deviennent d'autant plus terribles que les esprits dont elles s'emparent sont plus bornés.» Si les guerres de races ont pour principale conséquence, comme nous l'avons vu en 1870, de transformer les blessures du patriotisme en blessures d'amour-propre, les passions nationales en passions individuelles, le programme d'une politique vraiment scientifique est facile à tracer : l'État doit mettre à profit ces mouvements aveugles et ces forces inconscientes en les dirigeant, dès l'école primaire, vers un but assigné d'avance. M. Albert Dumont nous montrait en 1872 (1) avec quel art consommé les Allemands ont appliqué, les premiers, la psychologie à la guerre : en 1878, M. Bréal (2) étudiait, à son tour, comment l'Allemagne a fait servir l'école au training patriotique :
Un autre travers plus récent de la pédagogie Allemande est de dénigrer les nations étrangères et de chercher à produire artificiellement Torgueil de race.
L'enseignement allemand présente ce caractère particulier qu'il a eu un rôle dans la politique intérieure et extérieure. En un temps où TAllemagne, souffrant de son morcellement, aspirait à Tunité, ces aspirations se sont fait jour d'abord dans les universités et dans les écoles, de sorte que les professeurs et les instituteurs ont préparé les voies aux diplomates et aux géné-
(1) Dumont, V Alsace, elc, Didier, 1872, în-12.
(2) Bréal, l'Allemagne in Dict, Pédagog. de Buisson, Hachetle, 1878.