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L'Italie, ses beautés et ses souvenirs

Le 3 novembre de la présente année mil huit cent quatre-vingt, M. Ph. Landiy, député de Montmagny à la chambre des Communes du Canada, donnait, sous les auspices du Cercle Catholique de Québec, à huit heures p. m., une conférence sur " L'Italie et ses beautés."

Un auditoire d'élite, ce que Québec compte de plus intelligent, était venu entendre le jeune conférencier. Mgr E. A. Tasckereau, archevêque de Québec, occupait le fauteuil d'honneur, et entouré d'un nombreux clergé, il présidait cette brillante réunion.

Le Vice-Président du Cercle Catholique, Monsieur Elzéar Déry, recorder de la cité, en l'absence du président, Monsieur le chevalier Vincelette, présenta Monsieur Ph. Landry à l'assemblée, qui l'accueillit par de chaleureux applaudissements.

Monseig9ietir, ^^^

Mesdames et Messieurs,

Dans les premiers jours de 1796 arrivait Miu camp de l'armée des Alpes, près de Nice, un jeune homme encore inconnu. Le Directoire venait d'en faire un général, et général en chef à l'âge de vingt six ans, Bonaparte allait commencer cette immortelle campagne d'Italie qui fut pour lui le premier laurier de sa couronne consulaire, le premier échelon au trône alors inoccupé de Gharlemagne et de saint Louis.

« Soldats, s'écrie t-il à ses compati gnons d'armes, je vais vous con- « duire dans les plus fertiles plaines '(du monde; vous y trouveiez de « grandes villes, de riches provinces ; (( vous y trouverez honneur, gloire « et richesses. «

Que ne puis je. Mesdames et Messieurs, vous tenir semblable langage et faire briller à vos yeux promesses aussi séduisantes ? Et cependant nous allons les traverser ces plames les plus fertiles du monde, nous allons Ips revoir ces opulentes cités, ces riches provinces, et qu'y trouverons-nous ? Honneur, gloire, richessHs? A d'autres, aux soldats de la première république, aux conquéra' Is de l'Europe ces dépouilles ensanglantées, ce riche butin que des milliers de vies ont payé, cet honneur, cette gloire, feux-follets dont la tremblante auréole s'élève, h' soir, au-dessus d'un champ de carnage pour se dissiper sans retour au premier souffle de la brise matinale. Mais à nous la véritable Ita-

lie, l'Italie que les poètes ont chantée, que les beaux-arts ont ennoblie, que le sang des martys a fécondée.

Du sommet du Mont Blanc jusqu'au cap Portio di Palo, à l'extrémité de la Sicile, elle nous offre, dans cette étendue de 780 milles, allié à ce que la main de Dieu a fait pour son embellissement naturel tout ce que le génie de l'homme a pu créer, monuments superbes, que la peinture, la sculpture, l'architecture ont semés à profusion sur cette terre classique des beaux-arts. Et comme si cette union intime des beautés naturelles et des beautés artistiques ne suffisait point à sa gloire et à notre admiration, voilà que du sable de ses rivages, du fond de ses cavernes, du sommet de ses monts sourcilleux, des fissures de son sol, de toutes les pierres de ses monuments, l'Italie laisse échapper tout un monde de souvenirs. Souvenirs païens, souvenirs chrétiens : ils sont là. Trente siècles les ont entassés les uns audessus des autres.

« Viendra un jour, avait rhanté « le poëte de Mantoue, viendra un « jour où dans les champs de la <(Thessalie et de l'Hémus, le labou- « reur en ouvrant la terre avec le « soc de la charrue, rencontrera des (( dards rongés par la rouille, ou, de « son pesant râteau, h nrtei;i des (( casques vides et contemplera nvec (( effroi, dans les tombeaux uuLi'ou- ;( verts, de gigantesques ot^s.'^nvints.

(Georgiques l.iv. I. — Vers 493 )

(1) Monseigneur E. A. Taschereau, archevêque de Québec.

Depuis longtemps déjà s'est réalisée cette prophétie de Virgilp et trois siècles de persécutions, en creusant Ips catacombes, ont ajouté aux dépouilles du guerrier romain les res- U'S sacrés des soldats du Christ.

Telle m'est apparue l'Italie et telle j'aurais voulu vous la montrer ce soir sous le double asppct de ses b'^autés et de ses souvenirs. Mais les développements qu il m'a fallu donner à la première partie de cette conférence et l'extension non moins considérable que reclame la seconde, m'ont obligé de diviser mon travail :

je ne pourrai vous parler que d'^s beautés de l'Italie.

Pour saisir dans leur ensemble tous les détails d'un si magnifique tabhau, il ne faut rien moins que vos Itrillantes intelligences. Elles suppléeront aux qualités que demaudent du conférencier et la grandeur du sujet et la composition de Cet auditoire d'élite. Dois-je ajou ter que si je ne demande pas votre bienveillance c'est uniquement par ceqiie je sais qu'elle m'est acquise.

Bienveillance et charité sont sœurs et en ne convo^uaiit ici que des â Iles charitables, le Cercle Catholique ne pouvait me donner meil- 'eute assurance d'y trouver un bienveillant auditoire.

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