CONCLUSION
Pie iX a Portici. — Fin des rôvolutions de l'Italie. — Situation de Naples. — Rentrée triomphante du Pape h Rome.
' Pie IX, pendant le siège de Rome, avait quitté la Tille de Gatte. Le roi de Naples mettait à sa disposition le beau palais de Portici. Tous les honneurs y étaient rendus au Saint-Père avec une magnifieence sans bornes ; et tout y pliait le genou devant lui, comme h la cour du Vatican.
La présence du pape, à Naples, eut Teffet le plus salutaire. Toutes les populations du pays acoonrurent se retremper auprès de lui aux sourees vives de la foi ; les troupes dles-mèmes voulureât jouir de sa vue ; il se montra partout et à tous. Il bénit le peuple et Tannée. Les derniers symptômes révolutionmnres disparurent successivement : les démons retournaient à Fablme, et Dieu rendait la paix à la terre.
Tout était bien changé depuis le 15 mai, dans le royaume des Deux-Siciles.
Léger coup-d'œil rétrospectif.
Après la dissolution de la première -Chambre, au 17 mai I8i8, une secande avait été convoquée et s'était ouverte le i« juillet ; animée des mêmes principes que la précédente, elle n'avait offert qu'une déplorable succession de séances tumultueuses ; et, le 5 septembre suivant, il avait fallu la dissoudre (l).
Le peuple, à cette nouvelle, espérant qu'il allait être débarrassé complètement du régime représentatif, se porta joyeusement au palais en s'écriant : «Vive le roi ! À bas la constitution ! » Mais au quartier de Montecalvario, les démagogues, indignés, tirèrent sur la démonstration royaliste : ce ne fut qu'une rixe sans suites funestes et sans conséquences graves. Néanmoins cette petite scène de désord)^ éclaira le gouvernement. On découvrit que la police avait donné des permis d'armes en grand nombre à une foule d'individus; et BozzeUi perdit sa place (2).
Le roi, néanmoins, continuait ses expériences parlementaires ; il voulut une troisième Chambre. Le général Pépé fut un des choix électoraux. La trahison était son titré. U ne se rendit point k son
Cette assemblée débuta par demander le renversement du mi- * nistère. BozzeUi, ^qmla police et l'intérieur avaient été enlevés, s'était raccroché au portefeuille de l'instruction publique, et tenait à conserver cette fiche de consolation ; il en appela, à la tribune, aux opinions démocratiques des représentants, en leur montrant ses poignets qui, disait-il, portaient encore l'empreinte des chaînes que jadis lui avait infligées le pouvoir absolu. Il leur montra ses joues amaigries qui offraient, selon lui, la trace des larmes libérales qui les avaient sillonnées lorsqu'on proscrivait les démocrates. B en appela enfin à la reconnaissance de ses firères, comme auteur de la grande charte, et teijnina pompeusement par ces mots : « f.en réfère à l'hÀsioire et à la postérité ! »
(1) « L*eipérience prouve, dit le citoyen Proudhon lai-mème, que le « despotisme des assemblées est cent^ fois pire que Vautocratte d*nn seul , « par la raison qu*un être collectif 'est inaccessible aux considérations « d'humanité , de modération et de respect de l'opinion qui gouvernent « les individus. » ( Confessions d'un révolutionnaire, p. 187.)
{%) Il était ministre de la police et de l'intérieur.
La troisième Chambre, poursuivant le système anti-monarchique éesès' devancières, prétendit ôter au roi ledroit de garder ses ministres. Il fut question à cet eflfet de refuser le budget et d*arrêtep le paiement des impôts. La Chambre, ambitionnant la puissâaice suprême, en voulait revenir encere aux beaux jours de l'anarchie révolutionnaire ; et, en mars I8i9, il fallut de nouveau la dissoudre.
Mais, cette fois, il y avait un telfdégoût dans les esprits pour les maximes du désordre, et un tel besoin de tf-anqulUité dans le pays, qu'une continuation d'expériences parlementaires eût excité un mé* contentement général.
Des députations de toutes les provinces, de toutes les viQes, de tous les hameaux, se rendirent auprès du roi, lui apportant des pétitions innombrables signées par toutes les classes de la société, depuis les plus riches jusqu'aux plus pauvres , depuis les plus grands jusqu'aux plus petits, et formant l'immense ma. jorité de la nation. Cqs pétitions demandaient r2d>olitiOB de la fittaie constitution qui, comme la chemise de Nessus, avait dévoré le coi|>s social qui s'en était revêtu.
Le roi écouta leurs prières; il céda au vœu national, il ne convoqua plus de Chambres ; et la paix revint au royaume
Remontons iQ à la restauration française de 1815.
Quand le libéralisme, après la chute de l'empire^ demandait à grands cris des chartes à tous les rois de la terre, il avait sa marche tracée. Une monarchie à lois constitutionuellea était, pour lu^ un pas vers une royauté à institutions républicjaine», qui conduirait înévitublement à une république démocratique,, au bout de laquelle seFAÎt pour conclusion l'anarchie socialiste^ l&iieç pUls ultra de la civilisation, l'élysée des Pierre Leroux.
Arrivés à la moitié de leur course, écoutez cQmnieni s'expriment maintenant, sur les vieilles chartesifomiamentales^ les disciples de la Mpntagne. Perrey, héros de février^ tra4uit en Cour d'assises , à Paris, comme ayant participé à «un mouvement insurrectionnel, se pronpnça franchement en .ces termes :
u Une constitution est aujourd'hui une oeuvre pernicieuse de dis-
« corde et de réaction Qu'est-ce qu*une constitution?.... Uu
« édifice impossible La ferez-vous reposer sur les dâuris qui
« nous entourent? Autant vaudrait, citoyens I essayer de construire « un palais sur les vagues mouvantes de TOcéan. Aujourd'hui, tout « un vieux monde s'écroule et toml>e en pourriture. Partout l'hu- « manité s'agite dans un laborieux enfantement. Aidez-làl faites « place au nouveau-né. Votre mission n'était pas de construire, mais « de démolir. Notre gloire éternelle, à nous autres révolutionnaires, « sera de l'avoir bien compris. Il n'y a phis de religion : lés ce dieux s'en sont allés. Le peuple attend un nouveau Messie! (1) »
Et ce Messie : c'est le socialisme.
fc Citoyens ! mes amis I mes Arères ! écrivait dernièrement le « citoyen Ledru-Rollin, à Londres, veillez nuit et jour pour sauver M la révoluiion I »
La RÉVOLUTION! monarchie représentative! où en êtesvous?... Ce n'est même plus de la république qu'il s'agit ; la république n'est déjà plus que l'enfance du progrès, l'arrière du mouvement. Le but est au-delà, bien plus loin. Le but est la révolution; et qu'est-ce que la révolution, prise en son large sens? le soda' (ûme, autrement dit « la fin des sociétés. »
Osons le dire franchement : le régime constîtntioiinel de nos jours a fait son temps, comme les monarchies absolues, comme les mythologies païennes, comme les institutions féodales, comme la chevalerie errante, comme les lois de l'inquisition, comme les guerres sacrées, comme levoltairianisme géant, et le saint-simonisme embrion, comme tontes les folies du passé. Nous touchons à une grande époque de réorganisation sociale ; toute l'Europe sent le besoin de se reconstruire à nouveau. Nous sommes à un moment de transition qui prélude à une ère régénératrice; les rouges le sentent eux-mêmes : seulement ils rêvent les ténues, et ce sont pour eux des lumières. C'en est fait, les vieilles coutumes du despotisme ne ressortiront plus de leurs tombes $ et lesridicnles utopies des royautés citoyennes iroM se coucher aupi%s d'elles : qu'elles y dorment, pour le repos de tous, jusqu'à la consommation des siècles l et que l'aurore régénératrice se lève!
Il faut une France nouvelle ; il la faut jeune, forte, splcndide,
(I) Cour d'assises, 13 juin 1849.
donnant des garanties aux peuples, et de Pautorité aux rois ; il la faut ennemie du despotisme^ consacrant les droits de chacun et les tenant tous en respect ; il la fout s^appuyant à la fois sur un principe immuable et sur d'invariables lois, alliant le pouvoir avec la liberté ; il la faut enfin rayonnante des gloires du passé, des expériences du présent et des promesses de l'avenir. Elle est dans les décrets de Dieu.
L'insurrection de Sicile était entièrement étoulTée ; la brillante épée du roi Ferdinand avait jeté sur toute ntalie un juste et vif éclat.
Le grand duc de Toscane, cbassé de ses états et réfugié à Naples ou il avait reçu Phospitalité la plus généreuse, était retourné triomphant à Florence.
Les Français avaient fait disparaître, à la fois, les Mazzini , les Salicetti, les Garibaldi, et la république romaine.
L'Autriche était rentrée dans ses possessions italiennes.
Venise avait capitulé.
Parme et Modène avaient recouvré leurs souverains légitimes.
L'Italie rouge était vaincue.
Plus de rebellions en Allemagne .
La Hongrie était rentrée sous la domination de son jeune empereur.
La France, si crudlement déchue en février, relevait peu à peu la tête, et pressentait des jours mâUeurs. Partout renaissait l'espérance; et la révolution, ce nectar divin dont M. Lanuirtine avait voulu abreuver chaque peuple, s'évaporait partout, aigre et noire, commme un vieil alcool en vidange.
Le roi modifia son ministère. Bozzelli et Rnggiero disparurent, de la scène politique. M. Fortunato fut nommé président du conseil. InteUigenee de premier ordre, il allait prouver qu*un grand âge, en certaines natures, n'affaiblit point un grand talent. Isehitella conserva le portefeuille de la guerre ; et M. Peccheneda, homme dévoué à son roi, fut directeur de la police (1).
(1 ) Il en est 4ui prétendent que toute lecture politique est défendue a
Le grand drame de lltalie était arrivé à sou terme-: il n'y manquait plus qu*une scène, la rentrée de Pie IX à Rome. Elle parut être tardive, elle n'en fut que plAs brillante.
Le Saint-Père quitta Portici au commencement d'avril 1850, escorté par le roi de Naples jusqu'à la frontière de ses États; il retournait au Vatican. Quel voyage! et que de triomphes !...
A Velletri, à ce même lieu où Garibaldi croyait à jamais la tiare vaincue, 140,000 hommes, avec des branches d'olivier à la main, ayant la joie peinte sur les traits et le repentir au fond du coeur, accouraient vers le Saint Pontife.
La rentrée du Pape dans la ville étemelle, était plus que le triomphe d'un souverain, c'était la restauration de la chrétienté, c'était le catholicisme réintégré au Vatican, c'était une haute manir festation de la justice de Dieu ; aussi offrit-elle un des plu3 sublimes tableaux que Thomme ait jamais pu contempler : Rome, agenouillée sous la bénédiction du chef de l'Église , et, aux acclamations de l'Europe, ressaisissant sa pahne éternelle.
« TI:è&Saint•^Père ! disait jadis Napoléon à Pie VU,, vous avez « les âmes, je n'ai que les corps ; vous êtes à cent pieds au-dessus « de moi. »
Plu3 de ces inspirations officielles et de commande qui ne renuient les masses qu'avec une secrète terreur : ici les joies et les enthour siasmes, faisant explosion dans leur unanimité, jaillissaient comme des sources d'eau viye sous, les feux du double soleil de la nature et de la religion.
Cette grande commotion populaire sortait réellement, cette- fois, des entrailles de la nation. La basilique de Saint- Jean était tendue de riches draperies; Pie IX, attendu à quatre heures, y devait faire sa première station.
Il faisait un temps magnifique, en harmonie av^ec la solennité. A l'heure précise,, le canon se fit entendre. Au loin s'élevaient des
Naples. La preuve du contraire est qu*on y trouve a volonté, et en vente» les œuvres de Proudhon et de Louis Blanc, ainsi que les journaux dérno^ eratiques d« France^
flots de poussière à travers lesquels scintillaient de brillantes armures. Le Saint Pontife entrait à Rome. Les eloehes sonnaient à grande volée; et l'airain religieux , mêlant ses harmonies de paix aux roulements des foudres de guerre, saluait le vicaire du Christ.
Toutes les maisons étaient pavoisées d'étoffes et de guirlandes, toutes les rues jonchées de fleurs et de verdures. A droite de la voitiire du Pape, et sur un beau cheval de guerre, était le général en chef Baraguay-d'Hilliers. Le long de ses joues martiales coulaient les pleurs de f attendrissement et de la piété. Formant la haie sur son passage, Tinfanterie française, agenouillant sa gloire et ses palmes, présentait humblement les armes au premier ministre de Dieu. Elle avait fléchi le genoux la paupière humide de larmes, elle prosternait ses bannières. Elle sentait qu- il y avait là, dans ce prêtre plein d'humilité, n'ayant d'autre force que la prière et d'autres armes que la foi, quelque chose de plus que la puissance d'ici-bas, quelque chose de mieux que les splendeurs de la terre. Et ces mêmes troupes, plus tard, comme éclairées par le Seigneur, ne devaient-elles pas prouver, par leur admirable conduite dans Rome, qu'elles étaient* non-seulement les plus vaillantes de l'Europe, mais encore les plus chrétiennes. Entre elles et le Saint- • Père devait se faire un merveilleux échange; elles lui avaient apporté leur courage, il leur conununiquait sa foi.
La toiture pontificale s'avança lentement au milieu des transports de la foule. La croix de Gharlemagne- était venue au-devant du successeur de saint Pierre. On n'entendait plus le fatal cri des séditions : «i Vive Pie IX! » Le peuple, avec l'admirable instinct qui lui est propre lorsqu'il ne se laisse point égarer, criait : « Vive le Pape, vive le Saint-Père. » Il n'était plus l'instrument des ridicules parodistes du vieux Rrutus. Il était redevenu lui-même ; il était (ui, enfin, et lut seul, dans toute la franche simplicité^ de la foi des premiers âges.
Le Souverain -Pontife monta les degrés de l'égMse au bruit de^
tambours et des fanfôres. L'ivresse populaire était telle, en ce
moment, que les Romains, se précipitant devant lui la face contre
terre, lui faisaient un tapis humain.
De Saint-Jean-de-Latran, le Pape se rendit à Saint-Pierre. 11
était dans un magnifique carrosse à six chevaux, précédé et suivi par ses gardes nobles, composés des premières fiimiUes de Rome. Ses cardinaux et le corps diplomatique raccompagnaient.
Le cortège passait au milieu d'une forêt de baïonnettes inclinées, devant toute une nation à genoux, sous des arceaux de blanches bannières, et à travers des nuées de fleurs.
Le vaste champ des airs semblait ne plus avoir assez de place pour suffire aux acclamations de la grande cité cathoUqae , de la reine du mon(ie chrétien. Le Vatican recouvrait à la fols sa puissance et ses prestiges. L'Europe allait de nouveau s'incMner devant ses vieilles ^ires. La république Mazzinienne s'était évanouie comme un songe de misère et d'q)pTobre. Rome, la première des puissances, car elle étend une main sur la terre et s'appuie de l'autre sur le ciel, Rome s'était lavée de ses souiliures; elle avait repris sa couronne.
Et le soir de cet heureux jour, quelle immense mer de clartés t La coupole de Michel Ange, illuminée du sommet à la baae, donnnait la ville entière de ses masses de feu. La tour et le paiaàa du Capitole étaient resplendissants de lumières ; la métropole étinœiait.
Du Capitole au Popolo, du Pindo au Vatican, il n'y avait pas une maison, pas un portique, pas une croisée, pas une terrasse, pas un balcon, qui ne fût splendidement illuminé, par des lampions de toute forme, des verres de toute dimension et des lanternes de toute couleur. La multitude circulait joyeitoneot entre ees murailles ardentes, au milieu d'une file de voitures découvertes. On eût dit un vaste incendie, ou.plulét une aurore enflammée ; car, Ui, il n'y avait plus de brasier révolutfomiatre; car, là, comme descendue des cièux, Rome, par anticipation, semblait présenter aux regards : la nouvelle Jérusalem.
De loin, en ce moment, toutes les capitales du monde chrétieo saluaient la Rome sauvée. Paris, le vrai Paris, soupirait: que d'âmes y disaient tout bas!
« A nous aussi t il nous faudrait un sauveur. A nous aussi t il
. « faudrait la rentrée triomphante, sous nos murs, et de la justice
« et du droit. Oh ! ce jour-là, Paris, la reine des nations, efiiaeerait
« encore dans ses joyeuses solennités, toutes les sol^nitésdes
'( autres capitales, toutes les Côtes des âges passés, toutes les mer
« veilles des jours présents. Rome a pacifié quelques peuples : Pa- « ris aurait sauvé l'univers. »
Toutes les hautes célébrités de VUnité italienne s'étaient successivement évanouies devant la raison publique, comme de sombres vapeftrs au retour du soleil. Les révolutions étaient enfin réduites et vaincues ; elles avaient fui successivement de tous les champs de bataille où elles n'avaient paru, en quelque façon, que pour déshonorer la gloire ; Tordre renaissait en Europe ; et, après le tumultueux essoufQement des peuples en délire , les nations se reprenaient à respirer.
Paris, dont le génie bat des ailes sur toutes les capitales de la civilisation, avait aidé an mouvement réparateur en attendant qu'elle pût se réparer elle-même. Une grande expérience venait d'être foite en divers lieux et à la fois : la république^ ce rêve sinistre des peuples, s'était présentée triomphante ; où en était-elle arrivée? EUe n'avait enfanté que des crimes, et n'avait pu produire un seul homme.
Les grands révohitionnaires de V Italie rouge étaient parvenus au pouvoir : on les avait jugés à leurs œuvres. Les uns, mirmidons matamores, s'étaient lâchement annihilés devant l'épée tirée devant eux; les autres, vanités boursouflées, et se donnant comme modèles en fait d'autorités gouvernementales, n'avaient été que dilapidateurs odieux, organisateurs inhabiles, et persécuteurs ridicules.
Après s'être fait du peuple iin marchepied, pour atteindre à la domination suprême, tous ces philanthropes charlatans étaient tombés de fourberies en fourberies, de déceptions en déceptions, et de ruines en mines, ne laissant après eux que des souvenirs de honte, des preuves de" rapine et des ruisseaux de sang.
Lorsque la crédulité modeste leur prêtait une oreille attentive et curieuse, ils s'imaginaient que le monde entier tremblait devant^ eux ; mais, pour peu qu'on les regardât hardiment et en face, ils tremblaient devant tout le monde.
Ce furent des météores sans chaleur créatrice et sans éclat vivifiamt. Que présentaient ces faux Lycurgues ? le désordre et la dos-
trucliôR. Où étaient, aux jours de revers et de danger, tous ces Wallaces de pacotille? dans des cachettes op en/uite. Qu'étaient ces parodies de Solont Textravagance et Tineptie. Aucune des idées qu'ils semaient ne purent ni germer, ni croître ; car rieu n'y était fort, ni durable. Aussi, malgré leurs vains efforts pour se donner un air colossal, leurs élévations et leurs chutes n'eurent jamais, en définitive, qUè des proportions raz-de-terre.
Le nom du Christ était sur leurs lèvres ; et quelques-uns de ces adorateurs de \^ foi catholique se firent protestants à Londres, et musulmane à Gonstantinople. Leur conviction religieuse était à l'unisson de leur croyaAce politique : l'une était aussi vraie que l'autre.
Et pourtant ces peuples italiens, auxquels les régénérateurs euxmêmes osèrent jeter, si souvent et si à tort , le reproche d'incapacité, d'insouciance, d'inertie et de lâcheté; ces peuples, en mille occasions, lors de la fameuse croisade , se montrèrent noblement dévoués et admirablement courageux ; mais la révolution , qui se jouait de leur enthousiaste imagination, ne savait ni les commander, ni les conduire; elle ne sut que les aveugler, les tromper et les perdre. Du courage elle fit une erreur, et du triomphe un précipice.
Elle avait promis Page d'or; elle n'offrit que le chaos.
Que sont devenus les Mazzini, les Sterbini, les Gioberti, les Mamiani , les Ganino, les Guerrazzi, les Romeo, les Montanelli, les Manin,les Garibaldi, les Tomaseo, les Salicetti, les La Masa, les Ferretti, les Gonforti, les Belgiojoso, les Mileti, les Carducci, les Durando,le& Pépé,les Gicero-Vacchio, etc., etc.? Toutes ces figures de lanterne magique révolutionnaire n^ont laissé sur la toile, où elles passèrent à la file, ni empreintes réelles, ni caractères durables. l.e vent a soufflé les flambeaux, et le feu a cassé les verres.
Mais tout est-il fini ? Hélas t non. Le génie démagogique, divinité turbulente et sauvage, Teutatès fatal et sanglant, n'est point encore anéanti ; sa tète hideuse se redresse. Le comUé central démocratique européen, dont le siège est à Londres, s'est réorga- . nisé en sections ; les sociétés secrètes se reforment , agissent» traitaillent et conspirent de toutes parts. Mazzini publie de nouveaux manifestes, où il déclare que ses forces sont immenses et que la victoire n'est qu'un problème de direction. « Il faut , dit-U, que. désormais, parmi les siens, la pensée soit la semence d'une action
continue^ que ehcufueidée se traduise en acte, que chaque individu représente un élément^ et que la concentration soit le secret de» la victoire (1). »
Et de pareilles choses s'impriment !... et tout cela se lit encore U.. Ah I c'est qu'il y aura toujours des révolutioimaires et des fanatiques, vu qu'il y aura toujours des dupes et des niais. . Les puissances de hasard, à la tête desquelles est placé Mazzini, in^ triguant aujourd'hui à Vienne comme à Londres, se sont faites angloautrichiennes; elles finiraient, si on les laissait continuer leurs machinations, par donner la plus grande partie de l'Italie à l'Allemagne. Lord Palmerston est encore le grand ponttfe A^\^ Péninsule rouge. U ne prend pas au sérieux, il est vrai , Yindépendance Max xinienne ; il l'emploie seulement comme un instrument. Qu'il y prenne garde toutefois t cet instrument est une machine infernale à deux bouches, qui pourrait, hien envoyer la mort, à ceux qui s'en servent comme à ceux contre lesquels elle est dirigée..
Point de fausse sécurité. Tandis que la France, au milieu des hasards d'une situation précaire sous laquelle elle se débat péni«» blement, attend,. selon. le grand mot de l'époque, un^ dernière folution, les rouges de Paris et de Rome.se flattent, ea rouvrant leurs arsenaux clandestins, d'en arriver encore, eux aussi , à leur dernière solution: au triomphe &n socialisme. A cet effet, Mazzini lui-même est venu l'été dernier k Paris. Un nouveau journal , le Voix du Proscrit , va être, dit-on, son organe ; et tandis que TEurope, avec une sage prudence, ne travaille en œ moment de toutes parts, qu'à mater, désarmer et ployer dans la poussière lemuffle sanglant de la révolution , les Titans de la régénération communiste ne songent encore qu'à escalader l'édifice social et k le broyer pour jamais sous le talon d'airain de la démagogie.
Ce n'est pas tout encore, l'ex-triumvir de Rome qui n'a point renoncé à l'espoir de commander encore au Capitole^ organise une société en commandite au capital de 10 millions pour se procurer les moyens de donner, le plus tôt possible, à sa chère Italie, l'inappréciable bienfait de la guerre civile. Reproduisons un des articles de la circulaire Mazzini, relatif à ce qu'elle appelle « Emprunt national européen. »
(1) Voyez I« journal « VÈvenemcni, » numéro du 23 octobre.
« tes sommes versées seront exclusivement destinées à rachat de» « armes et des matériaux de guerre, nécessaires à assurer Tindé- « pendance et la liberté de Fltalie... Aucune partie des fonds pro- « venant de rémpruht ne pourra être distrait pour donner des « secours d'aucune espèce. »
Admirez ici la philanthropie charitable et morale de nosseigneurs du comité rouge! Leur but patriotique est franchement avoué : « Guerre d'extermination à la Péninsule^ et point de secours aux malheureux! » Egorger sans pitié tout ce qui fait obstacle à leur ambition effirénée ; puis, au milieu de ces luttes fraternelles^ marcher, sans le moindre sentiment dliumamté, sur les ruines et dans le sangt...
La compassion! La charité! Arrière ces mots rétrogadesf Périsse toute une natîMi plutôt que le principe révolutionnaire t
Gloire au manifeste du comité rouge ! voici la guerre civUe es participation ! voici la ruine de Tltalie en commandite l Et lord Palmerston tolère ces audacieuses publications ! et Londres en subit It honte!...
Mais écartons de sombres images. Dieu ne saurait abandonner la terre aux suprématies du désordre. Les républiques sont jugées, et riniquité n'a qu'un temps.
Consacrons de dernières figues au; plus beau pays de TEuropo. Ah t quoiqu'on aient dit ses détracteurs, la belle et poétique Italie n'est ni dégénérée ni déchue. Elle a encore dans son sein dea esprits droits et de nobles cœurs : ia liste en serait mille fois plus longue que ceUes des fatales célébrités qui , plus haut , vient d'être donnée* L'Italie saura enfin discerner ses véritables amis de ses peifides conseillers. Le feu sacré de ses vieux âges ne saurait s'éteindre chez eUe. Ce fut la patrie des Césars. C'est la terre privilégiée du soleil, de la nature, des arts et du génie. Ce sera le champ éternellement ouvert aux admirations du monde enthousiaste et lettré. L'Italie fut la reine du mondé, et sa gloire ne peut périr. L'avenir a les yeux sur elle.